Honduras : Manuel Zelaya, de retour en retour jusqu’au retour final

Maurice Lemoine

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Source : Mémoire des luttes
http://www.medelu.org/spip.php?article816

« Sí, se pudo ! » (« Oui, on a pu ! ») C’est par cette for­mi­dable ova­tion qu’une foule enthou­siaste a, le same­di 28 mai, à Tegu­ci­gal­pa, accueilli l’avion de la com­pa­gnie véné­zué­lienne Convia­sa dans lequel, en pro­ve­nance de Mana­gua (Nica­ra­gua), ren­trait au pays « son » pré­sident, Manuel Zelaya, ren­ver­sé par un coup d’Etat le 28 juin 2009.

Lors de ce retour ren­du pos­sible par l’accord signé avec le chef de l’Etat hon­du­rien en exer­cice, Por­fi­rio Lobo, grâce à la média­tion des pré­si­dents colom­bien Juan Manuel San­tos et véné­zué­lien Hugo Chá­vez, le 22 mai, à Car­ta­ge­na de las Indias (Colom­bie), « Mel » comme on l’appelle affec­tueu­se­ment dans son pays, était accom­pa­gné par une délé­ga­tion très repré­sen­ta­tive de l’importance que l’Amérique latine accorde à l’événement.

Etaient en effet pré­sents à ses côtés : les ministres des affaires étran­gères véné­zué­lien et boli­vien Nicolás Madu­ro et David Cho­que­huan­ca ; le repré­sen­tant de la pré­si­dence de la Répu­blique Domi­ni­caine (où Zelaya a vécu exil pen­dant seize mois) Miguel Mejía ; l’ancien pré­sident pan­améen Martín Tor­ri­jos ; l’ex-sénatrice colom­bienne Pie­dad Cór­do­ba ; des repré­sen­tants des par­tis poli­tiques de gauche récem­ment réunis à Mana­gua, dans le cadre du Forum de São Pau­lo ; des membres des Par­le­ments andin et cen­tra­mé­ri­cain ; le prêtre catho­lique sal­va­do­rien Andrés Tamayo, expul­sé par le gou­ver­ne­ment du put­schiste Rober­to Miche­let­ti, pour sa proxi­mi­té avec les sec­teurs popu­laires hon­du­riens. La veille, étaient arri­vés le secré­taire géné­ral de l’Organisation des Etats amé­ri­cains (OEA) José Miguel Insul­za et la ministre des affaires étran­gères colom­bienne María Ánge­la Hol­guín.

Sur la place Isis Obed Murillo – rebap­ti­sée du nom d’un jeune homme assas­si­né à cet endroit par l’armée, une semaine après le coup d’Etat –, face aux dra­peaux rouges du Front natio­nal de résis­tance popu­laire (FNRP) et bleus de la Répu­blique du Hon­du­ras, Zelaya a remer­cié ses sym­pa­thi­sants pour s’être « main­te­nus sur le pied de guerre » et avoir « tra­vaillé sans repos pour son retour », avant de rendre hom­mage « à ceux qui sont tom­bés dans cette bataille, à ceux qui ont ver­sé leur sang sur cette place », allu­sion directe à Isis Obed Murillo. « Ce sang n’a pas cou­lé en vain. » Deux années d’une lutte par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile ont vrai­sem­bla­ble­ment, à cet ins­tant, re-défi­lé dans plus d’un esprit enfié­vré.

Ce matin du diman­­che 28 juin 2009, 15 000 urnes avaient été ins­­tal­­lées dans les parcs des prin­ci­pales agglo­mé­ra­tions hon­du­riennes. Après la col­lecte de presque 500 000 signa­tu­res, dans le cadre de la loi de par­ti­ci­pa­tion citoyenne, la ques­tion qui devait être sou­mise aux élec­teurs était la sui­vante : « Etes-vous d’accord pour que, lors des élec­tions géné­rales de novembre 2009, soit ins­tal­lée une qua­trième urne pour déci­der de la convo­ca­tion d’une Assem­blée natio­nale consti­tuante des­ti­née à éla­bo­rer une nou­velle Consti­tu­tion poli­tique ? » Déjà pré­sent dans le pays, le direc­teur des opé­ra­tions élec­to­ra­les de l’Organisation des Etats amé­ri­cains (OEA), Raúl Alco­na­da, avait décla­ré : « Espé­rons que cette parti­ci­pa­tion se dérou­lera de manière paci­fi­que et que les grou­pes poli­ti­ques qui s’y sont oppo­sés sau­ront faire une lec­ture appro­priée de ce que signi­fie une participa­tion poli­ti­que citoyenne. » De puis­sants inté­rêts voyant d’un très mau­vais œil ces pré­misses d’une démo­cra­tie plus « par­ti­ci­pa­tive », son sou­hait ne sera pas enten­du.

