Canal emploi (1977 – 1989), chaîne de télévision éducative belge.

Canal Emploi est né en 1977 à l’initiative des deux Instituts de Formation des deux grands syndicats - socialiste et chrétien - à Liège.

Dans un contexte de crise pour la chaîne de télé­vi­sion édu­ca­tive belge, Canal Emploi, l’au­teur décrit le contexte audio­vi­suel belge, puis la genèse du pro­jet péda­go­gique et didac­tique de Canal Emploi et, enfin, les pers­pec­tives de cette chaîne en 1987. Il déve­loppe, notam­ment, une stra­té­gie audio­vi­suelle qui mêle péda­go­gie, didac­tique et outils mar­ke­ting.

L’essentiel de cette com­mu­ni­ca­tion a été com­po­sé à par­tir d’extraits de « Pour un usage édu­ca­tif de la télé­vi­sion » (CANAL EMPLOI 1985) et « Pro­po­si­tions pour un ave­nir de CANAL EMPLOI TELEVISION » (CANAL EMPLOI 1986), textes issus d’une rédac­tion col­lec­tive.

Lire aus­si : Canal emploi (1977 – 1989) : En images et en sons…


CANAL EMPLOI : une télé­vi­sion édu­ca­tive en deve­nir ?

Par Chris­tian Freres, 1987

INTRODUCTION

Actuel­le­ment, CANAL EMPLOI est en salle de réanimation. On aurait presqu’une pudeur à se pen­cher sur son cas… Ne vau­drait-il pas mieux jouer les pleu­reuses et magni­fier le CANAL EMPLOI d’antan ? Il ne nous semble pas, car ce serait acter l’enlisement d’une expérience ori­gi­nale qui, malgré tous ses ava­tars, a sa cohérence, et peut être même son ave­nir, devant elle.

Dans cet exposé, notre but ne sera pas de pro­vo­quer l’apitoiement. Nous allons plu­tôt essayer de res­ti­tuer les enjeux tels qu’ils se sont cristallisés autour du thème de l’usage éducatif de la télévision. Pour ce faire, il est nécessaire de vous don­ner quelques repères chro­no­lo­giques suc­cinc­te­ment commentés.

Le Pre­mier Repère : CANAL EMPLOI est né en 1977 à l’initiative des deux Ins­ti­tuts de For­ma­tion des deux grands syn­di­cats — socia­liste et chrétien — de la région. Sa rai­son sociale est la for­ma­tion des chô­meurs infrascolarisés. Dès le lan­ce­ment du pro­jet, le comité de ges­tion de CANAL EMPLOI accueille un troisième par­te­naire, dis­cret mais hono­rable, et sus­cep­tible d’apporter sa cau­tion scien­ti­fique. Il s’agit de l’Université de Liège.

A l’époque, un centre de for­ma­tion avec des pro­grammes de « Remise à Niveau des Connais­sances » et d’« Alphabétisation » voit le jour.

Le Deuxième Repère : 1978 est l’année de la création par le Ministère de la Culture Fran­çaise d’une dizaine de télévisions com­mu­nau­taires réparties sur l’ensemble du ter­ri­toire wal­lon. CANAL EMPLOI obtient un droit de dif­fu­sion sur le câble et plus précisément sur Télé 2, c’est‑à-dire à la deuxième chaîne du ser­vice public de radio-télévision. Depuis lors CANAL EMPLOI pro­duit et dif­fuse un maga­zine télévisé « LE MAGAZINE DE CANAL EMPLOI ».

Le Troisième Repère : en 1981 – 1982, le comité de ges­tion de CANAL EMPLOI ambi­tionne d’investir de manière décisive et définitive le ter­rain de la for­ma­tion à dis­tance. Il met sur pied une unité de « TÉLÉFORMATION ». L’équipe de « TÉLÉFORMATION » est constituée de pro­duc­teurs pédagogiques et de réalisateurs. Elle a pour objec­tif de conce­voir des fas­ci­cules et des émissions didac­tiques. On recrute des sta­giaires qui devraient s’insérer dans un dis­po­si­tif de for­ma­tion à dis­tance. Sur le câble, on dif­fuse des pro­grammes de for­ma­tion conti­nue à des­ti­na­tion du public « ciblé » des tra­vailleurs. privés d’emploi. Rapi­de­ment, la « TÉLÉFORMATION » s’essouffle et devient une ins­tance de redif­fu­sion de pro­grammes achetés à l’étranger. Au cours de l’année 1983, l’expérience s’estompe.

Le Quatrième Repère : en 1984 émane de l’équipe du « MAGAZINE DE CANAL EMPLOI » un pro­jet qui s’intitule « Pour un Usage Edu­ca­tif de la Télévision ». Ce pro­jet se veut une alter­na­tive au modèle de la télévision sco­laire et opte pour une stratégie grand public.

Le Cinquième Repère : début 1986, alors que CANAL EMPLOI, épuisé par une crise endémique, se trouve encore un peu plus aux abois, l’équipe du « MAGAZINE » use ses dernières car­touches pour renou­ve­ler les problématiques. Elle sou­met des pro­po­si­tions à différents par­te­naires de la com­mu­nauté éducative, et plus spécialement à l’Université de Liège, afin qu’elle s’implique dans un redéploiement de l’audiovisuel éducatif dans la région.

