Air France : Êtes-vous de confession juive ?

par Alain Gresh

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blog du diplo

On est en pré­sence d’un cas fla­grant de dis­cri­mi­na­tion qui devrait être por­té devant les tri­bu­naux.

Des cen­taines de mili­tants euro­péens et étran­gers sou­hai­taient se rendre en Pales­tine pour expri­mer leur soli­da­ri­té avec le peuple pales­ti­nien. Ils ne venaient ni poser des bombes, ni atta­quer des bâti­ments publics. Israël a déci­dé de leur inter­dire l’accès aux ter­ri­toires pales­ti­niens : une nou­velle preuve que ceux-ci sont, pure­ment et sim­ple­ment, des ter­ri­toires occu­pés.

Pour cette vio­la­tion du droit de cir­cu­ler libre­ment, le gou­ver­ne­ment israé­lien a béné­fi­cié de la com­plai­sance des gou­ver­ne­ments euro­péens, qui ont tout fait pour mettre en œuvre l’interdiction. Et les com­pa­gnies euro­péennes y ont contri­bué, au nom de la conven­tion de Chi­ca­go (lire la jus­ti­fi­ca­tion d’Air France, « Air France, Easy­jet ou Luf­than­sa annulent des billets vers Israël », 15 avril.)

Lais­sons les aspects poli­tiques et diplo­ma­tiques de cette affaire pour abor­der un autre point : si Air France est tenue d’appliquer la conven­tion de Chi­ca­go, peut-elle le faire en vio­lant la Décla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme et les lois fran­çaises ? Il est inter­dit, en effet, de dis­cri­mi­ner une per­sonne en fonc­tion de sa cou­leur ou de sa reli­gion. C’est pour­tant ce qui s’est pas­sé, en par­ti­cu­lier à Nice, où la com­pa­gnie a refu­sé un embar­que­ment en arguant que la per­sonne n’était ni israé­lienne ni juive ! (voir le docu­ment ci-des­sous).

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Source : Euro­pa­les­tine, « Le racisme d’Israël et d’Air France au grand jour ».

Il ne s’agit pas d’une simple bavure, puisque Jean-Charles Tréan, direc­teur du ser­vice de presse et des études, pré­cise, en réponse à une ques­tion que je lui ai posée : « C’est dans ce cadre que le Chef d’Escale de Per­ma­nence à Nice pour le vol AF 4384 du 15 avril 2012 a, sur demande des auto­ri­tés israé­liennes, posé, en leur nom, les deux ques­tions citées. Cela a d’ailleurs per­mis d’identifier le fait que la pas­sa­gère concer­née n’était pas admise sur le ter­ri­toire israé­lien. » On est en pré­sence d’un cas fla­grant de dis­cri­mi­na­tion qui devrait être por­té devant les tri­bu­naux.

Pré­ci­sons, pour la petite his­toire, que des diplo­mates fran­çais ont aus­si été inter­dits de voya­ger (« Israe­li offi­cial : 40% of names on Shin Bet fly-in bla­ck­list were not acti­vists », Haa­retz, 16 avril). Et ne vous atten­dez pas à des pro­tes­ta­tions de la France.