João Pedro Stedile : Nous rentrons dans une période de crise et de transition

La pau­vre­té ne fait pas la révo­lu­tion. Ce qui engendre la révo­lu­tion, c’est l’opposition entre ceux qui pro­duisent la richesse et ceux qui se l’accaparent.

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Inter­ven­tion de João Pedro Ste­dile, diri­geant du Mou­ve­ment des tra­vailleurs ruraux sans terre (MST) du Bré­sil et de la Via Cam­pe­si­na Inter­na­tio­nale.

Dans cette inter­ven­tion pro­non­cée dans le cadre de la Ren­contre conti­nen­tale des médias libres orga­ni­sée à l’Ecole Flo­res­tan Fer­nandes du 20 au 22 novembre 2015 (Sao Pau­lo, Bré­sil), le diri­geant social expose sa vision de l’Amérique latine sept ans après l’éclatement de la crise finan­cière et éco­no­mique mon­diale de 2008. Il détaille éga­le­ment les dif­fi­cul­tés aux­quelles sont confron­tées les forces popu­laires, qu’il ne sou­haite plus nom­mer « mou­ve­ments sociaux », et décrit la nou­velle stra­té­gie de recon­quête de la région éla­bo­rée par les Etats-Unis.

Selon lui, les forces du capi­tal finan­cier inter­na­tio­nal ont déci­dé de lan­cer une « offen­sive contre les pays péri­phé­riques pour sor­tir de la crise ». Il s’agirait pour elles de reprendre le « contrôle des res­sources natu­relles (…) pour recons­ti­tuer leur capi­tal et ain­si de sor­tir de la crise ».

Quels seront les atouts des forces popu­laires ? Et João Pedro Ste­dile de rap­pe­ler que dans l’histoire, « ce qui engendre la révo­lu­tion, c’est l’opposition entre ceux qui pro­duisent la richesse et ceux qui se l’accaparent ».

-137.jpg Je vou­drais recon­si­dé­rer avec vous cer­tains concepts que nous avons jusque là uti­li­sés au sein du Conseil des mou­ve­ments sociaux de l’Alliance boli­va­rienne pour les peuples de notre Amé­rique (Alba). Notre tra­vail consiste à recher­cher la manière d’organiser une arti­cu­la­tion per­ma­nente entre les forces popu­laires pour mener la lutte contre le néo­li­bé­ra­lisme et l’impérialisme. Mais pour ce faire, nous avons déci­dé, dans notre lan­gage, de ne plus uti­li­ser la notion de « mou­ve­ments sociaux » puisque celle-ci a été reprise, dans le cadre la lutte de classe, par la droite. Il suf­fit main­te­nant que trois au quatre bour­geois se réunissent dans la rue pour qu’ils s’autodéfinissent comme « mou­ve­ments sociaux ». Nous croyons que le terme « mou­ve­ment popu­laire » pos­sède un conte­nu de classe plus défi­ni. C’est pour­quoi nous uti­li­se­rons désor­mais cette notion dans toutes nos mobi­li­sa­tions.

Il est impor­tant que vous com­pre­niez com­ment nous ana­ly­sons la conjonc­ture actuelle. En géné­ral, nous par­tons tou­jours de ce que nous ont ensei­gnés les his­to­riens mar­xistes bri­tan­niques du 20e siècle. Ces der­niers pro­posent une méthode d’analyse dans laquelle la lutte de classes fonc­tionne selon le prin­cipe de la vague. Il y a des moments où les peuples sont sur la défen­sive, d’autres où ils passent à l’offensive. Dans cer­taines cir­cons­tances se pro­duit un reflux de la lutte de classe jusqu’à ce que les forces s’équilibrent de nou­veau et que le peuple reprenne la lutte. Concer­nant notre région, nous sommes pas­sés dans les années 1980 et 1990 par une hégé­mo­nie com­plète du néo­li­bé­ra­lisme qui entraî­na le contrôle de nos éco­no­mies par le capi­tal finan­cier et les entre­prises trans­na­tio­nales. Cela a conduit à la mise en place de gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux dans tous nos pays, excep­té Cuba. A l’époque, les « grin­gos » [[Note du tra­duc­teur. Terme à conno­ta­tion péjo­ra­tive uti­li­sé par les Lati­no-amé­ri­cains pour dési­gner les Nord-amé­ri­cains.]] avaient même enga­gé un phi­lo­sophe japo­nais dénom­mé Fran­cis Fukuya­ma pour pro­fes­ser que le néo­li­bé­ra­lisme serait la fin de l’histoire. Tan­dis que tout parais­sait donc per­du, les peuples ont com­men­cé à bou­ger et il y a eu dans cer­tains pays de grandes révoltes sur des thé­ma­tiques spé­ci­fiques (la lutte pour l’eau, l’énergie élec­trique, etc.) et d’autres plus géné­rales comme le « Cara­ca­zo »[[Idem. Mani­fes­ta­tions popu­laires orga­ni­sées le 27 février 1989 à Cara­cas contre les plans du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal. Entre 300 et 3 000 per­sonnes y ont per­dues la vie selon les esti­ma­tions dans les répres­sions orga­ni­sées par le gou­ver­ne­ment diri­gé par Car­los Andrés Pérez.]].

