Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

L'image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image.

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Met­tons-nous dans la peau d’un habi­tant de la pla­nète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Vene­zue­la et à qui jour après jour, on par­le­rait de « mani­fes­tants » et de « répres­sion ». Com­ment ne pas com­prendre que cette per­sonne croie que la popu­la­tion est dans la rue et que le gou­ver­ne­ment la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte popu­laire au Vene­zue­la. Mal­gré la guerre éco­no­mique la grande majo­ri­té de la popu­la­tion vaque à ses occu­pa­tions, tra­vaille, étu­die, sur­vit. C’est pour­quoi la droite orga­nise ses marches au départ des quar­tiers riches. C’est pour­quoi elle recourt à la vio­lence et au ter­ro­risme, dont les foyers sont loca­li­sés dans les muni­ci­pa­li­tés de droite. ll y a 90 pour cent de quar­tiers popu­laires au Vene­zue­la. On com­prend l’énorme hia­tus : les médias trans­forment les îles socio­lo­giques des couches aisées (quelques % du ter­ri­toire) en « Vene­zue­la ». Et 2% de la popu­la­tion en « popu­la­tion ».

-1032.jpgCara­cas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argen­tine Cris­ti­na Fernán­dez, après Evo Morales, a dénon­cé « la vio­lence uti­li­sée au Vene­zue­la comme métho­do­lo­gie pour arri­ver au pou­voir, pour ren­ver­ser un gou­ver­ne­ment ». Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Cor­rea a rap­pe­lé que « le Vene­zue­la est une démo­cra­tie. C’est par le dia­logue, avec les élec­tions, que doivent se régler les diver­gences. De nom­breux cas de vio­lences viennent clai­re­ment des par­tis d’opposition ». C’est aus­si la posi­tion du Cari­com, qui regroupe les pays des Caraïbes. Le Pape Fran­çois a dû pous­ser les évêques du Vene­zue­la qui comme dans le Chi­li de 1973 traî­naient les pieds face au dia­logue natio­nal pro­po­sé par le pré­sident Madu­ro. Ce der­nier a par ailleurs lan­cé le pro­ces­sus par­ti­ci­pa­tif de l’Assemblée Consti­tuante, avec vote à la clef, et confir­mé la tenue du scru­tin pré­si­den­tiel léga­le­ment pré­vu en 2018.

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Assem­blée popu­laire et d’enseignants pour faire des pro­po­si­tions dans le cadre de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce pro­ces­sus doit être ouvert et par­ti­ci­pa­tif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Pho­to de Mar­co Terug­gi

Depuis la dis­pa­ri­tion d’Hugo Cha­vez en 2013, le Vene­zue­la est vic­time d’une guerre éco­no­mique qui vise à pri­ver la popu­la­tion des biens essen­tiels, prin­ci­pa­le­ment les ali­ments et les médi­ca­ments. La droite locale renoue avec cer­tains élé­ments de la stra­té­gie mise en place jadis au Chi­li par le tan­dem Nixon-Pino­chet, en clair pro­vo­quer l’exaspération des sec­teurs popu­laires jusqu’au débor­de­ment de rage et légi­ti­mer la vio­lence. Selon le rap­port bud­gé­taire 2017 mis en ligne sur le site du Dépar­te­ment d’Etat, 5,5 mil­lions de dol­lars ont été ver­sés aux “socié­tés civiles” du Vene­zue­la. Le jour­na­liste véné­zué­lien Elea­zar Diaz Ran­gel, direc­teur du quo­ti­dien Ulti­mas Noti­cias (centre-droit) a révé­lé des extraits du rap­port que l’amiral Kurt Tidd, chef du Sou­thern Com­mand, a envoyé au Sénat US : « avec les fac­teurs poli­tiques de la MUD (coa­li­tion véné­zué­lienne de l’opposition) nous avons mis au point un agen­da com­mun qui com­prend un scé­na­rio abrupt com­bi­nant des actions de rue et l’emploi dosi­fié de la vio­lence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie ».

