Aimer pour survivre

Par Dee Gra­ham

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Rad­Fem Resis­tence


Tra­duit par

Texte ori­gi­nal (ENG) en PDF

Ver­sion ori­gi­nale (livre entier LOVING TO SURVIVE) en PDF

Pré­face de Dee Gra­ham en FR Tra­duite par Claire Fou­ge­rol pour TRADFEM

 

EN LIEN :

En 1994, Dee L.R. Gra­ham était pro­fes­seure adjointe de psy­cho­lo­gie à l’Université de Cin­cin­na­ti.

Autrices : Dee L. R. Gra­ham. Edna I. Raw­lings. Rober­ta K. Rig­sby. Édi­trice : NYU Press, Col­lec­tion Femi­nist Cross­cur­rents, 1994.

Ter­reur sexuelle, vio­lence des hommes et vies de femmes

La vio­lence mas­cu­line mil­lé­naire envers les femmes a des consé­quences socié­tales majeures sur leurs pro­ces­sus psy­chiques et leurs com­por­te­ments. Par exemple, le syn­drome de Stock­holm socié­tal qui se mani­feste lorsque les femmes font alliance avec leurs agres­seurs socié­taux et qu’elles leur vouent un amour incon­di­tion­nel. Et c’est exac­te­ment le but recher­ché par ces vio­lences. En effet, le syn­drome de Stock­holm socié­tal est le résul­tat de la stra­té­gie des socié­tés patriar­cales : favo­ri­ser les vio­lences mas­cu­lines socié­tales envers les femmes pour les ter­ro­ri­ser dans un contexte où elles n’ont aucune échap­pa­toire (huis clos socié­tal), afin de les mettre sous l’emprise des hommes (colo­ni­sa­tion psy­chique par les agres­seurs socié­taux). Sans cette emprise, les femmes n’accepteraient jamais d’être domi­nées par les hommes.

L’emprise ou colo­ni­sa­tion psy­chique du syn­drome de Stock­holm socié­tal est la même, mais à un niveau socié­tal, que celle que l’on retrouve dans les contextes de vio­lence conju­gale. D’ailleurs, aujourd’hui, lorsque l’on parle d’une femme sous emprise d’un homme violent dans le cadre d’un couple, l’on nomme sou­vent cette emprise : syn­drome de Stock­holm.

Le syn­drome de Stock­holm socié­tal a été théo­ri­sé par Dee L. R. Gra­ham, pro­fes­seure agré­gée de psy­cho­lo­gie à l’Université de Cin­cin­na­ti (USA), dans son livre : Loving to Sur­vive : Sexual Ter­ror, Men’s Vio­lence, and Women’s Lives (Aimer pour sur­vivre : la ter­reur sexuelle, vio­lence des hommes et vies de femmes).

En tant que femmes, cet ouvrage est d’une impor­tance pri­mor­diale parce qu’il nous per­met de prendre conscience à quel point les vio­lences mas­cu­lines socié­tales envers nous façonnent nos pro­ces­sus psy­chiques et nos com­por­te­ments. Il nous donne éga­le­ment des outils pour nous extraire du sta­tut d’esclave dans lequel la domi­na­tion mas­cu­line nous main­tient depuis des mil­lé­naires.

Le pos­tu­lat de Dee L. R. Gra­ham et des co-auteures du livre est que la psy­cho­lo­gie actuelle des femmes est une psy­cho­lo­gie de femmes dans des condi­tions de cap­ti­vi­té, à savoir dans des condi­tions de ter­reur infli­gée par la vio­lence mas­cu­line envers les femmes. Elles pos­tulent que les réponses des femmes aux hommes et à la vio­lence mas­cu­line res­semblent aux réponses des otages face aux ravis­seurs. De même que les otages qui tra­vaillent à apai­ser leurs ravis­seurs de peur que ces ravis­seurs ne les tuent, les femmes tra­vaillent à satis­faire les hommes. La fémi­ni­té est un ensemble de com­por­te­ments qui font plai­sir aux hommes (domi­nants), parce que ces com­por­te­ments trans­mettent l’acceptation de la femme de son sta­tut de domi­née. Ain­si les com­por­te­ments fémi­nins sont des stra­té­gies de sur­vie, comme les otages qui se lient à leurs ravis­seurs.

La théo­rie du syn­drome de Stock­holm socié­tal per­met d’expliquer beau­coup de com­por­te­ments appa­rem­ment irra­tion­nels des femmes. Par exemple : pour­quoi tant de femmes rejettent le fémi­nisme (com­ment une femme peut-elle ne pas vou­loir les mêmes droits que les hommes) ? Pour­quoi tant de femmes font alliance avec les hommes (il serait beau­coup plus utile de faire alliance avec les femmes) ? Pour­quoi tant de femmes ont des love-addic­tions (res­semble à l’amour incon­di­tion­nel d’un syn­drome de Stock­holm) ?

Le PDF du livre entier (en anglais) est dis­po­nible ici ou ici.

Loving to Sur­vive : Sexual Ter­ror, Men’s Vio­lence, and Women’s Lives (théo­ri­sa­tion du syn­drome de Stock­holm socié­tal) par Dee L. R. Gra­ham, pro­fes­seure agré­gée de psy­cho­lo­gie à l’Université de Cin­cin­na­ti (USA)

Le 3 avril 2020, le site Trad­fem a publié une tra­duc­tion fran­çaise de la pré­face du livre.

