Les églises évangéliques au service de la foi néolibérale

Par Alber­to Azcá­rate

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El Sal­to Dia­rio / La tin­ta


Vene­sol

Arri­vées des États-Unis dans les années 1970, les églises néo-pen­te­cô­tistes / évan­gé­liques, semblent avoir réa­li­sé une avan­cée iné­luc­table au cours des der­nières décen­nies.

L’actuel pré­sident du Sal­va­dor, Nayib Bukele, un homme poli­tique du Front Fara­bun­do Martí de libé­ra­tion natio­nale (FMLN), vient de mettre en scène un coup d’État civi­co-mili­taire, et l’a fait avec la foi des conver­tis. Après être entré au Par­le­ment entou­ré de poli­ciers et de mili­taires, il s’est assis sur le siège pré­si­den­tiel et a ouvert la ses­sion « sous la pro­tec­tion d’un droit divin », selon ses propres termes. Il s’est ensuite livré à une prière, puis a quit­té la salle pour ren­con­trer des cen­taines de fidèles qui l’ont accla­mé à l’extérieur. Le pré­sident démontre ain­si le sou­tien expli­cite des églises évan­gé­liques sal­va­do­riennes dont il dis­pose.

Des sol­dats armés d’armes de guerre entrent dans la salle du Par­le­ment au Sal­va­dor le 9 février 2020

De même, lors des récentes élec­tions pré­si­den­tielles péru­viennes, le Front popu­laire agri­cole du Pérou (FREPAP), le bras poli­tique de l’Association évan­gé­lique de la mis­sion israé­lite du nou­veau pacte uni­ver­sel (AEMINPU), a fait un bond au niveau ins­ti­tu­tion­nel, s’imposant à la deuxième place du scru­tin. Peu avant, lors du coup d’État mili­taire en Boli­vie, la pré­si­dente de fac­to — Jea­nine Añez — a pris ses fonc­tions une bible à la main avec une décla­ra­tion de foi expli­cite : « Dieu a per­mis à la Bible d’entrer à nou­veau dans le Palais. Qu’Il nous bénisse ». Pen­dant ce temps, un colo­nel de l’armée boli­vienne a décla­ré sous les accla­ma­tions : « Je reven­dique et consacre les forces armées boli­viennes pour Jésus-Christ ». Le fait que, depuis sa Consti­tu­tion de 2009, la Boli­vie ait assu­mé le sta­tut d’État laïque ampli­fie la gra­vi­té du geste de l’une et l’autre.L’enchaînement de ces évé­ne­ments indique — dans le domaine reli­gieux — une influence crois­sante des églises néo-pen­te­cô­tistes, paral­lè­le­ment à l’éclipse du catho­li­cisme et, dans le domaine poli­tique et cultu­rel, l’implantation de plus en plus pro­fonde de ces églises. Cette situa­tion est ana­ly­sée en détail par le Centre stra­té­gique lati­no-amé­ri­cain de géo­po­li­tique (CELAG) dans son rap­port inti­tu­lé « Les églises évan­gé­liques et le pou­voir conser­va­teur en Amé­rique latine ». Ces exemples mettent en évi­dence un dis­cours conser­va­teur et d’extrême droite de nature auto­ri­taire. Les églises évan­gé­liques se posi­tionnent ain­si comme une alter­na­tive anta­go­niste aux mou­ve­ments popu­laires qui luttent en faveur de la (re)conquête des droits sociaux et poli­tiques per­dus ain­si qu’à d’autres mou­ve­ments plus récents qui visent à obte­nir des droits, notam­ment en matière de fémi­nisme, du mou­ve­ment LGTBQI, des mino­ri­tés racia­li­sées et des exclus en géné­ral.

Cet évan­gé­lisme sou­tient ou a sou­te­nu des gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux tels que ceux de Sebas­tián Piñe­ra (Chi­li), Jair Bol­so­na­ro (Bré­sil), Lenin More­no (Équa­teur), Iván Duque (Colom­bie), Mau­ri­cio Macri (Argen­tine) et les put­schistes boli­viens. Son influence ne cesse de croître en Répu­blique domi­ni­caine, au Cos­ta Rica, au Mexique, au Gua­te­ma­la et au Pérou. Ses mes­sages sont trans­mis par la radio, la télé­vi­sion et les réseaux sociaux, par le biais d’un appa­reil média­tique finan­cé par les contri­bu­tions des parois­siens et, dans cer­tains cas, par des groupes d’entreprises.

