Manifeste de la Permanence Vidéo des Luttes Sociales

Afin d’ouvrir une brèche dans le paysage audiovisuel nous nous avons mis en place un axe informatif et participatif au sein de ZIN TV qui accompagne et stimule les mouvements sociaux...

-1215.jpg

La Per­ma­nence Vidéo des Luttes Sociales — PVLS

Chez ZIN TV une Per­ma­nence Vidéo des Luttes Sociales a été acti­vée depuis quelques années afin d’accueillir les demandes diverses et sans cesse crois­santes du mou­ve­ment social, du monde citoyen et asso­cia­tif.
Ces demandes sous-entendent le besoin d’un trai­te­ment et d’un RELAIS MEDIATIQUE de leurs reven­di­ca­tions et ini­tia­tives. Les médias tra­di­tion­nels ont une fâcheuse ten­dance à les igno­rer et lorsqu’ils les « traitent », sou­vent ils ne les com­prennent pas, sou­vent ils ne les abordent que par le biais des déran­ge­ments qu’ils causent à l’ordre éta­bli. Ain­si, ils les folk­lo­risent et dans cer­tains cas, ils vont jusqu’à les cri­mi­na­li­ser.

Un silence inquié­tant règne pour mieux faire entendre la voix de la pen­sée unique. Durant trop long­temps, les syn­di­cats, les asso­cia­tions citoyennes et les orga­ni­sa­tions popu­laires sont res­tés inau­dibles, invi­sibles. Afin d’ouvrir une brèche dans le pay­sage audio­vi­suel nous nous avons mis en place un axe infor­ma­tif et par­ti­ci­pa­tif au sein de ZIN TV qui accom­pagne et sti­mule les mou­ve­ments sociaux : la Per­ma­nence Vidéo des Luttes Sociales.

Cette per­ma­nence vidéo existe grâce à la PARTICIPATION ACTIVE de per­sonnes
mobi­li­sées à vou­loir infor­mer autre­ment. Pour ceux qui mai­trisent moins l’outil vidéo, nous avons mis en place un espace d’accueil et d’atelier conti­nu pour accom­pa­gner les par­ti­ci­pants dans la réa­li­sa­tion de ces actua­li­tés.

ENSEMBLE, nous construi­sons le JOURNAL DES LUTTES SOCIALES. Ces actua­li­tés sociales font écho à notre CAPACITÉ DE RÉSISTANCE et à notre devoir d’interrogation des poli­tiques menées dans notre démo­cra­tie.

Des mobi­li­sa­tions de l’année 2016, c’est un CRI PLURIEL et mul­ti­forme
qui res­sort avec des mil­liers de voix qui s’interrogent et s’indignent dans tous les sec­teurs : des tra­vailleurs du rail au mou­ve­ment des sans-papiers en pas­sant par les mili­tants envi­ron­ne­men­taux.

Ain­si, si ce jour­nal des luttes sociales existe, c’est pour que ces actua­li­tés
ne s’oublient pas, que ceux qui mani­festent se rap­pellent que leurs cris sont enten­dus, construi­sant ain­si notre MÉMOIRE SOCIALE belge et inter­na­tio­nale.

Les repor­tages pro­duits deviennent ain­si des outils didac­tiques qui accom­pagnent les com­bats menés par les asso­cia­tions qui se les appro­prient
afin de sen­si­bi­li­ser et de mobi­li­ser des nou­veaux publics. Le fes­ti­val du ciné­ma
d’ATTAC à Bruxelles, le Fes­ti­val Huma­ni­ci­té et le Fes­ti­val Espe­ran­zah, lors de leur der­nière édi­tion, ont eu la bonne idée de pro­je­ter avant chaque film, un repor­tage de la Per­ma­nence. Retrou­vant de cette manière cette fonc­tion d’antan qu’avait eu le ciné­ma docu­men­taire, d’INFORMER et de TEMOIGNER avant la séance de pro­jec­tion dans une salle de ciné­ma.

