We kill people based on metadata

par Thomas Michel

Zin TV

“We kill people based on metadata”

Micheal Hay­den

Micheal Hay­den est un géné­ral amé­ri­cain de la Uni­ted States Air Force. Il a été direc­teur de la NSA (Natio­nal Secu­ri­ty Agen­cy) de 1999 à 2005 et direc­teur de la CIA (Cen­tral Intel­li­gence Agen­cy) de 2006 à 2009. Selon ses dires : “Nous [les États-Unis d’Amérique] tuons les gens en se basant sur leurs méta­don­nées” ; pro­non­cé lors d’un débat The Price of Pri­va­cy, enre­gis­tré en 2014. L’en­tiè­re­té de son inter­ven­tion est à regar­der ici ; la cita­tion est à 18:01.

Des données sur les données

C’est avé­ré, recon­nu par l’a­gence, la NSA se sert des méta­don­nées pour sélec­tion­ner ses cibles, les loca­li­ser, puis les abattre. Le plus sou­vent par drone. On peut désor­mais tuer une per­sonne, par frappes dites “chi­rur­gi­cales”, à des mil­liers de kilo­mètres de dis­tance et sans aucune inter­ven­tion humaine de ter­rain (mobile-tra­cking tech­no­lo­gy)… et ceci, grâce aux méta­don­nées lais­sées sur la toile, dans les ordi­na­teurs et les objets connec­tés.

It’s real­ly like we’re tar­ge­ting a cell phone. We’re not going after people – we’re going after their phones, in the hopes that the per­son on the other end of that mis­sile is the bad guy.”

“C’est comme si nous ciblions un télé­phone por­table. On ne cherche pas les per­sonnes — on cherche leurs télé­phones, dans l’es­poir que la per­sonne à l’autre bout du mis­sile soit celle à abattre”.

Un opé­ra­teur de drone

Dans les eaux troubles du numérique

Inter­net est entrée dans les mœurs. Consul­ter ses mails, télé­char­ger des fichiers, obte­nir une infor­ma­tion en ligne font aujourd’­hui — pour une écra­sante majo­ri­té d’entre nous (en Occi­dent du moins) — par­tie des gestes du quo­ti­dien. Aus­si, c’est un lieu com­mun, l’In­ter­net regorge de pos­si­bi­li­tés. Tou­te­fois, depuis ses débuts, ce réseau de réseaux s’est déve­lop­pé en paral­lèle et avec des tech­niques de contrôle, de sur­veillance et de répres­sion, dont les consé­quences sont de plus en plus visibles aujourd’­hui. En effet, notre usage de l’In­ter­net nous dénonce : Inter­net ou le plus for­mi­dable outil de contrôle que l’être humain n’ait jamais mis au point ?

Même s’il se veut libre, démo­cra­tique, trans­pa­rent… (ce qu’il pou­vait pré­tendre être à ses débuts), depuis les années nonante, le World Wide Web s’est pro­gres­si­ve­ment vu acca­pa­ré par les entre­prises (très majo­ri­tai­re­ment nord-amé­ri­caines !) de ser­vices tech­no­lo­giques, jus­qu’au capi­ta­lisme des pla­te­formes et de la “dis­rup­tion” (rup­ture) d’au­jourd’­hui. Répondre aux ques­tions : qui détient les don­nées des uti­li­sa­teurs ? com­ment sont-elles uti­li­sées ? à quelles fins ? suf­fit à com­prendre la trans­for­ma­tion qu’à subit ce réseau. Loin des ambi­tions “libres” des débuts, per­met­tant le contrôle et le par­tage des pro­grammes et des don­nées par l’u­ti­li­sa­teur, le culte du secret indus­triel et la pro­prié­té des bre­vets se sont impo­sés, selon la logique liber­ta­rienne de la Sili­con Val­ley, et ce, paral­lè­le­ment à l’a­vè­ne­ment des socié­tés de contrôle. Que dire des for­mi­dables pos­si­bi­li­tés que pro­pose la toile, alors qu’une écra­sante majo­ri­té des com­mu­ni­ca­tions d’au­jourd’­hui passent par l’Internet, lors­qu’un gou­ver­ne­ment choi­sit de décon­nec­ter sa popu­la­tion du réseau mon­dial pour mieux conte­nir une révolte ? Pour pis­ter et sur­veiller des oppo­sants poli­tiques et ain­si les empê­cher de s’or­ga­ni­ser ? Ou sim­ple­ment pour fil­trer des résul­tats de recherche et influen­cer l’o­pi­nion ?