Nayib Bukele, Pré­sident du Sal­va­dor en prière lors d’une scéance du Congrès

Pour ana­ly­ser les causes et la por­tée du phé­no­mène, El Sal­to a ren­con­tré Mar­ce­lo Mendes Facundes, doc­teur en psy­cho­lo­gie et pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie, de pro­ces­sus psy­cho­so­ciaux de base et de psy­cho­lo­gie de la san­té au Centre uni­ver­si­taire Maria Cris­ti­na de El Esco­rial, appar­te­nant à l’Université Com­plu­tense de Madrid (UCM). Mar­ce­lo Mendes a fait sa thèse de doc­to­rat, il a publié et don­né des confé­rences sur le sujet.

Le néo-pentecôtisme et le commerce de la foi

Mendes explique que dès l’origine de son implan­ta­tion en Amé­rique latine — à par­tir des années 1970 — le néo-Pen­te­cô­tisme a agi comme un bar­rage à l’avancée de la Théo­lo­gie de la Libé­ra­tion. Cette branche du catho­li­cisme — en phase avec les pro­ces­sus révo­lu­tion­naires du conti­nent — a défen­du le droit légi­time des pauvres à une exis­tence digne. À l’opposé, l’évêque Edir Mace­do, fon­da­teur de l’Église uni­ver­selle bré­si­lienne du Royaume de Dieu et pro­mo­teur de la Théo­lo­gie de la Pros­pé­ri­té, décla­rait : « Nous vou­lons que cet homme soit riche, qu’il gra­visse l’échelle sociale, nous ne vou­lons pas d’un pauvre qui accepte sa pau­vre­té ».

Mendes donne une clé pour com­prendre le lien signi­fi­ca­tif entre les valeurs cen­trales du néo­li­bé­ra­lisme et la foi évan­gé­lique : « De même que nous avons appris avec Weber que le pro­tes­tan­tisme s’intègre au capi­ta­lisme, le néo-pen­te­cô­tisme s’intégrera au néo­li­bé­ra­lisme, car il génère un « sujet qui se fait par lui-même », où l’État n’intervient pas ». Il explique que cette évan­gé­li­sa­tion est com­bi­née, en accord avec la pré­di­ca­tion néo­li­bé­rale, en faveur de l’entrepreneur et admet ain­si le droit des fidèles à ouvrir leur propre église et à se nom­mer « pas­teur par révé­la­tion » — l’élément théo­lo­gique qui jus­ti­fie cette démarche — et à deve­nir des pas­teurs évan­gé­liques. « Ce qui s’inscrit dans la logique du capi­tal et de la consom­ma­tion ; cha­cun peut créer sa propre entre­prise néo- pen­te­cô­tiste ».

Et, dans cette expan­sion, explique Mendes, le néo-pen­te­cô­tisme fait preuve de la même flui­di­té que le néo­li­bé­ra­lisme : « De nou­velles églises évan­gé­liques appa­raissent conti­nuel­le­ment, le mou­ve­ment a trans­cen­dé ses ori­gines (l’Église uni­ver­selle du Royaume de Dieu, d’Edir Mace­do) et ne lui est pas subor­don­né hié­rar­chi­que­ment, il dis­pose ain­si de son propre sys­tème de fran­chise, un dis­po­si­tif très sem­blable aux fran­chises com­mer­ciales ».

La marginalisation sociale, la clé pour attirer les adeptes

Église pen­te­cô­tiste aux Etats-Unis

L’absence de droits et la mar­gi­na­li­sa­tion sociale, ain­si que le manque d’assistance publique, sont des élé­ments clés pour implan­ter le pen­te­cô­tisme. Le pen­te­cô­tisme tra­vaille sur les groupes aban­don­nés qui n’ont pas d’espace pour exis­ter et leur construit cette place, « en créant des réseaux de sou­tien mutuel entre les fidèles qui, en fin de compte, fonc­tionnent et leur per­mettent objec­ti­ve­ment d’aller mieux. Le pen­te­cô­tisme occupe donc l’espace que la ges­tion publique devrait occu­per ». « Par­fois, ils fonc­tionnent comme des hôpi­taux spi­ri­tuels. Les per­sonnes très dépri­mées qui n’ont pu trou­ver de solu­tion dans les sys­tèmes de san­té se rendent dans l’un de ces endroits et se sentent bien. Ils aban­donnent les anti­dé­pres­seurs et en plus ils ne se retrouvent pas seuls, ils ont le théâtre, le ciné­ma, la fic­tion qui leur per­mettent de faire face à la réa­li­té ».