Cette per­ma­nence a pour voca­tion de per­du­rer dans son rôle d’amplificateur, tant bien que la par­ti­ci­pa­tion citoyenne puisse conti­nuer. Une par­ti­ci­pa­tion qui se décline à plu­sieurs niveaux : tant au niveau de la pro­duc­tion des actua­li­tés sociales fil­mées que du relais en termes de dif­fu­sion for­mé par l’ensemble des
spec­ta­teurs. Ain­si CHACUN PEUT CONTRIBUER à FAIRE ENTENDRE CES VOIX.

-1216.jpg

« J’ai tou­jours acco­lé le qua­li­fi­ca­tif d’urgence à mon ciné­ma. Parce que chaque matin, lorsque je me lève, il s’est pas­sé dans le monde envi­ron vingt mil­lions de choses nou­velles. Pen­dant mes huit heures de som­meil des gens sont morts à cause de la famine ou du manque de soins médi­caux, il s’est pas­sé divers actes de vio­lence par­tout sur la pla­nète, des évé­ne­ments ter­ribles se sont dérou­lés.

Alors, lorsque je me lève, mon pre­mier geste est d’allumer la radio et d’ouvrir le jour­nal pour savoir ce qui s’est pas­sé. C’est ain­si qu’à chaque jour je constate que je ne peux res­ter là, tran­quille, face à ce qui se passe. Je dois répondre à ces évé­ne­ments. C’est pour cela que je fais des films : pour enre­gis­trer, pour infor­mer, pour deve­nir une sorte de pro­cu­reur inter­ro­geant les évé­ne­ments qui se sont pro­duits au cours des der­nières heures. »


San­tia­go Alva­rez, cinéaste Cubain

Manifeste de la Permanence Vidéo des Luttes Sociales

1. L’objectivité est un leurre

Toute inter­pré­ta­tion du réel est de la fic­tion.
Dans ce sens, nous rédui­sons le réel à un cadre, à une durée, aux deux dimen­sions de l’écran, mais sans pré­tendre à l’objectivité.
Nous ne cachons pas notre sub­jec­ti­vi­té, nos par­tis pris, nos manques, nos choix.

2. La parole fil­mée

La parole fil­mée est pour nous, un moyen de se mettre en retrait, d’être un pas­seur d’expérience, d’histoires, d’Histoire. Le témoi­gnage tra­verse l’écran avec sa trou­blante puis­sance qui résulte autant de son conte­nu que de la
manière dont elle se livre. La véri­table parole popu­laire s’articule autour de ses propres néces­si­tés, contraintes et condi­tions de vie.

C’est cette parole popu­laire avec laquelle on tra­vaille et qu’on orga­nise dans un dis­cours col­lec­tif de telle manière à qu’elle acquière toute sa puis­sance.

3. Une culture du dia­logue

Nous n’arrivons pas sur le ter­rain avec une thèse à démon­trer, ni avec un mono­logue de jour­na­liste qui dicte au spec­ta­teur ce qu’il faut pen­ser. Notre puis­sance est celle d’écouter et de poser des ques­tions, naïves et simples. Non
pas que nous n’avons pas com­pris, c’est que nous n’en savons pas plus que le spec­ta­teur. Nous met­tons volon­tai­re­ment de côté notre connais­sance car nous ne sommes défi­ni­ti­ve­ment pas les pro­ta­go­nistes de l’information.

4. Une camé­ra inclu­sive

Chez ZIN TV, le cadre de la camé­ra se décadre pour inclure, pour contex­tua­li­ser,
asso­cier ou com­men­ter, il tremble par­fois, il regarde, il com­mente, il huma­nise.

Habi­tuel­le­ment, le cadre de la camé­ra est cen­tré sur le jour­na­liste, sou­mise à son égo. Là où le jour­na­liste clas­sique se met en avant-plan face à la camé­ra et place l’événement qu’il est venu cou­vrir en arrière-plan, nous le dépas­sons et
nous nous plon­geons dans le décor.

5. Des choix rédac­tion­nels liés aux réa­li­tés sociales

L’agenda des mou­ve­ments sociaux est notre agen­da, nous le publions d’ailleurs sur notre site inter­net que nous actua­li­sons quo­ti­dien­ne­ment.