I. DONNEES DE BASE

I.1. Com­po­si­tion du per­son­nel du sec­teur audio­vi­suel

Le per­son­nel de CANAL EMPLOI TELEVISION était consti­tué d’une tren­taine de per­sonnes qui, du point de vue des postes et des fonc­tions, se ven­ti­laient comme suit :

1 res­pon­sable sec­teur A V

1 cadre per­ma­nent

1 res­pon­sable de rédaction

9 réalisateurs

1 ani­ma­teur

2 opérateurs son

2 opérateurs image

1 mon­teuse

2 tech­ni­ciens de main­te­nance

1 coor­di­na­trice pro­duc­tion

1 secrétaire de direc­tion

1 secrétaire

1 docu­men­ta­liste

1 gra­phiste

2 for­ma­teurs

1 cher­cheur

1 employée admi­nis­tra­tive

Du point de vue de la ges­tion des res­sources humaines, la dis­pa­rité des sta­tuts (5 per­ma­nents et 23 tem­po­raires) n’a pas manqué de poser des problèmes qui ont for­te­ment nui à la pro­duc­ti­vité et à la créativité de l’équipe. Une démarche éducative conséquente pos­tule une ins­crip­tion dans la durée et il se fait que la plus grande par­tie du per­son­nel navigue dans la précarité. En outre, si le volume de l’emploi cor­res­pond aux besoins, la répartition des fonc­tions reste par­tiel­le­ment inadéquate. Par exemple, l’organigramme ne reprend pas deux fonc­tions pour­tant vitales, celles de pro­duc­teur et celle de jour­na­liste.

I.2. Contexte de dif­fu­sion

Sur notre ter­ri­toire, la télédistribution a com­mencé à s’implanter dans les années soixante. Actuel­le­ment, les télédistributeurs retrans­mettent plus d’une ving­taine de chaînes.

Voi­ci la liste de ces chaînes regroupées en quatre rubriques : (tableau obte­nu en addi­tion­nant les chaînes proposées par CODITEL et TELEDIS).

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La télédistribution belge pro­fite avan­ta­geu­se­ment des pro­grammes fran­çais, alle­mands, hol­lan­dais et plus récemment des pro­grammes ita­liens, anglais et inter­na­tio­naux retrans­mis par satel­lite. Cette situa­tion a per­mis d’offrir aux abonnés du câble une palette variée d’images qui expliquent le succès de la télédistribution. 80 % des ménages possédant un téléviseur sont raccordés au câble[[Les sociétés belges de télédistribution ont procédé à l’installation de 2.800.000 prises. Les rac­cor­de­ments à la télédistribution dépassent en nombre les abon­ne­ments au téléphone.]].

CANAL EMPLOI dif­fuse son maga­zine sur le canal de Télé 2, les mar­di et ven­dre­di de 12 h 45 à 14 h après le « Liège Midi-Trente » qui est le maga­zine d’information régionale de la deuxième chaîne de la RTBF. Pour ce faire, CANAL EMPLOI uti­lise le stu­dio de l’autre TVC liégeoise, RTC. Cette situa­tion de non accès direct et auto­nome au câble n’est pas favo­rable à CANAL EMPLOI.

I.3. Volume de pro­duc­tion télévisuelle

CANAL EMPLOI TELEVISION pro­duit heb­do­ma­dai­re­ment deux maga­zines de 75 minutes. Cela fait par semaine 150 minutes d’antenne. Si l’on décompte les périodes de sus­pen­sion de la dif­fu­sion sur une année, CANAL EMPLOI pro­duit 80 maga­zines. Le compte est simple : 150 mn x 80 = 6.000 mn, autre­ment dit : 100 heures par an.

Ce quo­ta de pro­duc­tion peut se ven­ti­ler de la manière sui­vante :

pro­duc­tion ori­gi­nale : 25 %
_co-pro­duc­tion : 5 %

redif­fu­sion : 5 %

direct : 50 %

pro­grammes achetés : 15 %

I.4. Le public

Le réseau de câblo-dis­tri­bu­tion dans lequel CANAL EMPLOI dif­fuse est connecté sur 150.000 prises, c’est‑à-dire 450.000 téléspectateurs. Il faut comp­ter qu’un pour­cen­tage d’audience équivaut approxi­ma­ti­ve­ment à 4.500 per­sonnes.

D’après une enquête réalisée par le ser­vice per­ma­nent de la RTBF, le mar­di, 24 % (soit 108.000 per­sonnes) regardent la télévision « au moins un quart d’heure sur le temps de midi ».

Tou­jours le mar­di, le taux d’audience du maga­zine de CANAL EMPLOI entre 12 h 45 et 13 h est de 3,7 % (soit 17.000 per­sonnes).

A titre de com­pa­rai­son, les audiences de RTL, TF1, A2 à 13 h sont res­pec­ti­ve­ment de 5,8 %,
5,1 % et 5,6 %.

Au lieu de se référer au nombre d’abonnés (450.000) ou de téléspectateurs poten­tiels dans l’absolu, on pour­rait prendre comme référence le nombre de téléspectateurs effec­ti­ve­ment consom­ma­teurs de la tranche horaire « au moins un quart d’heure sur le temps de midi », soit 108.000 per­sonnes = 24 %. Les 17.000 per­sonnes du début du maga­zine de CANAL EMPLOI deviennent à ce moment-là 16 % de l’auditoire poten­tiel — à l’intérieur de cette tranche horaire- là.

Quels sont les éléments négatifs que nous four­nissent les son­dages ?

1. Tout d’abord, tout au long de la semaine, les taux d’audience au sein de cette tranche-horaire « temps de midi » ne culminent jamais au-delà des 25 % et d’autre part, chutent pour arri­ver à 14 h aux envi­rons de 0,5 %.

