Dossier 11 septembre : le cancer du doute, dans le journal Kairos

Si vraiment une partie du pouvoir états-unien a trempé dans cette abomination, tous les beaux discours sur l’exportation de la démocratie et la lutte contre les dictateurs seraient réduits à des bobards à géométrie variable qui cachent mal une soif de pétrole et de domination géopolitique.

Le jour­na­liste Oli­vier Tay­mans, réa­li­sa­teur du docu­men­taire « Epou­van­tails, autruches et per­ro­quets – 10 ans de jour­na­lisme sur le 11-Sep­tembre », est le coor­di­na­teur d’un très bon dos­sier qui vient de sor­tir dans le der­nier numé­ro du jour­nal Kai­ros. Nous avons été auto­ri­sés à publier le texte d’introduction de ce dos­sier qui fait inter­ve­nir David Ray Grif­fin et Daniele Gan­ser que vous connais­sez bien, mais aus­si Paul Lan­noye, Jean Bric­mont, et Michel Weber.

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Cou­ver­ture du jour­nal Kai­ros, octobre 2013
(pos­si­bi­li­té de le com­man­der depuis la France)


Som­maire du dos­sier : “11 sep­tembre : le can­cer du doute”

- « 21 rai­sons de remettre en ques­tion la ver­sion offi­cielle sur le 11-Sep­tembre » : un aper­çu non exhaus­tif des inco­hé­rences fac­tuelles qui ali­mentent le doute, de David Ray Grif­fin.

- « La guerre sans fin contre le ter­ro­risme » : les lourdes consé­quences sur la géo­po­li­tique mon­diale d’un évé­ne­ment dont la lec­ture offi­cielle reste à démon­trer, de Paul Lan­noye (www.paullannoye.be)

- « La cyber-contes­ta­tion face à l’aversion des médias » : l’autisme des médias tra­di­tion­nels face à un doute qui trouve à s’exprimer par d’autres canaux, de Oli­vier Tay­mans. (www.epouvantails.net)

- « La stra­té­gie de la ten­sion » : com­ment l’histoire des opé­ra­tions secrètes menées par les démo­cra­ties ali­mente la méfiance face à la ver­sion offi­cielle sur le 11-Sep­tembre, de Daniele Gan­ser. (www.danieleganser.ch)

- « Le 11-Sep­tembre entre mythe et grand récit » : com­ment lire l’événement, sa mise en spec­tacle et sa récep­tion par l’individu et la socié­té dans une pers­pec­tive his­to­ri­co-cultu­relle élar­gie, de Michel Weber.

- « Inside job ? Who cares ? »: échanges avec un intel­lec­tuel anti-impé­ria­liste (Jean Bric­mont) sur l’intérêt de faire toute la lumière sur cet évé­ne­ment. Inter­view de Oli­vier Tay­mans.


11-Sep­tembre : le can­cer du doute

Par Oli­vier Tay­mans, pour Kai­ros, octobre 2013

« La guerre menée par le ter­ro­risme contre ses adver­saires décla­rés est tout à fait invrai­sem­blable.

Pour être cré­dible, cette his­toire exi­ge­rait tri­ple­ment et simul­ta­né­ment une exces­sive stu­pi­di­té des ter­ro­ristes,
une incom­pé­tence extra­va­gante des ser­vices poli­ciers, et une folle irres­pon­sa­bi­li­té des médias.

Cette invrai­sem­blance est telle qu’il est impos­sible d’admettre que le ter­ro­risme soit réel­le­ment ce qu’il pré­tend être. »


Michel Bou­nan, Logique du ter­ro­risme

Dans un petit ouvrage salu­taire inti­tu­lé Prin­cipes élé­men­taires de pro­pa­gande de guerre, l’historienne Anne Morel­li recom­mande, innom­brables exemples à l’appui, de pra­ti­quer avec assi­dui­té le doute sys­té­ma­tique face à toute com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale, que ce soit en temps de guerre froide, chaude ou tiède. Après les atten­tats du 11 sep­tembre 2001, qui ont sus­ci­té de la part de l’Occident, et des États-Unis en par­ti­cu­lier, une décla­ra­tion de guerre indé­fi­nie et sans fin contre le ter­ro­risme, cette der­nière notion prend d’ailleurs tout son sens. Com­ment nier que c’est bien dans une com­mu­ni­ca­tion de guerre, et par consé­quent dans la pro­pa­gande, que les auto­ri­tés états-uniennes ont ver­sé dès le jour des atten­tats ? On se sou­vient peu aujourd’hui que dans le sillage du 11-Sep­tembre, le ministre de la Défense Donald Rum­sfeld avait créé un « Office of Stra­te­gic Influence » [[Voir par exemple : « How rocket scien­tists got into the hearts-and-minds game », US News, 17/04/2005 ;
et « Penta­gon plans pro­pa­gan­da war », BBC News, 20/02/2002.]] ouver­te­ment char­gé de conce­voir et dif­fu­ser une pro­pa­gande de guerre qui don­ne­rait l’avantage aux États-Unis dans leur ‘guerre contre le ter­ro­risme’.

