Ce qu’il s’est réellement passé à la soirée de soutien à ZIN TV

La répres­sion ne concerne pas seule­ment les médias citoyens, mais éga­le­ment les mou­ve­ments sociaux qui étaient bien pré­sents.

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Le same­di 12 mars res­te­ra pour beau­coup d’entre nous, une soi­rée mémo­rable où cha­cun est venu don­ner et où cha­cun est venu rece­voir. Oui, c’est lit­té­ra­le­ment ce qui s’est pas­sé hier, lors de la soi­rée de sou­tien à ZIN TV dans son pro­cès contre la police.

En effet, les évé­ne­ments qui sont à l’origine de cette belle fies­ta y ont été rap­pe­lés à de nom­breuses oppor­tu­ni­tés : une équipe de ZIN TV qui cou­vrait les mani­fes­ta­tions anti-TTIP en octobre, a été arrê­tée, camé­ra sai­sie et images détruites par la police au nom d’un niveau 3 d’alerte ter­ro­riste bidon qui sévis­sait déjà bien avant les atten­tats de Paris… Cette attaque vise à décou­ra­ger les citoyens qui se sai­sissent des camé­ras pour fil­mer l’action poli­cière, elle vise à effrayer ces témoins gênants des délin­quants en uni­forme, elles visent à main­te­nir un peuple docile, muet et invi­sible. L’emploi de la ter­reur à des fins poli­tiques, c’est ça le ter­ro­risme.

Dans un pre­mier stade, nous avons biens sûr été indi­gnés, mais nous avons rapi­de­ment dépas­sé cette indi­gna­tion pour ren­for­cer notre pro­jet média­tique avec encore plus de convic­tion. ZIN TV a béné­fi­cié du sou­tien de divers per­son­na­li­tés, sec­teurs et de médias amis. Un mail d’Anonymous avec des ins­truc­tions tech­niques nous ont per­mis de récu­pé­rer une par­tie des images et d’avoir les condi­tions tech­niques pour démar­rer un pro­cès (les images per­mettent d’identifier le poli­cier, son action et la com­pli­ci­té de ses col­lèges)… L’association ATTAC et ZIN TV ont donc déci­dé de se consti­tuer par­tie civile. Hier soir, durant toute la soi­rée et toute la nuit, les images récu­pé­rées ont été pro­je­tées sur un mur.

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La répres­sion ne concerne pas seule­ment les médias citoyens, mais éga­le­ment les mou­ve­ments sociaux qui étaient bien pré­sents. D’ailleurs, la soi­rée démarre par un débat sur le droit à la contes­ta­tion avec Jor­dan Croei­saerdt, che­mi­not qui ne mâche pas ses mots, Oli­vier Stein « notre » avo­cat et Maga­li Gil­lard de la JOC.

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Puis, pen­dant que les musi­ciens ins­tal­laient leurs ins­tru­ments, le four­mille­ment des par­ti­ci­pants s’entre-croi­saient et décou­vraient quelques délices : le fameux Ché-Congo… ce cock­tail révo­lu­tion­naire au rhum cubain, citron et gin­gembre… et qui pos­sède la facul­té magique de convo­quer à l’es­prit de chaque buveur : l’o­dys­sée anti-colo­niale du Ché au Congo. Le bar est sou­dai­ne­ment deve­nu un véri­table nid d’a­beilles. L’é­quipe de béné­voles, qui débou­chaient les bou­teilles, a héroï­que­ment assu­ré à la per­fec­tion l’offre et la demande.

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Les par­ti­ci­pants décou­vraient éga­le­ment une pile de jour­naux qui invite à la lec­ture cri­tique, valeu­reuse et contem­po­raine de nos amis de la revue Kai­ros.

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Les gens se regar­daient, se ren­con­traient et se décou­vraient. Ils sou­riaient et se par­laient… ils se ren­daient compte qu’ils étaient tom­bés dans le piège de ZIN TV : en effet, tout était mis en scène pour que la ren­contre se fasse en toute convi­via­li­té. L’ex­po­si­tion pho­to du col­lec­tif Kras­nyi, ces talen­tueux pho­to­graphes pré­sents dans toutes les luttes sociales ont don­né au mou­ve­ment social une mémoire et une esthé­tique. Vu la sen­si­bi­li­té sociale des visi­teurs, il était dif­fi­cile de ne pas s’é­mou­voir de ce tra­vail et de le par­ta­ger avec la per­sonne à ses côtés.

