Cours de cinéma à l’Arenberg !

08.01 2011 /
de 11h à 13h

Ce same­di 8 jan­vier de 11h à 13h au Ciné­ma Aren­berg

Cin­quième séance du cycle de “Sen­si­bi­li­sa­tion à l’a­na­lyse ciné­ma­to­gra­phique”

Le temps écla­té ou la nar­ra­tion sub­jec­tive
Films d’A­lain RESNAIS sur la pein­ture

“J’ai­mais la pein­ture, mais je ne savais pas avec qui en par­ler. Je me suis dit que si je par­lais pein­ture avec les peintres, j’ap­pren­drais peut-être des choses sur la pein­ture ; cela serait en tous cas une conver­sa­tion agréable.”
(Alain RESNAIS)

“Visite à Lucien Cou­taud”, “Por­trait d’Hen­ri Goetz”, “Visite à Hans Har­tung”, “Visite à Félix Labisse”, “Visite à Oscar Domin­guez”, “Jour­née natu­relle — Max Ernst”… alors que d’autres cherchent à s’in­té­grer au milieu du ciné­ma par la filière cor­po­ra­tiste, Alain RESNAIS tourne, en ama­teur, une série de visites aux artistes entre 1946 et 1948. “Je vou­lais faire des films sur des peintres dans leur tren­tième année, me sou­ve­nant du film réa­li­sé par Sacha GUITRY en 1914 – 1915 ‘Ceux de chez nous’ où l’on voit Renoir, Monet en train de peindre. Je trou­vais dom­mage de ne pas gar­der trace de ceux que je connais­sais alors. ” (Alain RESNAIS)

Le réa­li­sa­teur tourne sa pre­mière com­mande, un “Van Gogh” que lui pro­pose Gas­ton DIEHL, créa­teur du Mou­ve­ment des Amis de l’Art, à l’oc­ca­sion de la grande expo­si­tion au tout nou­veau Musée de l’O­ran­ge­rie. BRAUNBERGER en pro­duit une ver­sion en 35mm. Ce “Van Gogh”, le pre­mier film de la fil­mo­gra­phie offi­cielle d’A­lain RESNAIS, est pri­mé à Venise et reçoit un Oscar à Hol­ly­wood, cela mal­gré les cri­tiques des ama­teurs de pein­tures qui s’of­fusquent de ce court métrage fil­mé en noir et blanc qui mor­celle les toiles du maître.

“Le cinéaste res­pec­te­rait-il scru­pu­leu­se­ment les don­nées de l’His­toire de l’Art qu’il fon­de­rait encore son tra­vail sur une opé­ra­tion esthé­ti­que­ment contre nature. Il ana­lyse une oeuvre syn­thé­tique par essence, il en détruit l’u­ni­té et opère une syn­thèse nou­velle qui n’est pas celle vou­lue par le peintre. Le spec­ta­teur découvre la pein­ture selon un sys­tème plas­tique qui la déna­ture pro­fon­dé­ment. L’é­cran détruit radi­ca­le­ment l’es­pace pic­tu­ral car si le cadre est cen­tri­pète, l’é­cran est cen­tri­fuge.” (André BAZIN)

Mais le “Van Gogh” de RESNAIS est moins un film sur la pein­ture que la ten­ta­tive d’ex­pli­ca­tion d’un mythe. Le réa­li­sa­teur atteint, à tra­vers la pein­ture, l’ab­so­lu que le peintre entre­voyait et l’u­sage du noir et blanc lui per­met de pas­ser d’un tableau à l’autre, d’une époque à l’autre, comme s’il s’a­gis­sait d’un seul espace-temps ciné­ma­to­gra­phique.

“Il s’a­gis­sait, en effet, de savoir si des arbres peints, des per­son­nages peints, des mai­sons peintes, pou­vaient grâce au mon­tage rem­plir, dans un récit, le rôle des objets réels, et si, dans ce cas, il était pos­sible de sub­sti­tuer pour le spec­ta­teur ; et presque à son insu, le monde inté­rieur d’un artiste, au monde tel que le révèle la pho­to­gra­phie. Cette expé­rience d’ordre dra­ma­tique et ciné­ma­to­gra­phique n’a donc rien à voir avec la cri­tique d’art, encore moins avec la bio­gra­phie scien­ti­fique. Nous avons volon­tai­re­ment sacri­fié l’exac­ti­tude his­to­rique au béné­fice du mythe de Van Gogh.” (Alain RESNAIS)