La quan­ti­té d’initiatives citoyennes et d’activités mili­tantes témoigne du four­mille­ment des acteurs du chan­ge­ment et déter­mine notre choix rédac­tion­nel.

6. Un droit de suite

Nos repor­tages tentent d’articuler les faits et non pas de les iso­ler. Nous explo­rons d’autres dimen­sions d’un conflit, d’une lutte. Nous ne nous conten­tons pas de fil­mer un pro­blème, une dénon­cia­tion ou un témoi­gnage. La suite logique est d’aboutir à sa réso­lu­tion et même de reve­nir long­temps après pour pro­po­ser un droit de suite. Dans le sous-texte de ces repor­tages s’élabore un mes­sage fon­da­men­tal en sou­tien de la digni­té et la force des citoyens en lutte, capables de résis­ter aux pires agres­sions, et de réagir.

7. L’intelligence col­lec­tive

Le dis­po­si­tif d’un repor­tage tel que nous le conce­vons se fait dans le par­tage du tra­vail, de l’organisation et des déci­sions. Le film béné­fi­cie de l’intelligence col­lec­tive, de la dis­cus­sion des dif­fé­rents points de vue et de l’analyse de
la réa­li­té avec ses contra­dic­tions. L’heure est à l’anonymat dans la col­lec­ti­vi­té, pour rompre avec la divi­sion tech­nique du tra­vail et avec le culte de l’auteur.

C’est pour cela que les géné­riques de nos repor­tages ne portent que le logo de ZIN TV.

8. Décloi­son­ner les for­mats

Il est ridi­cule de can­ton­ner le mode repor­tage dans un for­mat, un moule nar­ra­tif dans lequel on coule la réa­li­té à chaque reprise. Au contraire, nous sti­mu­lons la recherche for­melle, la poro­si­té des fron­tières et la libé­ra­tion du lan­gage audio­vi­suel.

9. Un rap­port de confiance

Les pro­ta­go­nistes d’une mani­fes­ta­tion s’expriment dans l’espace public, il est donc nor­mal qu’ils s’exposent aux prises de vues. S’ils ne dési­rent pas être fil­més, ils se masquent. Si les concer­nés nous le demandent expli­ci­te­ment,
nous ne les fil­mons pas ou bien nous nous enga­geons à les mas­quer en post-pro­duc­tion.

10. Les citoyens sont d’excellents jour­na­listes en puis­sance

Nous aidons les citoyens à s’exprimer au mieux sur la pro­blé­ma­tique qui les concerne. Nous les outillons afin qu’ils puissent s’améliorer et s’autonomiser. Nous créons et publions des docu­ments péda­go­giques sur notre site afin qu’ils puissent libre­ment en dis­po­ser.

Nous ouvrons éga­le­ment un espace d’éducation per­ma­nente où ils peuvent être accueillis afin de se per­fec­tion­ner.

11. Une démarche qui s’ancre dans une his­toire de filia­tion

L’espace d’élaboration de l’information citoyenne met ses pas dans ceux qui nous ont pré­cé­dé et ont à leur manière hono­ré le jour­na­lisme.

Un pan­théon de réfé­rences com­munes éclairent notre pra­tique jour­na­lis­tique : Rodol­fo Walsh, Nor­bert Zon­go, Mun­tadhar al Zai­di, Edouard Per­rin, John Reed, Glenn Green­wald, Eduar­do Galea­no, mais aus­si des col­lec­tifs comme Indy­mé­dia, le news­reel aux Etats-Unis, les groupes Med­ve­kine en France, de Wereld Mor­gen en Bel­gique, etc.

12. Mémoire des luttes sociales

La pro­blé­ma­tique de nos repor­tages est com­pré­hen­sible par un large public et elle tient compte du spec­ta­teur étran­ger. En effet, le repor­tage peut-être regar­dé dans un autre pays où la pro­blé­ma­tique trai­tée peut ren­con­trer
aus­si un vif inté­rêt. L’approche de nos repor­tages est intem­po­relle, ils docu­mentent le réel et l’aident à tra­ver­ser le temps. Son trai­te­ment
sera donc libre esthé­ti­que­ment. Ain­si nous construi­sons une mémoire des luttes sociales.