2. Par ailleurs, il y a une dis­cor­dance entre les objec­tifs de la pro­gram­ma­tion et les pour­cen­tages d’écoute selon les catégories socio-pro­fes­sion­nelles.

chô­meurs :

autres sans emploi : 8,5 %

pensionnées : 1,5 %

ménagères : 21 %

étudiants : 15 %

I.5. Ques­tions budgétaires

Le sec­teur audio­vi­suel ne dis­po­sant pas d’une enve­loppe budgétaire propre, il est très dif­fi­cile de mener une étude des coûts de pro­duc­tion. Nous sommes conscients que tout développement d’une télévision passe par la consti­tu­tion de cette enve­loppe budgétaire. Une première esti­ma­tion nous conduit à four­nir les chiffres sui­vants :

bud­get glo­bal com­pre­nant :

1. les salaires

2. le matériel

3. les frais de bureau

4. les frais directs sur pro­duc­tion

5. les frais divers (docu­men­ta­tion, col­loques, représentations,… )

= 40 mil­lions de francs belges. Dans ce cas, le coût uni­taire d’un maga­zine serait de 40 M : 80 maga­zines = 500.000 FB.

II. PROJET D’UNE TÉLÉVISION ÉDUCATIVE

En 1983, s’est effectuée à CANAL EMPLOI une rup­ture pédagogique avec le modèle didac­tique tra­di­tion­nel. Celle-ci a été lar­ge­ment inspirée par les recherches théoriques de Geneviève Jac­qui­not. Citons quelques extraits de ses ouvrages[[F. Hen­ry & A. Kaye, Le savoir à domi­cile, Presses de l’Université du Québec, Téléuniversité, Québec, 1985.]] :

Le modèle didac­tique tra­di­tion­nel fait de l’acte didac­tique un acte de trans­mis­sion d’un savoir consti­tué de quelqu’un qui sait, vers quelqu’un qui ne sait pas, selon un itinéraire étroitement balisé. L’image, et notam­ment l’image fil­mique, est particulièrement propre à ser­vir un autre modèle didac­tique — génératif et non plus struc­tu­rel — qui fait de l’acte didac­tique un pro­ces­sus de pro­duc­tion de sens. Dans cette pers­pec­tive, le dis­cours didac­tique dont les des­ti­na­taires sont appelés à par­ti­ci­per à l’élaboration se définit comme un dis­cours « ouvert », non exempt d’ambiguïté, où ques­tions et réponses sont génératrices d’autres ques­tions. (Image et pédagogie, pp. 16 – 17).

Non seule­ment la pédagogie n’a pas su trou­ver de nou­veaux modèles didac­tiques pour explo­rer les possibilités par le cinéma et la télévision — on demande tou­jours des inven­teurs -, mais elle a même réussi à expor­ter ses anciens modèles dans l’univers des moyens de com­mu­ni­ca­tion de masse.(Image et pédagogie, p. 145).

L’idée que le « sens » puisse venir de l’autre, que le récepteur avec sa culture, son his­toire, ses attentes, puisse interférer dans la plénitude de la com­mu­ni­ca­tion uni­voque est intolérable à une cer­taine pédagogie. (Image et pédagogie, p.144).

En fait, plus le pédagogue orga­nise la matière didac­tique par référence expli­cite au des­ti­na­taire auquel il s’adresse et dont il se fait une cer­taine idée, plus il tra­vaille à la place de ce des­ti­na­taire et plus il livre de pro­duits. Plus on cherche à don­ner à l’« autre », moins on lui laisse la pos­si­bi­lité de prendre avec soi, de s’approprier, de com­prendre : c’est toute la différence entre l’éducation et le mili­tan­tisme. (Le savoir à domi­cile, p. 283) .

La nécessité d’une ouver­ture pédagogique — ici évoquée par Geneviève Jac­qui­not — s’imposait. Une conver­gence d’analyse nous inci­tait à ne pas repro­duire auprès du public de CANAL EMPLOI les erreurs et les manques de la télévision sco­laire. Il fal­lait délibérément se démarquer de la pra­tique sco­laire tra­di­tion­nelle, se trou­ver des espaces d’innovation en matière télévisuelle et — si pos­sible — les inves­tir effi­ca­ce­ment.

II.1. Vers la définition d’une stratégie éducative télévisuelle. (extraits de « Pour un Usage Edu­ca­tif de la Télévision »)

« Apprendre de la télévision : posons les données prin­ci­pales du problème. Notre stratégie pédagogique pren­dra le par­ti de considérer le public comme un ensemble hétérogène d’adultes et non exclu­si­ve­ment d’élèves disciplinés, d’autodidactes assoiffés de savoir ou de savants au repos. Elle refor­mu­le­ra l’interaction négociée apprenants/formateurs dans des termes adaptés à la com­mu­ni­ca­tion de masse. Elle présentera l’offre d’éducation dans les modes d’expression et les sym­boles propres au médium télévisuel. Par exemple, on aura recours aux res­sources du lan­gage publi­ci­taire et/ou entre autres à l’expression jour­na­lis­tique pour faire exis­ter cette offre d’éducation ».

Jac­qui­not a bien montré qu’il ne suf­fit pas qu’un mes­sage audio­vi­suel soit émis par une ins­tance pédagogiquement légitimée pour qu’il soit du même coup, un bon mes­sage pédagogique. Elle a par contre montré qu’un mes­sage audio­vi­suel dont l’écriture joue spécifiquement des codes a un maxi­mum de chances d’être pédagogiquement effi­cace.

