La révolte des paysans en Inde

Par Sub­in Dennis

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Tri­bune Magazine


Tra­duit par ZIN TV

EN LIEN :

Sub­in Den­nis est éco­no­miste et cher­cheur au bureau indien de Tri­con­ti­nen­tal : Ins­ti­tute for Social Research.

Le gou­ver­ne­ment indien tente de for­cer le rachat de son sec­teur agri­cole par les entre­prises, mais ses plans se heurtent à une résis­tance farouche de la part des agri­cul­teurs du pays, qui refusent de leur céder leurs moyens de subsistance.

La lutte des agri­cul­teurs qui se déroule actuel­le­ment aux fron­tières de Del­hi et des États voi­sins est l’une des plus impor­tantes agi­ta­tions de masse que l’Inde ait connues au cours de ses trois décen­nies de réformes néolibérales.

Depuis le 26 novembre, des cen­taines de mil­liers d’a­gri­cul­teurs se sont ras­sem­blés aux fron­tières du ter­ri­toire de la capi­tale natio­nale de Del­hi. Au début, la plu­part d’entre eux venaient de l’É­tat du Pend­jab, situé à envi­ron 200 km de Del­hi, mais beau­coup d’autres ont rejoint depuis l’É­tat de l’Ha­rya­na, qui jouxte Del­hi sur trois côtés, puis du Rajas­than, de l’Ut­tar Pra­desh et du Madhya Pra­desh éga­le­ment. Venu en cara­vanes, les agri­cul­teurs ont occu­pé de longs tron­çons de plu­sieurs auto­routes qui relient Del­hi aux États voi­sins. Ils se disent prêts à y res­ter et à se battre aus­si long­temps que néces­saire pour voir leurs demandes satisfaites.

La marche vers Delhi

La prin­ci­pale reven­di­ca­tion des agri­cul­teurs est le retrait de trois lois concer­nant l’a­gri­cul­ture que le gou­ver­ne­ment d’ex­trême droite du par­ti Bha­ra­tiya Jana­ta (BJP) de l’Inde a adop­tées en sep­tembre de cette année. Ces trois lois font pla­ner la menace d’un contrôle des entre­prises sur l’a­gri­cul­ture et devraient avoir un effet néga­tif sur la sécu­ri­té ali­men­taire de l’Inde.

En juin, avant leur adop­tion par le Par­le­ment, le gou­ver­ne­ment a publié des ordon­nances pour mettre la légis­la­tion en vigueur tem­po­rai­re­ment. Les agri­cul­teurs du Pun­jab, de l’Ha­rya­na et de plu­sieurs autres régions du pays ont pro­tes­té depuis, mais leurs efforts ont été igno­rés par le gou­ver­ne­ment cen­tral et la presse tra­di­tion­nelle — ils ont donc déci­dé de mar­cher jus­qu’à la capi­tale natio­nale pour se faire entendre.

La police de Harya­na (contrô­lée par le gou­ver­ne­ment de Harya­na diri­gé par le BJP lui-même) et la police de Del­hi (contrô­lée direc­te­ment par le gou­ver­ne­ment cen­tral du BJP) ont essayé d’empêcher les fer­miers de mar­cher sur Del­hi en dres­sant des bar­ri­cades, en uti­li­sant des gaz lacry­mo­gènes et des canons à eau. En réponse, cer­tains agri­cul­teurs ont uti­li­sé des trac­teurs pour bri­ser les bar­ri­cades, tan­dis que d’autres ont emprun­té des iti­né­raires alter­na­tifs pour atteindre la fron­tière de Delhi.

La police a ensuite essayé de for­cer les fer­miers à se rendre dans une par­tie de la ville où ils seraient invi­sibles pour la popu­la­tion et donc à l’a­bri de l’at­ten­tion du public. Mais les fer­miers ont refu­sé de bou­ger, recon­nais­sant que res­ter à l’é­cart de l’at­ten­tion du public per­met­trait d’at­té­nuer l’a­gi­ta­tion du début.