La phase insur­rec­tion­nelle implique d’attaquer des ser­vices publics, des écoles, des mater­ni­tés (El Valle, El Car­ri­zal) et des éta­blis­se­ments de san­té, bar­rer les rues et les prin­ci­pales artères rou­tières pour blo­quer la dis­tri­bu­tion des ali­ments et para­ly­ser l’économie. A tra­vers les médias pri­vés, majo­ri­taires au Vene­zue­la, la droite appelle ouver­te­ment les mili­taires a mener un coup d’État contre le pré­sident élu. Plus récem­ment les bandes para­mi­li­taires colom­biennes passent du rôle de for­ma­trices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Car­rillo, mili­tant cha­viste, vient d’être retrou­vé dans l’État de Lara, por­tant les marques de tor­ture typiques au pays d’Uribe.

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Mal­gré les mor­tiers, armes à feu, gre­nades ou cock­tails Molo­tov uti­li­sés par les mani­fes­tants « paci­fiques » (sans oublier les man­ne­quins de cha­vistes pen­dus aux ponts, signa­ture du para­mi­li­ta­risme colom­bien), la loi inter­dit à la Police ou la Garde Natio­nale d’user de leurs armes à feu. Les mani­fes­tants de droite en pro­fitent pour pous­ser leur avan­tage, déver­ser leur racisme sur les gardes ou poli­ciers, les pro­vo­quer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guet­tant la réac­tion pour les camé­ras de CNN. Les fonc­tion­naires des forces de l’ordre qui ont déso­béi et qui se sont ren­dus cou­pables de bles­sures ou de morts de mani­fes­tants ont été arrê­tés et pour­sui­vis en jus­tice[Détails de plu­sieurs cas sur le site du Par­quet : http://bit.ly/2ro4iXE ; http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s]]. Le fait est que la grande majo­ri­té des vic­times sont des tra­vailleurs qui allaient au bou­lot ou en reve­naient, des mili­tants cha­vistes ou des membres des forces de l’ordre. C’est pour­quoi le « Monde » parle de morts en géné­ral – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allon­ger la liste des « morts » sert à aug­men­ter l’appui pla­né­taire a la désta­bi­li­sa­tion : il y a [dans ces meurtres, il est ter­rible de le consta­ter, un effet de com­mande média­tique.

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Après avoir ven­du cette image à son réseau inter­na­tio­nal, l’agence Reu­ters s’est « excu­sée » d’avoir fait pas­ser pour une arres­ta­tion arbi­traire visant à étouf­fer la liber­té d’expression ce qui était en réa­li­té l’aide appor­tée par un garde natio­nal à un camé­ra­man bles­sé…

Tout mani­fes­tant qui tue, détruit, agresse, tor­ture, sabote sait qu’il sera sanc­ti­fié par les médias inter­na­tio­naux. Ceux-ci sont deve­nus un encou­ra­ge­ment à pour­suivre le ter­ro­risme. Toute mort, tout sabo­tage éco­no­mique seront attri­bués au « régime » y com­pris à l’intérieur du Vene­zue­la où les médias, comme l’économie elle-même, sont majo­ri­tai­re­ment pri­vés. Que la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive qu’est le Vene­zue­la tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aus­si­tôt dénon­cée comme « répres­sive ». Qu’elle ose punir un ter­ro­riste, et celui-ci devien­dra ipso fac­to un « pri­son­nier poli­tique ». Pour le jour­na­liste et socio­logue argen­tin Mar­co Terug­gi : « pour une inter­ven­tion au Vene­zue­la, le Gou­ver­ne­ment des États-Unis a des condi­tions plus favo­rables que celle qu’il avait pour bom­bar­der la Libye si on tient compte du fait que l’Union Afri­caine avait condam­né cette inter­ven­tion presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capa­ci­té de la droite à sou­te­nir long­temps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace poli­tique. D’où l’importance de main­te­nir la caisse de réso­nance média­tique inter­na­tio­nale ».

