Chili : marée rouge et colère noire

Manifestant par milliers, avec des barrages enflammés, les pêcheurs bloquent toutes les routes d’accès aux points d’embarquement, coinçant notamment les touristes, deuxième ressource de l’île, et entraînant une pénurie des produits de base.

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Chi­li : marée rouge et colère noire

Les pêcheurs de Chi­loé, subis­sant une marée rouge d’une ampleur inédite, sont dans leur deuxième semaine de blo­cage de l’île pour obte­nir une aide suf­fi­sante de l’État. La mort des coquillages fait suite à plu­sieurs épi­sodes alar­mants au Chi­li, depuis des mois, avec la mort de mil­liers de sau­mons asphyxiés, puis de sar­dines et de mam­mi­fères échoués en masse.

Ces der­niers jours la « marée rouge », pro­li­fé­ra­tion d’algues toxiques Alexan­drium cate­nel­la, a conduit au décès mas­sif de mil­lions de machas, coquillage typique de la région, et à une inter­dic­tion de récolte des bivalves (moules, huîtres, palourdes, machas…). Leur inges­tion peut pro­vo­quer para­ly­sie et mort.

Cette marée rouge est bien plus forte que celles sur­ve­nues en 2002, 2006 ou 2009. Elle met au chô­mage for­cé quelque 500 familles de pêcheurs de Chi­loé, île au sud du pays à envi­ron 1 000 km de San­tia­go, éten­due sur 180 km de long, et comp­tant 170 000 habi­tants.

Mani­fes­tant par mil­liers, avec des bar­rages enflam­més, les pêcheurs bloquent toutes les routes d’accès aux points d’embarquement, coin­çant notam­ment les tou­ristes, deuxième res­source de l’île, et entraî­nant une pénu­rie des pro­duits de bases : car­bu­rants, ali­ments et médi­ca­ments. Ils bloquent aus­si l’expédition du sau­mon d’élevage, avec une perte esti­mée par le sec­teur à 9 mil­lions de dol­lars par jour : l’île concentre les deux tiers des sites de pro­duc­tion chi­liens.

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Pêche contre aqua­cul­ture

Les repré­sen­tants des pêcheurs ont refu­sé le 6 mai la pro­po­si­tion du gou­ver­ne­ment : une aide immé­diate de 400 000 pesos (envi­ron 600 dol­lars) cha­cun, puis 150 000 pesos (225 dol­lars) par famille et par mois tant que dure la marée rouge. L’interdiction devrait se pro­lon­ger encore 4 mois, estiment les experts. Des marches de sou­tien aux pêcheurs ont eu lieu à Puer­to Montt, capi­tale régio­nale, et aus­si, le lun­di 9 mai, à San­tia­go, la capi­tale chi­lienne.

Des scien­ti­fiques relient tous ces évé­ne­ments au phé­no­mène cli­ma­tique El Niño, le réchauf­fe­ment de la mer entraî­nant une mul­ti­pli­ca­tion d’algues. Phé­no­mène peut-être ampli­fié par les cendres pro­ve­nant de l’irruption, il y a un an, du vol­can Cal­bu­co, qui auraient agi comme un fer­ti­li­sant.

Mais les pêcheurs soup­çonnent la marée rouge d’être si viru­lente à cause des tonnes de sau­mons conta­mi­nés déver­sés en mer en début d’année (plus de 100 000 tonnes de sau­mon mort par asphixie à cause des algues). L’industrie du sau­mon réfute ces accu­sa­tions. Pro­dui­sant 800 000 tonnes par an et géné­rant 3,5 mil­liards de dol­lars, cette indus­trie est puis­sante au Chi­li, deuxième pro­duc­teur mon­dial après la Nor­vège, et d’ailleurs en par­tie sous capi­taux nor­vé­giens avec le géant Marine Har­vest bien implan­té. Le gou­ver­ne­ment a annon­cé qu’il deman­de­rait « à un groupe de scien­ti­fiques indé­pen­dants qu’ils réa­lisent les études néces­saires afin d’é­va­luer ces hypo­thèses ».

Source de l’ar­ticle : lema­rin

Un ras­sem­ble­ment de sou­tien aux pécheurs est pré­vu ce ven­dre­di 13 mai à 16h30 devant l’am­bas­sade du Chi­li (Bruxelles)