Cette tra­duc­tion de la pré­face du livre est pré­cieuse, car ce texte écrit par Dee L. R. Gra­ham résume avec une grande clar­té les points-clés de l’ouvrage. Je vous en recom­mande donc vive­ment la lec­ture : Dee Gra­ham — Aimer pour sur­vivre : ter­reur sexuelle, vio­lence des hommes et vies de femmes

Pour vous en don­ner un avant-goût, voi­ci quelques pas­sages de cette tra­duc­tion :

« En tant qu’autrices, nous fai­sons deux pro­messes à notre audi­toire. La pre­mière est que la nou­velle vision des rela­tions hommes-femmes que nous pro­po­sons ici chan­ge­ra à jamais votre regard sur les femmes, les hommes et leurs rela­tions. Notre deuxième pro­messe est que la prise de conscience à laquelle ce livre vous invite sera émo­tion­nel­le­ment éprou­vante. (…)

Nous pen­sons que la psy­cho­lo­gie actuelle des femmes est en fait une psy­cho­lo­gie de per­sonnes en état de cap­ti­vi­té, c’est-à-dire dans des condi­tions de ter­reur cau­sées par les vio­lences mas­cu­lines contre elles. (En fait, les condi­tions des femmes sont des condi­tions d’esclavage.) Nous pen­sons éga­le­ment que per­sonne ne peut ima­gi­ner ce que serait la psy­cho­lo­gie des femmes dans des condi­tions de sécu­ri­té et de liber­té. Nous pro­po­sons la thèse qu’une psy­cho­lo­gie des femmes en cap­ti­vi­té (et en escla­vage) n’est pas plus « natu­relle » ou intrin­sèque aux femmes, au sens géné­tique ou bio­lo­gique, que ne serait natu­relle la psy­cho­lo­gie d’animaux sau­vages main­te­nus en cage. (…)

Nous croyons que tant que les hommes n’auront pas ces­sé de ter­ro­ri­ser les femmes — et que le sou­ve­nir de ces vio­lences n’aura pas dis­pa­ru de la mémoire col­lec­tive des femmes — nous ne pou­vons pas savoir si l’amour des femmes pour les hommes et l’hétérosexualité des femmes sont autre chose que des stra­té­gies de sur­vie expli­quées par le syn­drome de Stock­holm. Nous nous réfé­rons à cette théo­rie de la psy­cho­lo­gie actuelle des femmes comme théo­rie du syn­drome de Stock­holm socié­tal. (…)

Le cha­pitre 3 reprend l’idée que le syn­drome de Stock­holm est pré­sent dans toutes les rela­tions de groupe entre oppres­seurs et opprimé·es. Nous mon­trons com­ment éva­luer la per­ti­nence du syn­drome de Stock­holm socié­tal à n’importe quel ensemble de rela­tions inégales entre groupes. En par­ti­cu­lier, nous abor­dons deux ques­tions : si les quatre condi­tions pré­cur­seures hypo­thé­tiques du déve­lop­pe­ment du syn­drome de Stock­holm (menace per­çue pour la sur­vie, per­cep­tion d’une inca­pa­ci­té à s’échapper, iso­le­ment et per­cep­tion d’une gen­tillesse) sont pré­sentes dans les rela­tions hommes-femmes et, le cas échéant, dans quelle mesure. (…)

Au cha­pitre 6, nous nous deman­dons com­ment les femmes peuvent trans­for­mer leur psy­cho­lo­gie d’otages (syn­drome de Stock­holm socié­tal) alors qu’elles vivent encore la vio­lence mas­cu­line, l’isolement idéo­lo­gique et phy­sique les unes des autres, l’impossibilité de s’échapper, et la dépen­dance à des bribes de gen­tillesse mas­cu­line. Pour créer un monde où les rela­tions soient basées sur un prin­cipe de mutua­li­té plu­tôt que de domi­na­tion et subor­di­na­tion, nous devons être capables d’imaginer un tel monde. Pour la cap­tive ou l’esclave, ima­gi­ner est un acte sub­ver­sif et révo­lu­tion­naire. Pour nous aider à déve­lop­per de nou­velles visions et à sor­tir de l’esclavage, ce cha­pitre esquisse quatre thèmes à par­tir de la science-fic­tion fémi­niste : l’empathie et le pou­voir de connexion des femmes, un lan­gage qui arti­cule les points de vue des femmes, apprendre à se méfier des hommes/les tenir pour res­pon­sables de leurs vio­lences, et per­ce­voir les femmes en tant que guer­rières en hono­rant notre colère. Quatre méthodes de résis­tance sont aus­si décrites : reven­di­quer notre espace, déve­lop­per notre mémoire, prendre soin les unes des autres, et gagner en intel­li­gence tac­tique. » (Trad­fem, 2020)

Voi­ci un der­nier pas­sage que je trouve essen­tiel pour la recon­nais­sance de nos expé­riences com­munes, soit la condi­tion sine qua non pour créer la forte soli­da­ri­té entre femmes dont nous avons abso­lu­ment besoin pour nous libé­rer de la domi­na­tion mas­cu­line. Ain­si, en tant que femmes, il me paraît déjà très impor­tant de nous inté­grer par le « nous » dans le groupe des femmes lorsque nous écri­vons sur les femmes :

« L’autrice rompt avec la conven­tion de style et uti­lise les mots « nous » et « notre » par oppo­si­tion à « ils », « eux » et « leurs » quand elle se réfère aux femmes en tant que groupe. Il y a de nom­breuses rai­sons à cela. Bien trop sou­vent, les femmes doivent se deman­der si les écri­vains et confé­ren­ciers entendent inclure les femmes dans leur uti­li­sa­tion de termes géné­riques comme « homme » et « il ». Le lan­gage uti­li­sé ici est choi­si pour assu­rer à son audi­toire que ce livre a été adres­sé à des femmes par des femmes pour des femmes au sujet des femmes. Il semble gros­siè­re­ment inap­pro­prié d’être une femme qui écrit à des femmes sur les vies des femmes et les points de vue des femmes tout en uti­li­sant des mots impli­quant que le mot « femmes » désigne d’autres per­sonnes que le public visé et l’autrice. » (Trad­fem, 2020)