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Exemple sor­dide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une pho­to digne d’un ralen­ti hol­ly­woo­dien (mais qui n’est pas celle de la vic­time) « Le Monde » dénonce « la mort d’un lea­der étu­diant tué lors des pro­tes­ta­tions contre le pro­jet du pré­sident Madu­ro de convo­quer une assem­blée consti­tuante ». Or la vic­time, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bau­tis­ta Lopez Man­jarres est un jeune diri­geant étu­diant révo­lu­tion­naire assas­si­né par un com­man­do de droite alors qu’il par­ti­ci­pait a une réunion de sou­tien au pro­ces­sus d’assemblée consti­tuante.

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Le der­nier tweet de Juan Bau­tis­ta Lopez Man­jarres : la confé­rence de presse où il annon­çait le sou­tien du sec­teur étu­diant au pro­ces­sus de l’assemblée consti­tuante

« Le Monde » men­tionne aus­si la réac­tion du chef d’orchestre Gus­ta­vo Duda­mel, en tour­née à l’étranger, qui demande que « cesse la répres­sion » à la suite de la mort du jeune joueur de vio­lon alto Arman­do Cañi­zales. Or ce musi­cien n’a pas été vic­time de la répres­sion mais, lui aus­si, d’un pro­jec­tile tiré des rangs de la droite.

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Arman­do Cañi­zales

Le jour­nal espa­gnol La Van­guar­dia, bien que viru­lent oppo­sant a la révo­lu­tion boli­va­rienne, l’admet excep­tion­nel­le­ment sous la plume de son envoyé spé­cial Andy Robin­son : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le sto­ry­tel­ling d’une jeu­nesse héroïque mas­sa­crée par la dic­ta­ture boli­va­rienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañi­zales. (..) Il est pra­ti­que­ment sûr que le pro­jec­tile n’a pas été tiré par la police mais par les mani­fes­tants eux-mêmes. Il est notoire que cer­tains d’entre eux ont fabri­qué des armes arti­sa­nales pour les affron­te­ments quo­ti­diens avec la police ».

La réac­tion rapide de Mr. Duda­mel est repré­sen­ta­tive des per­son­na­li­tés artis­tiques – nom­breuses, on peut men­tion­ner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subis­sant la forte pres­sion du dis­po­si­tif média­tique de leurs pays, contraintes de faire des décla­ra­tions pour satis­faire l’opinion publique convain­cue à 99 % par les médias qu’il faut dénon­cer la « répres­sion au Vene­zue­la ».

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Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, bles­sé par balle lors d’un ras­sem­ble­ment contre le pré­sident Madu­ro » (article ci-des­sus). C’est faux. L’enquête montre que Yei­son Nata­nael Mora Cas­tillo a été tué par un pro­jec­tile iden­tique à celui uti­li­sé pour assas­si­ner le jouer de vio­lon alto Cañi­zales. Il ne par­ti­ci­pait pas davan­tage à un ras­sem­ble­ment anti-Madu­ro. Ses parents sont membres d’une coopé­ra­tive en lutte pour récu­pé­rer un lati­fun­dio de sept mille hec­tares, subis­sant depuis long­temps les attaques du grand pro­prié­taire. Ils ont por­té plainte contre les orga­ni­sa­teurs de la marche de l’opposition et dans une inter­view au jour­nal local Ciu­dad Bari­nas ont dénon­cé la mani­pu­la­tion inter­na­tio­nale de l’assassinat de leur fils, impu­té faus­se­ment au gou­ver­ne­ment Madu­ro.

