Le chemin de croix de la régularisation

La Coor­di­na­tion des Sans-Papiers de Bel­gique (réseau auto­nome de tous les col­lec­tifs sans papiers en lutte actuel­le­ment à Bruxelles/en Bel­gique) a sor­ti une péti­tion, accom­pa­gnée d’une lettre ouverte, afin de deman­der la régu­la­ri­sa­tion des per­sonnes sans-papiers. La péti­tion a déjà été signée par plus de 17.000 citoyen.ne.s.  https://www.cncd.be/Lette-ouverte-des-personnes-sans

Union des sans-papiers pour la régu­la­ri­sa­tion https://www.facebook.com/OccupationPolitiques2021

Occu­pa­tion poli­tique https://www.instagram.com/occupationpolitique/

PVLS — ZIN TV

2021

Dans un contexte de pan­dé­mie, cer­taines per­sonnes sont plus fra­giles et plus expo­sées que d’autres. Les per­sonnes en séjour irré­gu­lier, pour ne citer qu’elleux vivent la crise dans des condi­tions déplo­rables. Face à cette situa­tion, plu­sieurs col­lec­tifs se sont mobi­li­sés pour reven­di­quer la régu­la­ri­sa­tion. Ces col­lec­tifs occupent l’église du bégui­nage, près de Sainte-Cathe­rine depuis le 30 jan­vier 2021.

Les récits sont nom­breux. Les his­toires sont tou­chantes. Les vécus sont into­lé­rables. Certain.e.s sont né.e.s ici mais ont ordre de quit­ter le ter­ri­toire, d’autres ont dû fuir des condi­tions de vie hor­ribles ou un contexte poli­tique et éco­no­mique ten­du dans leur pays d’origine, et sont fina­le­ment arri­vés ici, en Bel­gique. Ils et elles sont entre 100.000 et 150.000 à vivre dans notre petit pays, sans titre de séjour, depuis de nom­breuses années. Depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, voire plus. Ce sont des citoyen.ne.s belges, au même titre que nous autres, pour­tant tout leur est refu­sé au nom d’un bout de papier qu’iels n’auraient pas eu la chance d’obtenir.

Condi­tions de tra­vail déplo­rables, salaires de misère, impos­si­bi­li­té de voya­ger, de revoir leur famille res­tée à l’étranger, droits élé­men­taires bafoués, aucun accès à la sécu­ri­té sociale, etc. Telles sont les dif­fi­cul­tés quo­ti­diennes de ces per­sonnes, à qui nous avons refu­sé, pure­ment et sim­ple­ment, l’existence légale. Pour­tant, ielles par­ti­cipent à l’économie et à la vie quo­ti­dienne de la Bel­gique. Une des occu­pantes nous rap­pelle d’ailleurs « qu’une étude de la CSC a démon­tré que la régu­la­ri­sa­tion des sans-papiers rap­por­te­rait 65 mil­lions d’euros par mois dans les caisses de la sécu­ri­té sociale ».

Depuis le début de la crise sani­taire et poli­tique, en mars 2020, les condi­tions des sans-papiers se sont encore dur­cies. La plu­part ont per­du leur bou­lot, ne dis­po­sant d’aucune sécu­ri­té et d’aucune autre source de reve­nus. Ne dis­po­sant d’aucun titre de séjour valable, ces per­sonnes ne peuvent pas se faire tes­ter ni vac­ci­ner. Face à la situa­tion, deve­nue inte­nable, plu­sieurs col­lec­tifs ont déci­dé de se mobiliser.
Cet ain­si, que le 31 jan­vier 2021, un groupe de femmes sans-papiers a inves­ti l’église Saint-Jean-Bap­tiste-au-Bégui­nage et a décré­té qu’elles ne s’en iraient pas tant qu’il n’y aura pas de régu­la­ri­sa­tion. Bien­tôt, elles furent rejointes par de nom­breux col­lec­tifs, sans-papiers et autres sou­tiens venus en renforts.
Les condi­tions étaient dif­fi­ciles, sur­tout au début, lorsque l’hiver était encore au plus fort et que l’église abri­tait des corps conge­lés dans ses allées, entre ses sta­tues aux airs angéliques.
De nom­breuses per­sonnes sur place nous ont rap­pe­lé que « les occupant.e.s ont une famille, un bou­lot et un loge­ment, il s’agit donc d’une occu­pa­tion sym­bo­lique et poli­tique. Ces per­sonnes ont tout quit­té pour venir reven­di­quer, ensemble, un ave­nir meilleur, un peu de sécurité. »

Le choix de cette église, en par­ti­cu­lier, n’est pas un hasard. La paroisse avait déjà connu plu­sieurs occu­pa­tions par le pas­sé, dont une en 2009 qui avait été ponc­tuée par plu­sieurs grèves de la faim. Cer­taines de ces occu­pa­tions s’étaient sol­dées par une régu­la­ri­sa­tion col­lec­tive, don­nant ain­si un espoir aux occupant.e.s de réité­rer cet évè­ne­ment his­to­rique. Il faut éga­le­ment rap­pe­ler que cette occu­pa­tion a été faci­li­tée par l’aide du curé Daniel Alliët, res­pon­sable de l’église, qui a fait des droits des sans-papiers son combat.

Tout comme en 2009, les col­lec­tifs de sans-papiers ne se sont pas arrê­té à l’occupation de cette église. Ils ont éga­le­ment inves­ti plu­sieurs locaux à l’ULB et à la VUB, afin « d’intensifier la pres­sion sur les poli­tiques » et de faire connaître leurs reven­di­ca­tions au plus grand nombre. Le mou­ve­ment, très orga­nique et très dis­per­sé de base, s’est fédé­ré en « Union des sans-papiers pour la régu­la­ri­sa­tion ». Ses membres s’organisent, aidés par les sou­tiens mili­tants, asso­cia­tifs et ins­ti­tu­tion­nels, afin d’obtenir les droits mini­mum et des « cri­tères clairs et per­ma­nents ». De nom­breuses assem­blées et autres mani­fes­ta­tions ont lieu toutes les semaines, afin de sou­te­nir les occu­pa­tions et le com­bat, long et com­plexe, des per­sonnes sans-papiers.

Face à ces mobi­li­sa­tions, les poli­tiques jouent la sourde-oreille. Samy Mah­di, le secré­taire d’état à l’asile et la migra­tion, a même décla­ré qu’il « ne céde­rait pas au chan­tage ». Comme si ces per­sonnes, sans aucunes res­sources et sans aucun autre choix, jouaient à un jeu. Le jeu poli­tique, lui, ain­si que l’instrumentalisation de ces per­sonnes à des fin élec­to­rales, sont bien réels.

EN LIEN :