Les agri­cul­teurs sont venus prêts pour le long terme. Ils ont ame­né des camions et des trac­teurs pour sto­cker des céréales, des légu­mi­neuses et d’autres four­ni­tures essen­tielles, et pour ser­vir de chambres à cou­cher. Ils ont ins­tal­lé des toi­lettes et des cui­sines tem­po­raires sur les routes. En fait, ils disent avoir suf­fi­sam­ment de pro­vi­sions pour six mois. Des den­rées péris­sables telles que des légumes frais et du lait sont régu­liè­re­ment ren­voyées par les par­ti­sans depuis les vil­lages ; des groupes d’a­gri­cul­teurs res­tent sur le lieu de la mani­fes­ta­tion pen­dant quelques jours, puis d’autres arrivent pour les remplacer.

Un peu d’histoire

Dans les pre­mières décen­nies qui ont sui­vi 1947, lorsque l’Inde a obte­nu son indé­pen­dance de la Grande-Bre­tagne, le pays a mis en place un ensemble de poli­tiques visant à pro­té­ger l’a­gri­cul­ture pay­sanne. L’É­tat a inves­ti dans les infra­struc­tures rurales comme l’ir­ri­ga­tion, dans la recherche et le déve­lop­pe­ment pour pro­duire des varié­tés de cultures à haut ren­de­ment, et dans les ser­vices de for­ma­tion pour aider les agri­cul­teurs à adop­ter de meilleures pra­tiques agri­coles. Les banques du sec­teur public ont accor­dé des cré­dits aux agri­cul­teurs à des condi­tions rela­ti­ve­ment favo­rables et des intrants agri­coles comme les engrais ont été mis à dis­po­si­tion à des prix sub­ven­tion­nés. La régle­men­ta­tion des mar­chés de gros, les inter­ven­tions sur les mar­chés et les res­tric­tions au com­merce inter­na­tio­nal ont pro­té­gé les pay­sans des fluc­tua­tions de prix bru­tales que l’on observe lorsque les mar­chés res­tent “ouverts”.

Un filet de sécu­ri­té des prix des cultures a été créé. Le gou­ver­ne­ment devait décla­rer un prix de sou­tien mini­mum pour plu­sieurs grandes cultures et se pro­cu­rer les récoltes auprès des agri­cul­teurs à ces prix ou à des prix légè­re­ment supé­rieurs. Dans le même temps, un sys­tème de dis­tri­bu­tion publique a été mis en place pour garan­tir que la popu­la­tion géné­rale puisse avoir accès à une quan­ti­té mini­male de nour­ri­ture à des prix subventionnés.

De nom­breux élé­ments de ce sys­tème de sou­tien ont été éro­dés au cours des décen­nies qui ont sui­vi 1991, lorsque l’Inde s’est enga­gée dans des poli­tiques éco­no­miques néo­li­bé­rales. Les inves­tis­se­ments de l’É­tat dans l’a­gri­cul­ture et l’oc­troi de cré­dits publics aux agri­cul­teurs ont beau­coup souf­fert. Les sub­ven­tions pour les intrants ont été réduites. L’adhé­sion de l’Inde à l’Or­ga­ni­sa­tion Mon­diale du Com­merce et sa par­ti­ci­pa­tion à plu­sieurs autres accords de libre-échange ont ren­du les prix des cultures de plus en plus vola­tils. Néan­moins, le sys­tème de mar­chés de gros régle­men­tés, de prix de sou­tien mini­mum et d’ap­pro­vi­sion­ne­ment par le gou­ver­ne­ment s’est lar­ge­ment maintenu.


Trois lois

La pre­mière des trois lois sur les­quelles les agri­cul­teurs s’a­gitent est celle qui ren­dra ce sys­tème sans inté­rêt. La deuxième ouvre la voie à la concré­ti­sa­tion de contrats directs entre les entre­prises et les agri­cul­teurs, et la troi­sième vise à sup­pri­mer les res­tric­tions impo­sées aux acteurs pri­vés qui stockent des pro­duits essen­tiels comme les céréales, les légu­mi­neuses et les pommes de terre.

Les mar­chés de gros régle­men­tés dont dis­posent la plu­part des États indiens pour les cultures agri­coles sont des­ti­nés à pro­té­ger les agri­cul­teurs contre l’ex­ploi­ta­tion par les négo­ciants et à garan­tir que les agri­cul­teurs obtiennent des prix rému­né­ra­teurs et des paie­ments en temps vou­lu. Ces mar­chés fonc­tionnent sous la super­vi­sion des gou­ver­ne­ments des États. Le gou­ver­ne­ment BJP affirme que mettre fin à la domi­na­tion de ces mar­chés et per­mettre des canaux de com­mer­cia­li­sa­tion agri­cole pri­vés alter­na­tifs per­met­trait aux agri­cul­teurs de rece­voir de meilleurs prix pour leurs produits.