Marianne Kuh­ni


Résumé du livre

Dee Gra­ham reprend les condi­tions dans les­quelles le syn­drome de Stock­holm se déve­loppe (rap­port otage, les femmes – ravis­seur, les hommes). Elle pro­pose une thèse sur la dimen­sion sociale de ce syn­drome qui carac­té­ri­se­rait les rela­tions homme/femme. Elle montre notam­ment com­ment l’amour, l’hétéronormativité, la fémi­ni­té patriar­cale, le refus des liens ami­caux entre femmes consti­tuent une stra­té­gie afin de res­ter proche de celui qui détient le pou­voir de vie ou de mort sur soi. Celui qui a le pou­voir de nom­mer, pou­voir de vivre, de vali­der, de recon­naître, d’honorer, d’aimer.

Les consé­quences de la vio­lence (phy­sique et psy­cho­lo­gique) des hommes à l’encontre des femmes impactent la psy­cho­lo­gie de ces der­nières (voir les tra­vaux de Muriel Sal­mo­na), sur ce qu’elles vont mettre en place (gestes, atti­tudes, espoirs) afin de sur­vivre. Cette psy­cho­lo­gie n’est pas natu­relle mais elle est deve­nue géné­tique quand l’histoire des femmes n’a été que celle de la cap­ti­vi­té et de la colo­ni­sa­tion (sous diverses formes). Dee Gra­ham parle d’une psy­cho­lo­gie de « réponse ». Les femmes ont répon­du à la vio­lence mas­cu­line par l’amour et l’adaptation. D’où le titre de son livre « aimer pour sur­vivre ». La fémi­ni­té, la sexua­li­té se sont dis­tor­dues en pra­tiques adap­ta­tives cad comme des stra­té­gie de sur­vie (dans un cal­cul per­ma­nent du moins pire).

Dans la vio­lence phy­sique, ce sont les réper­cus­sions psy­cho­lo­giques qui sont les plus dif­fi­ciles à trai­ter, à com­prendre et à gué­rir. Le syn­drome de Stock­holm peut tout à fait naître dans la menace impli­cite, dans une culture qui fait la pro­mo­tion per­ma­nente de l’usage qui est fait des femmes (por­no­gra­phie, culture du viol au ciné­ma et dans la musique, injonc­tion au couple, etc.). Le menace appa­raît par indices, par strates et c’est suf­fi­sant pour que der­rière les femmes mettent tout en œuvre pour enro­ber, accep­ter, adou­cir la menace afin qu’elle ne devienne jamais effec­tive. Et elle peut ne jamais se réa­li­ser. Le menace psy­cho­lo­gique suf­fit. Sur­tout que dans le syn­drome de Stock­holm ce qui est impor­tant c’est l’effet d’espoir : tant qu’il n’y a pas vio­lence alors l’amour qui est don­né fait dire que les choses peuvent chan­ger. La vio­lence non-réa­li­sée c’est aus­si ce qui explique que cer­taines femmes aillent au-devant de la vio­lence (com­por­te­ments à risques) afin jus­te­ment de voir la vio­lence réa­li­sée, comme pour se débar­ras­ser du poids de la menace qui est juste une tor­ture per­ma­nente. Les abus émo­tion­nels sont une menace à la sur­vie phy­sique des femmes.

La peur créée un besoin de pro­tec­tion et de soin. En vou­lant sur­vivre les femmes vont cher­cher acti­ve­ment des expres­sions (moindre) de gen­tillesse, d’empathie et d’affection de la part de celui qui menace ou qui appar­tient à la classe de ceux qui menacent. Le sché­ma amou­reux hété­ro­sexuel se base sur cette asy­mé­trie : l’homme devient pro­tec­teur. Même s’il n’a jamais fait de mal (ou sur­tout que ça ne se sait pas), il obtient un sta­tut par­ti­cu­lier par rap­port aux autres. Ceux qui se dis­tinguent des  » méchants épin­glés  » pro­fitent jus­te­ment qu’il y a pire qu’eux. Car les femmes vont cher­cher à trou­ver du récon­fort là où naît la vio­lence. Ça créer l’espoir qu’elles peuvent sur­vivre dans l’insurmontable. En per­ce­vant la moindre marque d’affection ou de bon­té (de com­por­te­ments qu’elles iden­ti­fient comme étant les leurs à elles) alors elles vont nier tout sen­ti­ment et intui­tion de dan­ger, de ter­reur et de rage. Le déni appa­raît car il a une fonc­tion : celle d’amorcer un lien avec la par­tie posi­tive des hommes. Ain­si les femmes vont inten­si­fier n’importe quelle forme d’attention et trans­for­mer les hommes en pro­tec­teurs : celui qui se sou­cie d’elles et les pré­servent du dan­ger. Les femmes ont alors un nou­veau pro­jet de sur­vie : rendre heu­reux les hommes de leur vie. Se mettre à leur place, être dans leur tête afin de res­sen­tir les choses comme eux en espé­rant les pré­ve­nir, les atté­nuer voire les faire ces­ser tout acte poten­tiel­le­ment nui­sible. Les femmes vont anti­ci­per les besoins des hommes (ce qu’ils aiment, n’aiment pas, insultent, n’insultent pas) afin de le main­te­nir viable et bien­veillant à leur égard.