A par­tir de là, la cor­ré­la­tion des forces a chan­gé et favo­ri­sé l’émergence d’un nou­veau scé­na­rio élec­to­ral sur tout le sous-conti­nent. La pre­mière vic­toire de Hugo Cha­vez en 1998 au Vene­zue­la fut le point de départ de cette nou­velle séquence. Depuis, nous avons été les témoins d’une défaite du néo­li­bé­ra­lisme. Cette nou­velle cor­ré­la­tion des forces a don­né, ces dix der­nières années, nais­sance à un scé­na­rio inédit dans lequel trois pro­jets se sont affron­tés en per­ma­nence. Le pro­jet néo­li­bé­ral dont cer­tains pays n’ont pas réus­si à sor­tir comme le Mexique, la Colom­bie et le Chi­li. Un second pro­jet, que nous dénom­mons « néo-déve­lop­pe­men­ta­liste », s’est carac­té­ri­sé par une orien­ta­tion qui n’était pas direc­te­ment néo­li­bé­rale mais qui repo­sait sur une alliance avec des sec­teurs de la bour­geoi­sie locale. Ce fai­sant, ce pro­jet n’avait pas un conte­nu net­te­ment anti-impé­ria­liste mais il pour­sui­vait néan­moins l’objectif de résoudre les pro­blèmes popu­laires. Le Bré­sil incarne ce pro­jet : recherche d’une crois­sance éco­no­mique basée sur l’industrie, retour du rôle de l’Etat sur le mar­ché et redis­tri­bu­tion des reve­nus de la rente, mais pas de la richesse en tant que telle. Cette redis­tri­bu­tion de reve­nu était pos­sible car il y avait beau­coup d’emplois créés et parce que le modèle entraî­nait une hausse de res­sources pour les familles. Les tra­vailleurs ont béné­fi­cié d’une amé­lio­ra­tion de leurs condi­tions de vie mais la struc­ture du sys­tème capi­ta­lise n’a pas chan­gé.

Le troi­sième pro­jet est celui de l’Alba[[Idem. L’Alliance boli­va­rienne pour les peuples de notre Amé­rique a été créée en 2004 à l’initiative de Cuba et du Vene­zue­la.]] qui pos­sède un conte­nu très popu­laire, anti-néo­li­bé­ral et anti-impé­ria­liste. Créé suite à l’échec de la Zone de libre-échange des Amé­riques (ZLEA)[[Idem. Zone de libre-échange des Amé­riques. Ce pro­jet pro­mu par les Etats-Unis n’a jamais vu le jour et a été mis en échec par les Lati­no-amé­ri­cains en 2005 au Som­met de Mar del Pla­ta (Argen­tine).]], il eut comme fer de lance Cha­vez et d’autres pays autour comme Cuba, l’Equateur, la Boli­vie, le Nica­ra­gua et d’autres des Caraïbes.

