GREVE SNCB

Reportage sur les 48h de grève des cheminots

-193.jpg Depuis le dépôt par la CGSP-Che­mi­nots et la CSC-Trans­com d’un pré­avis de grève pour les 6 et 7 jan­vier, médias et poli­ti­ciens n’ont pas man­qué de cri­ti­quer l’action des tra­vailleurs du rail. Les dis­cours poli­tiques et média­tiques mettent en avant les désa­gré­ments pro­vo­qués par la grève sans jamais par­ler des rai­sons qui poussent les che­mi­nots à se lever contre le plan stra­té­gique « Moder­ni­sa­tion » de la Ministre Galant.

L’objectif de ce plan – pré­sen­té par la Ministre comme un plan de sau­ve­tage – est en réa­li­té le déman­tè­le­ment pro­gram­mé des che­mins de fer. La Ministre veut en effet réduire de 20% (3 mil­liards d’€) le finan­ce­ment du rail belge d’ici 2019, ce qui ne fera qu’empirer la situa­tion d’une socié­té publique man­quant déjà de moyens pour assu­rer cor­rec­te­ment ses mis­sions.

Cette réduc­tion bud­gé­taire sera accom­pa­gnée par tou­jours plus de pres­sion sur les tra­vailleurs pour aug­men­ter la pro­duc­ti­vi­té (20% en 5 ans) alors que paral­lè­le­ment 7000 départs à la retraite ne seront pas rem­pla­cés sur la même période (aux­quels il faut d’ores et déjà rajou­ter les 7000 autres emplois de che­mi­nots dis­pa­rus ces 10 der­nières années et d’autres sup­pres­sions de postes).

-194.jpg Plus de pro­duc­ti­vi­té, cela signi­fie éga­le­ment plus de « flexi­bi­li­té » dans les condi­tions de tra­vail (pres­ta­tions de plus de 9h voire 12, révi­sion des primes d’indemnités, allo­ca­tions, etc.) et les rému­né­ra­tions. Cette flexi­bi­li­té passe par la dis­pa­ri­tion d’HR RAIL, filiale com­mune de la SNCB et d’INFRABEL, qui est l’employeur unique de tous les che­mi­nots. Avec sa dis­pa­ri­tion annon­cée à l’horizon 2019 – 21, c’est le sta­tut unique des che­mi­nots qui dis­pa­rai­tra. Ces der­niers pour­ront alors être employés soit par la SNCB, soit par INFRABEL avec des dif­fé­rences en termes de condi­tions de tra­vail, de trai­te­ment, etc.

Avec la dimi­nu­tion de la dota­tion accor­dée à la SNCB, celle-ci se ver­ra dans l’obligation d’augmenter ses tarifs et de sup­pri­mer des lignes, et c’est l’ensemble des voya­geurs (par­mi les­quels de nom­breux jeunes, étu­diants et per­sonnes pré­caires) qui vont alors payer la fac­ture. La Ministre a déjà clai­re­ment com­mu­ni­qué des pro­po­si­tions dans ce sens en deman­dant des « tarifs réa­listes » (tarif en fonc­tion de l’heure du voyage, sup­pres­sion de l’abonnement heb­do­ma­daire depuis sep­tembre, etc.).

Ce plan pré­voit donc de faire plus avec moins de moyens alors qu’en 10 ans le nombre de voya­geurs a quant à lui aug­men­té de 36%.

-195.jpg Pri­va­ti­sa­tion du rail

La poli­tique du gou­ver­ne­ment Michel vise à sous finan­cer déli­bé­ré­ment le rail afin de mieux jus­ti­fier sa libé­ra­li­sa­tion et la pri­va­ti­sa­tion du ser­vice public selon la logique néo­li­bé­rale. Comme le rap­pe­lait Michel Abdis­si, le pré­sident de la CGSP Che­mi­not et d’autres per­son­na­li­tés syn­di­cales et asso­cia­tives dans une carte blanche parue dans le jour­nal « le Soir », « en ren­dant la situa­tion inte­nable – inves­tis­se­ments repor­tés, sup­pres­sion de ser­vices, nombre et qua­li­té de trains insuf­fi­sants par rap­port à la demande – ces déci­sions vont encou­ra­ger l’entrée du pri­vé pour com­bler ce que ne finan­ce­ra plus le public, voire la pri­va­ti­sa­tion au rabais de ser­vices publics deve­nus inef­fi­caces »[1].

Pour­tant, dans tous les pays où cette libé­ra­li­sa­tion a été appli­quée, celle-ci s’est tra­duite par une baisse de qua­li­té, d’efficacité et une aug­men­ta­tion des prix pour les usa­gers. A terme avec cette pri­va­ti­sa­tion du rail, le risque est de voir des entre­prises pri­vées inves­tir uni­que­ment dans des ser­vices ou des lignes ren­tables tout en délais­sant com­plè­te­ment celles jugées moins ren­tables au dépend de la mobi­li­té des habi­tants des régions rurales et de la sécu­ri­té des usa­gers.

Affai­blir les orga­ni­sa­tions syn­di­cales

Le gou­ver­ne­ment s’attaque non seule­ment aux ser­vices publics mais éga­le­ment au droit de grève. Ain­si, le gou­ver­ne­ment Michel veut impo­ser un ser­vice mini­mum aux che­mi­nots. Outre la dif­fi­cul­té de l’appliquer dans la réa­li­té, il s’agit avant tout d’une attaque contre le droit démo­cra­tique de faire grève qui se cache der­rière cette mesure.

Si le gou­ver­ne­ment s’attaque aujourd’hui aux syn­di­cats des che­mi­nots, demain c’est l’ensemble des tra­vailleurs qui seront visés. L’objectif est donc bien de bâillon­ner les syn­di­cats et de rendre les tra­vailleurs impuis­sants face au patro­nat à une époque où la pré­ca­ri­sa­tion des condi­tions de tra­vail devient la norme.

Au Royaume Uni, depuis la période That­cher, où la liber­té d’action syn­di­cale a été consi­dé­ra­ble­ment limi­tée et enca­drée, les inéga­li­tés se sont creu­sées. Une fois les syn­di­cats anéan­tis, les tra­vailleurs indi­vi­dua­li­sés se sont vus inca­pables de défendre col­lec­ti­ve­ment leurs condi­tions de tra­vail, leurs salaires et leurs droits col­lec­tifs.

Pour un ser­vice public

Aujourd’hui le gou­ver­ne­ment tente d’isoler les syn­di­cats des che­mi­nots, les décriant comme des pri­vi­lé­giés et des pre­neurs d’otage ne défen­dant que leur propres inté­rêts, alors qu’ils se battent pour l’intérêt de toutes et tous. Pour leurs condi­tions de tra­vail certes, mais éga­le­ment pour un ser­vice public du rail plus acces­sible, plus fonc­tion­nel et plus éco­lo­gique.

source : jeunes FGTB

images : Col­lec­tif Kras­nyi

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