Dans ce pro­ces­sus, les femmes nient leurs inté­gri­tés et sub­jec­ti­vi­tés, puisque ce qu’elles sont les mettent en dan­ger. Ain­si, vivre sans les hommes se serait vivre sans iden­ti­té. Ima­gi­ner perdre cette racine iden­ti­taire accroît le sen­ti­ment de menace. De l’identification à l’abuseur on passe désor­mais à la dis­pa­ri­tion de soi pour ne lais­ser vivre que celui qui peut vivre dans un tel cli­mat : celui qui ne pâtit pas de la dou­leur qu’il inflige. Les femmes voient les hommes comme des vic­times qui arrê­te­raient d’être abu­sifs si on leur don­nait suf­fi­sam­ment d’amour. L’amour devient une réponse à la vio­lence.

L’amour est une dis­tor­sion contra­dic­toire qui per­met au syn­drome de Stock­holm de per­du­rer et de s’intensifier. Dès que les femmes iden­ti­fient une expé­rience vio­lente comme une expé­rience d’amour alors elles seront per­sua­dées qu’il s’agit d’amour. Elles le vivront comme de l’amour. Puisque l’amour reste depuis le départ une réponse de sur­vie et non un état natu­rel. La dis­tor­sion amou­reuse est au ser­vice de la sur­vie, elle per­met de réduire la per­cep­tion et le vécu de ter­reur. Les femmes ont peur des repré­sailles si jamais elles viennent à avoir une réponse juste : cad la réponse de la colère. La colère va donc se dépla­cer sur elles-mêmes et sur les autres femmes et filles (rap­port mère-fille par ex).

Petite apar­té jus­te­ment sur les mères et le syn­drome de Stock­holm par rap­port à leurs fils. Ce sont les hommes qu’elles ont engen­drés et elles pensent que ça les pré­serve des hommes qu’elles n’ont pas engen­dré. Puisque le lien mère-enfant est par­ti­cu­lier (fait d’avoir por­té, pro­té­gé et nour­ri un être en matu­ra­tion). Elles contre­ba­lancent en leur don­nant un amour qu’elles ne don­ne­ront jamais à leur fille. Parce qu’elles n’ont pas besoin de se pro­té­ger de leurs filles.

En l’absence des hommes, les femmes ne savent plus ce qu’elles sont. Les miettes de ten­dresse qu’ils accordent suf­fisent à contre­ba­lan­cer la vio­lence quo­ti­dienne. Les hommes sont « gen­tils » par la cour­toi­sie, la pro­tec­tion, l’affection contre le sexe. Mais aucune de ses formes de gen­tillesse n’est gra­tuite et dés­in­té­res­sée. Deman­dez-vous :

– la cour­toi­sie : est-ce que les hommes se sentent com­pli­men­tés quand une femme ou un homme leur ouvre la porte ? Les hommes se tiennent-ils la porte entre eux ? Se font-ils des clins d’œil dans les esca­liers, ascen­seur, au secré­taire médi­cal ? Allument-ils direc­te­ment avec leur bri­quet la ciga­rette d’autres hommes ?

– la pro­tec­tion : c’est vers les hommes que les femmes se tournent pour trou­ver de la pro­tec­tion à l’égard de la vio­lence mas­cu­line. Un homme qui « pro­tège » une femme est per­çu comme « gen­til » peu importe ce qu’il fait d’autre (ou ce qu’il a pu faire). Ce besoin de pro­tec­tion encou­rage les femmes à se mettre en couple avec les hommes. Dans la gra­ti­tude et le sou­la­ge­ment éphé­mère que nous éprou­vons, nous oublions que c’est la vio­lence même des hommes contre nous qui a créé ce besoin-là. Sans vio­lence, menace et ter­reur mas­cu­line nous n’aurions pas besoin de leur secours. Nous oublions que notre cou­plage avec les « gen­tils » ren­force et conso­lide notre dépen­dance et notre iso­le­ment. Nous oublions que les gen­tils béné­fi­cient du fait qu’il existe des méchants. La pro­tec­tion a un prix (expli­cite ou non) : de la dis­po­ni­bi­li­té sexuelle. Les femmes peuvent-elles bais­ser leur garde ? Sans sexe les hommes res­te­raient-ils proches d’elles ? Les femmes vivent avec ce contrat sexuel qui les lient à ceux qui paraissent moins pire. En réa­li­té, la pro­tec­tion des hommes à l’égard des femmes est une pro­tec­tion de ce qu’ils per­çoivent comme étant leur propre pro­prié­té.

– l’amour est la forme de gen­tillesse la plus esti­mée par les femmes, pour­tant comme le dit Mary­lin Frye : « Pour dire que les hommes sin­cères sont hété­ro­sexuels c’est seule­ment dire qu’ils s’engagent dans le sexe exclu­si­ve­ment avec l’autre sexe, les femmes. Tout ce qui concerne, dépend, se rat­tache à l’amour, la plu­part des hommes sin­cères le réservent exclu­si­ve­ment aux autres hommes. Les gens qu’ils admirent, adorent, vénèrent, honorent, qu’ils imitent, ido­lâtrent, et forment de pro­fonds atta­che­ments, à qui ils veulent ensei­gner, et des­quels ils veulent apprendre, et de la part des­quels ils dési­rent du res­pect, de l’admiration, de la recon­nais­sance, de l’honneur, de la véné­ra­tion et de l’amour…ceux-là sont, majo­ri­tai­re­ment (de manière écra­sante), d’autres hommes. Dans leurs rela­tions avec les femmes, ce qui passe pour du res­pect c’est la gen­tillesse, la géné­ro­si­té ou le pater­na­lisme, ce qui passe pour de l’honneur est reti­ré de son pié­des­tal. De la part des femmes, ils veulent de la dévo­tion, du ser­vice et du sexe. La culture hété­ro­sexuelle des hommes est homoé­ro­tique« .