Mais les agri­cul­teurs n’ont aucune rai­son de croire les affir­ma­tions du gou­ver­ne­ment. Les prix sur les mar­chés régle­men­tés sont déter­mi­nés par des enchères ouvertes ou des appels d’offres fer­més. Ces mar­chés dis­posent éga­le­ment de méca­nismes per­met­tant d’é­vi­ter les pra­tiques déloyales telles que l’u­ti­li­sa­tion de sys­tèmes de pesage non stan­dard. Ces méca­nismes ne s’ap­pliquent pas aux mar­chés pri­vés non régle­men­tés, ce qui signi­fie que le méca­nisme de déter­mi­na­tion des prix peut être opaque et désa­van­ta­geux pour les agri­cul­teurs. Les négo­ciants étant libres de choi­sir des mar­chés pri­vés non régle­men­tés — où les taxes et les frais seraient moins éle­vés, et donc les coûts pour les négo­ciants seraient moindres — plu­tôt que des mar­chés régle­men­tés, on s’at­tend à ce que beau­coup d’entre eux finissent par ces­ser d’a­che­ter des pro­duits agri­coles sur des mar­chés réglementés.

Mais les mar­chés phy­siques asso­ciés aux mar­chés régle­men­tés sont les lieux où s’ef­fec­tuent éga­le­ment les achats du gou­ver­ne­ment. Un gou­ver­ne­ment qui a l’in­ten­tion d’af­fai­blir le sys­tème d’ap­pro­vi­sion­ne­ment trou­ve­ra plus facile de le faire avec les mar­chés régle­men­tés et leur infra­struc­ture affai­blie. Une fois que les mar­chés publics seront affai­blis, le filet de sécu­ri­té des prix agri­coles dont les agri­cul­teurs béné­fi­ciaient autre­fois dis­pa­raî­tra (les agri­cul­teurs ont déjà vu cette situa­tion se pro­duire dans l’É­tat du Bihar, qui a sup­pri­mé les mar­chés régle­men­tés en 2006). Les prix des cultures sont deve­nus plus vola­tils et les prix que les agri­cul­teurs reçoivent pour des cultures comme le riz, le blé et le maïs ont été infé­rieurs aux prix de sou­tien minimums).

À terme, les agri­cul­teurs seront contraints de trai­ter direc­te­ment avec les grands négo­ciants et les entre­prises, sans méca­nismes de sou­tien pour garan­tir des prix équi­tables ou pour empê­cher les pra­tiques déloyales. Avec des prix peu rému­né­ra­teurs, les agri­cul­teurs s’en­det­traient et beau­coup d’entre eux per­draient leurs terres au pro­fit de gros pré­da­teurs économiques.

Le pouvoir des entreprises

Les poli­tiques sui­vies par les gou­ver­ne­ments indiens suc­ces­sifs ont abou­ti à un trans­fert sec­teur après sec­teur au contrôle des entre­prises. L’a­gri­cul­ture est aujourd’­hui confron­tée au même sort. Alors que le pou­voir de négo­cia­tion des agri­cul­teurs s’ef­fondre en rai­son de l’af­fai­blis­se­ment des mar­chés régle­men­tés, les entre­prises seront en posi­tion domi­nante, capables de contraindre les agri­cul­teurs à conclure des contrats défavorables.

Les agri­cul­teurs sont par­fai­te­ment conscients du dan­ger que cela peut repré­sen­ter, ayant vu par le pas­sé des agri­cul­teurs dans des États comme l’Andh­ra Pra­desh tom­ber dans une pro­fonde détresse en rai­son de vio­la­tions de contrats par des entre­prises. Lorsque des vio­la­tions de contrat ou d’autres litiges sur­viennent, les entre­prises ont un avan­tage majeur. Leur puis­sance finan­cière peut être mise à pro­fit pour influen­cer les fonc­tion­naires et ache­ter une repré­sen­ta­tion juridique.

