Comment prendre le pouvoir sans être pris par le pouvoir ?

Le succès de La Tuerka est tel que très vite toutes les grandes chaînes de télévision s’arrachent Pablo Iglesias pour le confronter aux polémistes les plus cuirassés du pays dans des débats où il fait merveille.

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Com­ment prendre le pou­voir sans être pris par le pou­voir ? Pode­mos o no…

dimanche 19 octobre 2014.

On se sou­vient du 15‑M, comme on dit en Espagne, ce 15 mai 2011 où ” los Indi­gna­dos » occu­pèrent la Puer­ta del Sol de Madrid et vécurent là quelques jours de démo­cra­tie liber­taire, qua­li­fi­ca­tif, celui-ci, que j’emploie à des­sein et auquel je revien­drai.

Quelques jours, donc, de ges­tion directe du vécu quo­ti­dien par l’énoncé per­for­ma­tif d’une auto­ges­tion s’instituant à mesure et au rythme des déli­bé­ra­tions des Assem­blée sou­ve­raines.

Car ain­si étaient prises les déci­sions par cette foule, cette mul­ti­tude qui s’assemblant se consti­tuait en peuple, si l’on veut bien admettre comme l’affirme Kant dans son “Pro­jet de paix per­pé­tuelle”, que c’est “l’acte de la volon­té géné­rale qui fait de la foule un peuple ».

Mais après ? Com­ment conti­nuer à navi­guer vers un hori­zon sans cesse fuyant quand la houle s’apaise ?

La Tuer­ka

Quelques pro­fes­seurs de sciences poli­tiques de l’Université com­plu­tense de Madrid déci­dèrent de ten­ter une réponse à cette éter­nelle ques­tion et pour cela de créer sur Tele K (une minus­cule chaine de télé­vi­sion com­mu­nau­taire du quar­tier popu­laire de Val­le­cas) une “ter­tu­lia” autre­ment dit un lieu d’échanges, de conver­sa­tions et de débats entre intel­lec­tuels, allu­sion aux fameuses ter­tu­lias des “géné­ra­tions de 1898 et de 1927” qui firent les beaux jours des cafés où elles se tenaient, le plus célèbre demeu­rant le “gran café Gijón” (fré­quen­té entre autres par F.G. Lor­ca).

Ce sera La Tuer­ka (l’Ecrou) qui, pré­ci­sé­ment, se pro­po­se­ra de dis­cu­ter de cet après 15‑M. En effet, La Tuer­ka ne se pose nul­le­ment comme acte jour­na­lis­tique pré­ten­dant à on ne sait quelle objec­ti­vi­té mais comme démarche mili­tante se don­nant comme objec­tif de chan­ger l’ordre des choses dans un monde à la dérive.

Pablo Igle­sias

La ter­tu­lia qui ne réunis­sait à ses débuts que quelques uni­ver­si­taires devient très vite un lieu de débats et de réfé­rence pour nombre de mili­tants des gauches plus ou moins tra­di­tion­nelles. Et très vite éga­le­ment émerge la figure (dans tous les sens du terme) de l’un de ces pro­fes­seurs de sciences poli­tiques : Pablo Igle­sias.

Un nom, d’abord : le même que celui du fon­da­teur du PSOE en 1879 et ce n’est pas un hasard s’il fut pré­nom­mé Pablo ne cesse de racon­ter sa mère. Et puis il est jeune, beau, intel­li­gent, bien de son temps avec sa “cole­ta” (queue de che­val), ses bra­ce­lets mul­ti­co­lores ses che­mises cin­trées et sa grosse moto.

Mais aus­si et sur­tout son aisance face aux camé­ras et aux contra­dic­teurs, son extra­or­di­naire maî­trise au ser­vice d’une belle langue cas­tillane, la flui­di­té de son débit qui n’est pas celle du tri­bun voci­fé­rant mais plu­tôt celle du péda­gogue ser­vie par une éru­di­tion remar­quable et celle du mora­liste dont l’infinie patience et l’exquise déli­ca­tesse a le don d’exaspérer nombre de contra­dic­teurs.

