Dérive morale du FIPA — Festival international de programmation audiovisuelle

Ce serait, à mon avis, un acte de digni­té de refu­ser de par­ti­ci­per à cette opé­ra­tion de pro­pa­gande poli­tique. Je les invite donc à reti­rer leurs films sélec­tion­nés à ce FIPA 2018 et de se reti­rer du sec­teur mar­ché.

À Biarritz, le Fipa (23-28 janvier), partagé entre séries, fictions, et documentaires consacre cette année un focus sur la production israélienne. Quelle a été notre surprise en lisant la présentation d’un documentaire de Daniel Sivan, The Patriot : « Un nouveau type de justicier. Ulcan, un hacker sioniste militant livre une guerre virtuelle et sans merci aux leaders du mouvement antisémite français. »
Rappelons qu’Ulcan, Grégory Chelli de son vrai nom, est ce délinquant qui profère des menaces de mort, usurpe des identités, fait intervenir la police chez ses victimes. Ses cibles sont nombreuses : Martine Aubry, maire de Lille, Stéphane Richard, PDG d’Orange, érigés donc au rang de « leaders du mouvement antisémite », comme d’autres cibles du hacker, tels Daniel Schneidermann (Arrêt sur images), Pierre Haski (aujourd’hui président de Reporters sans frontières), Denis Sieffert (directeur de Politis), Pierre Stambul (UJFP), et Jean-Claude Lefort, ou encore Thierry Le Corre, le père d’un journaliste de Rue 89, Benoît Le Corre, mort de crise cardiaque à la suite d’un appel d’Ulcan lui annonçant la mort de son fils.
Condamné à maintes reprises, ayant plusieurs plaintes contre lui pour hacking, Ulcan est sous le coup d’un mandat d’arrêt pour « action criminelle ayant entraîné une mort ». Comment les responsables de la sélection du Fipa ont-ils pu passer à côté de tels faits et commettre une telle bévue ? Pierre Haski, Daniel Schneidermann et Denis Sieffert rendent publique ce mardi 16 janvier 2018 une lettre ouverte au Fipa pour protester contre une présentation scandaleuse d’un film qui fait l’éloge d’un personnage aussi peu recommandable.

Pierre Haski, Daniel Schneidermann et Denis Sieffert adressent une lettre à la présidente du Fipa pour protester contre la présentation d'un film sur le hacker Ulcan, dont les auteurs ont été les victimes.

Lettre ouverte à la pré­si­dente du Fes­ti­val inter­na­tio­nal de pro­gram­ma­tion audio­vi­suelle

Madame la Pré­si­dente,

« Un nou­veau type de jus­ti­cier. Ulcan, un hacker sio­niste mili­tant, livre une guerre sans mer­ci aux lea­ders du mou­ve­ment anti­sé­mite. »

En lisant le résu­mé du film The Patriot en sélec­tion offi­cielle du Fipa, sur le pro­gramme du fes­ti­val, nous avons fré­mi. En tant que vic­times d’Ulcan, nous voi­là donc éri­gés au rang de « lea­ders du mou­ve­ment anti­sé­mite » – au même titre que Sté­phane Richard, Pdg d’Orange, de Mar­tine Aubry, maire de Lille, de Pierre Stam­bul, vice-pré­sident de l’Union juive fran­çaise pour la paix, de Jean-Claude Lefort, Pré­sident d’honneur de France-Pales­tine Soli­da­ri­té, de France inter, Libé­ra­tion, et de très nom­breuses autres cibles de ce « jus­ti­cier » des temps modernes si l’on en croit ce texte.

La sur­prise est d’autant plus grande de voir ain­si encen­sé, dans ces quelques lignes ano­dines de pré­sen­ta­tion, un per­son­nage qui, s’il ren­trait en France demain, serait immé­dia­te­ment arrê­té et envoyé devant une cour d’Assises pour meurtre. Oui, meurtre, car depuis sep­tembre 2016 il est visé par un man­dat d’arrêt pour « action cri­mi­nelle ayant entraî­né une mort ». Le mort en ques­tion est le père d’un jour­na­liste de Rue89, Benoit Le Corre, décé­dé d’une attaque car­diaque à la suite d’une ven­geance de ce « patriote » après un article qui lui a déplu, cela aurait peut-être méri­té d’être rap­pe­lé.