Il faut remettre en ques­tion l’idée que le sexe serait un acte de gen­tillesse à l’égard des femmes. Il suf­fit de regar­der le voca­bu­laire employé : bai­ser, défon­cer, niquer, bour­rer, pilon­ner, tron­cher. Le lan­gage des hommes reflète les sen­ti­ments qu’ils ont à l’égard des femmes. « Faire l’amour » est une expres­sion qui dis­si­mule ce qui se joue réel­le­ment dans la sexua­li­té par­ta­gée. Le mot « bai­ser » est agres­sif car le geste et l’intention le sont. Chez les hommes, la dégra­da­tion, l’humiliation, le contrôle et infli­ger de la dou­leur aux femmes est ce qui leur per­met de jouir et d’être proche de nous. Le fait que la por­no­gra­phie comme indus­trie se compte en mil­lion de dol­lar soit finan­cé et orga­ni­sé par les hommes nous montre que ce n’est pas sim­ple­ment une petite mino­ri­té qui cherchent la dégra­da­tion fémi­nine pour le plai­sir sexuel. Le sexe n’est pas un acte d’amour mais un acte d’hostilité.

LE LIEN QUE LES FEMMES ÉTABLISSENT AVEC LES HOMMES.

Le syn­drome de Stock­holm appa­rait dès que la menace créé par un groupe bio­lo­gique et cultu­rel met en péril la sur­vie d’un autre groupe bio­lo­gique et cultu­rel. Le lien entre les deux groupes se fait quand le groupe des bour­reaux est à la fois celui qui menace et celui qui pro­cure le sou­la­ge­ment émo­tion­nel. La gen­tillesse du bour­reau créer de l’espoir quant à la ces­sa­tion de tout abus. Cet espoir pousse les femmes à essayer de tout faire pour main­te­nir le posi­tif et le bon en l’homme. C’est dans les efforts afin de main­te­nir l’homme heu­reux que la femme se lie à lui. Les femmes dépensent une éner­gie impor­tante à vou­loir des rela­tions hété­ro­sexuelles avec le but ultime de trou­ver un par­te­naire mas­cu­lin fiable.

Quand les femmes se lient aux hommes c’est par un lien amou­reux et/ou éro­tique. Pour­quoi ? Car en inter­pré­tant les situa­tions de dan­ger et de vio­lence comme étant de l’amour plu­tôt que de la vio­lence pure, simple et fac­tuelle on favo­rise un prisme amou­reux qui pro­duit moins de peur que la recon­nais­sance de ce que nous vivons. L’amour est une réponse dans le sens où elle per­met de ne plus res­sen­tir la peur. Comme la mémoire trau­ma­tique. Ça per­met au cer­veau de dis­jonc­ter pour conti­nuer à tenir.

Sou­ve­nez-vous des contes popu­laires qui ont façon­né notre petite enfance (plei­ne­ment ou juste par cer­tains détails). Les héroïnes de contes de fées sont très sou­vent dépeintes comme très belles, attrac­tives, ver­tueuses et pas­sives. Au début de l’histoire elles peuvent être pri­son­nières ou bien coin­cées par un sort malé­fique. Le prince/sauveur appa­rait quant à lui très sou­vent sous l’apparence d’une gre­nouille ou d’une bête sym­bo­li­que­ment détes­table. Les ani­maux sont aus­si, dans les contes et dans la réa­li­té, une manière de détour­ner la lai­deur mas­cu­line. Il est plus facile de trou­ver répu­gnant un ani­mal avec qui nous ne sommes pas proches que de se rendre compte de qui est le vrai pré­da­teur, le vrai répu­gnant. On rap­pelle aux filles et aux femmes qu’elles doivent être ouvertes à n’importe quel pré­ten­dant mas­cu­lin, peu importe la manière sous laquelle il appa­rait, peu importe ce qu’elles res­sentent de prime abord. Les fic­tions roman­tiques se foca­lisent sur la séduc­tion, sur l’initiation à la rela­tion hété­ro­sexuelle (lit­té­ra­le­ment une rela­tion avec l’autre sexe en uti­li­sant la sexua­li­té). On y apprend à réin­ter­pré­ter le com­por­te­ment cruel et rustre du héros comme signe d’une atti­rance intense. A la fin de ces his­toires, la femme a conquis l’homme réser­vé, dis­tant, bru­tal, ignare des sen­ti­ments à tra­vers l’amour.

La dépen­dance amou­reuse est un des fac­teurs qui indique la pré­sence du syn­drome de Stock­holm : les femmes per­çoivent leur sur­vie comme dépen­dant de l’amour que leur par­te­naire mâle peuvent leur accor­der. Pen­ser, agir et reven­di­quer que l’amour vient à bout de tout est dan­ge­reux car si c’est l’amour des femmes pour les hommes qui peut atté­nuer et résor­ber leur vio­lence, alors l’échec de ce pro­jet est impu­té aux femmes. Si la vio­lence per­dure c’est que nous n’avons pas assez bien tra­vaillé, aimé.

LES CONSÉQUENCES DIRECTES DU SYNDROME : féminité patriarcale, amour des hommes, hétérosexualité

– La fémi­ni­té telle qu’on la connait est une fémi­ni­té-sociale et non une fémi­ni­té-natu­relle. Elle a un rôle bien pré­cis. Elle est une stra­té­gie de sur­vie. Ne per­ce­vant aucune issue de secours, les femmes vont assu­mer le rôle que les hommes attendent d’elles. La fémi­ni­té, comme l’amour, sert donc d’instrument afin de réduire et de gérer la menace (impli­cite ou expli­cite). La fémi­ni­té donne lieu à des com­por­te­ments plai­sants pour les hommes. Les femmes ont appris à inté­grer ce qui plait aux poten­tiels bour­reaux. Elles se sont accli­ma­tées et adap­tées. C’est ça la fémi­ni­té sociale. Parce que les femmes ont besoin de plaire aux hommes dans ce sché­ma otage-ravis­seur, elles connaissent plus de choses à pro­pos des hommes qu’à pro­pos d’elles-mêmes (notam­ment sur leur fémi­ni­té-natu­relle).