Le suc­cès de La Tuer­ka est tel que très vite toutes les grandes chaînes de télé­vi­sion s’arrachent Pablo Igle­sias pour le confron­ter aux polé­mistes les plus cui­ras­sés du pays dans des débats où il fait mer­veille.

Ain­si racon­tée, ne dirait-on pas la mer­veilleuse his­toire de l’avènement d’une rock star média­tique ? Pour­tant il n’en est rien car cette venue au grand jour et à la lumière des pro­jec­teurs est le résul­tat d’une réflexion col­lec­tive appro­fon­die.

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Anto­nio Gram­sci

La ques­tion, en effet, obses­sion­nelle pour tout mili­tant depuis des siècles, est la sui­vante : com­ment “tou­cher les gens” ? Autre­ment dit, com­ment trans­mettre aux citoyens la véri­té que l’on porte ?

La réflexion qui s’élabore alors au sein de ce groupe de pro­fes­seurs s’appuie, pour ain­si dire natu­rel­le­ment, sur le néo-mar­xisme de Anto­nio Gram­sci, le fon­da­teur du Par­ti com­mu­niste ita­lien et théo­ri­cien de “l’hégémonie cultu­relle” laquelle se construit, on le sait, à l’aide d’un cer­tain nombre de “dis­po­si­tifs cultu­rels”.

Com­ment alors ne pas voir que le dis­po­si­tif cultu­rel domi­nant de nos jours est (encore)… la télé­vi­sion. De sorte que contrai­re­ment à l’attitude mili­tante refu­sant la com­pro­mis­sion dans la “socié­té du spec­tacle”, il ne peut être ques­tion pour ces intel­lec­tuels de demeu­rer dans une acti­vi­té cultu­relle alter­na­tive, contre-cultu­relle ou under­ground, mais au contraire de se sai­sir des modes de fonc­tion­ne­ment hégé­mo­niques pour les retour­ner, les recons­truire en dis­po­si­tifs cultu­rels contre-hégé­mo­niques.

Et c’est ain­si que Pablo Igle­sias est par­tout, sur les chaines de télé­vi­sion et sur inter­net, au point que ne suf­fi­sant pas à la tâche ses amis Juan Car­los Mone­de­ro et Iñi­go Erre­jón s’y mettent aus­si et ne cessent de débattre face aux plus farouches défen­seurs de l’hégémonie cultu­relle et du fonc­tion­ne­ment social qui conduisent l’Espagne, l’Europe et le monde au bord de l’abîme.

Felipe Gon­za­lez

Par­mi ceux-là, la vieille gauche espa­gnole, celle du PSOE, n’est pas la moins viru­lente. Elle fré­mit d’horreur à la vue de ces jeunes qui, pour­tant res­semblent tant à ce qu’ils étaient eux-mêmes dans les années 1970, mili­tants aux prises avec le fran­quisme.

Felipe Gon­za­lez lui-même, l’ancien Pré­sident du gou­ver­ne­ment qui géra la “tran­si­tion” à par­tir de 1982 éprouve le besoin de cogner sur ces “popu­listes”, ces “déma­gogues”, ces “boli­va­riens”. Lui, Felipe, comme l’appelaient affec­tueu­se­ment les mili­tants quand il prit le pou­voir au PSOE lors du congrès de Sur­esnes en 1974 et qui, par­ve­nu à la Pré­si­dence n’hésitera pas à pas­ser ses pre­mières vacances sur le yacht Azor, celui sur lequel Fran­co s’adonnait à la pêche au gros, ne voyant à cela aucun mal puisque le bateau était pro­prié­té de l’Etat…

Felipe qui finit aujourd’hui sa car­rière, mil­lion­naire et repu, en sié­geant dans des conseils d’administration où, dit-il, le pauvre, il s’ennuie. Pas­sons.