Il n’est pas utile de bali­ser expli­ci­te­ment une émission à voca­tion éducative de signes guille­mets du genre « Ici on apprend », « Atten­tion, for­ma­tion ! », « Apprendre, c’est sérieux, fan­tas­tiques s’abstenir ». Il nous paraît urgent de faire disparaître de nos écrans et de nos stu­dios, sinon de nos pro­jets écrits (là c’est moins grave) des intitulés comme « téléformation » ou « for­ma­tion à dis­tance » au pro­fit d’appellations plus sti­mu­lantes.

En définitive, nous nous avançons vers la délimitation d’un espace pédagogique ouvert dans la pra­tique d’une télévision éducative. L’essentiel pour que cet espace fonc­tionne comme tel, à notre sens, c’est qu’il soit inves­ti obli­que­ment par l’intermédiaire de formes et de démarches spécifiquement audio­vi­suelles et dans le cas qui nous occupe, télévisuelles.

Inutile d’insister dans ce sens sur l’importance stratégique pour le médiateur de « gérer le sym­bo­lique de son acti­vité », action ins­ti­tuante dont une des priorités nous paraît être celle des titres, des intitulés des rubriques éducatives.

Nous pen­sons qu’il faut tirer les conséquences ultimes de ces ana­lyses et qu’il faut présenter des pro­duits audio­vi­suels ori­gi­naux mais pédagogiquement effi­caces, ins­crits dans une stratégie éducative au sens posi­tif, mais sans jamais faire référence à un cadre contrai­gnant ou sco­laire. C’est le com­pro­mis qui nous paraît nécessaire pour faire une télévision éducative et pédagogique valable dans le cadre d’une démarche médiatique vers le grand public et à une heure de large audience.

II.2. Axes et outils méthodologiques

Niveaux de struc­tu­ra­tion didac­tique des mes­sages audio­vi­suels

Dans son inter­ven­tion au col­loque « Inter­faces » (Liège, juin 1983), Mr Cesare Gra­zia­ni, du Ser­vice Edu­ca­tif de la RAI, a clai­re­ment mis en évidence l’intérêt pour une expérience de TV éducative, de définir une stratégie « modulée » en fonc­tion notam­ment des différents niveaux pos­sibles de struc­tu­ra­tion didac­tique des mes­sages audio­vi­suels, mais également des caractéristiques du public visé.

Présentons brièvement les quatre niveaux définis par Gra­zia­ni :

A. Niveau « pro­mo­tion­nel » plutôt que didac­tique : s’adresser au public le plus large pour pro­mou­voir « la sen­si­bi­lité et l’intérêt pour la culture et la science ». B. Niveau de « struc­tu­ra­tion pédagogique légère » : l’objectif à ce niveau est la « modi­fi­ca­tion des atti­tudes de masse à l’égard d’un cer­tain phénomène ou d’un cer­tain aspect de la réalité ». Là encore, la définition du public est très large : il s’agit de tra­vailler sur les préjugés sociaux, les opi­nions répandues, les confor­mismes sociaux. Gra­zia­ni cite l’exemple d’une cam­pagne pour modi­fier l’attitude des gens à l’égard du monde agri­cole.

C. Niveau de « struc­tu­ra­tion pédagogique moyenne » : il s’agit là de « modi­fier » des com­por­te­ments. A ce stade, il importe, selon Gra­zia­ni, d’adapter les objec­tifs des émissions à un public spécialement visé par le problème à résoudre (tranches d’âge, niveau d’éducation, etc…). D’expérience, il signale que la fic­tion est un bon outil à ce niveau. A par­tir de ce niveau, on arrive, selon Gra­zia­ni, à ce stade où un tra­vail de recherche et d’évaluation doit aller de pair avec le tra­vail de pro­duc­tion à la fois avant (enquête, définition des objec­tifs) et après (résultats, effi­ca­cité) la fabri­ca­tion de l’émission.

D. Niveau de « struc­tu­ra­tion pédagogique très forte » : c’est celui de la com­mu­ni­ca­tion de connais­sances qui va de pair avec une définition extrêmement précise du conte­nu d’apprentissage, des objec­tifs, des moyens et du public, ain­si qu’avec une évaluation rigou­reuse de l’apprentissage. Ces émissions devraient, selon Gra­zia­ni, être menées par des équipes plu­ri­dis­ci­pli­naires asso­ciant à des spécialistes uni­ver­si­taires des équipes de concep­tion et de réalisation des pro­grammes.

On remar­que­ra aisément qu’au fur et à mesure que croît la « struc­tu­ra­tion pédagogique » du mes­sage, le public objec­ti­ve­ment visé tend pour sa part à se réduire de plus en plus, à être de plus en plus « ciblé ».

Néanmoins, étant donné les objec­tifs par­ti­cu­liers de CANAL EMPLOI, il apparaît tout à fait pos­sible et cohérent de conce­voir une inter­ven­tion télévisée sur les trois pre­miers niveaux. Mieux, il faut signa­ler que même si les choses n’ont pas été formulées de cette façon et se sont mises en place de façon empi­rique, c’est déjà sur ces trois niveaux prin­ci­paux qu’a tra­vaillé la pro­gram­ma­tion du Maga­zine.

Au stade actuel, il importe avant tout de systématiser les expériences liées à ces niveaux et d’en tes­ter les effets sur le public avant toute phase de généralisation.

