Ce que le film « Lincoln » ne dit pas sur Abraham Lincoln

Lincoln fut très proche des idées socialistes et des revendications du mouvement ouvrier, il liait indissociablement la question de l’abolition de l’esclavage à celle de l’émancipation de la classe ouvrière tout entière. L’adaptation de Steven Spielberg déforme l’histoire, et les raisons idéologiques et culturelles de ce parti pris.

Par Vicenç Navar­ro

Pro­fes­seur de sciences poli­tiques et de poli­tiques publiques à l’Université Pom­peu Fabra (Bar­ce­lone) et pro­fes­seur d’études poli­tiques et de poli­tiques publiques à l’Université John Hop­kins (Bal­ti­more, Etats-Unis).

À l’occasion de la sor­tie en salle de Lin­coln, le film réa­li­sé par Ste­ven Spiel­berg, Mémoire des luttes publie un article inédit en France, et dont le pro­pos sera, à n’en pas dou­ter, absent de la plu­part des com­men­taires et des cri­tiques pro­po­sés par les grands médias.

Qui sait que le sei­zième pré­sident des Etats-Unis fut très proche des idées socia­listes et des reven­di­ca­tions du mou­ve­ment ouvrier ? Et qu’il liait indis­so­cia­ble­ment la ques­tion de l’abolition de l’esclavage à celle de l’émancipation de la classe ouvrière tout entière ?

On ver­ra en quoi l’adaptation de Ste­ven Spiel­berg déforme l’histoire, et les rai­sons idéo­lo­giques et cultu­relles de ce par­ti pris.

Cet article est publié en fran­çais et dans sa ver­sion ori­gi­nale en espa­gnol (sur le site Publi­co). Il est accom­pa­gné de la lettre de féli­ci­ta­tions que reçut Abra­ham Lin­coln le 30 décembre 1864 de la Pre­mière Inter­na­tio­nale pour sa toute récente réélec­tion. Ce docu­ment d’histoire – réelle, elle – fut rédi­gé par Karl Marx.


Le film Lin­coln, pro­duit et diri­gé par l’un des réa­li­sa­teurs les plus connus des Etats-Unis, Ste­ven Spiel­berg, a pro­vo­qué un regain d’intérêt pour la figure d’Abraham Lin­coln. Un pré­sident qui, comme Frank­lin D. Roo­se­velt, a mar­qué la culture état­su­nienne et l’imaginaire col­lec­tif. Ce per­son­nage poli­tique fait figure de garant de l’unité du pays après la défaite des Confé­dé­rés qui aspi­raient à la séces­sion des Etats du Sud vis-à-vis de l’Etat fédé­ral. Il s’est éga­le­ment dis­tin­gué dans l’histoire des Etats-Unis en abo­lis­sant l’esclavage et en offrant la liber­té et la citoyen­ne­té aux des­cen­dants des immi­grés d’origine afri­caine, à savoir à la popu­la­tion noire dite « afro-amé­ri­caine ».

Lin­coln a éga­le­ment été le fon­da­teur du Par­ti répu­bli­cain. Un par­ti qui, à l’origine, n’avait pas grand chose à voir avec la for­ma­tion actuelle, for­te­ment influen­cée par un mou­ve­ment – le Tea Par­ty – chau­vin, raciste et par­ti­cu­liè­re­ment réac­tion­naire, der­rière lequel se cachent des inté­rêts éco­no­miques et finan­ciers déter­mi­nés à éli­mi­ner l’influence du gou­ver­ne­ment fédé­ral sur la vie éco­no­mique, sociale et poli­tique du pays.

Le Par­ti répu­bli­cain du pré­sident Lin­coln était au contraire une orga­ni­sa­tion fédé­ra­liste qui consi­dé­rait le gou­ver­ne­ment cen­tral comme le garant des droits humains. Par­mi ces der­niers, c’est l’émancipation des esclaves, thème majeur de Lin­coln, qui fut le prin­ci­pal che­val de bataille du pré­sident. L’abolition de l’esclavage per­mit aux indi­vi­dus asser­vis d’acquérir le sta­tut de tra­vailleurs pro­prié­taires de leur propre tra­vail.