Donc, le suc­cès de cette démarche “gram­scienne” se réa­li­sa au-delà de toute espé­rance et au point que la néces­si­té de créer un mou­ve­ment s’imposa pour ain­si dire d’elle-même. Ce fut “Pode­mos” le 17 jan­vier 2014.

Le cata­clysme Pode­mos

Puis, il fal­lut don­ner au mou­ve­ment le sta­tut de par­ti (ce fut fait le 11 mars) de manière à pou­voir par­ti­ci­per aux élec­tions euro­péennes du 25 mai.

On le sait, après seule­ment quatre mois d’existence Pode­mos obtient un mil­lion de suf­frages (8%), cinq dépu­tés et devient la qua­trième force poli­tique du pays (la troi­sième aujourd’hui).

Il s’agit bien d’un cata­clysme comme le recon­nait la presse euro­péenne dans son ensemble. D’autant plus que, à peine élus, les cinq dépu­tés décident de renon­cer aux juteuses indem­ni­tés euro­péennes pour ne conser­ver que l’équivalent du salaire moyen en Espagne et uti­li­ser le sup­plé­ment de manière mili­tante.

D’autant plus, en outre, que le par­ti impro­vi­sé dans l’urgence entre main­te­nant dans un pro­ces­sus de struc­tu­ra­tion par la mise en place d’une “Asam­blea ciu­da­da­na” (Assem­blée citoyenne) dont le fonc­tion­ne­ment se veut aus­si trans­pa­rent et démo­cra­tique que le per­mettent les tech­no­lo­gies numé­riques les plus avan­cées.

Ambi­guï­tés

Au terme de ce pro­ces­sus les struc­tures éla­bo­rées seront mises en place et les res­pon­sables (sans doute révo­cables) seront dési­gnés. Donc, tout va bien, n’est-ce pas ?

Non ! Cer­tai­ne­ment pas, car nombre d’ambiguïtés, pour le moins, demeurent.

Voyons : la réfé­rence à Gram­sci ne devrait pas évi­ter de poser, comme il le fit lui-même, la ques­tion du “consen­te­ment des domi­nés à leur propre domi­na­tion”. Obser­va­tion du reste fort peu nova­trice puisque voi­ci cinq siècles un jeune homme de dix-huit ans, Etienne de La Boé­tie (1530 – 1563) la pro­po­sa à ses contem­po­rains dans son célèbre “Dis­cours de la ser­vi­tude volon­taire”.

Gram­sci, cepen­dant, comme intel­lec­tuel mar­xiste et mili­tant ten­te­ra de pen­ser la manière de rompre cette hégé­mo­nie cultu­relle en lui oppo­sant une autre culture issue, celle-ci, de la vie même des domi­nés, des classe exploi­tées disait-on alors, et, à cette fin, fait émer­ger la figure de “l’intellectuel orga­nique” qui, contrai­re­ment aux adeptes de Lénine ne vient pas de l’extérieur insuf­fler la “conscience de classe” à la mul­ti­tude mais, vivant au sein de cette mul­ti­tude, tente de faci­li­ter l’expression d’une sub­jec­ti­vi­té col­lec­tive de libé­ra­tion.

Libé­ra­tion pos­tu­lée non seule­ment comme néces­saire mais comme pos­sible d’où, sans doute, le choix de l’affirmation “Pode­mos” sui­vie de la forme d’insistance “Cla­ro que pode­mos !” (bien sûr que nous pou­vons).

Est-ce donc bien comme “intel­lec­tuels orga­niques” que Pablo Igle­sias et ses “com­pañe­ros” déve­loppent leur mili­tan­tisme ? Mais alors, l’histoire est là pour nous le mon­trer (par­ti­cu­liè­re­ment celle de l’Amérique latine si chère au cœur de cer­tains mili­tants de “Pode­mos”), le risque est grand quelle que soit la bonne inten­tion ini­tiale de bas­cu­ler très vite dans un redou­table avant-gar­disme léni­no-maoïste.

