Lettre à Obama pour les cinq Cubains, juin 2014

Certains d’entre vous vont découvrir cette histoire digne de l’ "affaire Dreyfus ", car nos grands médias n’en parlent pas!

Bon­jour,

Cer­tains d’entre vous vont décou­vrir cette his­toire digne de l’ “affaire Drey­fus “, car nos grands médias n’en parlent pas !

Cinq cubains, Gerar­do Her­nan­dez, Fer­nan­do Gon­za­lez, Anto­nio Guer­re­ro, René Gon­za­lez et Ramon Labañi­no ont été arrê­tés aux Etats-Unis en sep­tembre 1998. Ils infil­traient les milieux mafieux de Flo­ride qui mul­ti­pliaient les atten­tats contre leur pays. Après leur arres­ta­tion, ils sont res­tés 17 mois en cel­lule d’isolement à la pri­son de Mia­mi. René et Fer­nan­do sont les seuls à n’avoir pas été condam­nés à per­pé­tui­té en 2001, après un juge­ment inique. En avril 2013, René était de retour à Cuba, et en février der­nier, c’était au tour de Fer­nan­do d’avoir pur­gé sa peine. Les trois autres sont tou­jours sous les ver­rous. Gerar­do, a été condam­né à deux per­pé­tui­tés plus quinze ans…Il devra donc res­sus­ci­ter deux fois pour pur­ger sa peine…
Voi­ci, avec un jour d’avance, la lettre de juin que je viens d’ envoyer, comme je le fais chaque mois, au pré­sident Oba­ma pour deman­der la libé­ra­tion des trois Cubains encore en pri­son.

Si vous vou­lez en savoir plus : http://www.freeforfive.org/fr/thefive.html

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Mon­sieur le Pré­sident Oba­ma

The White House

1600 Penn­syl­va­nia Ave­nue N.W.

Washing­ton DC 20500 (USA)

Le pre­mier juin 2014.

Mon­sieur le Pré­sident,

Le 18 avril l’écrivain colom­bien Gabriel Gar­cia Mar­quez nous quit­tait. “Le monde a per­du l’un de ses plus grands écri­vains vision­naires, et l’un de mes pré­fé­rés quand j’é­tais jeune”, avez-vous décla­ré en appre­nant son décès.
Gabriel Gar­cia Mar­quez a joué un rôle impor­tant dans l’histoire des agents anti­ter­ro­ristes cubains du réseau Avis­pa auquel appar­te­naient Gerar­do Hernán­dez, Anto­nio Guer­re­ro, Fer­nan­do Gonzá­lez, Ramón Labañi­no, et René Gonzá­lez, « les Cinq » comme on les appelle.

En avril 1998, cet écri­vain était par­ti à La Havane à la recherche d’un com­plé­ment d’informations pour écrire un article concer­nant la récente visite du Pape Jean-Paul II à Cuba. Ami du pré­sident cubain, Gar­cia Mar­quez avait ren­con­tré ce der­nier, et lui avait fait part de son départ pro­chain pour les Etats-Unis où il devait assu­rer un ate­lier de lit­té­ra­ture à l’université de Prin­ce­ton à par­tir du 25 avril. Il l’avait infor­mé qu’il ren­con­tre­rait peut-être le Pré­sident William Clin­ton.

C’est dans ce contexte que le Pré­sident Fidel Cas­tro avait confié à l’écrivain une mis­sion « non offi­cielle », mais capi­tale, pour faire savoir au Pré­sident des Etats-Unis que l’organisation ter­ro­riste FNCA (Fon­da­tion Natio­nale Cuba­no Amé­ri­caine) avait mis sur pied un plan dia­bo­lique qui pré­voyait de poser des bombes dans des avions de lignes cubaines, ou d’autres pays des­ser­vant Cuba à par­tir de pays lati­no-amé­ri­cains. Bien sûr, Mon­sieur le pré­sident, les agents Cubains n’étaient pas étran­gers à cette infor­ma­tion.
Fina­le­ment Gar­cia Mar­quez n’avait pas pu ren­con­trer le Pré­sident Clin­ton, mais il avait été reçu le 6 mai 1998 à la Mai­son Blanche dans le bureau de McLar­ty par trois fonc­tion­naires du Conseil de Sécu­ri­té Natio­nale à qui les révé­la­tions de l’écrivain avaient fait froid dans le dos. Je vous passe les détails de l’entrevue et du jeu diplo­ma­tique qui s’en était sui­vi, mais la consé­quence en avait été la venue à La Havane d’une délé­ga­tion de fonc­tion­naires du FBI le 15 juin. Des experts cubains s’étaient entre­te­nus lon­gue­ment les 16 et 17 juin avec cette délé­ga­tion, et lui avaient remis un dos­sier très com­plet sur les atten­tats en pré­pa­ra­tion afin que puissent être arrê­tés les com­plo­teurs.