Cepen­dant, il faut faire une remarque concer­nant le der­nier niveau défini par Gra­zia­ni (struc­tu­ra­tion pédagogique très forte, com­mu­ni­ca­tion de connais­sances). Pour les rai­sons de conjonc­ture télévisuelle et de stratégie éducative mentionnées plus haut, c’est à ce niveau que les expériences sont actuel­le­ment le moins prio­ri­taires. Ins­tal­ler un cir­cuit de com­mu­ni­ca­tion qui opère une sélection trop res­tric­tive dans le public, sur la base de critères socio­cul­tu­rels, gom­me­rait la portée démocratique de l’action éducative. La com­mu­ni­ca­tion de connais­sances court faci­le­ment le risque d’interpeller de préférence des couches privilégiées de la population[[Voir à ce sujet les réflexions de Patrice Fli­chy sur la seg­men­ta­tion des audiences entre TV de ser­vice public (classes moyennes) et TV com­mer­ciale (classes popu­laires), dont la Bel­gique est un exemple typique. P. Fli­chy, dans Cahiers de Radio Télévision (RTBF), n° 30,]].

II.3. Une démarche empi­rique

A ce point de la réflexion, nous considérons comme acquis le fait qu’à moins de cou­rir le risque de ren­con­trer une fois de plus les impasses sou­vent dénoncées des démarches de type « télévision sco­laire », on ne peut sou­te­nir qu’il existe des modèles qu’il suf­fi­rait d’appliquer ou de repro­duire dans le domaine de l’audiovisuel pédagogique.

Un pre­mier prin­cipe se dégage sur le plan de la démarche : il ne sera pas ques­tion, dans le cadre de la stratégie éducative télévisuelle de CANAL EMPLOI, d’entamer d’emblée la réalisation d’un vaste pro­gramme de pro­duc­tions comme on empi­le­rait des manuels sco­laires sur une étagère. La pro­duc­tion d’émissions pédagogiques ne peut s’envisager que dans un mou­ve­ment de va-et-vient par­tant de la réflexion vers la for­mu­la­tion d’hypothèses qui elles- mêmes condui­ront à l’élaboration de pro­duits à valeur expérimentale. Puis vien­dra le stade de la vérification des hypothèses. Ce pro­ces­sus ouvri­ra la voie à la for­mu­la­tion de nou­velles hypothèses.

« Recherche » et « bri­co­lage » ou « tâton­ne­ment » font meilleur ménage que ne pour­raient le pen­ser des esprits peu prévenus. La démarche que nous appe­lons de nos vœux a été excel­lem­ment décrite par Michel Tar­dy, un cher­cheur qui est loin d’être néophyte dans les rap­ports de l’image et de la pédagogie, comme un « tâton­ne­ment orienté et sou­mis à un contrôle empi­rique » :

Cette démarche consiste à emprun­ter des direc­tions variées, dont on ne sait pas à l’avance quelle sera la bonne, à inven­ter des solu­tions pro­vi­soires que l’expérience sélectionnera après coup. Trois moments essen­tiels : une ques­tion qui oriente la recherche ; une ou plu­sieurs hypothèses, qui anti­cipent la solu­tion, un contrôle, qui fait un tri par­mi les pos­sibles. On avance pas à pas, on se déplace en zig-zag, voire à recu­lons, jusqu’à l’heureux dénouement[[M. Tar­dy, in Com­mu­ni­ca­tions, n° 32, 1982. « Apprendre des médias », pp. 225 – 27.]].

Arti­cu­la­tion de la démarche.

Tra­çons les contours des éléments-clés autour des­quels s’organisera la démarche :

1er élément : Un tra­vail de « docu­men­ta­tion » qui ras­sem­ble­ra plu­sieurs activités.


• Se frayer un che­min à tra­vers la littérature scien­ti­fique et tech­nique qui traite des rap­ports image et pédagogie et remettre à jour systématiquement cette docu­men­ta­tion.

• Se don­ner les moyens de prendre connais­sance et d’observer les expériences belges et étrangères de télévision éducative et d’avoir un accès cri­tique à leurs pro­duc­tions, notam­ment par le développement d’accords d’échanges de pro­grammes.

• Pro­mou­voir la réflexion et la for­ma­tion spécifiques des tra­vailleurs de l’audiovisuel par l’organisation de ren­contres et de séminaires, éventuellement en col­la­bo­ra­tion avec d’autres ins­ti­tu­tions. Le rôle de ces séminaires sera d’accentuer l’ouverture sur des expériences com­pa­rables et de créer l’occasion de ren­con­trer des pra­ti­ciens et des créateurs dont les réalisations ser­vi­ront de sti­mu­lants pour la réflexion et la pra­tique.

2ème élément : Mise au point d’un pro­gramme ouvert et souple d’expériences, à par­tir d’hypothèses variées et limitées :


• L’essentiel consis­te­ra à exer­cer l’expérimentation sur un maxi­mum de paramètres sans cou­rir le risque d’épuiser les moyens dis­po­nibles dans la réalisation d’un pro­gramme démesuré.

• Les expériences por­tant sur des « for­mats courts » d’émissions devraient bénéficier d’une prio­rité opérationnelle, notam­ment dans le sens où ils peuvent faci­le­ment don­ner nais­sance à des « séries » d’émissions.

• Il sera nécessaire de pro­duire d’abord un test en gran­deur réelle- un « pro­to­type » des­tiné à la dif­fu­sion — de manière à pou­voir évaluer le plus jus­te­ment les moyens nécessaires à la pour­suite d’une expérience.

3ème élément : L’accompagnement des expériences par une procédure de vérification des hypothèses.