Bien qu’ils agissent dans le « social », ils le font dans une logique oppo­sée à toute pro­mo­tion de la prise en charge col­lec­tive des oppri­més ; tout se joue dans la sphère indi­vi­duelle : « Dans le pen­te­cô­tisme, il y a une divi­sion cos­mo­lo­gique : d’une part, il y a « le monde », qui appar­tient au diable, les dérives sociales qui s’y expriment ne relèvent pas de l’église, celle-ci ne s’occupera que de la sphère indi­vi­duelle, dans laquelle le social « n’existe pas ». « Son fonc­tion­ne­ment (…) a été si puis­sam­ment com­mer­cia­li­sé qu’il est dif­fi­cile de dis­cer­ner où le sacré finit et où le pro­fane com­mence ».

On sait qu’un sujet meur­tri réagit, que ce soit par l’alcoolisme, la toxi­co­ma­nie, dans la délin­quance, ou encore dans des réac­tions de culpa­bi­li­té, de peur ou de souf­france. Il est dès lors un can­di­dat par­fait pour entrer dans le royaume de Dieu. Les pen­te­cô­tistes dis­posent d’un réper­toire expres­sif com­pre­nant des mises en scène rele­vant — entre autres — du spi­ri­tua­lisme, par la pra­tique de rituels col­lec­tifs, où les fidèles sont « pos­sé­dés » par des forces qu’ils ne contrôlent pas. « Ce sont des pra­tiques de carac­tère médié­val qu’ils inter­prêtent comme une pos­ses­sion démo­niaque — un phé­no­mène du corps — dont ils se chargent, qu’ils contiennent et à laquelle ils donnent un sens, ce que ne font pas d’autres espaces reli­gieux. Aujourd’hui, ils sont écou­tés et recon­nus socia­le­ment. C’est très puis­sant et c’est la base pour com­prendre ce mou­ve­ment ».

Mais l’évangélisme ne se limite pas à ces pra­tiques ; il uti­lise éga­le­ment d’autres véhi­cules de sub­jec­ti­va­tion, dont cer­tains ont une com­po­sante artis­tique. « Il y a tou­jours eu un pré­ju­gé selon lequel les pauvres n’ont pas besoin d’art, et pour­tant ces églises révèlent une demande d’art, ce sont d’authentiques spec­tacles de chant, de bal­let, de musique. Et il se déve­loppe dans les quar­tiers les plus dif­fi­ciles. Le catho­li­cisme clas­sique a beau­coup de dif­fi­cul­tés à riva­li­ser avec cela ».

Son conte­nu, consub­stan­tiel et mimé­tique avec le néo­li­bé­ra­lisme, « a été mar­chan­di­sé d’une manière si puis­sante qu’il est dif­fi­cile de dis­cer­ner où finit le sacré et où le pro­fane com­mence. Le croyant, après avoir été sépa­ré des logiques de l’État, est main­te­nant réuni sans que per­sonne ne s’en aper­çoive. Sou­dain, presque sans le remar­quer, vous consom­mez de la musique reli­gieuse dans la rue, à la télé­vi­sion, c’est une avan­cée très silen­cieuse », décrit Mar­ce­lo Mendes. Et il explique que le catho­li­cisme lui-même, dans son sou­ci de ne pas perdre défi­ni­ti­ve­ment la bataille, tente de se mettre à jour à tra­vers le Renou­veau Cha­ris­ma­tique Catho­lique, qui n’est rien d’autre que la néo-pen­te­cô­ti­sa­tion de l’église. Elle réagit en géné­rant toute une géné­ra­tion de nou­veaux prêtres, chan­teurs, pré­sen­ta­teurs de télé­vi­sion, qui répondent à tous les cri­tères de ce mou­ve­ment évan­gé­lique.