Ain­si, l’u­ti­li­sa­tion de l’In­ter­net est tout sauf ano­dine. Elle nous expose à la sur­veillance, à la répres­sion, sans par­ler de son aspect ren­table. C’est connu : si c’est gra­tuit, c’est que vous êtes le pro­duit. Les méta­don­nées (qui peuvent ser­vir à tuer) sont l’or du 21ème siècle. Autre­ment dit, la gra­tui­té n’est pas la liber­té. La moné­ti­sa­tion des don­nées per­son­nelles a ren­du en une petite dizaine d’an­nées les GAFAM (Google, Ama­zon, Face­book, Apple, Micro­soft) et autres BAXT (Bai­du, Ali­ba­ba, Tencent et Xiao­mi) plus hégé­mo­niques, riches et influentes que les com­pa­gnies de pétrole les plus pros­pères. Qui dit gra­tuit, dit maxi­mum de pro­fit. Aujourd’hui, la concen­tra­tion du capi­tal passe essen­tiel­le­ment par le biais des nou­velles tech­no­lo­gies. Les algo­rithmes de nos appli­ca­tions servent les inté­rêts de ceux qui les pro­gramment. Et comme nous en a aver­ti le phi­lo­sophe Louis Althus­ser, à par­tir d’une tech­nique, on peut déter­mi­ner une idéo­lo­gie. Lors­qu’on a plus une once d’in­ti­mi­té, on est dans un sys­tème tota­li­taire…

TOUJOURS PLUS PUISSANT

Quar­tiers géné­raux de la NSA, Fort Meade, Mary­land, USA

D’au­tant que les choses vont vites. Bien plus vites que nos habi­tudes. Selon cer­tains médias spé­cia­li­sés dans le numé­rique, Google aurait réus­si à la ren­trée 2019 le pre­mier cal­cul quan­tique impos­sible à réa­li­ser par un ordi­na­teur tra­di­tion­nel. Vu comme un pro­grès majeur pour l’in­dus­trie et la recherche, ces ordi­na­teurs dits “quan­tiques” se révèlent être de for­mi­dables outils de sur­veillance de masse. En effet, ces machines d’un nou­veau genre et d’une rapi­di­té inégalable rendent caduques les algo­rithmes de chif­fre­ment, même les plus récents — ce que n’a pas tar­dé à confir­mer la NSA. L’a­gence annonce d’ailleurs tra­vailler au déve­lop­pe­ment de nou­velles normes pour les contrer…

Connue pour la pres­sion qu’elle a exer­cé par le pas­sé — pres­sion qu’elle exerce très cer­tai­ne­ment encore aujourd’­hui — sur une orga­ni­sa­tion comme le NIST (Natio­nal Ins­ti­tute of Stan­dards and Tech­no­lo­gyqui comme son nom l’indique déve­loppe la majo­ri­té des stan­dards uti­li­sés aujourd’hui, de concert avec les indus­triels, ou sur les inven­teurs du célèbre chif­fre­ment « RSA » (très uti­li­sé dans les échanges de don­nées confi­den­tielles sur la toile) pour inclure des failles dans les normes de sécu­ri­té afin de pou­voir les exploi­ter, ceci ne pré­sage rien de bon pour l’a­no­ny­mat, la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles en ligne ou les idées non-conformes à la doxa atlan­tiste… Enfin, selon la constante de Moore, qui pré­dit que les pos­si­bi­li­tés de cal­culs doublent chaque dix-huit mois, les tech­niques de sur­veillance ont de beaux jours devant elles.