Il est cinq heures du matin quand, obéis­sant aux ordres du géné­ral Romeo Vás­quez, chef de l’état-major conjoint des forces armées, des mili­taires pénètrent dans la rési­dence du pré­sident Manuel Zelaya et le maî­trisent bru­ta­le­ment. Deux heures plus tard, après une escale de 45 minutes sur la base mili­taire amé­ri­caine de Pal­me­ro­la (située en ter­ri­toire hon­du­rien), un avion le dépo­se­ra, en pyja­ma, sur une piste de l’aéroport inter­na­tio­nal Juan San­ta­maría, à San José, au Cos­ta Rica.

Avec l’accord de la qua­si-tota­li­té des dépu­tés, le pré­sident du Congrès, Rober­to Miche­let­ti, cau­dillo gro­tesque et ana­chro­nique aux allures de mafieux ita­lien, membre comme Zelaya du Par­ti libé­ral (PL), prête ser­ment pour le rem­pla­cer. Tan­dis qu’est ins­tau­ré un couvre-feu et que la répres­sion se déchaîne contre les mil­liers de par­ti­sans du chef de l’Etat légi­time des­cen­dus dans la rue, la « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale » – OEA, Orga­ni­sa­tion des Nations unies (ONU), Union euro­péenne, Sys­tème d’intégration cen­tra­mé­ri­cain (SICA), Groupe de Rio, Alliance boli­va­rienne des peuples d’Amérique (ALBA), Union des nations sud-amé­ri­caines (Una­sur) – condamne le golpe [1].

Le 3 juillet, la Cour suprême de jus­tice (CSJ) rejette la demande du secré­taire géné­ral de l’OEA, José Miguel Insul­za, dépê­ché en hâte à Tegu­ci­gal­pa pour obte­nir le retour au pou­voir du chef de l’Etat ren­ver­sé (et non « déchu » comme l’ont rabâ­ché tant de médias !). Le traître Miche­let­ti annonce que Zelaya sera jugé pour… tra­hi­son ! s’il rentre au Hon­du­ras. Peine per­due… Le 5 juillet, ayant pris place à bord d’un avion véné­zué­lien, le pré­sident légi­time tente de se poser sur l’aéroport Ton­contín de Tegu­ci­gal­pa. La veille, dans un mes­sage trans­mis obli­ga­toi­re­ment par toutes les chaînes de télé­vi­sion, le car­di­nal Óscar Rodrí­guez a ten­té de l’en dis­sua­der : son retour risque de pro­vo­quer un bain de sang. Voi­là pour le gou­pillon. Le sabre, lui, dès les pre­mières heures de la mati­née, occupe les abords de l’aéroport pour répri­mer les mani­fes­ta­tions et place des camions mili­taires en tra­vers des deux pistes pour empê­cher l’atterrissage du pré­sident. Qui doit renon­cer. Pro­vi­soi­re­ment.

Les pres­sions exer­cées pour cal­mer ses ardeurs ne manquent pas. Le 7 juillet, alors que les Etats-Unis tentent d’obtenir l’accord du « pré­sident inté­ri­maire » ( !) pour que Zelaya puisse ter­mi­ner les six mois de gou­ver­ne­ment qui lui res­tent, « avec des pou­voirs limi­tés et clai­re­ment défi­nis » – c’est-à-dire avec les attri­bu­tions d’une potiche –, la secré­taire d’Etat Hil­la­ry Clin­ton lui recom­mande de faire tout son pos­sible pour évi­ter une situa­tion comme celle vécue le dimanche pré­cé­dent, quand il a sur­vo­lé le pays. Dix jours plus tard, le porte-parole du Dépar­te­ment d’Etat, Robert Wood, revient à la charge : il exprime clai­re­ment l’opposition de Washing­ton à une nou­velle ten­ta­tive de retour, esti­mant qu’une telle ini­tia­tive « met­trait en dan­ger les efforts de média­tion du pré­sident cos­ta­ri­cien Oscar Arias ». En effet, consciente de l’influence déter­mi­nante des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes sié­geant au sein de l’OEA, Hil­la­ry Clin­ton a habi­le­ment manœu­vré avec ses alliés pour ôter à cet orga­nisme la ges­tion du cas hon­du­rien et pour le dépo­ser entre des mains amies.