Mais Lin­coln, avant même de deve­nir pré­sident, consi­dé­rait d’autres conquêtes sociales comme fai­sant par­tie des droits humains. Par­mi elles, le droit du monde du tra­vail à contrô­ler non seule­ment son tra­vail, mais aus­si le pro­duit de son tra­vail. Le droit à l’émancipation des esclaves trans­for­ma ces der­niers en indi­vi­dus libres sala­riés, unis – selon lui – par des liens fra­ter­nels avec les autres membres de la classe labo­rieuse, indé­pen­dam­ment de la cou­leur de leur peau. L’ambition de rendre l’esclave libre et celle de faire du tra­vailleur – qu’il soit blanc ou noir – le maître non seule­ment de son tra­vail, mais aus­si du pro­duit de son tra­vail, étaient aus­si révo­lu­tion­naires l’une que l’autre.

La pre­mière fai­sait de l’esclave un indi­vi­du libre et pro­prié­taire de son tra­vail, tan­dis que la seconde ren­dait la classe labo­rieuse maî­tresse du pro­duit de son tra­vail. Lin­coln tenait à ces deux aspects de l’émancipation. Or le second est tota­le­ment absent dans le film. Il est igno­ré. J’utilise déli­bé­ré­ment le terme « igno­ré » plu­tôt qu’« occul­té », car il est tout à fait pos­sible que les auteurs du film ou du livre dont il s’inspire ne connaissent même pas la véri­table his­toire d’Abraham Lin­coln.

La guerre froide, qui per­dure dans le monde cultu­rel — y com­pris uni­ver­si­taire — des Etats-Unis et la domi­na­tion écra­sante de ce que l’on nomme là-bas la cor­po­rate class (à savoir la classe des pro­prié­taires et des fon­dés de pou­voir du grand capi­tal) sur la vie non seule­ment éco­no­mique, mais aus­si civique et cultu­relle, explique que l’histoire offi­cielle des Etats-Unis ensei­gnée à l’école et dans les uni­ver­si­tés soit for­te­ment biai­sée. Elle est puri­fiée de toute « conta­mi­na­tion » idéo­lo­gique liée au mou­ve­ment ouvrier, qu’il s’agisse du socia­lisme, du com­mu­nisme ou de l’anarchisme.

La vaste majo­ri­té des étu­diants amé­ri­cains, y com­pris ceux des uni­ver­si­tés les plus pres­ti­gieuses, ignorent que la fête du 1er mai, célé­brée à tra­vers le monde en tant que Jour­née mon­diale du tra­vail, rend hom­mage aux syn­di­ca­listes amé­ri­cains morts en défen­dant la jour­née de huit heures (au lieu de douze). C’est cette vic­toire qui per­mit de por­ter avec suc­cès cette reven­di­ca­tion dans la plu­part des pays du monde. Or aux Etats-Unis, le 1er mai, outre qu’il n’est pas férié, est le jour dit de la loi et de l’ordre – Law and Order Day – (lire l’ouvrage A People’s His­to­ry of the Uni­ted States, de Howard Zinn). La véri­table his­toire des Etats-Unis est fort dif­fé­rente de la ver­sion offi­cielle pro­mue par les struc­tures de pou­voir état­su­niennes.

Des sym­pa­thies poli­tiques igno­rées et/ou occul­tées

Lin­coln, lorsqu’il était membre de la Chambre des repré­sen­tants de son Etat (l’Illinois), sym­pa­thi­sait avec les reven­di­ca­tions socia­listes du mou­ve­ment ouvrier, non seule­ment amé­ri­cain, mais aus­si inter­na­tio­nal. Pour lui, le droit des tra­vailleurs à contrô­ler le pro­duit de leur tra­vail était un droit humain, ce qui consti­tuait à l’époque – et consti­tue encore aujourd’hui – une posi­tion tout à fait révo­lu­tion­naire. Or ni le film ni la culture domi­nante aux Etats-Unis n’en font état. Cet aspect a été oppor­tu­né­ment oublié par les appa­reils idéo­lo­giques de l’Establishment amé­ri­cain contrô­lés par la cor­po­rate class.

