Film & débat : LA ROSE POURPRE DE TUNIS

19.09 2015 /
15h Théâtre poème 2. Rue d'Ecosse 30 - 1060 Bruxelles

LA ROSE POURPRE DE TUNIS (Inter­ven­tion et ren­contre)

15h Théâtre poème 2. Rue d’E­cosse 30 — 1060 Bruxelles


Le film de Ber­nard Mul­liez, « Le Bar­bier de Tunis », est conçu à par­tir d’éléments d’une recherche d’anthropologie poli­tique, que j’ai com­men­cé à reprendre deux mois après « la chute du dic­ta­teur » plus de dix ans après mes pre­mières recherches, et menée à tâtons jusqu’à ce jour comme un aveugle explore de ses doigts un visage connu mais chan­gé comme il a chan­gé lui-même. C’est un peu à la manière du héros « plus vrai que vrai » de Woo­dy Allen qu’une force irré­pres­sible m’a fait sor­tir de ce film dont je suis un per­son­nage. Je n’ai fait que suivre l’appel d’un autre de ces per­son­nage, l’artiste tuni­sien Angoor, qui en cours de mon­tage a ten­té de s’immoler par le feu, et que j’ai vu sou­dain sor­tir de l’écran en me criant qu’il n’était pas une image mais un jeune homme en dan­ger.

La « Révo­lu­tion tuni­sienne » fut en fait un sou­lè­ve­ment popu­laire mas­sif péni­ble­ment cap­té par les élites néo­li­bé­rales jusque là tenues en laisse par la famille régnante (il fal­lut s’y reprendre à plu­sieurs fois), pro­ces­sus à peine per­tur­bé par l’intrusion sur le devant de la scène élec­to­rale des out­si­ders d’un par­ti isla­mique crou­pion ne dési­rant qu’être admis au ban­quet de la bonne socié­té suçant le sang de la popu­la­tion depuis l’Indépendance en par­te­na­riat étroit avec l’oligarchie fran­çaise avec laquelle elle se confond bien sou­vent.

Les images ont joué un grand rôle pour effa­cer les classes oppres­sées (et toute pen­sée révo­lu­tion­naire) qui ont per­mis la chute de Ben Ali (car le Régime est tou­jours là) au pro­fit d’une petite-bour­geoi­sie « bien de chez nous », sou­vent chez nous, (et qui cache la grande) pre­nant la pause à grand ren­fort de sel­fies (qui peuvent être des films bien sub­ven­tion­nés), dans laquelle nombre de mili­tants, d’artistes etc. de l’autre rive ont pu se mirer roman­ti­que­ment pour poser à leur tour en com­bat­tants de la liber­té jaillis tout droit de l’iconographie de ce que cer­tains osent encore appe­ler « la gauche » aujourd’hui.

Alors que les élites néo­li­bé­rales « révo­lu­tionnent » l’Europe, en Grèce comme par­tout, il est pru­dent de sor­tir du film dont le Hap­py End s’écrit en lettres de sang, en plon­geant dans le miroir en abyme tuni­sien. En espé­rant en res­sor­tir.

SMALA Ciné­ma