Entre ces trois pro­jets, la contra­dic­tion prin­ci­pale se situait entre le néo­li­bé­ra­lisme pro­po­sé par les Etats-Unis et l’Alba impul­sée par Cha­vez. Au milieu se trou­vait le pro­jet néo-déve­lop­pe­men­ta­liste qui, quel­que­fois, s’acoquinait avec le néo­li­bé­ra­lisme et d’autres avec l’Alba. Comme il s’agissait d’une poli­tique d’alliances de classes, sans anta­go­nismes au niveau natio­nal, il n’y avait pas de contra­dic­tions. Un jour l’Argentine et le Bré­sil pou­vaient se joindre aux Etats-Unis et l’autre à Cuba. Durant toute la période consi­dé­rée, à chaque fois que se sont tenues des élec­tions dans nos pays, il y avait des can­di­dats repré­sen­tant cha­cun de ces trois pro­jets.

Quelle est la situa­tion actuelle et qu’est ce qui a chan­gé au cours de ces dix années ? Pre­miè­re­ment, nous vivons une grande crise du capi­ta­lisme inter­na­tio­nal qui, dans sa forme actuelle, est un capi­ta­lisme finan­cier. Depuis 2009, le capi­ta­lisme n’a pas trou­vé la sor­tie et de ce fait, la crise s’est appro­fon­die. Le capi­tal impé­ria­liste, né aux Etats-Unis et en Europe occi­den­tale, reprend, à tra­vers ses entre­prises, une offen­sive vers les pays péri­phé­riques pour sor­tir de la crise et cela affecte l’Amérique latine. Que recherchent-elles actuel­le­ment ? Pre­miè­re­ment, le contrôle des res­sources natu­relles. Comme l’Amérique latine en est l’un des prin­ci­paux gise­ments au monde, le capi­tal impé­ria­liste compte sur nous pour cap­ter des matières pre­mières (gaz, pétrole, éner­gie, etc.). Il le fait dans le cadre d’une logique bien pré­cise que Rosa Luxem­burg a déjà expo­sé : durant les périodes de crise, le capi­tal cherche tou­jours à s’approprier les res­sources natu­relles car quand celles-ci arrivent sur le mar­ché, elles sont ven­dues à un prix qui se situe au-delà de leurs valeurs réelles et cela génère un pro­fit extra­or­di­naire. Ce pro­fit est chaque fois plus grand, ce qui per­met aux entre­prises de recons­ti­tuer leur capi­tal et ain­si de sor­tir de la crise.

L’autre solu­tion du capi­tal consiste à cher­cher des mar­chés pour leurs pro­duc­tions indus­trielles. Cela engendre une contra­dic­tion interne qui freine le pro­ces­sus d’industrialisation. En effet, il n’a pas besoin que ses entre­prises soient com­pé­ti­tives sur ces mar­chés. Il a besoin qu’elles garan­tissent sim­ple­ment la fabri­ca­tion de pro­duc­tions sec­to­rielles sur place, ensuite réin­tro­duites dans leurs chaînes de valeurs glo­bales. C’est pour­quoi nous obser­vons au Mexique, en Argen­tine et en Colom­bie un pro­ces­sus de dés­in­dus­tria­li­sa­tion. C’est grave car cela affecte la com­po­si­tion de la classe des tra­vailleurs. La part des ouvriers indus­triels en son sein se réduit tou­jours plus. Marx avait rai­son. Nous sommes réel­le­ment dans une mau­vaise situa­tion car les seuls qui peuvent ana­ly­ser la prin­ci­pale contra­dic­tion entre le monde du tra­vail et le capi­tal, ce sont les ouvriers indus­triels. Autre­ment dit, la pau­vre­té ne fait pas la révo­lu­tion. Ce qui engendre la révo­lu­tion, c’est l’opposition entre ceux qui pro­duisent la richesse et ceux qui se l’accaparent.

La troi­sième option du capi­tal est la réduc­tion du coût de la main d’œuvre. Il la réa­lise grâce aux nou­velles tech­no­lo­gies. Cela réduit le capi­tal actif et dimi­nue le temps de tra­vail pour réa­li­ser la mar­chan­dise.

Enfin, il y a la mani­pu­la­tion du change. Désor­mais c’est un fait, le dol­lar est une mon­naie inter­na­tio­nale. Et qui agit sur le dol­lar ? Ce sont elles, les forces du capi­tal finan­cier des Etats-Unis et d’Europe. Si elles ne le font pas direc­te­ment, elles spé­culent au niveau de la bourse pour que le dol­lar se trans­forme en mar­chan­dise inter­na­tio­nale. Par cette spé­cu­la­tion, elles peuvent conduire des éco­no­mies natio­nales au désastre.

