Ciné d’Attac, “L’INSURRECTION TUNISIENNE”

17.03 2011 /
20h30 Halles de Schaerbeek

Le cinéma d’Attac présente deux reportages sensationnels sur
L’INSURRECTION TUNISIENNE

« LE COMBAT DE LA DIGNITÉ » et
« LA BATAILLE DE KASSERINE »

Dès 20 heures 30 pré­cises, LE GRAND DÉBAT :
« ALORS, COMMENT VA LA RÉVOLUTION…?»

avec notam­ment,

Sel­ma BENKHELIFA, avo­cate bel­go-tuni­sienne
et le juriste Raphaël EL GHRAIBI de retour de Tunis

QUAND LA BELGIQUE SE FROTTAIT LES MAINS…

On est en octobre 2004 à Tunis. Phi­lippe de Bel­gique, bon prince, a accep­té d’être à la tête d’une mis­sion d’hommes d’affaires affai­rés. Pour l’ensemble des médias, ce dépla­ce­ment inté­res­sé s’inscrit dans le cadre des « rela­tions tra­di­tion­nelles d’amitié et de coopé­ra­tion éta­blies » entre les deux Etats. La Bel­gique, il est vrai, est une puis­sance com­mer­ciale bien implan­tée dans la région. Au pal­ma­rès des « oppor­tu­ni­tés » d’exploitation sala­riale offertes aux entre­prises étran­gères par le gou­ver­ne­ment Ben Ali, notre petit pays se classe à la qua­trième place. Ce n’est pas rien. 224 entre­prises belges (majo­ri­tai­re­ment dans les sec­teurs du tex­tile et de l’habillement, les indus­tries élec­triques, élec­tro­niques, agroa­li­men­taires, cuir et chaus­sures) y sont éta­blies.

Mai 2009. Kamel Mor­jane, le ministre tuni­sien de la Défense, et Pie­ter De Crem (son homo­logue belge) pro­cèdent à la signa­ture d’un avan­ta­geux par­te­na­riat : déve­lop­per la coopé­ra­tion bila­té­rale mili­taire et lui don­ner une nou­velle impul­sion –en terme d’échange d’expertises– entre… « amis fiables », selon l’expression enjouée du ministre De Crem.

Avril 2010. Le vice-Pre­mier ministre Didier Reyn­ders, en visite de tra­vail, explique ses concep­tions de l’économie soli­daire à Moha­med Rid­ha Chal­ghoum, le ministre des Finances. Ça tombe bien. Ce der­nier est d’accord : son gou­ver­ne­ment vient jus­te­ment d’encore accroître les avan­tages qu’accorde la légis­la­tion pour encou­ra­ger l’investissement et ané­mier les pro­cé­dures admi­nis­tra­tives rela­tives au com­merce inter­na­tio­nal.

Mi-avril 2010. Guy Spi­taels, le Pré­sident d’honneur de l’Internationale Socia­liste, revient d’un séjour pri­vé dans le sud-ouest tuni­sien. Qui lui a per­mis de s’entretenir avec le Secré­taire géné­ral du Ras­sem­ble­ment Consti­tu­tion­nel Démo­cra­tique, le par­ti de Zine El Abi­dine Ben Ali : « Je pense que la coopé­ra­tion entre la Tuni­sie et l’Union euro­péenne tra­verse actuel­le­ment une période des plus fruc­tueuses, com­mente Spi­taels. A cer­tains égards, la Tuni­sie pré­sente de meilleurs atouts que le Maroc. Il suf­fit pour cela d’évoquer le niveau d’instruction ou de san­té où la Tuni­sie affiche un pro­grès spec­ta­cu­laire.