Cepen­dant, dans le cas du 11-Sep­tembre, bien plus qu’un devoir ou une néces­si­té, le doute s’est très vite impo­sé comme une évi­dence, tant l’ensemble des aspects de cet évé­ne­ment his­to­rique a été de nature à sus­ci­ter la sus­pi­cion. Que cette tra­gé­die, au-delà du choc qu’elle infli­geait à une nation, soit tom­bée à pic pour une par­tie de ses diri­geants, per­sonne n’en doute encore réel­le­ment. La direc­tion qu’a prise la poli­tique inter­na­tio­nale des États-Unis après le 11-Sep­tembre res­sem­blait trait pour trait à ce que les poids lourds de la future admi­nis­tra­tion Bush avaient esquis­sé dans le cadre du Pro­ject for the New Ame­ri­can Cen­tu­ry[[Ce think tank répu­bli­cain a notam­ment publié, en sep­tembre 2000, un docu­ment inti­tu­lé Rebuil­ding America’s Defenses, qui appe­lait de ses voeux, entre autres, un ren­for­ce­ment mas­sif de la pré­sence mili­taire états-unienne au Moyen Orient, tout en recon­nais­sant que « ce pro­ces­sus de trans­for­ma­tion […] sera sans doute long en l’absence d’un évé­ne­ment catas­tro­phique et cata­ly­seur – comme un nou­veau Pearl Har­bor ».

Voir : http://www.newamericancentury.org]]. Mieux, les guerres qui ont résul­té des atten­tats étaient sou­hai­tées, voire pré­pa­rées, bien avant l’événement, comme le sou­ligne Paul Lan­noye dans son article. Mais de là à pen­ser que ces mêmes diri­geants auraient lais­sé faire, favo­ri­sé, voire en par­tie orga­ni­sé ce crime spec­ta­cu­laire, il y a un pas dou­lou­reux, qu’il convient de bien consi­dé­rer avant d’éventuellement se déci­der à le fran­chir.

En effet, les impli­ca­tions d’un tel scé­na­rio seraient tel­le­ment ver­ti­gi­neuses qu’elles incitent cer­tains, consciem­ment ou non, à refu­ser tout net de sim­ple­ment l’envisager. Sans tirer de conclu­sions hâtives, il est utile de sou­pe­ser les impli­ca­tions pos­sibles et de les éva­luer, tel le scien­ti­fique qui for­mule des hypo­thèses, valide celles qui se véri­fient et inva­lide les autres pour construire un modèle théo­rique.

Si vrai­ment une par­tie du pou­voir états-unien a trem­pé dans cette abo­mi­na­tion, tous les beaux dis­cours sur l’exportation de la démo­cra­tie et la lutte contre les dic­ta­teurs seraient réduits à des bobards à géo­mé­trie variable qui cachent mal une soif de pétrole et de domi­na­tion géo­po­li­tique. Mais ça, on com­men­çait à s’en dou­ter, même sans l’éclairage du 11-Sep­tembre.

Par contre, cela pour­rait en outre signi­fier que les États-Unis ont besoin d’ennemis pour per­pé­tuer leur domi­na­tion et jus­ti­fier le modèle qui la sous-tend, et que par­tagent leurs nom­breux alliés, en par­ti­cu­lier au sein de l’OTAN. Cela impli­que­rait éga­le­ment que la démo­cra­tie telle que nous la connais­sons est pro­fon­dé­ment viciée, et qu’un théâtre qui joue avec nos vies serait mis en scène par des inté­rêts hors de tout contrôle. Ulti­me­ment, cela signi­fie­rait que ceux vers les­quels nous nous tour­nons ins­tinc­ti­ve­ment pour notre sécu­ri­té en cas de détresse, nos diri­geants, peuvent être nos enne­mis.