Autre inter­ro­ga­tion : quel chan­ge­ment dans la poli­tique des Etats-Unis ? Suite à la crise et à leurs défaites poli­tiques et mili­taires au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont dû reprendre l’initiative poli­tique vers notre conti­nent. Ils savent qu’ils ne peuvent pas agir dans tous les pays comme ils l’ont fait au Hon­du­ras et au Para­guay. La base de leur action actuelle se situe donc au niveau de l’économie et de l’idéologie. Par ce che­min, Washing­ton a pu renouer avec les élites locales. Cer­tains sec­teurs de ces der­nières, aupa­ra­vant enga­gés en faveur du pro­jet néo-déve­lop­pe­men­ta­liste, deviennent de plus en plus pro-impé­ria­listes. Comme la bataille est idéo­lo­gique, les Etats-Unis sont conscients qu’ils doivent la mener à tra­vers les médias. Ils agissent éga­le­ment au niveau cultu­rel et à tra­vers l’influence tou­jours plus sophis­ti­quée et active des ser­vices d’intelligence. Il suf­fit de lire les livres de Julian Assange et de Edward Snow­den pour lever tout doute à ce sujet. Inter­net est notam­ment deve­nu un ins­tru­ment des ser­vices de ren­sei­gne­ment.

D’autre part, la ques­tion de la dis­pute de l’espace éco­no­mique lati­no-amé­ri­cain avec la Chine a consti­tué l’ultime levier poli­ti­co-idéo­lo­gique des Etats-Unis.

Concer­nant les tac­tiques uti­li­sées actuel­le­ment par la pre­mière puis­sance mon­diale, plu­sieurs scé­na­rios se des­sinent. Le pre­mier est l’isolement du Vene­zue­la. Je crois que les Etats-Unis ont déjà aban­don­né l’idée de faire tom­ber le gou­ver­ne­ment en tant que tel. Ils ont en revanche déci­dé de ne pas lais­ser le pro­jet boli­va­rien deve­nir l’avant-garde de l’Amérique latine et l’Alba s’imposer comme un pro­jet alter­na­tif. Dans le même temps, ils essaient d’apprivoiser Cuba non pas pour les Cubains, mais pour ten­ter de nous appri­voi­ser nous. L’objectif ? Que les nou­velles géné­ra­tions lati­no-amé­ri­caines ne voient pas Cuba comme un exemple révo­lu­tion­naire à suivre. C’est une autre par­tie de l’action idéo­lo­gique « grin­ga » : cher­cher à démon­trer que Cuba « a vieilli », « qu’il ne fait plus de mal à per­sonne ».

Il y a une autre variable sem­blable en Colom­bie. Ils font sem­blant d’isoler le radi­ca­lisme de droite d’Alvaro Uribe pour pré­sen­ter Juan Manuel San­tos comme une alter­na­tive bour­geoise de confiance. Ils font la même chose avec d’autres per­son­nages publics au Chi­li.

Enfin, dans le cadre de cette même stra­té­gie, ils s’allient avec les forces de droite au Bré­sil et au Chi­li pour mettre en échec le néo-déve­lop­pe­men­ta­lisme. Au Bré­sil, ils ont déjà réus­si. Nous avons gagné les élec­tions mais Dil­ma Rous­seff a remis le pro­gramme éco­no­mique natio­nal entre les mains des néo­li­bé­raux. Cela res­semble au syn­drome de Stock­holm car celle qui a gagné a déve­lop­pé une pas­sion pour celui qu’elle a vain­cue.

Voi­ci donc expo­sés quelques élé­ments qui annoncent cer­tains chan­ge­ments. Ils se situent dans une conjonc­ture dif­fé­rente de celle que nous aurions pu ana­ly­ser en 2005 ou en 2008, ce qui entraîne quelques défis pour les forces popu­laires.

Il y a un épui­se­ment du modèle néo-déve­lop­pe­men­ta­liste et contrai­re­ment à ce qu’imaginaient cer­tains mou­ve­ments trots­kistes, cela ne mène pas direc­te­ment au socia­lisme, mais à son oppo­sé. Cette défaite affecte les classes popu­laires et nous conduit au néo­li­bé­ra­lisme.