Alors que les demandes de pru­dence de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale » – à l’exception des pays membres de l’ALBA – se mul­ti­plient, Zelaya sur­git à Las Manos, à la fron­tière hon­du­ro-nica­ra­guayenne, le 24 juillet. L’armée hon­du­rienne a décré­té le couvre-feu dans quatre muni­ci­pios fron­ta­liers et inter­dit le pas­sage aux cen­taines de mani­fes­tants venus l’appuyer. Si leur pré­sident entre briè­ve­ment sur le ter­ri­toire natio­nal, il doit rebrous­ser che­min pour évi­ter d’être arrê­té.

Le pou­voir croit avoir gagné la par­tie. Fin août, démarre la cam­pagne élec­to­rale qui, le 29 novembre sui­vant, per­met­tra de faire pas­ser par pro­fits et pertes la rup­ture de l’ordre consti­tu­tion­nel. C’est comp­ter sans l’opiniâtreté et le cou­rage de Zelaya. Le 21 sep­tembre, 86 jours après avoir été expul­sé par la force des baïon­nettes, celui qui repré­sente la volon­té du peuple rentre clan­des­ti­ne­ment à Tegu­ci­gal­pa et trouve refuge à l’ambassade du Bré­sil. Quelque 4 000 de ses par­ti­sans qui passent la nuit devant la rési­dence sont très vio­lem­ment délo­gés – deux morts et trente bles­sés – le len­de­main à l’aube.

Pen­dant les semaines qui suivent, Zelaya et ceux qui l’accompagnent vont subir un véri­table cal­vaire, entou­rés d’un fort dis­po­si­tif mili­taire et poli­cier, pri­vés d’eau, de télé­phone, d’électricité, inon­dés de gaz toxiques, sou­mis à une tor­ture phy­sique et psy­cho­lo­gique par l’émission de sons de haute fré­quence et, la nuit, par de puis­santes illu­mi­na­tions de pro­jec­teurs. Avec l’appui clai­re­ment expri­mé du pré­sident bré­si­lien Luiz Iná­cio Lula da Sil­va, qui met en garde Miche­let­ti contre toute inter­ven­tion dans l’ambassade, les insur­gés tiennent bon.

En insuf­flant de l’énergie à ses par­ti­sans, la pré­sence de Zelaya dans son pays oblige le média­teur Óscar Arias à s’activer pour sor­tir la négo­cia­tion des manœuvres dila­toires dans les­quelles, à des­sein, elle s’embourbait. Le 30 octobre, les repré­sen­tants du gou­ver­ne­ment légi­time et de la dic­ta­ture s’entendent sur le réta­blis­se­ment de Zelaya dans ses fonc­tions avant le 5 novembre, et sur la nomi­na­tion d’un gou­ver­ne­ment d’unité et de récon­ci­lia­tion. Dans les faits, et tan­dis que le Congrès retarde le vote per­met­tant le retour du chef d’Etat consti­tu­tion­nel, Miche­let­ti s’offre un cabi­net qu’il dirige lui-même et en écarte tout repré­sen­tant zelayiste, au mépris de ses enga­ge­ments. Le 5 novembre, Zelaya met un terme à l’imposture : « A comp­ter de cette date, et quoi qu’il arrive, je n’accepterai aucun accord de retour à la pré­si­dence de la Répu­blique per­met­tant de cou­vrir ce coup d’Etat. »

En phase avec son lea­der, le Front natio­nal de résis­tance contre le coup d’Etat (FNRG) annonce, le 9 novembre, que le délai fixé à San José pour le retour du pré­sident légi­time étant dépas­sé, il ne recon­naî­tra pas les élec­tions géné­rales qui doivent avoir lieu vingt jours plus tard. Mul­ti­pliant les pro­vo­ca­tions, le Congrès annonce qu’il se réuni­ra le 2 décembre – soit trois jours après le scru­tin ! – pour déci­der d’un éven­tuel réta­blis­se­ment de Zelaya dans ses fonc­tions. Au jour dit, lais­sant écla­ter au grand jour à quel point la négo­cia­tion de San José a été une farce, les dépu­tés la rejettent (111 voix contre, 14 pour). Cela n’empêche pas les Etats-Unis de faire savoir qu’ils recon­naî­tront la vali­di­té de la consul­ta­tion à venir.

Le 27 jan­vier 2010, élu pour le compte du Par­ti natio­nal (PN), et au terme d’un scru­tin orga­ni­sé par un gou­ver­ne­ment illé­gi­time, Por­fi­rio Lobo accède à la pré­si­dence, comme si rien ne s’était pas­sé. Dans son uni­forme de gala, le géné­ral Vás­quez défile à son côté. Fai­sant par­tie des trois seuls chefs d’Etat qui assistent à l’investiture [2], le pré­sident domi­ni­cain Leo­nel Fernán­dez emmène Zelaya dans son avion du retour, en tant qu’ « hôte invi­té » de son pays. Nom­mé dépu­té à vie, Miche­let­ti béné­fi­cie d’une amnis­tie poli­tique.