Survivance générale

Nom­breuses sont les asso­cia­tions défendant les liber­tés fon­da­men­tales dans l’environnement numé­rique (la Qua­dra­ture du Net en fait par­tie) à dénon­cer les usages poli­ciers des nou­velles tech­no­lo­gies appli­quées à la sur­veillance. Entre autres, la recon­nais­sance faciale ou le croi­se­ment des méta­don­nées sont en constantes aug­men­ta­tion en Europe. La sur­veillance éta­tique, mise en place en notre nom, se montre de plus en plus arbi­traire et mas­sive, notam­ment à des fins poli­tiques sous des pré­textes sécu­ri­taires. Parce que le sécu­ri­té totale n’existe pas, seule la sur­veillance totale peut endi­guer l’ac­ci­dent ; le syl­lo­gisme : “la liber­té, c’est la sécu­ri­té / la sécu­ri­té, c’est la sur­veillance / donc la liber­té, c’est la sur­veillance” ayant joué un rôle impor­tant dans l’é­ro­sion pro­gres­sive de nos droits… Lors des mani­fes­ta­tions des gilets jaunes en France les poli­ciers ont eu recours à l’identification auto­ma­tique des télé­phones de cer­tains groupes de mani­fes­tants.

En Bel­gique, la loi concer­nant la col­lecte et la conser­va­tion des don­nées dans le sec­teur des com­mu­ni­ca­tions élec­tro­niques (loi du 28 mai 2016 n°2016 – 05-29/03) oblige les socié­tés de télé­com­mu­ni­ca­tion à four­nir au gou­ver­ne­ment belge, à sa demande, des infor­ma­tions sur leurs clients et per­met au pou­voir judi­ciaire et aux ser­vices de police belges d’accéder aux méta­don­nées pen­dant des enquêtes cri­mi­nelles, et ce, sans auto­ri­sa­tion judi­ciaire. Légi­ti­me­ment, ces mêmes asso­cia­tions lut­tant contre la sur­veillance en ligne y voient les pré­misses d’une léga­li­sa­tion du fichage géné­ra­li­sé.

The Mino­ri­ty Report (1956) Phil­lip K. Dick

Lors­qu’à la vidéo-sur­veillance, à l’inter­ception des com­mu­ni­ca­tions élec­tro­niques, aux col­lectes des don­nées de connexion d’un ordi­na­teur, aux récu­pé­ra­tions des méta­don­nées des télé­phones mobiles s’a­joute l’u­ti­li­sa­tion de mar­queurs chi­miques – appe­lés « PMC » pour pro­duits chi­miques mar­quants (uti­li­sés notam­ment lors des mani­fes­ta­tions des Gilets jaunes) –, quel espace reste-il à la contes­ta­tion ? Plus sophis­ti­quées que les flash-balls et les lances à eau des forces de l’ordre, ces tech­no­lo­gies de sur­veillance de masse per­mettent d’i­den­ti­fier effi­ca­ce­ment et rapi­de­ment les lea­ders, afin de leur inter­dire de mani­fes­ter. Et puisque les arres­ta­tions pré­ven­tives sont déjà pra­ti­quées, ces outils ser­vi­ront-ils à l’avenir, comme dans la nou­velle de science-fic­tion de Phil­lip K. Dick « The Mino­ri­ty Report » (1956) à condam­ner la « pré-action » ? Serait-ce le “pré-crime” qui soit main­te­nant tra­qué ? En sub­stance, quel ave­nir pour les luttes sociales ?