En même temps, la sup­pres­sion des res­tric­tions de sto­ckage signi­fie que les acteurs pri­vés peuvent sto­cker ces pro­duits en grandes quan­ti­tés. Cela peut être uti­li­sé pour mani­pu­ler les prix du mar­ché au détri­ment des agri­cul­teurs et des consommateurs.

Ces trois lois ont été adop­tées alors que la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus fai­sait rage en Inde, pré­ci­sé­ment parce que le gou­ver­ne­ment espé­rait que la crainte du virus empê­che­rait des pro­tes­ta­tions à grande échelle. Cela s’est avé­ré être une erreur de cal­cul. Le Pend­jab et l’Ha­rya­na sont les pays qui dis­posent du sys­tème le plus solide de mar­chés régle­men­tés et de mar­chés publics : les agri­cul­teurs de ces pays sont conscients des dan­gers qu’il y a à saper le sys­tème, et sont en mesure de se rendre dans la capi­tale natio­nale pour défendre leurs revendications.

L’unité des agriculteurs et des travailleurs

L’a­gi­ta­tion des agri­cul­teurs gagne le sou­tien de larges pans de la socié­té indienne, où plus de 50 % de la main-d’œuvre est employée dans l’a­gri­cul­ture. Tous les grands syn­di­cats (à l’ex­cep­tion d’un syn­di­cat lié au BJP) ont expri­mé leur sou­tien à la lutte, et se sont joints à l’ap­pel à la fer­me­ture d’une jour­née à l’é­chelle natio­nale (Bha­rat Bandh) lan­cé par les orga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs le 8 décembre.

Les efforts déployés ces der­nières années pour ras­sem­bler les tra­vailleurs et les agri­cul­teurs afin de lut­ter contre l’at­teinte à leurs moyens de sub­sis­tance ont été déter­mi­nants dans cette lutte. Les com­mu­nistes ont joué un rôle de pre­mier plan dans ces efforts, en for­geant ce qu’ils appellent une “uni­té fon­dée sur les enjeux”.

D’une part, les tra­vailleurs se sont ras­sem­blés pour défendre leurs droits. Les prin­ci­paux syn­di­cats et fédé­ra­tions d’employés ont orga­ni­sé vingt grèves géné­rales depuis 1991, et le Centre of Indian Trade Unions (CITU), qui est lié au Par­ti com­mu­niste de l’Inde (mar­xiste), ou CPI(M), a joué un rôle de pre­mier plan dans la construc­tion de cette uni­té. La marche des agri­cul­teurs à Del­hi a coïn­ci­dé avec la grève géné­rale du 26 novembre, qui a été la plus grande grève de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té. Ces grèves n’ont duré qu’un ou deux jours à la fois, mais elles ont contri­bué à sen­si­bi­li­ser les tra­vailleurs et leurs syn­di­cats et à ren­for­cer leur capa­ci­té d’or­ga­ni­sa­tion, et ont réus­si à blo­quer les efforts de pri­va­ti­sa­tion dans cer­tains secteurs.

D’autre part, les orga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs s’u­nissent de plus en plus dans tout le pays. L’AIKS (All India Kisan Sabha, ou All India Pea­sant Union), éga­le­ment liée à l’IPC(M), a joué un rôle de pre­mier plan dans la créa­tion de cette uni­té thé­ma­tique. L’AIKS a mené cer­taines des agi­ta­tions pay­sannes les plus mar­quantes de la der­nière décen­nie, comme la lutte pay­sanne de treize jours à Sikar, au Rajas­than, en sep­tembre 2017, et la longue marche de Kisan dans le Maha­ra­sh­tra en mars 2018.

L’AIKS a été l’une des forces motrices de la for­ma­tion du All India Kisan San­gharsh Coor­di­na­tion Com­mit­tee (AIKSCC, All India Far­mers’ Struggle Coor­di­na­tion Com­mit­tee), une coa­li­tion de plus de 200 orga­ni­sa­tions pay­sannes, en 2017. L’AIKSCC, avec d’autres orga­ni­sa­tions telles que l’U­nion Kir­ti Kisan et diverses fac­tions de l’U­nion Bha­ra­tiya Kisan, est deve­nu le noyau du Samyuk­ta Kisan Mor­cha (Front uni des agri­cul­teurs), un orga­nisme de coor­di­na­tion de cen­taines d’or­ga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs, qui dirige l’a­gi­ta­tion des agri­cul­teurs actuel­le­ment en cours.