• D’une part, intégrer les équipes de réalisation pro­pre­ment dites dans un « col­lec­tif de définition des expériences », fai­sant notam­ment appel, si c’est nécessaire, à des per­sonnes-res­sources extérieures à l’institution, et cela au niveau de l’amont de la réalisation.

• D’autre part, en aval de la réalisation et parallèlement à la dif­fu­sion des émissions sur le câble, mise au point d’un système d’enquête sur l’efficacité et l’attrait des émissions par l’intermédiaire de groupes-témoins déterminés aus­si bien par­mi les sta­giaires de CANAL EMPLOI qu’à l’extérieur de l’institution.

• Les séminaires de réflexion et de for­ma­tion doivent deve­nir un des temps forts de la procédure de vérification des hypothèses. Cela pos­tule l’idée que l’apport d’une per­sonne-res­source extérieure à l’équipe et à l’institution est sou­vent décisif pour l’évolution du tra­vail.

• Les modalités de vérification des hypothèses seront définies en confor­mité avec les prin­cipes de la démarche glo­bale.

4ème élément : Inser­tion des émissions issues des « expériences éducatives » dans la grille du Maga­zine de CANAL EMPLOI.

Les expériences tenant à la stratégie éducative télévisuelle don­ne­ront nais­sance à des émissions à part entière, destinées à s’insérer dans la pro­gram­ma­tion du Maga­zine, selon des modalités à définir.

5ème élément : Mise en place d’un tra­vail de réflexion et de for­ma­tion centré sur le sta­tut de téléspectateur, le vécu télévisuel et l’apprentissage de (et par) la télévision.

Cela pren­dra la forme d’une expérience pilote à mener à CANAL EMPLOI avec le concours d’un groupe de sta­giaires et de leurs ani­ma­teurs.

II.4. Coor­di­na­tion avec les réseaux d’associations et d’organismes
d’éducation per­ma­nente

CANAL EMPLOI développe une poli­tique coor­di­na­trice avec des orga­nismes et des asso­cia­tions qui ont des objec­tifs socioéducatifs. Des séries d’émissions ont été pro­duites sur les thèmes sui­vants :


• l’éducation à la santé, en col­la­bo­ra­tion avec l’Association Inter­com­mu­nale de Gui­dance et de Santé ;

• l’orientation sco­laire et pro­fes­sion­nelle, en col­la­bo­ra­tion avec le Ser­vice d’Information sur les Études et les Pro­fes­sions ;

• l’aide sociale, encol­la­bo­ra­tion avec le Centre Public d’Aide Sociale de la Ville de Liège.

III. NOUVELLES PROPOSITIONS. (extraits de « Pro­po­si­tions pour l’avenir de CANAL EMPLOI »)

III.1. Poli­tique de dif­fu­seur éducatif

Le pro­jet ini­tial de CANAL EMPLOI, qui était contem­po­rain de la lame de fond qui ébranla nos sociétés à l’époque des chocs pétroliers et de la fin du mythe des Gol­den Six­ties, avait vu juste et bien ana­lysé la conjonc­ture en posant l’hypothèse de la montée du chômage comme phénomène social prédominant dans la Wal­lo­nie des années 70 et 80. Il est pos­sible aujourd’hui dans la foulée du nou­vel état d’esprit qui s’installe en Wal­lo­nie, de for­mu­ler le pro­jet de CANAL EMPLOI en des termes à la fois plus opti­mistes et plus offen­sifs dans le sens d’un deve­nir nou­veau de la région, de ses forces vives, de ses tra­vailleurs, de sa popu­la­tion et plus généralement de son redéploiement indus­triel.

Aujourd’hui, en effet, la Wal­lo­nie veut sor­tir de la crise : une rela­tive una­ni­mité se des­sine sur cet objec­tif vital. Il est vrai que pour les Wal­lons, c’est une ques­tion de vie ou de mort ; res­ter et tra­vailler au pays ou qui sait, par­tir, deve­nir les émigrants du futur, lais­sant derrière eux un désert économique et social.

Pour réussir, la Wal­lo­nie devra inno­ver dans tous les domaines. Mais, pour ce faire, elle aura de plus en plus besoin à tous les niveaux de tra­vailleurs compétents.

Il importe, si l’on veut adap­ter le pro­jet ini­tial de CANAL EMPLOI, élaboré au début de la crise, à la situa­tion actuelle ; de prendre la mesure des chan­ge­ments économiques, sociaux et cultu­rels en cours, chan­ge­ments qui caractérisent ce qu’il est conve­nu aujourd’hui d’appeler la société post-indus­trielle.

Il s’agit d’un ensemble de bou­le­ver­se­ments qui touchent les struc­tures de la société dans son ensemble et qui, au-delà des phénomènes conjonc­tu­rels, pro­posent à la réflexion des ques­tions fon­da­men­tales : quelles formes de ratio­na­lité et/ou d’irrationalité voit-on se dégager ? Quelles formes d’organisation du tra­vail, des loi­sirs ? Quels types de rap­ports sociaux ? Quels ordres de valeurs ? Com­ment les confi­gu­ra­tions nou­velles peuvent-elles coexis­ter avec les anciennes ? Etc…

C’est par rap­port à un tel cadre de référence que la per­ti­nence des décisions indi­vi­duelles et col­lec­tives peut être évaluée : faut-il s’adapter au nou­vel ordre social, ou au contraire cher­cher à le modi­fier ? Quelle signi­fi­ca­tion peuvent revêtir, dans ce contexte, des stratégies de repli, de résistance ? Com­ment inno­ver ? Quels types d’actions for­ma­tives faut-il pro­mou­voir ? …

