Les sentinelles des pandémies / Rencontre

17.09 2020 / 19h
Librairie Par Chemins - Rue Berthelot 116 - 1190 Bruxelles

Rencontre avec Frédéric Keck et Vanessa Frangville

La situa­tion pré­sente fait émer­ger de nom­breuses ques­tions sani­taires et éco­lo­giques mais aus­si poli­tiques et sen­sibles. C’est dans ce contexte que nous invi­tons, jeu­di 17 sep­tembre à 19h, Fré­dé­ric Keck (CNRS – anthro­po­logue) pour pré­sen­ter son der­nier ouvrage Les Sen­ti­nelles des pan­dé­mies. Chas­seurs de virus et obser­va­teurs d’oiseaux aux fron­tières de la Chine paru aux édi­tions Zones Sen­sibles, qui nous per­met de prendre un peu de recul face à l’actualité la plus récur­rente.

Nos façons de per­ce­voir, de décrire ou de gérer le « risque épi­dé­mique » appa­raissent comme des pro­duits de notre rap­port au monde. Notre rela­tion au non-humain est à revoir d’urgence dans un contexte de dévas­ta­tion pla­né­taire (éle­vage de masse, urba­ni­sa­tion, défo­res­ta­tion, etc.) et d’émergence, pour gérer les consé­quences de cette dévas­ta­tion, d’un état d’exception sani­taire ou bio­sé­cu­ri­taire.

http://www.zones-sensibles.org/frederic-keck-les-sentinelles-des-pandemies/

Dans son ouvrage, Fré­dé­ric Keck inter­roge les modèles de pré­ven­tion et de cal­cul des risques qui reposent sur le trip­tyque abattre / vac­ci­ner / sur­veiller, propre aux tech­niques pas­to­rales de gou­ver­ne­ment des épi­dé­mies. Les sen­ti­nelles sont ces agen­ce­ments qui offrent des signaux d’alerte pré­coce, des indi­ca­teurs sen­sibles aux muta­tions contem­po­raines. 
Au terme d’une recherche eth­no­gra­phique menée à Hong Kong, Taï­wan et Sin­ga­pour, trois “ter­ri­toires sen­ti­nelles” aux portes de la Chine, Fré­dé­ric Keck montre com­ment les oiseaux peuvent être des “sen­ti­nelles ani­males” face aux mala­dies infec­tieuses émer­gentes. Il décrit les inter­ac­tions entre les humains (res­pon­sables de la san­té publique, micro­bio­lo­gistes et viro­logues, vété­ri­naires, éle­veurs, obser­va­teurs d’oiseaux) et non humains (oiseaux sau­vages et volailles domes­tiques, virus et cel­lules sen­ti­nelles). Il ana­lyse les modèles – le trou­peau, la chasse, le musée, le scé­na­rio – qui informent dif­fé­rents types de repré­sen­ta­tion et de ges­tion des évé­ne­ments éco­lo­giques que consti­tuent les épi­dé­mies. C’est un “livre sen­ti­nelle” pour Vin­ciane Des­pret qui rédige la pré­face, un livre qui per­met un déploie­ment d’imaginaires et d’imagination, à l’affût des traces, qui appelle à se pré­pa­rer à la catas­trophe en cours, à venir et à reve­nir.

Vanes­sa Frang­ville (ULB – sino­logue) com­plè­te­ra la pré­sen­ta­tion de ces trois mondes chi­nois “mineurs” par la dimen­sion “majeure” de la Chine conti­nen­tale qui a ser­vi de modèle pour la ges­tion de l’épidémie de ce nou­veau coro­na­vi­rus. La dis­cus­sion devrait per­mettre d’entendre, à par­tir du miroir que nous four­nissent les mondes chi­nois, les muta­tions des caté­go­ries poli­tiques contem­po­raines vers des formes de gou­ver­ne­ment conver­gentes, au nom d’un état d’exception sani­taire.