Tous les gol­pis­tas s’auto-absolvent, se récom­pen­sant les uns les autres et s’offrant des postes impor­tants (le géné­ral Vás­quez reçoit la direc­tion de l’Entreprise hon­du­rienne de télé­com­mu­ni­ca­tions Hon­du­tel). Autre acteur majeur du pro­nun­cia­men­to, le géné­ral Miguel Angel García Pad­gett est nom­mé atta­ché mili­taire à l’ambassade hon­du­rienne à Mexi­co. Ega­le­ment com­plices du coup d’Etat et du régime de fac­to, les membres de la Cour suprême de jus­tice (CSJ), du Minis­tère public (MP) et du Tri­bu­nal suprême élec­to­ral (TSE) sont main­te­nus à leurs postes, au sein d’un pré­ten­du gou­ver­ne­ment d’unité et de récon­ci­lia­tion natio­nale.

En revanche, des man­dats d’arrêt sont lan­cés contre Zelaya « pour avoir dépen­sé de manière illé­gale 57 mil­lions de lem­pi­ras [2 mil­lions d’euros] en frais de publi­ci­té » pour la consul­ta­tion pré­ten­du­ment illi­cite du 28 juin. S’il rentre, il sera immé­dia­te­ment arrê­té. Cette situa­tion ne semble guère trou­bler le prix Nobel de la paix Barack Oba­ma : « Les Etats-Unis gèrent l’économie, l’armée, les rela­tions inter­na­tio­nales et les com­bus­tibles, s’emporte Zelaya, depuis Saint- Domingue. Je ne com­prends pas pour­quoi ils per­mettent qu’on élise un pré­sident ; il vau­drait mieux qu’ils nomment un gou­ver­neur [3] ! »

Pour­tant, la situa­tion ain­si créée ne signi­fie pas une défaite défi­ni­tive des forces démo­cra­tiques. Pen­dant tous ces mois, le mou­ve­ment popu­laire s’est ren­for­cé et le FNRG – dont la reven­di­ca­tion ini­tiale était le retour incon­di­tion­nel du pré­sident – se trans­forme en Front natio­nal de résis­tance popu­laire (FNRP), avec comme coor­di­na­teur « Mel » Zelaya. Au pre­mier objec­tif, qui demeure intan­gible, il en ajoute un second : la convo­ca­tion d’une Assem­blée natio­nale consti­tuante (ANC) pour refon­der l’Etat. La très dure répres­sion déclen­chée par le pou­voir fera (au mini­mum) une cen­taine de morts, mais, jamais, ne par­vien­dra à affai­blir la déter­mi­na­tion du mou­ve­ment.

Confron­té à la mon­tée en puis­sance de cette Résis­tance – qui, lors de son Assem­blée des 26 et 27 février 2011, a annon­cé l’auto-convocation d’une ANC -, exclu de l’OEA, non recon­nu par l’Argentine, la Boli­vie, le Bré­sil, l’Equateur, le Nica­ra­gua, le Para­guay et le Vene­zue­la, en proie à une grave crise éco­no­mique (car ne béné­fi­ciant plus du pétrole bon mar­ché de Cara­cas !), le gou­ver­ne­ment hon­du­rien doit impé­ra­ti­ve­ment des­ser­rer l’étau en « nor­ma­li­sant » la situa­tion.

La demande la plus pres­sante (la seule, en réa­li­té) de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­nale » est le retour de Zelaya. Met­tant en fureur ses sec­teurs les plus droi­tiers, Lobo a com­men­cé à pré­pa­rer le ter­rain en pro­mul­guant le décret 005‑2011 (14 février 2011) par lequel il auto­rise la pro­cu­reure géné­rale Ethel Deras Enamo­ra­do à « s’abstenir de pré­sen­ter des recours légaux ou d’autres actions judi­ciaires dans les pro­cès en matière pénale actuel­le­ment en cours contre le citoyen José Manuel Zelaya Rosales ». Ensuite, il exer­ce­ra une pres­sion non dis­si­mu­lée sur la Cour suprême de jus­tice pour qu’elle annule les « pro­cès pour cor­rup­tion » (inven­tés de toutes pièces !) inten­tés contre Zelaya – ce qui sera fait le 3 mai. La veille, José Miguel Insul­za avait anti­ci­pé cette issue en rap­pe­lant que l’annulation des deux juge­ments « pour­rait per­mettre le retour du Hon­du­ras au sein de l’OEA ».