” Par la suite, avec Robert HESSENS, j’ai fait ‘Guer­ni­ca’; le nom de Picas­so n’é­tait pas du tout pro­non­cé. On se ser­vait avec son accord de son oeuvre. (…) Je me sou­viens très bien de la pre­mière pro­jec­tion, il y avait un des ses amis avec lui qui a dit :
‘C’est pas mal, mal­heu­reu­se­ment on ne voit pas suf­fi­sam­ment son oeuvre, il fau­drait expli­quer de quelle période elle est issue, quand vous l’a­vez faite, je pense qu’il fau­drait refaire le mon­tage en allon­geant les plans pour que l’on voit mieux, ça passe si vite…’

Et Picas­so l’a envoyé bal­la­der… en disant :
‘Mais non, vous ne com­pre­nez rien, c’est un film, mes tableaux là-dedans, c’est juste comme des vedettes, c’est comme ça qu’il faut faire. Si on veut voir mes tableaux, il y a assez de bou­quins pour les trou­ver, il n’y a qu’à aller dans les musées, ici, on est au ciné­ma. Non, c’est très bien comme ça, ne chan­gez rien.’
Picas­so était très encou­ra­geant. ”
(Alain RESNAIS)

“Van Gogh”, “Guer­ni­ca” sont deux films tour­nés au banc-titre, comme le sont d’ailleurs “Gau­guin”, “Les sta­tues meurent aus­si” et par­tiel­le­ment “Nuit et Brouillard”. C’est-à-dire que RESNAIS n’y filme pas la réa­li­té mais des repré­sen­ta­tions de celle-ci, don­nées déjà comme images men­tales. Son écri­ture ciné­ma­to­gra­phique est d’emblée fon­dée sur le mon­tage.

Avec “Guer­ni­ca”, il s’a­git encore de fil­mer une expé­rience vécue mais non plus celle d’une indi­vi­dua­li­té ; l’oeuvre d’art devient désor­mais la trace d’une expé­rience col­lec­tive qui appar­tient à l’His­toire.

“Guer­ni­ca… c’est une petite ville de Bis­caye, capi­tale tra­di­tion­nelle du pays Basque. C’est là que s’é­le­vait le chêne, sym­bole sacré des liber­tés basques. Guer­ni­ca n’a qu’une impor­tance his­to­rique et sen­ti­men­tale. Le 26 avril 1937, jour de mar­ché, dans les pre­mières heures de l’a­près-midi, des avions (alle­mands au ser­vice de Fran­co — pas­sage cen­su­ré- ) bom­bar­dèrent Guer­ni­ca pen­dant trois heures et demie par esca­drilles se relayant tour à tour. La ville fut entiè­re­ment incen­diée et rasée. Il y eut 2000 morts tous civils. Ce bom­bar­de­ment avait pour but d’ex­pé­ri­men­ter les effets com­bi­nés des bombes explo­sives et des bombes incen­diaires sur une popu­la­tion civile. ” (Paul ELUARD — extrait du com­men­taire — )

Peint en noir et blanc pour le Pavillon Répu­bli­cain Espa­gnol de l’Ex­po­si­tion Inter­na­tio­nale de New York de 1937, le “Guer­ni­ca” de Picas­so, toile de 8 mètres de long sur 3,50 mètres de haut, fut enta­mée une semaine après le bom­bar­de­ment et ache­vée comme un cri, un mois plus tard.
Si le chef d’oeuvre de Picas­so sert de point de départ au film, le réa­li­sa­teur l’en­ri­chit en pui­sant dans un demi siècle de pro­duc­tions du peintre cata­lan.

“Il y avait dans le mas­sacre de Guer­ni­ca, le pré­lude à tous les mas­sacres qui allaient suivre.
Depuis, je n’ai pas fait d’autres films sur la pein­ture parce que je ne trou­vais pas de solu­tions nou­velles, je sen­tais que j’al­lais répé­ter les mêmes pro­cé­dés.”
(Alain RESNAIS)

Avec des ana­lyses de séquences extraites de “Van Gogh” — 1948 —  , de “Guer­ni­ca” — 1950 — et de “La Guerre est finie” — 1966 — d’A­lain RESNAIS,
de “Ceux de chez nous” — 1914 – 1915 — de Sacha GUITRY et de “Lignes, formes, cou­leurs” — 2005 — d’A­lain JAUBERT.

Texte joint : BAZIN André “Pein­ture et ciné­ma”, in “Qu’est-ce que le ciné­ma?” pp. 187 — 189, ed. Cerf, coll. “7e Art”, 1983.

Lec­ture conseillée : FLEISCHER Alain, “L’Art d’A­lain RESNAIS”, ed. du Centre Pom­pi­dou, 1998.

Pro­chaines séances : Same­di 19 février et same­di 26 mars 2011.


PAF : 5 € *
* à par­tir de 7 cours sui­vis, une place au Ciné­ma Aren­berg vous est offerte
Pour toute infor­ma­tion : 02 512 97 21