– L’amour pour les hommes. Sans la com­pré­hen­sion du syn­drome de Stock­holm il est très com­pli­qué de com­prendre pour­quoi les femmes sou­tiennent et aiment les hommes alors qu’ils sont ceux qui res­tent les plus vio­lents à notre égard. Nous esti­mons plus l’approbation des hommes que celles des femmes. Le fémi­nisme mis en avant n’est-il pas celui de l’égalité ? cad celui qui vou­drait coopé­rer, gérer, contrac­tua­li­ser avec la vio­lence mas­cu­line ? La menace à notre sur­vie (notam­ment en per­ce­vant de nous des images dégra­dantes par la por­no) per­met aux hommes d’exercer une pres­sion sup­plé­men­taire pour que nous nous lions à eux, à cher­cher la sécu­ri­té à tra­vers l’intimité qu’ils nous « donnent ». L’amour des femmes pour les hommes est une ten­ta­tive afin de fusion­ner avec le bour­reau dans le but de récu­pé­rer nos pertes iden­ti­taires. Dans l’intimité des rela­tions hété­ro­sexuelles, les femmes et les hommes génèrent le fan­tasme d’une rela­tion éga­li­taire. Pour­quoi ? car les esclaves qui aiment leurs maitres sont plus faciles à vio­len­ter. C’est dans l’intérêt des hommes de mettre en valeur un amour exta­tique, noble, épa­nouis­sant, gra­ti­fiant. L’amour des femmes pour les hommes est un amour qui entre­tient leur situa­tion d’otage. Elles estiment qu’elles en font le choix libre. La vie que nous connais­sons (aus­si indigne soit elle) nous semble plus sûre que celle que nous ne connais­sons pas encore. Les enjeux sont si grands, et si pro­fonds que nous per­ce­vons le chan­ge­ment comme une menace plus grande à notre sur­vie. L’amour des femmes pour les hommes est une défense psy­cho­lo­gique contre la recon­nais­sance de notre situa­tion et de notre sta­tut actuel. L’amour n’a rien rem­por­té depuis tout ce temps. Aucun viol n’a ces­sé. L’intimité n’a pas gué­rie la vio­lence dans la vie des femmes, à la place cela a don­né au violent un plus grand accès à leurs vic­times. La ques­tion même de ces­ser de don­ner notre amour aux hommes fait peur pré­ci­sé­ment parce que nous nous deman­dons si les hommes qui, jusque-là, n’ont pas été vio­lents ne fini­raient-ils pas par le deve­nir. L’étendue de la peur face à ces ques­tions de déta­che­ment et de sépa­ra­tion révèle l’étendue et la pro­fon­deur du syn­drome de Stock­holm.

– l’hétérosexualité s’explique dans la reprise que cer­taines psy­cha­na­lystes ont fait de la crise d’Œdipe. Quand les filles découvrent que l’objet de leur pre­mier amour (leur mère) est socia­le­ment esti­mé comme un être infé­rieur, comme la pos­ses­sion d’un père puis­sant elles vont recon­naitre le père comme le seul parent ayant du pou­voir (pou­voir de recon­nais­sance, pou­voir du lan­gage, pou­voir des hon­neurs, pou­voir du res­pect. Pour­voir de vie et de mort etc.). Elles vont donc essayer de déve­lop­per une rela­tion spé­ciale avec leurs pères afin d’espérer obte­nir un cer­tain res­pect et éga­li­té afin de se pro­té­ger de lui et des autres hommes. L’intérêt que portent les filles à leurs pères est en réa­li­té une réac­tion face à la décou­verte bru­tale que les mâles sont par­tout ailleurs pré­fé­rés aux femelles, et que même leurs propres mères vont choi­sir les hommes plus que les femmes, le père et le frère plus que les filles et les sœurs. Les filles vont vers le père dans l’espoir que ce der­nier l’accepte comme un gar­çon res­pec­table. Dans l’imagination des filles, les pères ont le pou­voir de leurs confé­rer l’emblème de la mas­cu­li­ni­té. C’est pour cette rai­son qu’elles dési­rent séduire ou être séduite par leurs pères puis par les hommes. L’hétérosexualité est née de la prise de conscience des filles (impli­cite ou non) de leur sta­tut infé­rieur dans la vie mas­cu­line. L’hétérosexualité est un méca­nisme psy­cho­lo­gique d’attachement trau­ma­tique autant qu’elle est une ins­ti­tu­tion poli­tique créé par la vio­lence et la menace mas­cu­line. Les hommes basent leurs menaces et vio­lence sur la dif­fé­rence des sexes, de nos organes sexuels en par­ti­cu­lier. La plus grande menace pour la plu­part des femmes est de manière récur­rente celle du viol comme vio­lence qui nous réduit à des êtres sexuels exploi­tables.