En réa­li­té, Lin­coln consi­dé­rait l’esclavage comme la domi­na­tion suprême du capi­tal sur le tra­vail. Son oppo­si­tion aux struc­tures de pou­voir des Etats du Sud s’expliquait jus­te­ment par le fait qu’elles repré­sen­taient pour lui les piliers d’un régime éco­no­mique fon­dé sur l’exploitation abso­lue des tra­vailleurs. Il voyait ain­si dans l’abolition de l’esclavage la libé­ra­tion non seule­ment de la popu­la­tion noire, mais de tous les tra­vailleurs, y com­pris ceux appar­te­nant à la classe labo­rieuse blanche, dont le racisme allait selon lui à l’encontre de ses propres inté­rêts.

Pour Lin­coln, « le tra­vail pré­cède le capi­tal. Le capi­tal est seule­ment le fruit du tra­vail et il n’aurait jamais pu exis­ter si le monde du tra­vail n’avait tout d’abord exis­té. Le tra­vail est supé­rieur au capi­tal et mérite donc une plus grande consi­dé­ra­tion (…). Dans la situa­tion actuelle, c’est le capi­tal qui détient tout le pou­voir et il faut ren­ver­ser ce dés­équi­libre ». Il n’aura pas échap­pé aux lec­teurs des écrits de Karl Marx, contem­po­rain d’Abraham Lin­coln, que cer­taines de ces phrases sont très proches de celles uti­li­sées par le pen­seur alle­mand dans son ana­lyse de la rela­tion capital/travail au sein d’un sys­tème capi­ta­liste.

Nombre de lec­teurs seront en revanche sur­pris d’apprendre que l’oeuvre de Karl Marx a influen­cé Abra­ham Lin­coln, comme le montre de manière très détaillée le jour­na­liste et écri­vain John Nichols dans son excellent article inti­tu­lé »Rea­ding Karl Marx with Abra­ham Lin­coln Uto­pian socia­lists, Ger­man com­mu­nists and other repu­bli­cans », publié dans Poli­ti­cal Affairs (27 novembre 2012) et dont sont extraites les cita­tions et la plu­part des élé­ments figu­rant dans le pré­sent article.

Les écrits de Karl Marx étaient connus des intel­lec­tuels, tel Lin­coln, qui se mon­traient très cri­tiques vis-à-vis de la situa­tion poli­tique et éco­no­mique des Etats-Unis. Marx écri­vait régu­liè­re­ment dans The New York Tri­bune, le jour­nal intel­lec­tuel le plus influent dans le pays à cette époque. Son direc­teur, Horace Gree­ley, se consi­dé­rait comme socia­liste. Il admi­rait Karl Marx à qui il pro­po­sa de rédi­ger des chro­niques dans son jour­nal.

The New York Tri­bune comp­tait d’ailleurs par­mi ses col­la­bor­teurs un grand nombre de mili­tants alle­mands qui avaient fui les per­sé­cu­tions pra­ti­quées dans leur pays d’origine. Il s’agissait à l’époque d’une Alle­magne for­te­ment agi­tée, avec la nais­sance d’un mou­ve­ment ouvrier remet­tant en cause l’ordre éco­no­mique exis­tant. Cer­tains de ces immi­grés alle­mands (connus aux Etats-Unis, à cette époque, sous le nom de « Répu­bli­cains rouges ») lut­tèrent ensuite au côté des troupes fédé­rales com­man­dées par le pré­sident Lin­coln pen­dant la guerre de Séces­sion.

Gree­ly et Lin­coln étaient amis. Gree­ley et son jour­nal sou­tinrent dès le départ la car­rière poli­tique de Lin­coln. Ce fut d’ailleurs Gree­ley qui lui conseilla de se por­ter can­di­dat à la pré­si­dence du pays. De plus, de nom­breux élé­ments indiquent que Lin­coln était un fervent lec­teur du New York Tri­bune. Lors de sa cam­pagne élec­to­rale pour la pré­si­dence des Etats-Unis, il pro­po­sa à plu­sieurs « Répu­bli­cains rouges » d’intégrer son équipe. Aupa­ra­vant déjà, en tant que membre du Congrès repré­sen­tant les citoyens de Spring­field, dans l’Etat de l’Illinois, il s’était fré­quem­ment mon­tré soli­daire des mou­ve­ments révo­lu­tion­naires d’Europe, en par­ti­cu­lier de Hon­grie, en signant des docu­ments témoi­gnant de son sou­tien.

