Lettre à Obama, par cinq théologiens de la libération

Après le coup d'Etat manqué en février, Obama a déclaré le 9 mars 2015 la situation au Venezuela comme un péril national pour la sécurité des Etats-Unis. Voici la réponse des représentants les plus éminents de la théologie de la libération.

“Quand j’aide les pauvres, on dit que je suis un saint. Lorsque je demande pour­quoi ils sont pauvres, on me traite de com­mu­niste.”

Hél­der cama­ra

cinq-thc3a9ologiens-et-activistes-c3a9crivent-c3a0-obama-sur-le-venezuela.jpg

Cher pré­sident Oba­ma,

Nous te saluons comme un frère, dis­ciple de Jésus, avec tout l’amour et le res­pect que nous devons, confor­mé­ment à notre vœu, même envers ceux qui se sont com­por­tés avec nous en enne­mis.

Qu’est-ce qui t’es arri­vé, cher frère ? Qu’est-il adve­nu de cet intré­pide et lumi­neux Oba­ma qui, en 2008 et à tra­vers sa cam­pagne pré­si­den­tielle, a par­lé de chan­ge­ment, de VRAI chan­ge­ment qui empor­te­rait l’adhésion du peuple ? Tu as redon­né l’espoir à des mil­lions de per­sonnes, non seule­ment aux Etats-Unis mais par­tout dans le monde, à nous y com­pris.

Nous nous rap­pe­lons des son­dages d’opinion recen­sant un nombre étran­ge­ment signi­fi­ca­tif d’afro-américains qui n’étaient pas en faveur de ton élec­tion, pas parce que ils ne t’aimaient pas, ou qu’ils n’étaient pas d’accord avec les valeurs que tu défen­dais. Ils t’aimaient trop. Ils crai­gnaient ton assas­si­nat par le com­plexe indus­triel, mili­taire et finan­cier, qui serait cer­tai­ne­ment pas­sé à l’acte si tu avais eu le cou­rage de l’affronter avec ta vision et ta pro­messe que les Etats-Unis fassent à
nou­veau par­tie de la com­mu­nau­té humaine.

Tu es bien pla­cé pour savoir que les Etats-Unis ont tou­jours été le pays le plus haï dans l’histoire du monde pour son arro­gance et son obses­sion natio­na­liste dia­bo­lique de domi­na­tion pla­né­taire.

Contrai­re­ment à des lea­ders comme Ronald Rea­gan et Georges W. Bush, qui ne se sont pas dis­tin­gués par leur intel­li­gence, tu es sans nul doute une per­sonne douée d’intelligence.

De plus, tu as mani­fes­té un atta­che­ment à des valeurs morales et éthiques pro­fon­dé­ment ancrées, et une adhé­sion aux valeurs prô­nées par Jésus, et de fait, par tous les grands lea­ders spi­ri­tuels du monde, quelle que soit leur reli­gion.

Ce qui nous empresse, cher frère, à t’écrire cette lettre, c’est l’ordre extrê­me­ment hon­teux d’urgence natio­nale de ton pou­voir exé­cu­tif du 9 mars 2015 décla­rant que la situa­tion au Vene­zue­la repré­sen­te­rait une menace inha­bi­tuelle et et extra­or­di­naire pour la sécu­ri­té natio­nale et la poli­tique étran­gère des Etats-Unis. Ce qui n’est pas sans nous rap­pe­ler la déci­sion ordon­née par Rea­gan, il y a plus de trente ans, de déclen­cher la guerre des Contras contre le Nica­ra­gua dans les années 80. Cette déci­sion, que nous consi­dé­rons comme hon­teuse et extrê­me­ment hypo­crite est en plus une vio­la­tion fla­grante du droit inter­na­tio­nal : Il s’agit bien d’une menace d’user de la force contre le Vene­zue­la, et en même temps une inci­ta­tion pour tes valais véné­zué­liens de pour­suivre leurs efforts pour désta­bi­li­ser le pays.

Tu devrais savoir, cher frère, qu’en Amé­rique Latine, il existe un sen­ti­ment crois­sant d’unité et de soli­da­ri­té dans cette région Lati­no-amé­ri­caine et afro-antillaise que le peuple consi­dère comme la terre de ses ancêtres.
En même temps que nous reje­tons ton ordre exé­cu­tif arro­gant et inter­ven­tion­niste, nous t’adjurons de te tour­ner vers Jesus, la fra­ter­ni­té et la soli­da­ri­té, et de reje­ter une fois pour toutes, les démons de la cupi­di­té, de la guerre et de la domi­na­tion pla­né­taire.

Nous conti­nue­rons de prier pour toi et tes proches, ton pays et notre monde.
Sois assu­ré de la grâce infi­nie de Dieu, si tou­te­fois tu ne lui tournes pas le dos.

Amour et béné­dic­tion,

Miguel d’Escoto Bro­ck­mann, M.M.

Nica­ra­gua

Bishop Pedro Casaldá­li­ga

Bra­zil

Ram­sey Clark

U.S.A.

Leo­nar­do Boff

Bra­zil

Bishop Tho­mas Gum­ble­ton

U.S.A

Source de l’ar­ticle : vene­zue­lain­fos