Pen­dant long­temps le viol « conju­gal » sem­blait être un non-sens dans les termes car les femmes ont dra­pé d’amour les viols de leurs vies afin de ne pas recon­naitre ce qu’elles vivaient. Faire l’amour per­met­trait de se dis­tan­cer de l’aspect contrac­tuel (à la sur­vie) de la sexua­li­té. Les femmes donnent de l’amour pour ne pas subir le viol-ima­gi­né. La repré­sen­ta­tion de la sexua­li­té des femmes est celle d’un acte d’agression. Pour­quoi la sexua­li­té reste le ter­rain de négo­cia­tion entre les hommes et les femmes ? Car si les femmes sont visées pour leurs organes sexuels dans les abus mas­cu­lins, ce sera à tra­vers leurs organes sexuels que les femmes vont essayer de for­ger un atta­che­ment ou une union avec les hommes. Parce que l’abus des hommes sur les femmes est sexua­li­sé, les liens des femmes avec les hommes sont sexua­li­sés. Les hommes forcent les femmes à être sexuelles avec eux (cad à pra­ti­quer l’hétérosexualité), soit par la pres­sion sociale, par le viol ou par les lois. Pour plaire aux hommes les femmes se maquillent, se mutilent, se mettent en com­pé­ti­tion etc. Parce que les hommes adorent les femmes qui font ces choses, les femmes vont ado­rer les faire car elles anti­cipent les besoins des hommes en espé­rant que s’ils sont réa­li­sés elles obtien­dront pro­tec­tion.

Si le fait de four­nir des ser­vices sexuels et repro­duc­teurs aux hommes leur plait, les femmes four­ni­ront ces ser­vices dans l’espoir de sou­der un lien entre elles et les hommes. Un lien qui pour­rait être uti­li­sé afin de pré­ve­nir ou repous­ser plus loin la vio­lence sexuelle. Pour avoir du sexe avec un homme, une femme a besoin de sen­tir que l’homme est suf­fi­sam­ment lié à elle pour qu’il ne soit pas violent ou qu’il soit capable d’arrêter d’être violent s’il le devient (par un geste, un mot). C’est ce qui explique en par­tie pour­quoi les expres­sions d’amour des hommes pen­dant le sexe sont hau­te­ment recher­chées par les femmes. En tant que vic­time de la ter­reur mas­cu­line, la plu­part des femmes feront tout ce qu’elles peuvent ou ce qu’elles doivent faire pour gar­der les hommes gen­tils avec elles.

Si la gen­tillesse mas­cu­line a lieu prin­ci­pa­le­ment pen­dant le sexe, la plu­part des femmes vou­dront du sexe avec les hommes et elles le vou­dront sou­vent. Parce que la sur­vie dépend de la gen­tillesse des hommes, lorsqu’il y a gen­tillesse au lit, les femmes seront for­te­ment atti­rées par la sexua­li­té en dépit des nom­breuses manières au sein des­quelles le « sexe nor­mal » se rap­proche du viol.

Le viol est une par­tie du sexe et le sexe une par­tie du viol. Les femmes sont donc moins enclines à sépa­rer l’amour et le sexe puisque l’amour est ce qui leur per­met de faire dévier la sexua­li­té mas­cu­line de toute forme de vio­lence. Les femmes entre­tiennent un lien spé­cial avec les hommes aus­si dans le fait de com­mu­ni­quer à leur bour­reau qu’il est par­ti­cu­lier, à part. Il est le seul homme dont elles per­mettent qu’il par­tage du sexe avec elle. Le seul homme avec qui elle choi­sit d’avoir du sexe. « Je ne choi­sis de faire ça qu’avec toi ». De cette manière, la femme cherche à ce que l’homme la traite comme étant tout autant spé­ciale.

Choi­sir de renon­cer au sexe avec les hommes ou de reti­rer les hommes de notre vie n’est pas consi­dé­ré comme une option légi­time pour les femmes. Ima­gi­nons les réponses que vous obtien­drez si vous dites aux autres que vous renon­cez au sexe avec les hommes ou que vous vous désen­ga­gez d’eux car ils sont vio­lents à l’égard des femmes en géné­ral. Choi­sir de se reti­rer sim­ple­ment parce que les hommes ne se rap­portent pas à nous par des voies mutuel­le­ment enri­chis­santes et res­pec­tables est trai­té comme une héré­sie.

L’hétérosexualité com­pul­sive consti­tue la fon­da­tion même sur laquelle per­dure la vio­lence mas­cu­line. Les femmes ont besoin de recon­naître l’étendue de leur syn­drome de Stock­holm. Dans des condi­tions sociales et bio­lo­giques de vio­lence et de menace mas­cu­line, on remarque chez les femmes des com­por­te­ments défen­sifs. Dans les rares espaces non mixtes qui ont pu per­du­rer dans le temps, on remarque de l’authenticité, de la gaie­té et de la créa­ti­vi­té.

LES QUESTIONS FACTUELLES POUR ESTIMER LE DEGRÉ DE PRÉSENCE DU SYNDROME (liste non exhaustive)

Dee Gra­ham pose des ques­tions afin de mesu­rer concrè­te­ment si nous vivons dans des condi­tions d’otages :

– A quel point la sur­vie des femmes est-elle mena­cée par les hommes ?

– à quel point s’étend la dis­cré­di­ta­tion, par les hommes, de la fémi­ni­té à tra­vers la reli­gion, le com­por­te­ment de rue, la por­no­gra­phie, les lois, les pra­tiques médi­cales, l’éducation, les pra­tiques de recru­te­ment ?

– à quel point, dans une culture diri­gée par les hommes, on demande aux femmes de sacri­fier leurs vies et bon­heurs pour le bien des autres, par­ti­cu­liè­re­ment celui des hommes ?

– quand un infan­ti­cide se pro­duit, à quel point les enfants et les femmes sont les pre­mières et pre­miers sus­cep­tibles d’être tuées ?

– à quel point le com­por­te­ment fémi­nin est contrô­lé et dégra­dé par les hommes par la force, la menace, l’ostracisme social ?

– à quel point les stan­dards de beau­té pour les femmes affai­blissent, dimi­nuent, amoin­drissent psy­cho­lo­gi­que­ment les femmes ? Dans quelle mesure ces stan­dards engagent le pro­nos­tic vital des femmes ?