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Com­ment est-ce pos­sible de réunir en une soi­rée des gens si dif­fé­rents ? Réponse : des années de tra­vail… Le rôle avoué de ZIN TV est de relier les gens entre eux, des gens qui ont plus de choses en com­mun que l’in­verse. L’é­cran de ZIN TV s’a­muse d’ailleurs à les unir sym­bo­li­que­ment sans qu’ils ne s’en rendent compte : des éco­lo­gistes, des sans-papiers, des syn­di­ca­listes, des indi­gnés, des rouges, des intel­los, des fémi­nistes, des trots­kystes, des décrois­sants, des mili­tants LGBTQI, des socia­listes, des sans-par­ti, … Cette force épar­pillée qui peine par­fois à se ras­sem­bler autour d’une démarche d’in­té­rêts com­mun : un pro­jet de socié­té glo­bal com­mun, fédé­ra­teur, par­ti­ci­pa­tif et popu­laire. Mais, lors de la soi­rée de sou­tien, tous ont oublié un moment à quel rang ils appar­tiennent. Ce serait injuste de dire que c’est seule­ment du aux effets béné­fiques du Ché-Congo. C’est l’en­semble du dis­po­si­tif. Sou­li­gnons quand-même un aspect très effi­cace : l’at­taque par le ventre (et ici il faut rendre hom­mage à l’é­quipe créa­tive et arti­sa­nale de la cui­sine). Du “Bibi­bamp” (en fran­çais : une vraie tue­rie) pro­po­sée au menu, il n’en res­tait pas une miette, tous ont étés démas­qués : ce sont tous des Obé­lix !

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Par­mi les affiches qui déco­raient les murs de la soi­rée, on a pu en remar­quer une qui invi­tait à une mani­fes­ta­tion à Bruxelles contre les vio­lences poli­cières ce mar­di 15 mars en départ à 18h de la Gare du Nord. Mais voi­là qu’au micro on entend Jan Bus­se­len de Toute Autre Chose invi­tant à La Grande Parade, il dit que ce sera un grand cou­rant d’alternatives posi­tives pour une autre éco­no­mie, pour le cli­mat, pour un monde en tran­si­tion, pour l’emploi, pour nos ser­vices publics, pour les soins de san­té, pour une socié­té inclu­sive… dimanche 20 mars, départ à 18h de la Gare du Nord.

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Voi­là que le tam­bour de La Louve Heu­reuse convoque le public à s’i­ni­tier au réper­toire de Vio­le­ta Par­ra, c’est que ce groupe musi­cal a déli­bé­ré­ment choi­si de célé­brer cette artiste pour son enga­ge­ment total en faveur de la culture popu­laire.

La Louve Heu­reuse en concert from zin tv on Vimeo.

Puis… émus, la suite du pro­gramme a enchai­né avec un très com­ba­tif et tou­chant témoi­gnage de Fari­da, la soeur d’A­li Aar­rass, un com­pa­triote inno­cent empri­son­né depuis trop long­temps, tor­ture et aban­don­né par notre gou­ver­ne­ment et les médias. Luk Ver­vaet du comi­té Free Ali est venu épau­ler Fari­da. Le manque de moyens et le sen­ti­ment d’im­puis­sance sont vite exor­ci­sés par un appel à conti­nuer le com­bat, tous ensemble, car la cause d’A­li nous concerne plus qu’on ne le croit…

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Et puis… et puis… l’ac­cor­déon annonce la suite qui s’en­chaine aus­si avec un autre témoi­gnage, celui de notre ami Dial­lo au nom de Sans-papiers TV, qui se mêle à son tour aux accords de gui­tare, et puis… jus­qu’à bout de la nuit, la piste de danse fut cou­verte des pieds d’un public qui sans le savoir avaient sans doute autre­fois mar­ché ensemble dans les rues, par­mi les trom­pettes de Jaune Tou­jours, les slo­gans des sans-papiers, les tam­bours de Xama­nek, les micros de radio Panik, les dra­peaux des cama­rades, les micros de radio cam­pus, une équipe de la per­ma­nence vidéo des luttes sociales de ZIN TV, ces médias libres, ces artistes… qui ampli­fient la voix d’un peuple qui ne se laisse pas domi­ner. Tous se sont don­nés ce soir-là, tous ont empor­té avec eux ces moments indis­pen­sables pour conti­nuer à sou­rire, grâce au tra­vail ano­nyme d’une tren­taine de béné­voles qui ont su être un col­lec­tif humain et géné­reux. Qu’ils soient ici tous cha­leu­reu­se­ment remer­ciés. L’a­mour se paye avec amour.

L’é­quipe de ZIN TV (qui ne va pas tar­der à remettre ça!)

pho­tos : Ben­ja­min Durand