La légè­re­té avec laquelle, sous le titre flat­teur de « patriote », vous pré­sen­tez un per­son­nage contre lequel ont été dépo­sés des dizaines de plaintes en France, dont les nôtres, et pour lequel nous avons été reçus tous les trois par la Garde des Sceaux et le Ministre de l’intérieur de l’époque, Chris­tiane Tau­bi­ra et Ber­nard Caze­neuve, suite à des opé­ra­tions d’Ulcan contre nos domi­ciles, est conster­nante de la part d’un fes­ti­val inter­na­tio­nal. Une simple recherche Google aurait per­mis d’éviter de pré­sen­ter de manière aus­si ano­dine un per­son­nage au dos­sier aus­si lourd.

Ces quelques lignes contiennent une dif­fa­ma­tion infâ­mante contre toutes les vic­times d’Ulcan pré­sen­tées comme « anti­sé­mites ». C’est inad­mis­sible, et serait aisé­ment tran­ché devant un tri­bu­nal.

Ce n’est pas le sens de notre démarche. Mais vous pour­rez com­prendre que nous ne pou­vons pas lais­ser pas­ser sans réagir une pré­sen­ta­tion aus­si inju­rieuse, et un film pour le moins ambi­gu.

Nous ne sommes pas dans une logique de cen­sure. À cha­cun de se faire son opi­nion, à condi­tion que tous les élé­ments soient sur la table de manière claire. Ils ne le sont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, dans la pré­sen­ta­tion qui est faite sur votre pro­gramme : nous deman­dons que cette pré­sen­ta­tion soit chan­gée au plus vite ain­si que dans le dos­sier de presse.

Mais il nous semble néces­saire que le public fran­çais soit clai­re­ment infor­mé du contexte de cette affaire, et pas seule­ment par un docu­men­taire fait en Israël et qui, s’il donne aus­si la parole à cer­taines vic­times, fait la part belle à ce « jus­ti­cier » qui n’a pas le cou­rage de se pré­sen­ter devant la jus­tice fran­çaise et s’abrite der­rière l’absence de trai­té d’extradition entre la France et Israël.

Nous deman­dons l’organisation un débat avant ou après la dif­fu­sion du docu­men­taire, avec le public du film, afin qu’il soit tota­le­ment infor­mé de cette affaire qui attend tou­jours son dénoue­ment judi­ciaire. C’est le mini­mum pour que la pré­sen­ta­tion infâ­mante du pro­gramme ne trompe pas le public fran­çais.

Nous sommes à votre dis­po­si­tion pour en par­ler au plus vite, avant le début de la mani­fes­ta­tion évi­dem­ment. Nous ren­drons publique cette lettre puisque votre pro­gramme est déjà public.

Bien à vous.

Pierre Has­ki, cofon­da­teur de Rue89, aujourd’hui Pré­sident de Repor­ters sans fron­tières (RSF)

Daniel Schnei­der­mann, fon­da­teur d’Arrêt sur images

Denis Sief­fert, Direc­teur de la publi­ca­tion, Poli­tis

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Madame la Pré­si­dente,
Mon­sieur le Délé­gué Géné­ral,
Mon­sieur le Maire,

Ayant col­la­bo­ré de mul­tiples fois avec le fon­da­teur du FIPA (Fes­ti­val inter­na­tio­nal de pro­gram­ma­tion audio­vi­suelle), mon ami Pierre-Hen­ri Deleau, et ayant par­ti­ci­pé de nom­breuses années à ce fes­ti­val comme res­pon­sable de WBI (Wal­lo­nie-Bruxelles Images), j’ai été stu­pé­fait d’apprendre que l’édition 2018 com­pren­dra une opé­ra­tion de pro­mo­tion du régime israé­lien au tra­vers d’un “Focus Israël”.

Lisant les diverses annonces pro­mo­tion­nelles, j’apprends de plus qu’un des films sélec­tion­nés est un por­trait d’un assas­sin raciste, pré­sen­té comme un “patriote”, alors qu’il est visé par un man­dat d’arrêt inter­na­tio­nal pour “action cri­mi­nelle ayant entraî­né une mort”.