Trois semaines aupa­ra­vant, le 9 avril, et cha­cun pour­sui­vant des objec­tifs à la fois com­muns et diver­gents, les pré­si­dents colom­bien (allié incon­di­tion­nel de Washing­ton) et véné­zué­lien (chef de file de l’anti-impérialisme dans la région) avaient créé une forte sur­prise en fai­sant connaître leur rôle conjoint de média­teurs (approu­vé par Zelaya), lors d’une ren­contre au cours de laquelle les deux enne­mis jurés Lobo et Chá­vez s’étaient ser­ré la main.
C’est cette démarche, appuyée au Hon­du­ras par le FNRP et, entre autres, à l’extérieur, par la réso­lu­tion finale du XVIIe Forum de São Pau­lo, qui, le 22 mai, a abou­ti à la signa­ture entre Lobo et Zelaya de l’Accord dit de Car­ta­ge­na : Accord pour la récon­ci­lia­tion natio­nale et la conso­li­da­tion du sys­tème démo­cra­tique dans la Répu­blique du Hon­du­ras. Puis, le 28, au retour de Zelaya.

L’une des prin­ci­pales reven­di­ca­tions du Front est satis­faite : il retrouve avec enthou­siasme le diri­geant qui fédère son hété­ro­gé­néi­té – et se défi­nit désor­mais comme un « libé­ral pro-socia­liste ». Il s’agit d’une incon­tes­table vic­toire. Pour s’en convaincre, il suf­fit d’observer les réac­tions de l’oligarchie tra­di­tion­nelle et de l’ex-putschiste Miche­let­ti, pas loin d’accuser Lobo de « tra­hi­son de la patrie ». Tou­te­fois, la pré­sence de « Mel » sur le ter­ri­toire natio­nal n’est qu’un des quatre points sur lequel porte l’Accord de Car­ta­ge­na : 1) le retour des exi­lés, dont l’ancien chef de l’Etat, avec garan­tie de leur sécu­ri­té ; 2) la recon­nais­sance du FNRP en tant que par­ti poli­tique ; 3) la mise en place d’une Assem­blée natio­nale consti­tuante « par­ti­ci­pa­tive et démo­cra­tique » ; 4) le déman­tè­le­ment des struc­tures gol­pis­tas et le châ­ti­ment des res­pon­sables.

Si les deux pre­miers points sont acquis, le pré­sident du Congrès, Juan Orlan­do Hernán­dez, s’étant enga­gé à faire recon­naître le FNRP par décret [4], de forts doutes demeurent sur (point 3) les condi­tions dans les­quelles le pou­voir accep­te­ra l’organisation de la Consti­tuante et (point 4) sur une réor­ga­ni­sa­tion « démo­cra­tique » des struc­tures de l’Etat et la fin d’une répres­sion qui se pour­suit.

Dans ces condi­tions, on ne s’étonnera guère que les prin­ci­paux diri­geants du Front (Ber­ta Cáceres, Car­los Reyes, Juan Bara­ho­na, etc.), de très nom­breuses orga­ni­sa­tions de base et mili­tants, mais aus­si le pré­sident équa­to­rien Rafael Cor­rea, estiment pré­ma­tu­ré un retour du Hon­du­ras au sein de l’OEA (une Assem­blée géné­rale extra­or­di­naire de cette der­nière étant convo­quée à Washing­ton, le 1er juin, pour évo­quer cette pos­si­bi­li­té). La pré­ci­pi­ta­tion n’est pas de mise et rien n’empêche de tes­ter la sin­cé­ri­té du gou­ver­ne­ment Lobo. Après tout, c’est bien la rai­son pour laquelle, à Car­ta­ge­na, a été créée une Com­mis­sion de véri­fi­ca­tion com­po­sée de la Colom­bie et, sur­tout, compte tenu de la confiance que les mou­ve­ments sociaux hon­du­riens mettent en elle, de la Répu­blique boli­va­rienne du Vene­zue­la.

On trou­ve­ra un repor­tage sur la situa­tion au Hon­du­ras – « Bras de fer entre pour­voir et Résis­tance au Hon­du­ras » – dans Le Monde diplo­ma­tique de juin.

[1] Coup d’Etat.

[2] Les deux autres sont le Panamá et Taï­wan.

[3] Canal 13 de la télé­vi­sion domi­ni­caine, 21 février 2011.

[4] Le FNRP ne recon­naît pas l’autorité du Tri­bu­nal suprême élec­to­ral « put­schiste », théo­ri­que­ment habi­li­té à gérer cette recon­nais­sance des par­tis.