– quel pour­cen­tage de femmes sont tuées par les hommes ?

– quel pour­cen­tage de per­sonnes vivant dans la pau­vre­té sont des femmes ? Dans quelle mesure les hommes sont-ils (à tra­vers les lois et la poli­tique sociale) res­pon­sable de ce pour­cen­tage ? Com­pa­ré aux hommes com­bien de femmes en situa­tion de pré­ca­ri­té se retrouvent dans les réseaux de prostitution/pornographie/vente d’organes ?

– quels sont les taux de fré­quence de viols, d’abus, d’incestes et de vio­lence sexuelles dont sont atteintes les femmes ?

– A quel point les femmes sont-elles capables d’échapper aux hommes ?

– à quel point les femmes ont-elles besoin (et sont presque contraintes) de se tour­ner vers les hommes-experts pour des répa­ra­tions juri­diques, pour l’éducation, l’emploi et le soin médi­cal ?

– à quel point les domaines psy­chia­triques et psy­cho­lo­giques sont contrô­lés par les hommes ?

– est-ce que les des­crip­tions et repré­sen­ta­tions des femmes échappent à la sexua­li­sa­tion, à l’asservissement volon­taire et à la bana­li­sa­tion de la vio­lence sexuelle à leur encontre (mot, geste, blagues)?

– à quel point la sexua­li­té fémi­nine est contrô­lée par les hommes à tra­vers l’hétérosexualité com­pul­sive, les muti­la­tions géni­tales et cor­po­relles ?

– à quel point les hommes exercent-ils plus de contrôle que les femmes dans la créa­tion et la direc­tion d’institutions sociales telles que la loi, la méde­cine, la reli­gion, l’éducation, la psy­chia­trie, etc. ?

– à quelle fré­quence les vio­leurs, ceux qui battent leurs femmes, les per­pé­tua­teurs d’incestes etc. s’en tirent sans être puni et/ou écar­té de la socié­té ?

– Quel est le pour­cen­tage de légis­la­teurs hommes ? De diri­geants natio­naux hommes ? De jurés hommes ? De poli­ciers hommes ?

– A quel point les femmes sont-elles iso­lées d’autres femmes ayant des pers­pec­tives dif­fé­rentes de celles des hommes ?

– quel est le pour­cen­tage de temps que les femmes passent seules ou avec les hommes com­pa­ré à celui pas­sé avec les femmes ? Quand les femmes passent du temps entre elles, com­bien de fois y‑a-t-il un ou plu­sieurs hommes pré­sents ou évo­qués ?

– à quel point les pro­blé­ma­tiques de classe et de race divisent les femmes, les empê­chant d’advenir ensemble et les fai­sant aller cha­cune encore plus vers les hommes ?

– quel est le nombre de vies fémi­nines vécues avec une figure mas­cu­line ?

– les femmes sont-elles encou­ra­gées à être psy­cho­lo­gi­que­ment dépen­dantes des hommes ? Est-ce qu’on leur raconte qu’il existe un manque, une fêlure si elles n’entretiennent pas de rela­tions hété­ro­sexuelles ?

– Est-ce que la culture mas­cu­line décou­rage les femmes à avoir des amies femmes proches ?

– Enseigne-t-on aux femmes qu’elles doivent se sen­tir hon­teuses et moindres si elles vivent avec d’autres femmes sans hommes ? Si elles s’associent de façon pri­maire, pre­mière et exclu­sive avec d’autres femmes ?

– apprend-t-on aux femmes que ce que disent les hommes est plus impor­tant, plus juste que ce que les femmes disent ? A‑t-on appris aux femmes à croire les femmes et ce qu’elles disent ?

– les hommes sont-ils plus sus­cep­tibles d’avoir un men­tor mas­cu­lin que les femmes d’avoir un men­tor fémi­nin ?

INDICATEURS et PREUVES DE LA PRÉSENCE DU SYNDROME :

Indi­ca­teur : se lier à son bour­reau.
Preuve : l’amour des femmes pour les hommes. Les femmes aiment les hommes peu importe ce qu’ils peuvent faire et dire (ont fait ou ont dit).

Indi­ca­teur : être inten­sé­ment recon­nais­sante pour le peu de gen­tillesse démon­tré de la part des hommes.
Preuve : les femmes sont recon­nais­santes de pou­voir par­ta­ger l’argent, les biens maté­riels, le pou­voir et le pres­tige des hommes même si ce sont les hommes qui les empêchent d’avoir un accès direct à ce genre de chose (vie par pro­cu­ra­tion).

Indi­ca­teur : per­ce­voir celles qui essaient d’obtenir notre libé­ra­tion comme de mau­vaises per­sonnes qui nous mettent en dan­ger, et per­ce­voir les hommes comme de bonnes per­sonnes.
Preuve : une forte iden­ti­fi­ca­tion aux hommes, néga­tion de ce qu’est une femme, décré­di­bi­li­sa­tion de la non-mixi­té, défense des hommes au détri­ment des femmes.

Indi­ca­teur : trou­ver dif­fi­cile de quit­ter les hommes.
Preuve : les femmes trouvent dif­fi­cile ne serait-ce qu’imaginer se désen­ga­ger des hommes. Les femmes redoutent que, sans les hommes, elles se retrouvent encore plus iso­lées et inva­li­dées. Elles res­sentent que, sans les hommes, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

Indi­ca­teur : trou­ver dif­fi­cile de quit­ter les hommes.
Preuve : les femmes trouvent dif­fi­cile ne serait-ce qu’imaginer se désen­ga­ger des hommes. Les femmes redoutent que, sans les hommes, elles se retrouvent encore plus iso­lées et inva­li­dées. Elles res­sentent que, sans les hommes, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.