En par­tant de cette problématique, il est pos­sible de dégager un cer­tain nombre de domaines à explo­rer par prio­rité, par­mi les­quels on men­tion­ne­ra (cette liste n’est pas limi­ta­tive et ne prétend par ailleurs à aucune rigueur scien­ti­fique) :

• l’automatisation et l’informatisation, leurs conséquences sur l’évolution de l’emploi, les condi­tions de tra­vail, les atti­tudes men­tales ;

• de façon plus générale, les nou­velles tech­no­lo­gies (bio-tech­no­lo­gie, nou­veaux matériaux, etc…) et la recon­ver­sion indus­trielle ;

• les nou­velles formes de pro­duc­tion, de dis­tri­bu­tion et de consom­ma­tion : modes de pro­duc­tion et d’organisation du tra­vail (y com­pris dans le sec­teur ter­tiaire) ; problématiques du « par­tage du tra­vail » et de l’« aménagement du temps de tra­vail » ; réseaux de dis­tri­bu­tion (par exemple les grandes sur­faces) et de consom­ma­tion (par exemple la res­tau­ra­tion rapide) ; influence de ces formes économiques sur les mentalités ;

• les inno­va­tions dans les formes d’association et de création d’emploi ; ‘

• les nou­veaux espaces sociaux : centres urbains, réseaux rou­tiers, lieux publics, habi­tat ; leur inci­dence par exemple sur le com­por­te­ment des jeunes (délinquance, etc…) ;

• les médias, l’information et la com­mu­ni­ca­tion, leur évolution, leur impor­tance dans les représentations des indi­vi­dus, leur rap­port à leur envi­ron­ne­ment, leurs valeurs.

En choi­sis­sant de mettre ain­si l’accent sur l’analyse des « muta­tions sociales », CANAL EMPLOI n’entend ni légitimer l’ordre des choses exis­tant, ni le dénigrer. A égale dis­tance des deux atti­tudes, il a pour objec­tif de sus­ci­ter une prise de conscience effec­tive de la réalité du monde qui nous entoure. Il ne s’agit donc pas d’abord de juger cette réalité, mais de la refléter, et plus encore d’y rele­ver les éléments préfigurateurs de ce que sera la réalité de demain.

Il s’agit en somme que nous nous fas­sions, toutes pro­por­tions gardées, les eth­no­logues de notre propre société. Une telle approche est ren­due nécessaire par la com­plexité crois­sante des struc­tures économiques et sociales et l’opacification des rap­ports humains qui caractérisent le monde où nous vivons. Dans ces condi­tions, la tâche prio­ri­taire consiste à ten­ter de faire apparaître des rela­tions signi­fi­ca­tives, de dégager des ten­dances et des cohérences pro­fondes dans une société de plus en plus dominée, à première vue, par des fac­teurs d’incertitude.

Définir de sem­blables priorités, c’est, pour CANAL EMPLOI, se confor­mer plus que jamais à sa voca­tion de télévision éducative, si l’on veut bien entendre par cet adjec­tif la volonté de modi­fier des représentations et les com­por­te­ments des indi­vi­dus dans le sens d’une per­cep­tion et d’une maîtrise de la réalité.

Pour ce faire, CANAL EMPLOI dis­pose, grâce à l’image, d’un moyen de sen­si­bi­li­sa­tion incom­pa­rable. Si à cela on ajoute, d’une part le fait de pou­voir pro­po­ser au public des ren­dez-vous réguliers tout au long de l’année (ce que ne peuvent faire des émissions de conte­nu ana­logue diffusées par des chaînes natio­nales), et d’autre part le fait d’articuler cette thématique sur un dis­po­si­tif télévisuel effi­cace — il est per­mis sans immo­des­tie de pen­ser que le pro­jet éducatif ain­si défini par CANAL EMPLOI est par­fai­te­ment à même de ren­con­trer les grandes urgences de notre époque.

Il serait prématuré de vou­loir décrire par le menu les futurs pro­grammes d’un canal éducatif liégeois. Il faut cepen­dant signa­ler qu’un pro­jet de grille de pro­gram­ma­tion éducative pou­vant consti­tuer la base des futures dis­cus­sions a été mis au point par l’équipe du sec­teur audio­vi­suel.

III.2. Les prin­cipes qui régissent la cohérence de cette grille sont les sui­vants

A. Vers une société post-indus­trielle : muta­tions socio‑économiques et for­ma­tion per­ma­nente

Nous avons lon­gue­ment ana­lysé plus haut, ce qui nous paraît fon­da­men­tal dans l’évolution actuelle de notre société. Nous pen­sons qu’un pro­jet éducatif tel que nous pos­tu­lons ici doit s’appuyer sur la prise en compte de deux enjeux prin­ci­paux : les muta­tions socio‑économiques qui façonnent l’aspect de la société de demain et le rôle moteur que devra jouer dans ce cadre la for­ma­tion per­ma­nente.

C’est l’articulation étroite de ces deux données qui garan­ti­ra à notre sens l’originalité et l’efficacité du pro­jet.