Les origines anglo-saxonnes du phénomène

Le pen­te­cô­tisme fait par­tie de la vieille his­toire du chris­tia­nisme, mais vers 1920, un mou­ve­ment appa­raît à Los Angeles (États-Unis) qui pro­dui­sit un chan­ge­ment pro­fond. Un phé­no­mène est né dans l’église métho­diste qui a mis en avant les per­sonnes sans visi­bi­li­té sociale. « À cette époque, il était très rare qu’une femme, noire ou lati­no, occupe des postes de pou­voir social, même au sein des orga­ni­sa­tions reli­gieuses », explique Mar­ce­lo Mendes. Et, simul­ta­né­ment, l’espace reli­gieux est deve­nu une sorte d’hôpital social, où les gens étaient gué­ris de mala­dies dont le sys­tème de san­té public ou pri­vé ne s’occupait pas, « bien que numé­ri­que­ment ce ne fût pas si impor­tant ; c’était signi­fi­ca­tif du point de vue des fon­de­ments, cela a ébran­lé les fon­da­tions de l’église métho­diste, qui l’a ame­née à se recon­fi­gu­rer et un nou­veau groupe a été for­mé ».

« Are­tha Frank­lin a été un cas d’école », rap­pelle Mendes. À une époque où il était impos­sible pour une femme d’être au pre­mier plan aux Etats-Unis, « elle a d’abord gagné la célé­bri­té au sein de son église et quand elle a réus­si à mon­trer qu’elle était une chan­teuse excep­tion­nelle, Uni­ver­sal a ache­té le pro­duit et l’a lan­cé, mais elle avait déjà son public ».

Ce mou­ve­ment a retrou­vé une nou­velle vigueur aux États-Unis dans les années ‘70, en même temps que les dic­ta­tures lati­no-amé­ri­caines, comme au Chi­li et au Bré­sil. D’un point de vue socio­po­li­tique, ces régimes étaient inté­res­sés par sa mise en œuvre car, contrai­re­ment au catho­li­cisme et au pro­tes­tan­tisme, le néo-pen­te­cô­tisme ne remet pas en cause l’ordre social. Pino­chet a auto­ri­sé son homo­lo­ga­tion offi­cielle en tant que confes­sion reli­gieuse et, selon les recherches aux­quelles Mendes fait réfé­rence, le néo-pen­te­cô­tisme a acti­vé au Chi­li la récu­pé­ra­tion des valeurs tra­di­tion­nelles per­dues. En actua­li­sant les rela­tions qua­si-féo­dales exis­tantes dans les cam­pagnes, « ces églises ont réus­si à repro­duire dans la péri­phé­rie des villes chi­liennes les rela­tions exis­tant dans les hacien­das. D’une cer­taine manière, ces liens de domi­na­tion et de sou­mis­sion étaient déjà don­nés, ils fai­saient par­tie du réper­toire sub­jec­tif de ces sujets. C’était quelque chose de ‘fami­lier’, de connu ».

Fidèles d’une église pen­te­cô­tiste au Bré­sil

À la même époque, le pen­te­cô­tisme arrive au Bré­sil et éta­blit le pre­mier contact avec l’Église de l’Assemblée de Dieu à Belém, capi­tale de l’État du Pará. Mais dans ce pays, deux forces reli­gieuses pré­exis­taient : le catho­li­cisme, qui s’exerçait à tra­vers la Théo­lo­gie de la Libé­ra­tion, et une reli­gion aux racines afro-bré­si­liennes. Ceci a ren­du dif­fi­cile la mise en place du pen­te­cô­tisme et l’a obli­gé à opé­rer un renou­veau qui a tour­né au néo-Pen­te­cô­tisme. Après avoir été recy­clé sous cette nou­velle ver­sion, il a réus­si une forte implan­ta­tion locale et a même expor­té cette croyance vers d’autres pays, le flux migra­toire ser­vant de cour­roie de trans­mis­sion.

Le Bré­sil est peut-être le pays où le néo-pen­te­cô­tisme a atteint la plus grande implan­ta­tion et capa­ci­té d’influence poli­tique. On estime qu’il contrôle 16 % de la popu­la­tion, soit quelque 30 mil­lions de per­sonnes, et avec une dyna­mique ascen­dante. Mar­ce­lo Mendes décrit : « Il a sa propre chaîne de télé­vi­sion, TV Record, tout comme il a CBS aux États-Unis. Et Bol­so­na­ro a été élu grâce au machia­vé­lisme du par­ti évan­gé­lique. Curieu­se­ment, comme tout a son contre­point, au sein du mou­ve­ment — bien que mino­ri­taire ­­— la gauche est aus­si repré­sen­tée, avec la dépu­tée Bene­di­ta Da Sil­va, une pen­te­cô­tiste clas­sique ou Môni­ca Fran­cis­co du PSOL, entre autres.