Au côté des tra­vailleurs des Etats-Unis et du monde entier

Loin d’être for­tuite, la connais­sance qu’avait Lin­coln des tra­di­tions révo­lu­tion­naires de l’époque résul­tait de sa sym­pa­thie pour le mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal et ses ins­ti­tu­tions. Il encou­ra­gea ain­si les tra­vailleurs des Etats-Unis à orga­ni­ser et à mettre sur pied des syn­di­cats, y com­pris au cours de son man­dat de pré­sident, ce qui explique qu’il fut nom­mé membre hono­raire de plu­sieurs d’entre eux. Aux syn­di­cats de New York, il décla­ra : « Vous avez com­pris mieux que qui­conque que la lutte contre l’esclavage vise à éman­ci­per le monde du tra­vail, c’est-à-dire tous les tra­vailleurs. La libé­ra­tion des esclaves du Sud et celle des tra­vailleurs du Nord ne sont qu’un seul et même com­bat ». Pen­dant la cam­pagne élec­to­rale, Lin­coln adop­ta une pos­ture anti-escla­va­giste, pré­ci­sant sans équi­voque que l’émancipation des esclaves per­met­trait aux tra­vailleurs de récla­mer des salaires leur offrant une vie décente et digne, contri­buant ain­si à aug­men­ter la rému­né­ra­tion de tous les tra­vailleurs, qu’ils soient noirs ou blancs.

Dans leurs textes, Marx comme Engels rela­tèrent avec enthou­siasme la cam­pagne de Lin­coln au moment où tous deux pré­pa­raient la Pre­mière Inter­na­tio­nale ouvrière. Au cours de l’une des ses­sions, ils pro­po­sèrent d’ailleurs à l’Internationale d’envoyer une lettre au pré­sident Lin­coln afin de le féli­ci­ter pour son atti­tude et sa posi­tion. Dans cette lettre, la Pre­mière Inter­na­tio­nale féli­ci­tait le peuple des Etats-Unis et son pré­sident pour avoir, en abo­lis­sant l’esclavage, favo­ri­sé l’émancipation de l’ensemble de la classe labo­rieuse, non seule­ment état­su­nienne, mais aus­si mon­diale.

Dans sa réponse, Lin­coln remer­cia la Pre­mière Inter­na­tio­nale pour sa lettre et affir­ma qu’il fai­sait grand cas du sou­tien des tra­vailleurs du monde entier à ses poli­tiques. Son ton cor­dial ne man­qua pas de pro­vo­quer une cer­taine panique par­mi les membres de l’Establishment éco­no­mique, finan­cier et poli­tique des deux côtés de l’Atlantique.

Au niveau inter­na­tio­nal, il sem­blait évident que, comme l’indiqua ulté­rieu­re­ment le diri­geant socia­liste amé­ri­cain Eugene Vic­tor Debs au cours de sa propre cam­pagne élec­to­rale, « Lin­coln avait été un révo­lu­tion­naire et, aus­si para­doxal que cela puisse paraître, le Par­ti répu­bli­cain avait assu­mé par le pas­sé une tona­li­té rouge ».

Une révo­lu­tion démo­cra­tique avor­tée

Il va sans dire qu’aucun de ces élé­ments n’est rela­té dans le film Lin­coln, et qu’ils res­tent peu connus aux Etats-Unis. Mais, comme l’indiquent John Nichols et Robin Black­burn (autres auteurs ayant beau­coup écrit au sujet de Lin­coln et de Marx), pour sai­sir le per­son­nage de Lin­coln, il est indis­pen­sable de com­prendre l’époque et le contexte dans les­quels il a vécu.

Lin­coln n’était pas mar­xiste, terme uti­li­sé à l’excès dans l’historiographie et dénon­cé par Marx lui-même. Il sou­hai­tait non pas éra­di­quer le capi­ta­lisme, mais cor­ri­ger l’immense dés­équi­libre entre capi­tal et tra­vail inhé­rent à ce sys­tème. Reste qu’il fut sans aucun doute for­te­ment influen­cé par Marx et par d’autres pen­seurs socia­listes avec les­quels il par­ta­gea des dési­rs immé­diats, affi­chant une sym­pa­thie pour leurs opi­nions et adop­tant une posi­tion très radi­cale dans son enga­ge­ment démo­cra­tique. En igno­rant ces faits, le film Lin­coln déforme ain­si l’histoire.