-1041.jpgYei­son Nata­nael Mora Cas­tillo

Impu­ter sys­té­ma­ti­que­ment au gou­ver­ne­ment boli­va­rien les assas­si­nats com­mis par la droite, c’est tout le « jour­na­lisme » de Pau­lo Para­na­gua. Le 21 avril déjà, il impute aux col­lec­tifs cha­vistes la mort d’un étu­diant de 17 ans, Car­los More­no, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Pao­la Rami­rez Gomez, 23 ans. Double men­songe. Selon la famille de Car­los More­no, l’adolescent ne par­ti­ci­pait à aucune mani­fes­ta­tion et se ren­dait a un tour­noi spor­tif. Son assas­sin vient d’être arrê­té : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Osca­riz, maire de droite de la muni­ci­pa­li­té de Sucre. Le jour­nal d’opposition Tal Cual en a ren­du compte. Quant à la deuxième vic­time men­tion­née par Para­na­gua, Pao­la Rodrí­guez, son assas­sin a été arrê­té éga­le­ment par les auto­ri­tés : il s’agit d’Iván Alei­sis Pernía, un mili­tant de droite.

Certes le « quo­ti­dien ves­pé­ral des mar­chés » n’est pas seul à men­tir de manière aus­si sor­dide dans ce « com­bat pour la liber­té ». La Libre Bel­gique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figa­ro ou même Media­part sont autant de robots de la vul­gate mon­diale. Cette inven­tion de « la répres­sion » est d’autant plus facile que l’image arché­ty­pale du mani­fes­tant matra­qué par un garde natio­nal est gagnante d’avance lorsqu’on est pri­vé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Vene­zue­la, seuls les hap­py few flai­re­ront la mise en scène où des jeunes sont entraî­nés, armés, payés pour pro­vo­quer les forces de l’ordre et pro­duire « l’image » néces­saire. La concen­tra­tion pla­né­taire des médias et la conver­gence crois­sante des réseaux sociaux avec les médias domi­nants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ain­si des « insou­mis » poli­ti­que­ment se sou­mettre média­ti­que­ment et ajou­ter sans le savoir leur petite pierre à la cam­pagne mon­diale :

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Et ci-des­sous le ret­wee­teur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la super­che­rie qui se cache der­rière l’Anonymous véné­zué­lien. Cette capa­ci­té de l’extrême droite d’emprunter au mou­ve­ment alter­na­tif mon­dial cer­tains de ses sym­boles pour capi­ta­li­ser un appui est décryp­tée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition véné­zué­lienne ».

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Bref, comme si l’histoire de la pro­pa­gande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retom­bons sans cesse dans la nasse. Mal­colm X avait pré­ve­nu : « si vous n’y pre­nez garde, les médias vous feront prendre les vic­times pour les bour­reaux et les bour­reaux pour les vic­times ». En trans­for­mant les vio­lences de l’extrême droite en « révolte popu­laire », en rha­billant en « com­bat­tants de la liber­té » des assas­sins nos­tal­giques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens euro­péens que l’uniformisation média­tique sévit : la majo­ri­té des audi­teurs, lec­teurs et télé­spec­ta­teurs appuient sans le savoir une agres­sion visant à ren­ver­ser un gou­ver­ne­ment démo­cra­ti­que­ment élu. Sans démo­cra­ti­sa­tion en pro­fon­deur de la pro­prié­té des médias, la pro­phé­tie orwel­lienne se fait timide. Le Vene­zue­la est assez fort pour empê­cher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Popu­laire de Sal­va­dor Allende mais la cou­pure crois­sante de la popu­la­tion occi­den­tale avec le monde se retour­ne­ra contre elle-même.

Micro-manuel d’auto-défense face à la défer­lante média­tique.