Au vu de la dou­lou­reuse ampleur de ces impli­ca­tions, il est vital d’en avoir le coeur net : s’il y a le moindre doute, il faut remuer ciel et terre pour éta­blir la véri­té. Et mal­heu­reu­se­ment, les doutes sont légion. D’une part, il y a de nom­breux pré­cé­dents d’opérations sous fausse ban­nière ouin­side jobs, comme l’explique dans ce dos­sier l’historien suisse Daniele Gan­ser, y com­pris et en par­ti­cu­lier de la part des puis­sances démo­cra­tiques. Il y a aus­si de nom­breuses inco­hé­rences fac­tuelles ou zones d’ombre qui sub­sistent dans la ver­sion offi­cielle des atten­tats, de l’aveu même de cer­tains de ses défen­seurs. Enfin, le doute est fon­dé aus­si au vu de l’attitude du pou­voir états-unien, à qui les familles des vic­times et l’opinion publique ont dû for­cer la main pour obte­nir une enquête tar­dive, et dont le résul­tat est à tout le moins indi­gent, comme l’ont recon­nu par la suite une majo­ri­té de membres de la Com­mis­sion d’enquête offi­cielle.

Quand bien même le doute serait infon­dé, il est deve­nu une réa­li­té qui atteint une par­tie sub­stan­tielle de l’opinion mon­diale et des nations démo­cra­tiques. Or la confiance qu’accordent les peuples aux diri­geants qu’ils élisent est par défi­ni­tion la base même d’une démo­cra­tie saine. Cette confiance est actuel­le­ment gra­ve­ment mise à mal par toute une série d’événements récents qui font dou­ter les peuples de la teneur démo­cra­tique des pays occi­den­taux : men­songes avé­rés sur les mobiles de la guerre en Irak et des sui­vantes, sau­ve­tages rui­neux des banques en crise au détri­ment des dis­po­si­tifs sociaux les plus élé­men­taires, remise en cause des prin­cipes même du fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie dans son ber­ceau grec – et demain peut-être au-delà – par la délé­ga­tion de la prise de déci­sions cru­ciales à des ins­tances non élues, et la liste ne s’arrête pas là. Dans le monde actuel, les rai­sons de se défier des gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques ne manquent pas. A ce titre, il serait vital que ceux-ci com­mencent à prendre en compte l’existence et l’ampleur de cette défiance, et à don­ner au moins l’impression d’une volon­té de l’entendre et de la réduire par des gages de bonne foi. Or, notam­ment dans le cas du 11-Sep­tembre, c’est au contraire que l’on assiste. Le doute légi­time est sys­té­ma­ti­que­ment décré­di­bi­li­sé, voire ridi­cu­li­sé, et plus lar­ge­ment, la résis­tance aux divers reculs démo­cra­tiques est cri­mi­na­li­sée dans une mesure crois­sante. Notons que le 11-Sep­tembre a signé le déclin du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste et a fait recu­ler les liber­tés indi­vi­duelles dans le monde ‘libre’. Si l’on ne s’étonne même plus d’apprendre que la NSA états-unienne est à la Sta­si est-alle­mande ce que le TGV est à la bicy­clette, c’est que la situa­tion est grave.

Grave, mais pas déses­pé­rée. La défiance crois­sante est aus­si un signe de réveil, d’une prise de res­pon­sa­bi­li­té de la part des opi­nions qui demandent désor­mais des comptes aux pou­voirs, qui leur en doivent. Les scep­tiques du 11-Sep­tembre, sou­vent qua­li­fiés de ‘conspi­ra­tion­nistes’, ne sont pas les enne­mis de la démo­cra­tie que cer­tains vou­draient faire d’eux. Bon nombre d’entre eux ne demandent qu’à croire que les États-Unis ont été sur­pris par une attaque sur leur sol, et au-delà, que la démo­cra­tie telle que nous la connais­sons peut encore être sau­vée. Sim­ple­ment, devant la gra­vi­té de l’événement et de ses impli­ca­tions, ils demandent que leurs ques­tions soient enten­dues, et qu’on leur four­nisse des preuves solides qui soient de nature à lever le moindre doute. En regard d’un crime qui a fait recu­ler la paix dans le monde, les liber­tés démo­cra­tiques, et les pers­pec­tives de déve­lop­pe­ment auto­nome de toute une série de pays, leur reven­di­ca­tion ne paraît pas extra­va­gante.

Oli­vier Tay­mans

Coor­di­na­teur du dos­sier

Source de l’ar­ticle : ReOpen911