Il est indé­niable que Lin­coln fut une per­son­na­li­té com­plexe et ambi­guë. Mais il existe dans ses dis­cours des preuves écrites et sans équi­voque des sym­pa­thies qu’il entre­te­nait. De plus, les vifs débats qui ani­maient les gauches euro­péennes avaient cours éga­le­ment dans les cercles pro­gres­sistes des Etats-Unis. En réa­li­té, ce sont les socia­listes uto­piques alle­mands, dont une grande par­tie s’était réfu­giée dans l’Illinois après avoir fui la répres­sion euro­péenne, qui eurent le plus d’influence sur Lin­coln.

Le com­mu­na­lisme qui carac­té­ri­sait ces socia­listes influen­ça la concep­tion de la démo­cra­tie de Lin­coln. Il la consi­dé­rait comme la conduite des ins­ti­tu­tions poli­tiques par le peuple, un peuple dont les classes popu­laires consti­tuaient la majo­ri­té.

Sa célèbre for­mule « La démo­cra­tie est le gou­ver­ne­ment du peuple par le peuple et pour le peuple » – deve­nue une magni­fique maxime démo­cra­tique connue dans le monde entier – pointe sans équi­voque l’impossibilité de faire triom­pher une démo­cra­tie du peuple – et pour le peuple – si elle n’est pas mise en oeuvre par le peuple lui-même.

C’est pour­quoi Lin­coln voyait dans l’émancipation des esclaves et des tra­vailleurs des élé­ments indis­pen­sables à cette démo­cra­ti­sa­tion. Sa vision de l’égalité était néces­sai­re­ment en contra­dic­tion avec la domi­na­tion des ins­ti­tu­tions poli­tiques par le capi­tal. Pour preuve, la situa­tion actuelle aux Etats-Unis que je détaille dans mon article « Lo que no se ha dicho en los medios sobre las elec­ciones en EEUU »[[http://www.vnavarro.org/?p=8078]] (« Ce qui n’a pas été dit dans les médias sur les élec­tions aux Etats-Unis », Públi­co, 13 novembre 2012). Aujourd’hui, c’est la cor­po­rate class qui contrôle les ins­ti­tu­tions poli­tiques du pays.

Der­nières obser­va­tions, et un sou­hait

Je répète qu’aucun de ces faits n’est rela­té dans le film. Après tout, Spiel­berg n’est pas Pon­te­cor­vo, et le cli­mat intel­lec­tuel aux Etats-Unis porte encore les stig­mates de la guerre froide. « Socia­lisme » demeure un terme néga­ti­ve­ment conno­té dans l’Establishment cultu­rel du pays. Et, sur les terres de Lin­coln, le pro­jet démo­cra­tique qu’il avait rêvé n’est jamais deve­nu réa­li­té du fait de l’influence consi­dé­rable du pou­voir du capi­tal sur les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, une influence qui a muse­lé l’expression démo­cra­tique aux Etats-Unis.

Ter­rible iro­nie de l’histoire : le Par­ti répu­bli­cain est deve­nu l’instrument poli­tique le plus agres­sif au ser­vice du capi­tal.

Je serais recon­nais­sant à celles et ceux qui trou­ve­ront cet article inté­res­sant de bien vou­loir le dif­fu­ser le plus lar­ge­ment pos­sible. Y com­pris auprès des cri­tiques de ciné­ma qui, dans le cadre de la pro­mo­tion du film, ne diront pas un mot de cet autre Lin­coln mécon­nu dans son propre pays et dans bien d’autres. L’un des fon­da­teurs du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire démo­cra­tique n’est même pas recon­nu comme tel. L’abolition de l’esclavage a consti­tué une grande vic­toire qui mérite d’être célé­brée. Mais l’action de Lin­coln ne s’y réduit pas. Et de cela nul ne parle.

Tra­duc­tion : Fré­dé­rique Rey