Zindeeq, le nouveau film de Michel Khleifi, sortie silencieuse à Bruxelles

Pour­quoi ZINDEEQ (2009) ne sort-il en Bel­gique (et en France) que le 3 Octobre 2012 ? Khlei­fi : « J’ai dans le milieu la répu­ta­tion d’être pro-pales­ti­nien. Et on me le fait chè­re­ment payer. »

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Zin­deeq : Le nou­veau film de Michel Khlei­fi (Pales­tine / Royaume-Uni / Bel­gique / Émi­rats Arabes Unis 2009 — 85’).

- Le jour­nal Le soir : Datant de 2009, pour­quoi ZINDEEQ ne sort-il en Bel­gique (et en France) que le 3 Octo­ber 2012 (Bel­gium) ?

- Khlei­fi : « J’ai dans le milieu la répu­ta­tion d’être pro-pales­ti­nien. Et on me le fait chè­re­ment payer, depuis le film que j’ai réa­li­sé en 2003 avec un cinéaste israé­lien (Eyan Sivan). »

Source : Le Soir

Route 181, le nom du docu­men­taire qui fait alors contro­verse, est en avril 2004 vio­lem­ment atta­qué par Claude Lanz­mann, le réa­li­sa­teur de Shoah, qui demande qu’il soit reti­ré de la pro­gram­ma­tion du fes­ti­val pari­sien Ciné­ma du réel, à Beau­bourg. D’autres artistes, tels que Sol­lers, BHL ou Arnaud Des­ple­chin, se rangent der­rière la colère de Lanz­mann, à laquelle Jean-Luc Godard, Todo­rov, Mas­pe­ro ou Banks réagissent tout aus­si viru­lem­ment, en signant une contre-péti­tion. (…) L’objet de la contro­verse ? Le docu­men­taire reve­nait sur le plan de par­tage de la Pales­tine, déci­dé en 1947 par la réso­lu­tion 181 de l’ONU, en s’appuyant sur des témoi­gnages d’Israéliens et de Pales­ti­niens. Sujet inlas­sa­ble­ment sen­sible. (…) .

- Khlei­fi : « C’est bien simple : depuis, je suis sur liste noire. Les portes se sont fer­mées. Je ne trouve plus d’argent… même à Arte. Et même les dis­tri­bu­teurs qui hier encore étaient amis me tournent le dos. »

Reste la CNC, petit dis­tri­bu­teur indé­pen­dant ins­tal­lé à Schaer­beek, qui a eu le cou­rage mais sur­tout l’intelligence de sor­tir Zin­deeq : un film para­doxa­le­ment moins poli­tique qu’existentiel, qui s’inscrit dans la tra­di­tion des films d’errance d’Antonioni, le maître du ciné­ma ita­lien. Dans Zin­deeq, Khlei­fi aborde une nou­velle fois la ques­tion des ori­gines. Et revient sur l’héritage de 1948, au regard de la trans­for­ma­tion de la socié­té pales­ti­nienne d’aujourd’hui. (…)

 

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Zin­deeq, de Michel Khlei­fi

Nota bene : il y a un excellent compte-ren­du en anglais du film, qui avait été pré­sen­té au Fes­ti­val de Chi­ca­go du Film pales­ti­nien en 2010, sur le site : The Elec­tro­nic Inti­fa­da : Sur­real Stuggle in Michel Khleifi’s Zin­deeq, de Mau­reen Claire Mur­phy.


Zindeeq, de Michel Khleifi — Digne Palestine

Source : afri­ci­né

Le ciné­ma pales­ti­nien est bien vivant. Le mot juste serait : digne. Une nou­velle géné­ra­tion a repris le flam­beau et crée un renouveau,une nou­velle vita­li­té, comme Nas­ri Haj­jaj, Bis­sam Ali Jar­ba­wi, Bilal Yous­sef, Muayad Alayam… Mais le ciné­ma pales­ti­nien s’e­nor­gueillit tou­jours de pou­voir comp­ter sur les anciens réa­li­sa­teurs, les valeurs sûres comme Rachid Masha­ra­wi et Michel Khlei­fi.