Pour un Internet libre, décentralisé et émancipateur

Quoi qu’en disent nos repré­sen­tants, toutes ces mesures ne se résument pas à la seule lutte contre le ter­ro­risme. Elles peuvent s’appliquer à tout un cha­cun (sus­pec­té ou non) dès lors que la mise en place d’une sur­veillance per­son­na­li­sée est sup­po­sée révé­ler des infor­ma­tions utiles à la défense des inté­rêts natio­naux. On ne s’étonnera guère, par rico­chets, de voir des ser­vices de police détour­ner la légis­la­tion pour sur­veiller un citoyen à la suite d’une infrac­tion mineure (l’achat à titre indi­vi­duel de stu­pé­fiants par exemple, mais aus­si après l’organisation d’une mani­fes­ta­tion non décla­rée…). Bien enten­du, la répres­sion des mou­ve­ments sociaux ne date pas d’aujourd’hui. En outre, depuis les atten­tas de mars 2016 à Bruxelles, l’arsenal légis­la­tif et poli­cier ser­vant a étouf­fer les luttes sociales ne cesse de se ren­for­cer. S’ajoute à cela la cen­sure des conte­nus dits “sub­ver­sifs” en ligne, notam­ment via les réseaux sociaux.

La sur­veillance en ligne est une vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­tales. Comme l’a sou­vent répé­té Edward Snow­den, ancien employé de la CIA et sous-trai­tant de la NSA, ayant révé­lé les détails de plu­sieurs pro­grammes de sur­veillance de masse nord-amé­ri­cains et bri­tan­niques, dire que l’on se moque du droit à la vie pri­vée parce que l’on a « rien à cacher » revient à se foutre de la liber­té de la presse parce que l’on a rien à écrire. Le dan­ger vient autant de ce que l’on ignore que de ce que l’on tient pour cer­tain et qui ne l’est pas. Avant les révé­la­tions de l’an­cien sous-trai­tant de la NSA, les repré­sen­tants de l’a­gence avaient tou­jours décla­ré ne col­lec­ter qu’acci­den­tel­le­ment des infor­ma­tions sur les citoyens éta­su­niens. Enfin, comme l’écrivait Aaron Swartz dans son Gue­rilla Open Access Mani­fes­to : « L’infor­ma­tion, c’est le pou­voir. Mais comme pour tout pou­voir, il y a ceux qui veulent le gar­der pour eux ». Nous devons lut­ter contre la sur­veillance de masse autant que pos­sible, en favo­ri­sant le libre accès à l’information, en se pré­mu­nissant contre le fichage géné­ra­li­sé et en favo­ri­sant les outils numé­riques libres.

En somme, peut-être devrions-nous nous ins­pi­rer de ces poli­ciers en civil, aux visages cou­verts, qui durant une mani­fes­ta­tion ou une inter­pel­la­tion retirent leurs bras­sards et/ou leur numé­ro de matri­cule pour ne pas être iden­ti­fiables… Peut-être devrions-nous nous méfier de nos objets connec­tés, qui même s’ils nous rap­prochent et nous per­mettent de nous orga­ni­ser, de par­ta­ger des idées poli­tiques et éman­ci­pa­trices dans un pre­mier temps, nous pistent et nous enferment dans un pro­file type dans un second. Ou tout au moins, devrions-nous apprendre à mieux les uti­li­ser, afin de pou­voir déci­der de ce qu’ils disent de nous.

Bien que la meilleure option pour lut­ter contre la sur­veillance glo­bale des États ou des entre­prises pri­vées reste – très cer­tai­ne­ment – la com­mu­ni­ca­tion par pigeons voya­geurs, les outils numé­riques libres et open-source pour l’anonymat en ligne sont un pre­mier pas vers la maî­trise de nos objets connec­tés.

