Etats Généreux de la musique et de la chanson

20.06 2013 /
La culture et la musique traversent une crise globale qui, chez nous, est à la fois sociale, économique, technologique, budgétaire, politique et idéologique. Il est urgent d’y réagir collectivement.
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Pour­quoi des Etats Géné­raux aujourd’hui ?

La culture et la musique tra­versent une crise glo­bale qui, chez nous, est à la fois sociale, éco­no­mique, tech­no­lo­gique, bud­gé­taire, poli­tique et idéo­lo­gique. Il est urgent d’y réagir col­lec­ti­ve­ment.

1. L’industrie musi­cale pour­suit son pro­ces­sus de concen­tra­tion. Trois grosses firmes de disques contrôlent aujourd’hui 80% de la pro­duc­tion mon­diale et « for­matent » la consom­ma­tion cultu­relle de masse. Quelle place, dans ce contexte, pour les pro­duc­tions indé­pen­dantes, les musiques « non com­mer­ciales » et les mar­chés natio­naux ?

2. La Bel­gique fran­co­phone vit depuis long­temps à l’ombre de Paris. Notre mar­ché est ain­si dou­ble­ment colo­ni­sé par les indus­tries fran­çaises et anglo-saxonnes, et nous impor­tons déjà plus de 95% de nos chan­sons et de nos musiques. Com­ment, dans ces condi­tions, déve­lop­per un sec­teur musi­cal autoch­tone et faire vivre nos pro­fes­sions ?

3. La majo­ri­té des médias audio-visuels belges fran­co­phones, pri­vés comme publics, sont lar­ge­ment inféo­dés à cette situa­tion. Des pans entiers de la créa­tion musi­cale et de notre patri­moine sont ain­si com­plè­te­ment éva­cués des antennes. Com­ment, au contraire, rendre compte de la diver­si­té et de la richesse de notre vie musi­cale ?

4. Le mar­ché « tra­di­tion­nel » du disque s’effondre, alors que, sur le Net, la musique cir­cule de plus en plus sou­vent gra­tui­te­ment. Entre liber­té d’expression et finan­ce­ment des métiers de la musique, com­ment vivre cette révo­lu­tion tech­no­lo­gique ?

5. Les poli­tiques d’austérité impo­sées par l’Union Euro­péenne péna­lisent dou­ble­ment la culture et la musique : direc­te­ment, par la contrac­tion des bud­gets cultu­rels et sociaux (baisses des sub­sides), et indi­rec­te­ment, par la baisse géné­rale du pou­voir d’achat (moins d’argent pour les « loi­sirs »).

6. Le sta­tut « d’intermittent du spec­tacle », conquis de haute lutte par nos aînés, est aujourd’hui sys­té­ma­ti­que­ment remis en cause et se trans­forme sou­vent en véri­table « chasse aux chô­meurs ». Com­ment défendre un sta­tut social adap­té à l’exercice de nos pro­fes­sions ?

7. Cette crise éco­no­mique et sociale se double en outre chez nous d’une pro­fonde crise poli­tique et ins­ti­tu­tion­nelle. C’est l’existence même de la Bel­gique qui, comme état fédé­ral, est aujourd’hui remise en cause par l’autonomisation crois­sante de la Flandre. Or, si Bruxelles et la Wal­lo­nie devaient demain se réin­ven­ter un ave­nir com­mun, les artistes auraient un rôle cen­tral à jouer dans la construc­tion d’un ima­gi­naire col­lec­tif. On ne rebâ­tit pas une nation sur un vide cultu­rel.

8. Nul repli « natio­na­liste » dans ces constats. La musique est, par essence, inter­na­tio­nale et métis­sée. Nous vou­lons sim­ple­ment « vivre, créer et tra­vailler au pays ». Ce qui ne nous empêche pas, comme tous les artistes, de pré­tendre aus­si par­ler au monde entier. C’est en étant nous-mêmes que nous serons les meilleurs de nos ambas­sa­deurs.

9. Si ces contraintes éco­no­miques et poli­tiques nous sont lar­ge­ment exté­rieures, le com­bat se passe donc aus­si dans nos propres têtes. Pour com­battre ensemble une ser­vi­tude, encore faut-il d’abord en prendre soi-même conscience. C’est pour­quoi, nous appe­lons à une révo­lu­tion dans les esprits. Si nous arri­vons à par­ta­ger ces constats, alors, nous arri­ve­rons aus­si à y appor­ter des solu­tions. Seuls, nous ne sommes rien. Ensemble, nous pou­vons tout. C’est le sens de ces Etats Géné­raux.