Quant à l’aspect poli­tique, il ne repré­sente pas, à mon avis, un han­di­cap, étant don­né que le régime tuni­sien dis­pose d’un grand par­ti poli­tique de masse qui encadre la socié­té et que nous nous trou­vons dans une meilleure situa­tion par rap­port aux régimes mili­taires»…

SOCIAL LIBÉRALISME. Quinze jours après ces pro­pos fort socia­listes naît « le Groupe des Amis de la Tuni­sie ». Louis Michel explique que c’est sa ren­contre avec Kamel Mor­jane, alors et tou­jours ministre tuni­sien des Affaires étran­gères, qui l’a conduit à en accep­ter la pré­si­dence. Si l’on se réfère au dis­cours pro­non­cé le 13 mai 2010 par L. Michel, devant le Par­le­ment euro­péen, le droit-de‑l’hommiste libé­ral se serait uni­que­ment conten­ter ce jour-là de convaincre son audi­toire. En défen­dant « objec­ti­ve­ment » le bilan social du gou­ver­ne­ment tuni­sien : « Notam­ment la capa­ci­té de la puis­sance publique tuni­sienne d’offrir un ensemble de ser­vices de base à sa popu­la­tion. On peut faire un bilan hon­nête sans som­brer dans cette forme d’acharnement mora­li­sa­teur dont l’Europe a le secret. C’est sou­vent contre-pro­duc­tif ».

Evi­dem­ment, les rela­tions bila­té­rales entre la Bel­gique et la Tuni­sie sont très anciennes. En effet, le texte fon­da­teur de ces rela­tions est le Trai­té d’Amitié, de Com­merce et de Navi­ga­tion conclu en 1839 entre Léo­pold 1er, roi des Belges, et Ahmed Pacha Bey, sou­ve­rain du Royaume de Tunis. Mais depuis les années 1960, les accords com­mer­ciaux sont deve­nus dithy­ram­biques. Et, de plus en plus, inéga­li­taires. Car plu­sieurs firmes belges ont super­be­ment réus­si à se faire là-bas une place au soleil. Notam­ment le sec­teur du tex­tile (majo­ri­tai­re­ment fla­mand) qui pèse le plus lourd –soit 250 mil­lions d’eu­ros. His­to­ri­que­ment, c’est d’ailleurs vers la Tuni­sie que des firmes telles que Van De Velde, Hey­tens ou Sioen (pour ne citer que les plus connues) ont jadis délo­ca­li­sé tout ou par­tie de leur pro­duc­tion afin de res­ter « com­pé­ti­tives ». Pour ce faire, la classe com­pra­dore tuni­sienne aura tou­jours su oppor­tu­né­ment réagir –grâce à un régime d’impositions très attrac­tif, en l’oc­cur­rence une exo­né­ra­tion fis­cale des béné­fices tirés de l’ex­por­ta­tion pen­dant 10 années…

Dans cet envi­ron­ne­ment pro­met­teur, le direc­teur du FMI Domi­nique Strauss Kahn (qui lors de sa visite à Tunis, le 18 novembre 2008, a été déco­ré par Ben Ali au titre de « Grand offi­cier de l’ordre de la Répu­blique ») peut donc confir­mer publi­que­ment : la poli­tique éco­no­mique menée par « la Tuni­sie est saine ». Plus expli­ci­te­ment, la Tuni­sie conti­nue­ra d’offrir des pans entiers de son éco­no­mie aux appé­tits du capi­tal natio­nal et étran­ger via les pri­va­ti­sa­tions –ce qui vaut déco­ra­tion puisque « le juge­ment du FMI à l’égard de la Tuni­sie est très posi­tif ». La Tuni­sie de Ben Ali, un vrai para­dis pour les inves­tis­seurs ? Même un vorace comme Rober­to Zuc­ca­to, le pré­sident de la Confé­dé­ra­tion patro­nale de la pro­vince ita­lienne de Vicen­za n’avait pas honte de le décla­mer : « La Tuni­sie offre l’un des meilleurs envi­ron­ne­ments pour faire des affaires »

Sans par­ler de la France (pré­sente dans tous les sec­teurs bons à dila­pi­der), la Grande Bre­tagne est le pre­mier inves­tis­seur dans le seg­ment hau­te­ment capi­ta­lis­tique des hydro­car­bures, l’Espagne et l’Italie étant éga­le­ment bien posi­tion­nées (sans par­ler de l’Allemagne).