La direc­tion de la mafia ter­ro­riste de Mia­mi qui avait eu vent des contacts entre Cuba et les Etats-Unis, n’avait pas per­du de temps pour obte­nir un chan­ge­ment de la tête du FBI de Sud Flo­ride. Hec­tor Pes­que­ra arri­vé en mai 1998 à Mia­mi depuis Por­to Rico, nom­mé chef du FBI de Sud Flo­ride le pre­mier sep­tembre, fai­sait arrê­ter les agents Cubains le 12 sep­tembre.
Pes­que­ra a mis toute son éner­gie à pour­suivre les membres du réseau Avis­pa, et pen­dant ce temps, sur le ter­ri­toire qu’il contrô­lait, au moins 14 membres d’AL Quaï­da s’entrainaient en toute quié­tude pour pré­pa­rer les funestes atten­tats du 11 sep­tembre 2001.

Le juge­ment des Cinq à Mia­mi a été une paro­die. Dans cette ville, un juge­ment équi­table pour eux était impos­sible. Comme l’écrivait dans le New York Times du 14 octobre 2009 le doc­teur Pas­tor, ancien conseiller à la sécu­ri­té natio­nale du pré­sident Jim­my Car­ter pour l’A­mé­rique latine, « Un juge­ment contre cinq agents de l’in­tel­li­gence cubaine se dérou­lant à Mia­mi est aus­si juste qu’un juge­ment contre un agent de l’in­tel­li­gence israé­lienne qui aurait lieu à Téhé­ran ».

Les Cinq ont été lour­de­ment condam­nés, la palme reve­nant Gerar­do Hernán­dez qui purge deux per­pé­tui­tés plus quinze ans. On l’a accu­sé de « conspi­ra­tion en vue de com­mettre un assas­si­nat » sans aucune preuve. Cette charge avait été ajou­tée à son dos­sier judi­ciaire huit mois après la consti­tu­tion de celui-ci.

Le 22 jan­vier 2003 dans une émis­sion radio de Mia­mi, « Radio Martí », Pes­que­ra avait décla­ré à pro­pos du réseau Avis­pa : « je suis arri­vé ici en mai 1998. On m’a mis au cou­rant de la situa­tion. Nous avons alors com­men­cé à mettre l’accent sur le fait que cette enquête ne devait pas en res­ter aux ques­tions de ren­sei­gne­ments. Elle devait chan­ger de nature et se trans­for­mer en une enquête cri­mi­nelle ». Ces pro­pos nous éclairent sur l’accusation impu­tée après coup à Gerar­do Hernán­dez. Il serait bien facile d’innocenter cet homme, mais votre pays refuse aux avo­cats l’accès aux docu­ments indis­pen­sables pour le faire.

Cette volon­té de la part de votre pays, de nuire à Cuba n’est hélas pas ter­mi­née. Der­niè­re­ment, le 26 avril, les auto­ri­tés cubaines ont arrê­tés quatre ter­ro­ristes, José Orte­ga Ama­dor, Obdu­lio Rodrí­guez Gonzá­lez, Rai­bel Pache­co San­tos et Félix Monzón Álva­rez venus de Mia­mi pour pré­pa­rer des atten­tats contre des ins­tal­la­tions mili­taires.

Mon­sieur le Pré­sident, il faut en finir avec une telle poli­tique ! Ecou­tez donc la voix de la délé­ga­tion de par­le­men­taires de votre pays qui a visi­té Cuba début mai. Conduite par Bar­ba­ra Lee, cette délé­ga­tion com­po­sée de quatre élus a ren­con­tré votre com­pa­triote Alan Gross à l’hôpital péni­ten­tiaire de La Havane, et vous a appe­lé à ouvrir des négo­cia­tions en vue de sa libé­ra­tion. Elle sou­haite que ces négo­cia­tions soient élar­gies au sort des trois agents secrets cubains Gerar­do Hernán­dez, Anto­nio Guer­re­ro, et Ramón Labañi­no, empri­son­nés aux Etats-Unis.

Ecou­tez aus­si les nom­breuses voix qui s’élèvent en ce début juin à Washing­ton pour vous deman­der la libé­ra­tion de Gerar­do Hernán­dez, Anto­nio Guer­re­ro, et Ramón Labañi­no.
Rece­vez, Mon­sieur le Pré­sident, l’expression de mes sen­ti­ments huma­nistes les plus sin­cères.

Jac­que­line Rous­sie
64360 Monein (France)

Copies envoyées à : Mes­dames Michelle Oba­ma, Nan­cy Pelo­si, Kathryn Ruemm­ler, Janet Napo­li­ta­no, à Mes­sieurs Joe Biden, John F. Ker­ry, Har­ry Reid, Eric Hol­der, Pete Rouse, Rick Scott et Charles Riv­kin, ambas­sa­deur des États-Unis en France.


Vous avez été nom­breux à m’écrire, après ma lettre de mai, que vous aviez aimé la pein­ture de Joël Prince « Cuba mur bleu ». Aus­si, ce mois-ci, c’est avec plai­sir que je vous envoie « Cuba mur jaune ». J’espère que le mois pro­chain, « Cuba mur ocre », der­nier tableau du trip­tyque, accom­pa­gne­ra ma lettre vous annon­çant la libé­ra­tion des Cubains.

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