Michel Khlei­fi est sans doute le plus célèbre. Il y a quelques années, le public enthou­siaste de la Ciné­ma­thèque d’Al­ger décou­vrait Noces de Gali­lée, Mémoire Fer­tile, Le Can­tique des pierres. Route 181, long docu­men­taire de Michel Khlei­fi, reste cepen­dant inédit en Algé­rie. Tout comme Zin­deeq, son der­nier long métrage fic­tion, grand prix du fes­ti­val de Dubai 2009.

Zin­deeq est une très belle sur­prise. C’est un regard juste et fort sur la ter­ri­fiante situa­tion actuelle de la Pales­tine. Un récit sin­gu­lier où l’on voit le grand acteur Moha­med Bakri dans le rôle d’un cinéaste pales­ti­nien vivant en Europe et de retour en Pales­tine, à Ramal­lah et Naza­reth, dans le but de fil­mer les témoins de la Nak­ba de 1948, le grand exode des Pales­ti­niens chas­sés de leur pays.

Mais le récit, dont le style frôle le docu­men­taire, témoigne en fait de la situa­tion actuelle. M (le cinéaste) croise des gens, regarde autour de lui mais ne recon­naît plus rien. C’est la nuit, une longue aven­ture l’emporte dans ce qui était son pays et où il se sent main­te­nant per­du.

Michel Khlei­fi parle de l’exil, du déra­ci­ne­ment, de ceux qui sont par­tis et de ceux qui sont res­tés. De l’af­fron­te­ment des clans, des riva­li­tés entre le Fatah et le Hamas. Se sen­tant étran­ger dans la terre qui l’a vu naître, M est dou­ble­ment mal­heu­reux. Mal­heu­reux d’être par­ti en Europe, d’a­voir quit­té la Pales­tine. Et mal­heu­reux d’être reve­nu sans pou­voir retrou­ver ses sou­ve­nirs de la Pales­tine qu’il a lais­sée. Il retrouve sa mai­son dans un état de déla­bre­ment lamen­table. Sa soeur le conjure de repar­tir parce qu’il y a une ven­det­ta dans la famille.

L’in­sou­te­nable ques­tion de ce film magni­fique : pour­quoi on est par­ti de Pales­tine ? Et il y a quelque chose de très beau, d’im­pres­sion­nant dans la manière dont Michel Khlei­fi tente d’é­clair­cir un sujet bien sombre. Il filme toute une nuit Naza­reth, une ville déserte, fan­tôme, au milieu d’un monde en guerre.

Zin­deeq impose un cli­mat de peur, d’in­sé­cu­ri­té. L’in­sou­te­nable, l’in­to­lé­rable occu­pa­tion sio­niste est tout autour, omni­pré­sente. À l’i­mage du com­por­te­ment gros­sier des veilleurs de nuit dans le hôtels israé­liens de Naza­reth qui refusent d’ac­cueillir M épui­sé et de plus en plus étran­ger dans le monde qui l’en­toure.

Moha­med Bakri exprime bien cet effet de malaise, de rejet dont il est constam­ment l’ob­jet. Et la rigou­reuse sobrié­té du tra­vail de mise en scène de Michel Khlei­fi fait de Zin­deeq, ce film déses­pé­ré, une oeuvre dif­fi­ci­le­ment oubliable.

Azze­dine Mabrou­ki


Autres cri­tiques :

Le Grand Soir : Zin­deeq, de Michel Khlei­fi, ou : L’Etranger.

Le Monde : “Zin­deeq” : un film mêlant poli­tique et exal­ta­tion poé­tique

Cri­ti­kat : Taxi Dri­ver en Gali­lée — Zin­deeq