DETTE ODIEUSE. Comme tous les dic­ta­teurs sou­te­nus par l’Occident, Ben Ali et son clan se sont bien sûr enri­chis consi­dé­ra­ble­ment. Ain­si Ben Ali a, le 17 jan­vier, vidé ses comptes en Suisse (ce qui repose, une nou­velle fois, la res­pon­sa­bi­li­té des ins­ti­tu­tions ban­caires). Qui plus est Ben Ali a fui avec 1,5 tonne d’or –ce qui repré­sen­te­rait, selon les cours du mar­ché, pas moins de 45 mil­lions d’euros. Qui plus est. Selon dif­fé­rentes sources, l’ancien pré­sident pos­sé­de­rait un immeuble à Paris esti­mé à 37 mil­lions d’euros ain­si que des avoirs dans plu­sieurs banques fran­çaises. La famille de la femme de Ben Ali, la famille Tra­bel­si, détien­drait, quant à elle, plu­sieurs mil­lions d’euros sur des comptes ban­caires fran­çais, des appar­te­ments et des pro­prié­tés à Paris et en région pari­sienne, un cha­let à Cour­che­vel et des pro­prié­tés sur la Côte d’Azur. Cela concerne uni­que­ment la France ; or il est très pro­bable que le clan Ben Ali a des avoirs dans d’autres pays (notam­ment en Bel­gique) et cer­tai­ne­ment dans des para­dis fis­caux.

Evi­dem­ment, évi­dem­ment. Après avoir cau­tion­né le sys­tème « Ben Ali » en fer­mant les yeux sur son régime, les médias occi­den­taux n’hésitent plus désor­mais à par­ler de dic­ta­ture et de régime cor­rom­pu. Pour autant, on n’entend jamais évo­quer le nom des cor­rup­teurs. Il ne sau­rait pour­tant y avoir de cor­rom­pus sans cor­rup­teurs.

En atten­dant de récu­pé­rer ces sommes, le nou­veau gou­ver­ne­ment ins­tal­lé à Tunis devrait répu­dier la dette odieuse contrac­tée entre le 7 novembre 1987 et le 14 jan­vier 2011. Mais les mar­chés finan­ciers et les dif­fé­rents créan­ciers le lais­se­ront-ils faire ? Car la dette interne repré­sente 65% du PIB (43,6 mil­liards d’euros) et l’endettement externe 10,5 mil­liards. Il faut dire que –de 1990 à 2008– le ser­vice de la dette a englou­ti 18,5 mil­liards d’euros. Cepen­dant, mal­gré cette hémor­ra­gie, l’encours de la dette a été mul­ti­plié par 3,7 au cours de cette même période, et par plus de 17 depuis 1980.

Néan­moins, comme la Tuni­sie sort direc­te­ment de la dic­ta­ture, une fois le nou­veau gou­ver­ne­ment démo­cra­tique en place, celui-ci a toute légi­ti­mi­té pour décla­rer direc­te­ment la répu­dia­tion de toute la dette contrac­tée depuis le putsch de Ben Ali. Un acte uni­la­té­ral sou­ve­rain de répu­dia­tion s’appuyant sur le droit inter­na­tio­nal et la doc­trine de la dette odieuse suf­fit. Cette doc­trine éla­bo­rée en 1927 sti­pule, en effet : « Si un pou­voir des­po­tique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les inté­rêts de l’État, mais pour for­ti­fier son régime des­po­tique, pour répri­mer la popu­la­tion qui le com­bat, etc., cette dette est odieuse pour la popu­la­tion de l’Etat entier (…). Cette dette n’est pas obli­ga­toire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette per­son­nelle du pou­voir qui l’a contrac­tée, par consé­quent elle tombe avec la chute de ce pou­voir ».

Ques­tion : « Les mar­chés finan­ciers et les dif­fé­rents créan­ciers lais­se­ront-ils faire ?».

Ciné­ma ARENBERG
26 Gale­rie de la Reine

France 2010 Durée 70 minutes
Prix d’entrée 6,6 euros
y com­pris pour le débat (sauf les Article 27)

ATTAC-Bruxelles 1
16 ave­nue Nou­velle, 1040 Bruxelles
http://bxl.attac.be