Présence du Pentecôtisme à Madrid

« Ce qui se passe au-delà de la M‑30 (l’autoroute qui entoure Madrid) importe peu aux pou­voirs en place et aux par­tis, mais la pré­sence du phé­no­mène dans la péri­phé­rie de Madrid est énorme. À chaque entrée de métro dans chaque quar­tier, il y a deux ou trois églises évan­gé­liques. Cer­taines viennent du Bré­sil, d’autres du Pérou ou d’autres endroits, selon le public qu’elles ciblent », explique Mar­ce­lo. Et elles com­mencent déjà à appa­raître à l’intérieur de l’anneau de la M‑30. L’Église uni­ver­selle du Royaume de Dieu a acquis le bâti­ment occu­pé par un ciné­ma à Ato­cha, et a ouvert une antenne qui a suc­ces­si­ve­ment adop­té dif­fé­rents noms jusqu’à deve­nir l’actuelle, Fami­lia Uni­da, « parce que les pen­te­cô­tistes voient la force du concept de famille en Espagne, ils essaient de capi­ta­li­ser sur la réac­tion aux poli­tiques en faveur du mariage homo­sexuel et aux poli­tiques LGTBI, et d’apparaître comme une église qui défend la famille espa­gnole tra­di­tion­nelle ». Mendes ajoute : « Ils com­mencent à s’installer dans l’anneau de la M‑30, dans la sta­tion de métro Cha­mar­tin il y en a une pour les riches, qui s’appelle l’église Lagoin­ha et est une église fran­chi­sée. Il y en a aus­si une autre dans une bou­tique d’hôtel qui a ouvert dans la rue Velaz­quez ».

Eglise Lagoin­ha à Madrid

Mendes explique que cette église est ancrée dans la popu­la­tion immi­grée et tsi­gane, bien que cette der­nière ait sa propre église pen­te­cô­tiste — celle de Phi­la­del­phie — domi­née par d’autres logiques internes inté­grant la culture tsi­gane, « mais elle déve­loppe la même matrice de sou­mis­sion au sys­tème ». Et il conclut : « Si nous ana­ly­sons ce qui est appa­ru à Los Angeles en 1920, au Chi­li et au Bré­sil dans les années ‘70, et main­te­nant ici, nous trou­vons des simi­li­tudes : des per­sonnes sans lieu ni espace social, sans défense, sans pos­si­bi­li­té de construire leur propre iden­ti­té. L’évangélisme arrive et s’étend, créant des réseaux de sou­tien où ils obtiennent des emplois, même pour les sans-papiers, amé­liorent l’estime de soi, par­viennent à pas­ser les trois années néces­saires pour obte­nir le docu­ment en rai­son de leur enra­ci­ne­ment social. En outre, les évan­gé­listes offrent une aide beau­coup plus puis­sante que celle de Cari­tas. Non seule­ment ils four­nissent de la nour­ri­ture et un abri, mais ils tra­vaillent aus­si sur le plan psy­cho­lo­gique, comme un coach qui tra­vaille sur le sché­ma « tu es l’enfant de Dieu, il t’a choi­si et tu es là pour gran­dir ». Ils créent ain­si un micro-entre­pre­neur ou un petit patron qui n’est plus seule­ment un maçon sans emploi. Ils sont tous des « frères » qui s’entraident. Et cela fonc­tionne parce que les gens finissent par obte­nir de l’aide et déco­der les logiques de la socié­té euro­péenne, très dif­fé­rentes de celles de l’Amérique latine.

Quant à son impact sur la popu­la­tion espa­gnole, Mar­ce­lo note que « pour l’instant, son impact est faible. Mais il faut faire atten­tion, car au Bré­sil, où c’est un culte popu­laire, il s’est pas­sé la même chose jusqu’à ce qu’en 1990 les églises bour­geoises néo-pen­te­cô­tistes soient créées. Nous ne savons pas encore si cela va fonc­tion­ner, mais à long terme, cela pour­rait, parce qu’avoir un espace où le sujet peut réflé­chir à des choses de carac­tère psy­cho­lo­gique est un moyen rapide, pra­tique et sans grand enga­ge­ment ».