La liberté à la place de Frontex !

Pas de démocratie possible sans une liberté de circulation universelle ! Déclaration de Afrique-Europe-Interact, Welcome to Europe & Netzwerk Kritische Migrations- und Grenzregimeforschung

Les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion incroyables qui ont lieu dans le monde arabe et le ren­ver­se­ment des dic­ta­teurs en Afrique du Nord a mis à l’ordre du jour les thèmes de la délo­ca­li­sa­tion et de la sous-trai­tance du régime des fron­tières de l’UE. La ques­tion d’une accen­tua­tion des contrôles migra­toires par le biais de l’a­gence de sur­veillance des fron­tières Fron­tex est lar­ge­ment pré­sente, cette semaine, dans les débats poli­tiques et les médias. Dans ce contexte, il est plus qu’urgent de faire entendre encore plus fort nos reven­di­ca­tions : liber­té de cir­cu­la­tion pour les réfu­giés et les migrants et l’ar­rêt immé­diat de la guerre faite aux migrants aux fron­tières exté­rieures de l’UE.
Nous sou­hai­tons que cette décla­ra­tion soit dif­fu­sée le plus rapi­de­ment pos­sible et récolte un maxi­mum de sou­tiens et de signa­tures.
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La dyna­mique du prin­temps arabe rayonne dans le monde entier. Les sou­lè­ve­ments popu­laires au Magh­reb donnent de l’espoir et du cou­rage, et pas seule­ment parce que des régimes auto­ri­taires, qui sem­blaient inébran­lables il y a encore peu, sont enfin ren­ver­sés. Même si les évo­lu­tions ulté­rieures de ces mou­ve­ments res­tent ouvertes, une ancienne véri­té refait sur­face de manière spec­ta­cu­laire et ce, à la suite d’un effet domi­no de la révo­lu­tion de jas­min tuni­sienne : l’Histoire s’écrit par le bas. Les luttes portent sur la pau­vre­té au quo­ti­dien, mais éga­le­ment sur la répres­sion géné­rale, il est donc autant ques­tion de meilleures condi­tions de vie que de digni­té. Bref, de « pain et de roses ».

Les évé­ne­ments incroyables qui ont eu lieu sur la place Tah­rir au Caire ont mon­tré la volon­té de cher­cher de nou­velles formes d’auto-organisation et de démo­cra­tie directe. L’aspiration aux mêmes droits pour tous, à l’autonomie et à prendre part à la richesse éco­no­mique se reflète aus­si dans le nou­veau départ d’embarcations vers l’Europe : aujourd’hui, à par­tir de la Tuni­sie, depuis des années à par­tir du nord et de l’ouest de l’Afrique. Exit – se sai­sir de la liber­té de cir­cu­la­tion et émi­grer à la recherche d’une autre vie, d’une vie meilleure – et Voice – la voix et la lutte sur place – ne sont pas des termes anti­no­miques. Ils se trouvent bien au contraire, dans une rela­tion de réci­pro­ci­té dyna­mique.
C’est ce qu’avaient déjà mon­tré, d’une manière encore plus mani­feste, les bou­le­ver­se­ments de 1989. Le vote avec les pieds avait cata­ly­sé les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion contre le sys­tème oppres­sif du socia­lisme réel. Si le mur a pu tom­ber, c’est aus­si parce que les per­sonnes ont réus­si à impo­ser leur droit de cir­cu­ler libre­ment. Les dis­cours actuels des res­pon­sables poli­tiques occi­den­taux ont un arrière-goût de men­songe et de faus­se­té, ceux-ci nous expo­sant, dans des scé­na­rios d’invasion, l’immense menace que repré­sentent les mou­ve­ments migra­toires venant ou pas­sant par l’Afrique du Nord et l’impératif de mobi­li­ser l’agence euro­péenne de sur­veillance des fron­tières, Fron­tex, contre ces der­niers.

Les gou­ver­ne­ments euro­péens ont long­temps cour­ti­sé et sou­te­nu les des­potes nord-afri­cains et se sont, dans les der­nières semaines, mon­trés réti­cents, voir hos­tiles vis-à-vis des mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion dans ces pays. Der­rière ces rete­nues évi­dentes se cachent d’importants inté­rêts éco­no­miques mais éga­le­ment une coopé­ra­tion gran­dis­sante pour le contrôle des flux migra­toires… Les des­potes sont deve­nus des « par­te­naires » de plus en plus impor­tants au fur et à mesure qu’ils s’affirmaient comme des chiens de garde effi­caces pour un régime des fron­tières euro­péen délo­ca­li­sé. Les mou­ve­ments migra­toires en pro­ve­nance de l’Afrique devaient être endi­gués, et ce, quel qu’en soit le prix. La mort et la souf­france de mil­liers de per­sonnes, non seule­ment en mer mais aus­si dans les déserts et dans les camps de réten­tion a été et est encore, une consé­quence directe de cette com­pli­ci­té scan­da­leuse. Les migrants sub­sa­ha­riens, actuel­le­ment vic­times, en Libye, d’une chasse aux sor­cières proche du pogrome, étaient, sous le régime de Kadha­fi, pri­vés de leurs droits, livrés à l’arbitraire et à des mau­vais trai­te­ments sys­té­ma­tiques. L’Union Euro­péenne a payé des mil­lions et livré les tech­niques de contrôle les plus modernes au dic­ta­teur libyen. Il existe une coopé­ra­tion iden­tique avec les diri­geants maro­cains, et jusqu’il y a peu, c’était aus­si le cas avec le régime tuni­sien. Dans ce contexte, les révo­lu­tions arabes marquent aujourd’hui l’échec poten­tiel d’un pro­jet bru­tal d’exclusion, vou­lu par l’Union Euro­péenne, dans l’espace médi­ter­ra­néen.