Matière à penser

“The Dawn of Chris­tia­ni­ty” (1856) de Eras­tus Dow Pal­mer

Cela va sans dire, à l’aune du pro­grès tech­no­lo­gique, la condi­tion humaine a radi­ca­le­ment chan­gé. Il se pour­rait que ce « pro­grès » – dont la « pro­gres­sion » n’est pas vu comme béné­fique par l’en­semble des habi­tants du globe : les nui­sances liées aux nou­velles tech­no­lo­gies étant délo­ca­li­sées – il sem­ble­rait donc que ce « pro­grès » soit un des évé­ne­ments les plus bou­le­ver­sants de notre époque pour ce qui de la nature ou de la liber­té humaine. Le numé­rique et la socié­té s’influencent mutuel­le­ment. Les nou­velles tech­no­lo­gies et les algo­rithmes qui les font fonc­tion­ner ne sont plus de simples intér­mé­diaires, comme pou­vait l’être une lettre pos­tale ou un fax, elles deviennent pro­gres­si­ve­ment notre envi­ron­ne­ment, une manière de per­ce­voir le monde qui nous entoure. Aus­si, sans m’appesantir sur le désastre éco­lo­gique lié à ces tech­no­lo­gies (dont les ana­lyses ne manquent pas), l’au­to­ma­ti­sa­tion réduit la péni­bi­li­té du tra­vail et le sup­prime en même temps, et donc, engendre du chô­mage : le pro­grès tech­nique n’est pas tou­jours syno­nyme de pro­grès social. Petit à petit, l’être humain s’a­dapte aux machines, aux appli­ca­tions qui le guident et l’informent en temps réel et se met à pen­ser par elles – pour ne plus pou­voir pen­ser sans elles ?

Au vu des nou­velles tech­no­lo­gies uti­li­sées par nos gou­ver­ne­ments pour faire la guerre, don­ner la mort ou pour mater un mou­ve­ment social d’ampleur, ces tech­no­lo­gies, autant qu’elles libèrent, pour­raient-elles deve­nir, dans un ave­nir proche, une des prin­ci­pales menaces qui pèsent sur nos liber­tés ? Plus encore si l’on se base sur les rap­ports des (très nom­breux) scien­ti­fiques du rap­port Mea­dow 2, du GIEC, de l’ONU… qui pré­voient un dérè­gle­ment cli­ma­tique violent dans les années à venir, menant à un pos­sible « effon­dre­ment » et donc à des sou­lè­ve­ments mas­sifs et sans pré­cé­dent ?

L’être humain (celui des pays riches en tête) serait-il deve­nu l’ins­tru­ment de ses ins­tru­ments ? Croyant se ser­vir de la tech­nique, ce pour­rait être fina­le­ment lui qui la sert ? Une chose semble se pro­fi­ler : ce que Jacques Ellul appelle le « phé­no­mène tech­nique » ou la pré­oc­cu­pa­tion de notre temps de recher­cher en toutes choses la méthode la plus effi­ciente s’affranchira volon­tiers de toute éthique, de tous prin­cipes moraux – la guerre des drones en est un exemple frap­pant –, au pro­fit de la plus froide, de la plus impla­cable des effi­ca­ci­tés. Ne voit-on pas cette recherche de méthodes ration­nelles, effi­caces, s’étendre pro­gres­si­ve­ment à l’en­semble des acti­vi­tés humaines ? La ques­tion n’est plus qui maî­trise quoi, mais quoi maî­trise qui ?

Pour en reve­nir aux drones une der­nière fois, si les nou­velles tech­no­lo­gies faci­litent la vie, elles faci­litent la mort éga­le­ment.

POUR CONCLURE…

Ci-des­sous, quelques bonnes adresses pour aller plus loin et pour s’ou­tiller :

Guide d’autodéfense numé­rique

PRISM BREAK : Refu­sez les pro­grammes de sur­veillance

Neutrinet.be : neutre, décen­tra­li­sé, avec vous ?

 

Tho­mas Michel, membre du col­lec­tif Zin TV