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Cha­vez, un exemple ?

A cet égard, l’incessante réfé­rence à l’Amérique latine et les rap­ports éta­blis avec Cha­vez (Madu­ro main­te­nant), Evo Morales (Boli­vie), Rafael Cor­rea (Equa­teur) et le fort sym­pa­thique Pepe Muji­ca (Uru­guay) deman­de­raient à être cla­ri­fiés autre­ment que par des réponses embar­ras­sées aux inter­pel­la­tions d’une droite (PSOE com­pris) qui ne se prive pas de jouer sur cette corde sen­sible une com­plainte qui, heu­reu­se­ment, ne fait pleu­rer per­sonne.

Il serait temps, me semble-t-il de lever ces ambi­guï­tés ce qui a peut-être com­men­cé puisque je viens d’entendre Pablo Igle­sias fus­ti­ger (enfin) l’énorme cor­rup­tion qui sévit au Vene­zue­la (jusque dans la famille Cha­vez, ajou­te­rais-je volon­tiers).

Comme il serait temps de lever ces ter­gi­ver­sa­tions en appro­fon­dis­sant une réflexion sur la ques­tion à laquelle se heurte toute orga­ni­sa­tion, celle du pou­voir et de son exer­cice.

Car il semble bien que cette pré­oc­cu­pa­tion soit majeure au sein du par­ti nou­vel­le­ment créé. En effet le fonc­tion­ne­ment, en ce moment même, de la “Asam­blea ciu­da­da­na”, non seule­ment per­met mais néces­site l’expression et l’activité des “cir­cu­los”, ces “cercles” de base géo­gra­phiques ou thé­ma­tiques pré­fi­gu­rant ain­si une démo­cra­tie directe et auto­ges­tion­naire sou­cieuse de se pré­ser­ver autant que faire se peut des dérives cor­rup­trices inhé­rentes à tout pou­voir quel qu’en soit le niveau, com­mu­nal, régio­nal, natio­nal, euro­péen…

L’hypothèse liber­taire

Appa­rait alors ici une nou­velle et redou­table ambi­guï­té que je me hasar­de­rais à qua­li­fier de “cas­ti­za” (propre à l’Espagne) et qui me per­met­tra d’en venir au qua­li­fi­ca­tif “liber­taire” que je pro­po­sais en inci­pit.

L’Espagne, en effet est le seul pays (pour des rai­sons que, à mon sens, nul his­to­rien n’a véri­ta­ble­ment éclair­cies) où le mou­ve­ment liber­taire s’est déve­lop­pé dans la pre­mière moi­tié du ving­tième siècle à l’encontre et au détri­ment du com­mu­nisme mar­xiste.

C’est le seul pays où, dès 1868 les idées, idéaux et pra­tiques liber­taires (je n’utilise pas le terme “anar­chiste” tant est grande la confu­sion intro­duite par ce vocable) non seule­ment riva­lisent mais sup­plantent le com­mu­nisme mar­xiste.

L’Espagne est le seul pays où (de 1936 à 1937) le mou­ve­ment liber­taire et sa puis­sante cen­trale syn­di­cale, la CNT, est effec­ti­ve­ment confron­té à l’exercice du pou­voir tant au niveau local et régio­nal (col­lec­ti­vi­sa­tions en Ara­gon, auto­ges­tion de l’industrie cata­lane) qu’au niveau natio­nal avec la par­ti­ci­pa­tion de ministres au gou­ver­ne­ment cen­tral à par­tir de novembre 1936.

Et, curieu­se­ment, alors que le carac­tère liber­taire de la pra­tique des Indi­gnés de la Puer­ta del Sol consti­tue une réfé­rence en actes à l’été liber­taire de 1936, ce carac­tère n’est, à ma connais­sance, à aucun moment men­tion­né par les fon­da­teurs (les Intel­lec­tuels orga­niques ?) de “Pode­mos”.