B. Les objec­tifs assignés à un canal éducatif régional

Les objec­tifs qu’il fau­dra assi­gner dans cette optique à un canal éducatif seront rela­ti­ve­ment diversifiés :

1. sen­si­bi­li­ser l’opinion publique aux muta­tions économiques et sociales en liai­son avec les nou­veaux marchés d’emplois ; 2. infor­mer en liai­son étroite avec l’expression des besoins de la popu­la­tion et en développant au maxi­mum des procédures inter­ac­tives sur les enjeux de l’éducation et de la for­ma­tion per­ma­nente, sur les différents réseaux qui dis­pensent ces for­ma­tions et sur les types très concrets de for­ma­tions dis­po­nibles dans la région ;

3. dans le même esprit, offrir à la popu­la­tion des ser­vices spécialisés sous formes de rubriques variées, choi­sies dans des domaines d’intérêt vital, uti­li­taire ou éducatif au sens large et tou­chant à tous les sec­teurs de la vie quo­ti­dienne et sociale ;

4. four­nir aux for­ma­teurs de la région par le biais de la câblo-diffusion des pro­grammes télévisés un sou­tien spécifique dans le cadre de leurs actions de for­ma­tion ;

5. enfin, pro­po­ser des pro­grammes de for­ma­tion continuée à des publics précis.

C. Pro­gram­ma­tion « grand public » et pro­gram­ma­tion « public-ciblé » : les deux dimen­sions indis­pen­sables d’une grille éducative

Pour atteindre ces objec­tifs et jouer réellement un rôle mobi­li­sa­teur en accord avec les forces vives de la région et la com­mu­nauté éducative, il nous paraît indis­pen­sable de faire du canal éducatif une « chaîne de télévision » à part entière et de conce­voir une stratégie d’occupation de l’espace médiatique et de fidélisation du public qui per­mette à ce nou­veau moyen de com­mu­ni­ca­tion régional d’accéder plei­ne­ment à l’existence.

Pour que les inves­tis­se­ments en temps, en énergie et en moyens que sup­pose la mise sur pied d’un tel pro­jet soient rentabilisés au maxi­mum, il faut que la fonc­tion sociale du canal, les ser­vices qu’on peut en attendre, les demandes qu’il peut prendre en compte, les activités de for­ma­tion qu’il pro­pose jouissent d’une notoriété signi­fi­ca­tive au sein de la popu­la­tion.

Pour ce faire, il faut prévoir une stratégie de pro­gram­ma­tion modulée qui arti­cule dans une grille des plages de pro­gram­ma­tion à des­ti­na­tion du grand public et d’autres orientées vers des publics ciblés qui concer­ne­ront bien enten­du par prio­rité les activités de for­ma­tion.

Moyen­nant la prise en compte de ces trois grandes hypothèses d’orientation, la négociation d’un cadre ins­ti­tu­tion­nel adéquat et de cer­taines condi­tions matérielles nécessaires au bon fonc­tion­ne­ment d’une expérience de télévision, nous pen­sons que notre région pour­rait à terme et sans trop de difficultés se doter d’un outil de for­ma­tion moderne et effi­cace.

Cet ensemble d’éléments jus­ti­fient le fait que CANAL EMPLOI soit de plus en plus fréquemment sol­li­cité pour des col­la­bo­ra­tions extérieures. C’est ain­si que l’on peut men­tion­ner, pour s’en tenir aux prin­ci­pales :

• l’organisation de stages de for­ma­tion à et par l’audiovisuel destinés à un public de for­ma­teurs tra­vaillant dans la région liégeoise ;

•l’accueil et l’encadrement de sta­giaires de la licence en Infor­ma­tion et Arts de Dif­fu­sion et de la licence en For­ma­tion d’Adultes de l’Université de Liège, ain­si que d’instituts spécialisés dans la for­ma­tion audio­vi­suelle et la com­mu­ni­ca­tion sociale ;

• la mise en chan­tier de modules de for­ma­tion et d’un pro­gramme d’éducation nutri­tion­nelle à des­ti­na­tion des pays d’Afrique fran­co­phone, en col­la­bo­ra­tion avec le Labo­ra­toire de Pédagogie expérimentale de l’Université de Liège ;

• La recon­nais­sance des compétences déployées par CANAL EMPLOI dans ces divers domaines ne doit pas faire perdre de vue ce qui reste sa fonc­tion première : la pro­duc­tion de pro­grammes télévisuels. Bien au contraire, le sec­teur télévision de CANAL EMPLOI entend appro­fon­dir son action en ce sens, et redéfinir un cer­tain nombre d’orientations qui, tout en lui per­met­tant de conti­nuer à valo­ri­ser son acquis, lui ouvrent de nou­velles pers­pec­tives et l’amènent à gagner une audience accrue.

Tout au long de cet exposé, nous avons vigou­reu­se­ment réfréné notre envie de jouer les Cas­sandre. Nous espérons que les options ici avancées ne seront pas bien­tôt à énoncer au condi­tion­nel passé. [Archives : [Heb­do­ma­daire COMBAT. 12 sep­tembre 1979
CANAL-E.jpgCANAL-E-2.jpg ]]

Chris­tian Freres Chris­tian Freres, Liège

Droits d’auteur © Tous droits réservés

Biblio­gra­phie

Bégon, R. & Bouche, C., (février 1986), Pro­po­si­tions pour l’avenir de CANAL EMPLOI — TELEVISION. Bégon, R., Frères, C., Lelièvre, L.M. & Widart, N., (1985), « Pour un usage éducatif de la télévision », rap­port pour l’année 1985.

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Source de cet article :

Chris­tian Freres, « CANAL EMPLOI : une télévision éducative en deve­nir ? », Études de com­mu­ni­ca­tion [En ligne], 8 | 1987, mis en ligne le 27 février 2012. URL : http://edc.revues.org/3013


Notes :