En souvenir du Séisme d’Haïti en 2010

Une marche du souvenir se déroule le, 12 janvier 2012 à Port-au-Prince, à l'initiative du Collectif pour la défense du droit au logement des personnes déplacées après le séisme de janvier 2010. Une vidéo de Alterpresse.

Pour Haï­ti

Par Ernest Pépin

Les voiles de la mort sont appa­rues. Pays bri­sé, ense­ve­li sous les décombres d’un cau­che­mar. Et les rues que l’on voit comme des fan­tômes hurlent sous le masque des jours.

Haï­ti ! Haï­ti ! Au visage de cendre, au ciel cou­vert de sang, prie d’une voix som­nam­bule.

Il y a une nièce, une sœur, un père dont l’ab­sence nous hèle. Ils habitent l’in­vi­sible dans un décor de mouches.

Il y a ceux qui dorment debout ou à même les trot­toirs. Leurs yeux cal­ci­nés refusent de se fer­mer.

Il y a ceux qui portent sur leur tête le déses­poir dans une valise.

Il y a celle qui meurt enceinte sous les gra­vats et que l’on tire en vain.

Haï­ti s’a­ge­nouille auprès des immeubles décom­po­sés, des corps tumé­fiés, et toute la ville marche d’un pas de fos­soyeurs.

Désastre qu’on emporte dans des draps de for­tune. Désastre d’en­trailles quand la vie s’é­va­pore dans un regard d’eau morte. La mule du mal­heur court tou­jours comme une femme folle.

Nous sommes, avec vous, hommes de boues sèches et femmes que le silence déchire.

Nous sommes, avec vous, enfants de male­mort quand le pays s’en va, de secousses en secousses, dévo­rer les enfances.

Nous sommes avec vous et nous disons pour vous une parole bien­veillante.

Parole désha­billée où seule règne une larme.

Vous êtes toutes nos guerres et c’est notre sang qu’un cime­tière allume comme un cierge.

Vous êtes l’ombre cou­chée de nos oublis d’an­tan. Les éclats de nos silences d’an­tan.

Des siècles ont crié meur­tris de tant de cris et l’arbre s’est nour­ri du silence des oiseaux.

Mais la terre demeure !

Haï­ti n’est pas mort sous ses pau­pières de nuit.

Haï­ti ne mour­ra pas trop de poètes l’ont créé !

Nous don­nons leur nom à demain, au petit jour des mots, à la griffe de l’es­poir, au petit peuple fai­seur de miracles.

Haï­ti soleil des car­re­fours et qui va son che­min de lumière convul­sée, d’im­pré­vi­sible sur­vie par­mi les cime­tières et la gra­phie des vents.

Haï­ti ne mour­ra pas !

Nous lui ten­dons les mains pleines d’an­cêtres-frères et nous pleu­rons parce qu’il faut pleu­rer, mais nous écri­vons sur tous les murs tom­bés pour que renaisse l’en­fant vieille de trois jours de pri­son :

HAÏTI NE MOURRA PAS !

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