Je ne peux que m’associer aux pro­tes­ta­tions de per­son­na­li­tés telles Pierre Has­ki, Daniel Schnei­der­mann et Denis Sief­fert qui vous ont adres­sé un cour­rier dénon­çant cette com­pli­ci­té avec un régime qui ne res­pecte pas les droits humains, exé­cute jour­nel­le­ment des résis­tants qua­li­fiés de “ter­ro­ristes”, empri­sonne et tor­ture des enfants de moins de douze ans (lisez le rap­port de l’ONU à ce sujet!)… et inves­tit actuel­le­ment des dizaines de mil­lions de dol­lars dans sa pro­mo­tion inter­na­tio­nale, au FIPA 2018 notam­ment.
Quelle dérive morale d’un évé­ne­ment qui m’était cher.

En ce qui concerne les pro­fes­sion­nels de l’audiovisuel de mon pays (réa­li­sa­teur, pro­duc­teurs, dis­tri­bu­teurs), ce serait, à mon avis, un acte de digni­té de refu­ser de par­ti­ci­per à cette opé­ra­tion de pro­pa­gande poli­tique. Je les invite donc à reti­rer leurs films sélec­tion­nés à ce FIPA 2018 et de se reti­rer du sec­teur mar­ché.

Par­ti­ci­per à cette action et accep­ter l’argent de ce régime colo­nia­liste ce n’est pas seule­ment se rendre com­plice de l’oppression des Pales­ti­niens, c’est, objec­ti­ve­ment, aus­si, l’encourager !

Bien à vous

Rudi Bar­net
Conseiller à la pro­duc­tion, Pro­gram­ma­teur

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la pré­si­dente du Fipa

 


 

Ulcan, de son vrai nom, Gré­go­ry Chel­li, 36 ans, né à Paris, est visé par une cen­taine de plaintes. Ulcan est par­ti se réfu­gier en Israël où il a obte­nu la citoyen­ne­té le 23 mars 2014. Aucun trai­té d’ex­tra­di­tion n’exis­tant entre les deux pays, il y a peu de chances qu’Ul­can finisse devant un tri­bu­nal fran­çais.

Ulcan s’est fait connaître en 2014, au moment de l’a­gres­sion israé­lienne sur Gaza quand il a com­men­cé à pira­té cer­tains médias d’in­for­ma­tion, comme Rue89, Arrêt sur images, le site de Libé­ra­tion, Media­part…

Il a aus­si har­ce­lé plu­sieurs per­sonnes, comme Sté­phane Richard, Pdg d’Orange, Mar­tine Aubry, maire de Lille, ou d’autres comme Pierre Stam­bul de l’U­nion Juive Fran­çaise Pour la Paix ou Jean-Claude Lefort, ancien pré­sident de l’As­so­cia­tion France Pales­tine Soli­da­ri­té, qui dénoncent l’oc­cu­pa­tion israé­lienne en Pales­tine.

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Ulcan, de son vrai nom, Gré­go­ry Chel­li,

 

Il s’en est éga­le­ment pris à des jour­na­listes qui ont osé dres­ser son por­trait. Ulcan a pro­fé­ré des menaces de mort à leur encontre et a mis par­fois en ligne leurs coor­don­nées per­son­nelles.

En juillet 2009, Gré­go­ry Chel­li est condam­né, avec trois autres mili­tants de la Ligue de défense juive dont il fait par­tie, pour le sac­cage, à Paris, de la librai­rie Résis­tances, connue pour son sou­tien à la cause pales­ti­nienne.

Le 29 juillet 2014, il appelle le père d’un jour­na­liste de Rue89, Benoît Le Corre, auteur d’un article peu flat­teur à son égard. Ulcan se fait pas­ser pour un poli­cier. “Votre fils est mort, lui dit-il. Il est mort. Il est mort.” Trois jours plus tard, un autre appel, au com­mis­sa­riat cette fois, pro­voque l’in­ter­ven­tion des forces de l’ordre chez la famille Le Corre. Le 6 août, le père est vic­time d’un malaise car­diaque et décède quelques semaines plus tard.