Ces der­nières années, les syn­di­cats de tra­vailleurs et les orga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs ont uni leurs forces. Le 5 sep­tembre 2018, le CITU, le All India Agri­cul­tu­ral Wor­kers’ Union (AIAWU) et l’AIKS ont orga­ni­sé conjoin­te­ment le gigan­tesque Maz­door-Kisan San­gharsh Ral­ly (Ral­lye de lutte des tra­vailleurs et des pay­sans) à Del­hi. Le 8 jan­vier 2020, une pla­te­forme com­mune de dix syn­di­cats natio­naux a orga­ni­sé une grève géné­rale, et les agri­cul­teurs et les tra­vailleurs agri­coles, à l’ap­pel de l’AIKSCC, ont orga­ni­sé des mani­fes­ta­tions et des arrêts de cir­cu­la­tion dans les zones rurales le même jour.

Reconnaître l’ennemi

L’une des carac­té­ris­tiques les plus inté­res­santes de la lutte actuelle est la recon­nais­sance expli­cite du fait que la lutte est contre la domi­na­tion des entre­prises. Les agri­cul­teurs qui s’a­gitent sont bien conscients que le nou­veau cadre poli­tique a été créé au pro­fit des grandes entre­prises. Cer­tains des plus grands conglo­mé­rats indiens, comme Reliance (diri­gé par Mukesh Amba­ni) et le groupe Ada­ni (diri­gé par Gau­tam Ada­ni), ont lar­ge­ment pro­fi­té de ce nou­veau cadre depuis le début du règne du BJP en 2014. Ces entre­prises sont la prin­ci­pale source de finan­ce­ment du BJP : 79 % des dons des entre­prises en 2018 – 19 sont allés au par­ti d’ex­trême droite. Les slo­gans contre les Amba­nis et les Ada­nis sont donc une par­tie com­mune du mou­ve­ment en cours.

Le 9 décembre, les orga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs ont fait un pas de plus. Elles ont appe­lé au boy­cott des pro­duits de Reliance et d’A­da­ni, des ser­vices de télé­pho­nie mobile aux centres com­mer­ciaux. Avant même le début de la marche vers Del­hi, les ventes aux pompes à essence de Reliance dans le Pend­jab avaient chu­té de façon abrupte. Il y a eu aupa­ra­vant des agi­ta­tions contre les pro­jets indus­triels des entre­prises qui nuisent aux agri­cul­teurs, aux tra­vailleurs, à la popu­la­tion locale et à l’en­vi­ron­ne­ment, mais les appels à un boy­cott géné­ral des pro­duits de cer­taines entre­prises à cette échelle ont été rares — et l’af­fir­ma­tion selon laquelle les entre­prises, en par­ti­cu­lier, doivent être confron­tées est un aspect remar­quable de cette cam­pagne particulière.

Des per­sonnes allant des agri­cul­teurs rela­ti­ve­ment aisés aux agri­cul­teurs et tra­vailleurs agri­coles de la classe moyenne et pauvre font tous par­tie de cette lutte, s’é­tant unis pour affron­ter les forces plus impor­tantes qui menacent leur vie et leurs moyens de sub­sis­tance. Cette uni­té, ain­si que la soli­da­ri­té d’autres per­sonnes à tra­vers le pays et le remar­quable sens de l’or­ga­ni­sa­tion qui a été démon­tré, a été cru­ciale pour aider à col­lec­ter des res­sources afin de sou­te­nir une lutte pro­lon­gée. Le pro­jet d’u­ni­té thé­ma­tique, qui a duré des années, a per­mis et ins­pi­ré des actions de soli­da­ri­té dans plu­sieurs régions du pays.

Ce serait un évé­ne­ment déci­sif si le mou­ve­ment par­ve­nait à for­cer la main du gou­ver­ne­ment. Jus­qu’à pré­sent, les orga­ni­sa­tions d’a­gri­cul­teurs ont refu­sé de se conten­ter de conces­sions de type “sucette” et ont décla­ré à plu­sieurs reprises qu’elles vou­laient que les trois lois agri­coles soient sup­pri­mées. Avec la force de l’u­ni­té der­rière eux, les agri­cul­teurs sont déter­mi­nés à sor­tir victorieux.