En revanche, sont convo­quées ou pour le moins évo­quées les figures du com­mu­nisme auto­ri­taire jusqu’à celles de sta­li­niens comme Dolores Ibar­ru­ri (Pasio­na­ra), San­tia­go Car­rillo et jusqu’à Juan Negrín, der­nier Pre­mier ministre de la Répu­blique dont la récente réha­bi­li­ta­tion par le PSOE ne met cer­tai­ne­ment pas un terme aux recherches his­to­riques pré­sentes et à venir quant à son action et à ses rela­tions avec le PCE et l’Union sovié­tique.

Le pou­voir ne se prend jamais…

La ques­tion se pose alors : com­ment pen­ser, inter­pré­ter, cette occul­ta­tion de la longue tra­di­tion liber­taire espa­gnole par des intel­lec­tuels, des pro­fes­seurs de sciences poli­tiques qui, on aime à le croire, n’en ignorent rien ?

Com­ment inter­pré­ter cette occul­ta­tion alors que sur­gissent et se déve­loppent en ce moment même et simul­ta­né­ment à l’activité de la Asam­blea ciu­da­da­na, les ini­tia­tives “Gua­nyem Bar­ce­lo­na” et “Gane­mos Madrid” qui se pro­posent, ni plus ni moins, que d’investir et de gérer ces com­munes lors de pro­chaines élec­tions muni­ci­pales aux­quelles, semble-t-il, Pode­mos ne par­ti­ci­pe­ra pas en tant que par­ti ?

Com­ment ne pas recon­naître dans cette démarche “com­mu­na­liste”, can­to­na­liste, les traces du fédé­ra­lisme prou­dho­nien dont l’influence fut (et demeure donc ?) si impor­tante en Espagne ? A cet égard on peut mesu­rer la dure­té de l’affrontement entre auto­ri­taires et liber­taires lors du mou­ve­ment can­to­na­liste de 1871 en lisant l’assez ignoble pam­phlet de Engels : “Los baku­ni­nis­tas en acción”.

Com­ment com­prendre ce qui semble bien être une occul­ta­tion de cette his­toire ? Ne serait-ce pas une manière d’évacuer l’épineuse ques­tion de la nature et de l’exercice du pou­voir.

Ques­tion que Tomás Ibañez, lui aus­si “cate­drá­ti­co” (prof d’université) comme on dit là-bas et mili­tant anar­chiste assu­mé (car il tient, lui, à ce vocable), creuse livre après livre s’appuyant sur sa propre éru­di­tion, sa propre expé­rience mili­tante et une connais­sance méti­cu­leuse de Fou­cault et que les “com­pañe­ros” de Pode­mos seraient, je crois, bien ins­pi­rés de médi­ter.

Car, en effet, comme dit Tomás Ibañez :

On ne prend jamais le pou­voir, c’est le pou­voir qui nous prend”.

La ques­tion, alors, à laquelle il convien­drait de réflé­chir est la sui­vante :

Com­ment prendre le pou­voir sans être pris par le pou­voir ?

Par Nes­tor Rome­ro ? Media­part


Pour aller plus loin :

Com­ment prendre le pou­voir sans être pris par le pou­voir ?

La Tuer­ka : la télé­vi­sion comme ins­tru­ment poli­tique selon Pablo Igle­sias

La Tuer­ka, une émis­sion de débat poli­tique de PODEMOS

Vidéo : Pablo Igle­sias — Comu­ni­ca­ción polí­ti­ca en tiem­pos de cri­sis

Vidéo : La Tuer­ka — El mun­do de la cultu­ra ¿Ven­di­dos o com­pro­me­ti­dos ?

Vidéo : Maquia­ve­lo frente a la gran pan­tal­la — Pablo Igle­sias

Vidéo : J. Car­los Mone­de­ro — Chá­vez y los inte­lec­tuales