Palestinian archives, fragments d’une mémoire volée avec Michel Khleifi et Ilan Pappé

La ciné­ma Nova a orga­ni­sé en fin d’an­née un cycle de pro­jec­tions et de dis­cus­sions pour mettre à l’hon­neur les archives pales­ti­niennes comme enjeu cen­tral de la mémoire contre la perte de ter­ri­toires et l’ef­fa­ce­ment des traces. Le film “Ma’­loul fête sa des­truc­tion” de Michel Khlei­fi était au pro­gramme sui­vi d’une dis­cus­sion avec le réa­li­sa­teur ain­si que l’his­to­rien israé­lien Ilan Pap­pé, une ren­contre ani­mée par Jihane Sfeir.

L’image des Palestinien.nes au ciné­ma est d’abord celle qui a été construite dans les années 1940 – 50 sur les restes des empires colo­niaux : celle de sil­houettes anec­do­tiques, petits pay­sans de pas­sage, simples “réfu­giés arabes”, can­ton­nés à l’arrière-plan de pay­sages gran­dioses. Il s’agissait alors de don­ner corps au fameux slo­gan : « Un peuple sans terre pour une terre sans peuple ».

Pour bri­ser cette image, affir­mer leur exis­tence et résis­ter à l’occupation, les Palestinien.nes vont s’emparer de la camé­ra en même temps que des armes. Dès les années 60, quelques années après la créa­tion de l’Organisation de libé­ra­tion de la Pales­tine (OLP), la Pales­tine Film Unit est créée. Les tout pre­miers films sont réa­li­sés par des Palestinien.nes réfugié.es dans les pays limi­trophes ou par des cinéastes des pays arabes soli­daires tels que Ali Siam, Kaiss Al-Zubai­di, Mus­ta­fa Abu Ali, Gha­lib Sha’ath ou Ibra­him Abu-Nab. Au même moment, les empires colo­niaux se fis­surent et un vent de socia­lisme révo­lu­tion­naire souffle aux quatre coins du monde. La Pales­tine se trouve au cœur des soli­da­ri­tés inter­na­tio­nales, épau­lée par des cinéastes venus du monde entier.

Mais en 1982, le siège israé­lien de Bey­routh force la direc­tion révo­lu­tion­naire pales­ti­nienne à s’exiler en Tuni­sie. Les struc­tures de ciné­ma natio­nal et mili­tant sont détruites, les films sai­sis par l’armée israé­lienne et les réa­li­sa­teurs dis­per­sés. Dans un pays où faire un film relève de l’exploit, c’est dans l’exil que va émer­ger une nou­velle géné­ra­tion de cinéastes, mêlant désor­mais fic­tion et docu­men­taire avec des ambi­tions à la fois ciné­ma­to­gra­phiques, poli­tiques et huma­nistes — comme Michel Khlei­fi, réfu­gié en Bel­gique depuis 1970, dont l’approche rompt avec celle, plus didac­tique, de l’OLP. Entre­temps, la col­lec­tion de films docu­men­taires dis­pa­rue à Bey­routh fini­ra par resur­gir au fil du temps dans dif­fé­rents pays, au gré des liens révo­lu­tion­naires tis­sés à tra­vers le monde. Aujourd’hui, des cinéastes pales­ti­niens ont choi­si d’utiliser ces images pré­exis­tantes pour en faire la matière pre­mière de leurs films — comme Kamal Alja­fa­ri, Moha­nad Yaqu­bi ou Reem Shil­leh. D’autres, comme Mah­moud Al-Haj, choi­sissent de mêler archives per­son­nelles, images satel­lites et cap­ta­tions mili­taires. D’autres encore, comme Theo Pana­go­pou­los, revi­sitent direc­te­ment les archives coloniales.

Contre les poli­tiques colo­niales qui confisquent l’histoire pour mieux éli­mi­ner toute pré­sence du peuple pales­ti­nien sur ses terres, les démarches de ces cinéastes sont autant d’actes de résis­tance face à l’effacement pro­gram­mé.Pré­ser­ver ces images, les mettre en cir­cu­la­tion, les réuti­li­ser et se les réap­pro­prier, c’est conti­nuer à construire une mémoire collective.

Du 30 octobre au 21 décembre 2025, le ciné­ma Nova a orga­ni­sé un cycle de pro­jec­tions et dis­cus­sions pour mettre à l’hon­neur ces archives pales­ti­niennes et ques­tion­ner l’en­jeu cen­tral autour de la mémoire contre la perte de ter­ri­toires et l’ef­fa­ce­ment des traces. Le film Ma’­loul fête sa des­truc­tion était au pro­gramme le 11 décembre 2025, sui­vi d’une dis­cus­sion avec le réa­li­sa­teur Michel Khlei­fi ain­si que l’his­to­rien israé­lien Ilan Pap­pé, une ren­contre ani­mée par Jihane Sfeir.

Synop­sis du film :

Ma’loul Cele­brates Its Des­truc­tion [Ma’loul fête sa destruction]

Michel Khlei­fi, 1985, BE-LU-NL, DCP, VO AR ST FR & ANG, 30′

Ma’loul, vil­lage pales­ti­nien de Gali­lée détruit par Israël, n’est acces­sible à ses anciens habi­tants qu’une fois par an, le jour de l’indépendance israé­lienne. Ce jour-là, ils recouvrent les pay­sages de leurs mots et de leurs sou­ve­nirs. “Ma’loul” s’aventure au cœur de l’absence, dans la dou­leur de la dis­pa­ri­tion et le trem­blé des traces.

 

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