La crainte d’un effon­dre­ment des sys­tèmes de contrôles migra­toires, pro­pa­gée inten­tion­nel­le­ment par les média, vient main­te­nant légi­ti­mer le dur­cis­se­ment du régime des fron­tières euro­péen et la pour­suite de sa mili­ta­ri­sa­tion, incar­née par Fron­tex. L’agence euro­péenne de sur­veillance des fron­tières com­plète et ren­force les sys­tèmes de contrôles natio­naux, ceux-ci s’évertuant depuis des décen­nies à décou­ra­ger et à cri­mi­na­li­ser les mou­ve­ments migra­toires. Fron­tex doit – comme c’est dores et déjà le cas au large des côtes ouest-afri­caines ou à la fron­tière entre la Grèce et la Tur­quie – être mobi­li­sée sur les côtes nord-afri­caines et y ampli­fier ses acti­vi­tés de contrôle. C’est à l’Italie que revient la conduite de cette opé­ra­tion « Hermes ». Ca dénote d’une cer­taine consé­quence, et c’est fran­che­ment inquié­tant : les nom­breux arran­ge­ments entre Ber­lus­co­ni et Kadha­fi ont mené au cours des der­nières années, à d’innombrables refou­le­ments illé­gi­times, en pleine mer Médi­ter­ra­née, et l’Etat ita­lien s’est clai­re­ment affir­mé comme un cham­pion des vio­la­tions de toutes les conven­tions des droits de l’homme. Et ce n’est pas un hasard si ceux qui sauvent la vie des « boat­people » sont cri­mi­na­li­sés. Les cas du Cap Ana­mur et des pêcheurs tuni­siens, dont les pro­cès sont tou­jours en cours en Ita­lie, en sont des exemples fla­grants.
Les migrants cherchent une pro­tec­tion ou une vie meilleure en Europe. Ils se déplacent pour échap­per à une dif­fé­rence de niveau de vie, qui trouve essen­tiel­le­ment son ori­gine dans les rela­tions néo­co­lo­nia­listes de domi­na­tion et d’exploitation entre l’Europe et l’Afrique. L’Europe défend haut et fort les valeurs uni­ver­selles de la liber­té et de la démo­cra­tie, mais il est inté­res­sant de mesu­rer ces inten­tions à la réa­li­té de l’accueil réser­vé à ceux qui reven­diquent pré­ci­sé­ment ces mêmes droits. Fron­tex, c’est le ren­for­ce­ment d’un régime des fron­tières meur­trier, en com­plète contra­dic­tion avec l’idée d’un monde de liber­tés. La mort aux fron­tières exté­rieures de l’Europe pour­rait déjà appar­te­nir au pas­sé, mais il n’y a aucun signe de volon­té poli­tique dans ce sens. Au lieu de cela, les res­pon­sables de l’Union Euro­péenne mènent une réelle guerre aux fron­tières exté­rieures.

Au sein de l’Union Euro­péenne, pri­va­tions des droits et expul­sions font par­tie du racisme au quo­ti­dien, en ce sens que « l’intégration » est uti­li­sée comme moyen de pres­sion pour assi­mi­ler et exploi­ter dans le sec­teur des bas salaires. Mais, cette ges­tion sélec­tive de la migra­tion se heurte à la résis­tance et à la per­sé­vé­rance défiant tou­jours un peu plus le sys­tème des inéga­li­tés et de l’absence de liber­té. Ce n’est pas un hasard si c’est en ces temps mou­ve­men­tés qu’a écla­té en Grèce, une grève de la faim menée par 300 migrants magh­ré­bins récla­mant une régu­la­ri­sa­tion. Les diverses luttes pour un droit de séjour et les grèves de nom­breux migrants se répandent dans toute l’Europe depuis que les Sans Papiers – sur­tout ori­gi­naires de pays afri­cains – ont com­men­cé, il y a une quin­zaine d’année, à sen­si­bi­li­ser l’opinion publique, à Paris, avec la reven­di­ca­tion « Des papiers pour tous ! ».
Le nou­veau départ de l’Afrique du Nord montre que tout est pos­sible. Fina­le­ment il ne s’agit de rien de moins qu’une nou­velle Europe, une nou­velle Afrique et un nou­veau Monde arabe. Il est ques­tion de nou­veaux cadres pour la liber­té et l’égalité qu’il s’agit de déve­lop­per par l’intermédiaire des luttes trans­na­tio­nales : à Tunis, au Caire ou à Ben­gha­zi tout comme en Europe ou dans les mou­ve­ments migra­toires qui tra­versent les deux conti­nents.
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Afrique-Europe-Interact->http://www.afrique-europe-interact.net/?article_id=38&clang=0]
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