« Le Vene­zue­la est un « régime dic­ta­to­rial ». Faux. Depuis 1999, le Vene­zue­la boli­va­rien a orga­ni­sé un nombre record de scru­tins (25), recon­nus comme trans­pa­rents par les obser­va­teurs inter­na­tio­naux. Selon l’ex-président du Bré­sil Lula da Sil­va, il s’agit d’un “excès de démo­cra­tie”. Pour Jim­my Car­ter qui a obser­vé 98 élec­tions dans le monde, le Vene­zue­la pos­sède le meilleur sys­tème élec­to­ral du monde. En mai 2011 le rap­port de la cana­dienne Fon­da­tion pour l’Avancée de la Démo­cra­tie (FDA) a pla­cé le sys­tème élec­to­ral du Vene­zue­la à la pre­mière place mon­diale pour le res­pect des normes fon­da­men­tales de démo­cra­tie. L’ONG chi­lienne Lati­no­Ba­ro­me­tro a éta­bli dans son rap­port 2013 que le Vene­zue­la bat les records de confiance citoyenne dans la démo­cra­tie en Amé­rique Latine (87 %) sui­vi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le pré­sident Nicolás Madu­ro vient de lan­cer un pro­ces­sus consti­tuant par­ti­ci­pa­tif qui per­met à tous les sec­teurs sociaux de faire leurs pro­po­si­tions, ce qui don­ne­ra un nou­veau scru­tin, et a réaf­fir­mé que des élec­tions pré­si­den­tielles auront lieu en 2018 comme le sti­pule la loi.

« Il n’y pas de liber­té d’expression au Vene­zue­la ». Faux. Sur les plus de 1000 sta­tions de radio et chaînes de télé­vi­sion aux­quelles l’État a accor­dé l’autorisation d’émettre, 67% sont pri­vées (la grande majo­ri­té oppo­sées à la révo­lu­tion boli­va­rienne), 28% sont aux mains des com­mu­nau­tés mais ne trans­met­tant que sur une échelle stric­te­ment locale et 5% sont pro­prié­té de l’État. Sur les 108 jour­naux qui existent, 97 sont pri­vés et 11 publics. 67% de la popu­la­tion véné­zué­lienne a accès à inter­net. Cette plate-forme domi­nante des médias pri­vés ren­for­cée par le réseau des trans­na­tio­nales joue un rôle cru­cial dans la dés­in­for­ma­tion au ser­vice de la désta­bi­li­sa­tion. Pour un dos­sier détaillé et chif­fré de ce pay­sage média­tique, voir « Fran­çois Clu­zel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture »

« Il y a des pri­son­niers poli­tiques au Vene­zue­la ». Faux. A moins de consi­dé­rer comme « pri­son­niers poli­tiques » les assas­sins du par­ti d’extrême droite Aube Dorée empri­son­nés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Vene­zue­la, être de droite ne signi­fie pas être au-des­sus des lois ni pou­voir com­mettre impu­né­ment des délits tels qu’assassinats, atten­tats à la bombe ou cor­rup­tion. Ce n’est pas pour leurs opi­nions poli­tiques mais pour ce type de délits que des per­sonnes ont été jugées et empri­son­nées. Dans la pra­tique on observe d’ailleurs un cer­tain laxisme de la jus­tice. Selon la firme pri­vée de son­dages Hin­ter­laces, 61 % des véné­zué­liens consi­dèrent que les pro­mo­teurs des vio­lences et des actes de ter­ro­risme devraient répondre de leurs actes devant un tri­bu­nal.

Rap­pe­lons que les lea­ders actuels de la droite n’ont jamais res­pec­té les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État san­glant contre le pré­sident Cha­vez, avec l’aide du MEDEF local et de mili­taires for­més à la School of Ame­ri­cas. Ce sont les mêmes qui ont orga­ni­sé les vio­lences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs men­tors : Alva­ro Uribe, un des plus grands cri­mi­nels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-pré­sident d’un pays gou­ver­né par le para­mi­li­ta­risme et les car­tels de la drogue, qui pos­sède les plus grandes fosses com­munes du monde, qui compte 9500 pri­son­niers poli­tiques, 60.630 per­sonnes dis­pa­rues au cours des 45 der­nières années et qui depuis la signa­ture des accords de paix a repris une poli­tique sélec­tive d’assassinat de lea­ders sociaux et de défen­seurs des droits de l’homme. Pour une infor­ma­tion com­plète et en pho­tos sur ces liens des héros du « Monde » avec le para­mi­li­ta­risme colom­bien, lire « Vene­zue­la : la presse fran­çaise lâchée par sa source ? ».

Thier­ry Deronne, Vene­zue­la, 20 mai 2017.

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