La crise du néo-déve­lop­pe­men­ta­lisme résulte de la rup­ture du pacte de classe anta­go­nique entre tra­vailleurs et sec­teurs de la bour­geoi­sie natio­nale. Et cela n’est pas dû à la volon­té des tra­vailleurs mais à la bour­geoi­sie qui ne l’a pas sou­te­nu. Les bour­geoi­sies locales, qui pou­vaient aupa­ra­vant accu­mu­ler des pro­fits sur le mar­ché interne, délaissent désor­mais ce mar­ché aux impé­ria­listes et ont déci­dé de mettre leur capi­tal au ser­vice de la rente. Elles gagnent mieux en s’associant avec le capi­tal finan­cier et les mul­ti­na­tio­nales qu’en le fai­sant avec les tra­vailleurs.

La crise du prix du pétrole a mis en dif­fi­cul­té tant le pro­jet de l’Alba que celui du néo-déve­lop­pe­men­ta­lisme. Cela a frei­né les avan­cées sociales au Vene­zue­la et empê­ché le finan­ce­ment de cer­tains pro­jets lati­no-amé­ri­cains comme la Banque du Sud, l’échange pétrole/gaz dans la région et le pro­jet de gazo­duc entre Cara­cas et Bue­nos Aires.

Face à cette situa­tion, la crise sociale s’aggrave. Au Bré­sil, il y a beau­coup de pro­blèmes sociaux latents qui deviennent impor­tants.

Il y a un recul du pro­jet de l’Alba dû à divers fac­teurs comme la baisse du prix du pétrole ou la mort de Cha­vez. Comme dirait Gueor­gui Ple­ja­nov, il y a des per­son­nages essen­tiels, dont on en peut se pas­ser. Cha­vez a énor­mé­ment por­té le pro­jet de l’Alba et aujourd’hui, ce n’est pas la même chose. Cher­chant à ne jamais s’isoler, Cha­vez a tou­jours su œuvrer dans le même temps pour favo­ri­ser des pro­jets plus larges au niveau régio­nal comme l’Unasur et la Celac.

En conclu­sion, je crois que nous sommes ren­trés dans une période de crise et de tran­si­tion de modèle mais nous ne savons pas encore vers quel modèle nous allons. Nous ne savons pas non plus com­bien de temps va durer cette crise. Mais il est pos­sible qu’elle soit plus liée aux pro­ces­sus éco­no­miques et au capi­ta­lisme inter­na­tio­nal qu’aux calen­driers élec­to­raux. La crise du capi­ta­lisme inter­na­tio­nal peut pro­duire des contra­dic­tions qui mènent vers la construc­tion de modèles éco­no­miques plus popu­laires qui dépassent le néo-déve­lop­pe­men­ta­lisme et mettent en échec le néo­li­bé­ra­lisme, confi­gu­ra­tion par laquelle les impé­ria­listes orga­nisent le contrôle de nos éco­no­mies. Tout cela dépen­dra de l’avancée du mou­ve­ment popu­laire dans nos pays. Si les peuples ne s’élèvent pas, le temps sera long. Si les peuples s’activent plus rapi­de­ment, nous pour­rons trou­ver des solu­tions à plus court terme. Lénine écri­vait en février 1917, dans un article du quo­ti­dien bol­ché­vique, « Cama­rades, j’ai déjà soixante-huit ans (men­songe, il en avait trente) et je suis au regret de vous infor­mer que notre géné­ra­tion ne connaî­tra pas les chan­ge­ments. » En octobre de la même année, la révo­lu­tion triom­phait. Un jeune bol­ché­vique l’interpella alors sur la place du Krem­lin et lui dit : « Ce n’est pas vous qui disiez que la Révo­lu­tion n’arriverait que pour la pro­chaine géné­ra­tion ? ». Lénine lui répon­dit : « Quand les masses s’unissent, elles réus­sissent à chan­ger en vingt jours ce qu’elles n’auraient pas ima­gi­né en vingt ans »[[Cita­tions reprises de l’auteur de l’intervention.]]. C’est pré­ci­sé­ment notre espé­rance.

Tra­duc­tion : Fan­ny Soares

Edi­tion : Mémoire des luttes

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org


Notes :