Mali d’or, un film d’Eric Pauporté

FR - 1 h 37 min

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La mine d'or de Morila, au Mali. Un chantier-forum organisé et financé par la coopération belge en juillet 2005. Les mineurs sont en grève. Le film tente d'approcher les questions actuelles de l'exploitation par les grandes sociétés.

2010 — Bel­gique — 94 minutes — Mini DV

Fin de l’an­née 2004, je construi­sais un pavillon en paille et terre avec les enfants du Ras­qui­net (1) quand on m’a pro­po­sé de suivre une soi­rée de pré­sen­ta­tion d’un pro­jet de construc­tion de classes d’é­cole au Mali. La construc­tion devait se faire en ban­ko (2).

Ce n’est pas le pre­mier pro­jet de coopé­ra­tion que je vois pas­ser, je n’adhère pas à la coopé­ra­tion qui joue le rôle de mis­sion du capi­tal, à la suite des mis­sion­naires colo­niaux. Mais peu de temps après, j’ai fais la connais­sance d’un agro­nome et socio­logue malien, Sékou Diar­ra (3), avec qui j’ai sym­pa­thi­sé et qui m’a convain­cu d’al­ler voir, ren­con­trer les gens et rendre compte.
Au bout d’an­nées de réflexions et res­sen­tis, dans une culture de quête huma­niste enra­ci­née et varia­ble­ment heur­té par les agres­sions pré­da­trices des gens au pou­voir et des stra­té­gies men­teuses qui nous entourent, j’ai trou­vé là une place à rem­plir.
Il y avait suf­fi­sam­ment de contra­dic­tions dans les pré­pa­ra­tions à ce “chan­tier-forum” pour être inter­pel­lé et me déci­der à en faire un témoi­gnage et donc, par­tir avec une petite camé­ra. Puis de fil en aiguille, com­prendre ce que ça repré­sente, com­ment m’y prendre, me pré­pa­rer, cher­cher un bud­get, quel­qu’un qui puisse tenir une camé­ra. Un peu de volon­té, un peu de chance, et des gens sym­pa, dans mon entou­rage et voi­là. En der­nière minute, un don qui m’est tom­bé des­sus a per­mis que l’on parte à trois avec une camé­ra et un micro.

Déjà à l’embarquement des agents s’oc­cu­paient à écra­ser un réfu­gié refou­lé sur la der­nière ban­quette, que les pas­sa­gers, petit à petit ont remar­qué, se sont offus­qués, jus­qu’à le faire redes­cendre de l’a­vion.

C’est un “forum-chan­tier” finan­cé par le CNCD (4), coor­don­né par l’opération 11.11.11. C’é­tait, disait on, suite au forum social de Bama­ko (5) que se fai­sait un “chan­tier-forum” pour les jeunes. Pour­quoi cette dis­tinc­tion sinon pour souf­fler aux dits jeunes com­ment pen­ser cette socié­té ? On par­tait dans un pays des plus pauvres sur la pla­nète, dans une région auri­fère, dans un pays sahé­lien, dans une région à la plu­vio­mé­trie abon­dante. On allait construire des classes d’é­cole en ban­ko dans le pan­théon de la construc­tion en terre et il m’au­rais fal­lu expli­quer com­ment on fait !
Pour seule trace de contexte his­to­rique du Mali, on a recu un extrait des écrits de l’ex­plo­ra­teur Mun­go Park. De quoi lais­ser un sen­ti­ment civi­li­sa­teur aux petits jeunes qui allaient bâtir une école pour ces pauvres du tiers-monde : Le pain béni de la cha­ri­té chré­tienne.

Puis, arri­vés dans le vil­lage de San­so, une fête est don­née pour rece­voir les par­ti­ci­pants au “chan­tier-forum” : en plein cli­ché colo­nial. L’o­ra­teur prin­ci­pal à l’i­nau­gu­ra­tion, mr. Korop­chuk, un blanc anglo­phone d’A­frique du Sud ; c’est le direc­teur de la mine d’or voi­sine !

Deux jours plus tard, une mani­fes­ta­tion tra­verse le vil­lage et j’ap­prends que les tra­vailleurs de la mine sont en grève depuis une dizaine de jours. Il me res­tait à ren­con­trer les gens, com­prendre, les entendre et prendre les images. Là, je dois pré­ci­ser ; la chance m’a fait ren­con­trer de nom­breuses per­sonnes de grande richesse humaine.

Chro­no­lo­gi­que­ment : ce fut d’a­bord à San­so, le doyen M. Mari­ko, un vieil his­to­rien qui connaît Cuba d’y être allé à l’é­poque socia­liste de Modi­bo Kei­ta. Il rap­pe­lait Lumum­ba dans les débats, il nous a mon­tré et fait com­prendre le sort des vil­la­geois. Puis l’ins­ti­tu­teur M. Tié­fo­lo Togo­la, qui s’est bat­tu pour trou­ver les finan­ce­ments des écoles auprès de la direc­tion de la mine et montre leur refus inique, c’est lui aus­si qui relate l’his­toire du ven­dre­di noir.

Ça a été l’a­na­lyse poli­tique claire et inci­sive d’Ou­mar Mari­ko, lea­der poli­tique de l’op­po­si­tion (6), la seule réelle, non oppor­tu­niste ni com­pro­mise, seul à orga­ni­ser la dénon­cia­tion des injus­tices avec un réseau de radios locales (7) et à por­ter le com­bat notam­ment des exi­lés et des pay­sans expul­sés. Puis c’est le chi­miste Mous­sa, vieux socia­liste nos­tal­gique sor­ti tout à la fois des salons phi­lo­so­phiques his­to­riques de Ségou, du com­bat pour l’in­dé­pen­dance et des uni­ver­si­tés sovié­tiques, conscient des risques qu’il prend. Puis cette femme ano­nyme qui lance vers la camé­ra la syn­thèse du com­bat que mènent les miniers, les vil­la­geois et leurs épouses et leur raz le bol de l’in­jus­tice assas­sine.

C’est aus­si la femme gré­viste qui a mobi­li­sé les femmes des miniers et du vil­lage. Ce sont les syn­di­ca­listes, tour à tour, Nian­ly qui voit bien les stra­té­gies patro­nales, Karim Guin­do qui rap­pelle la droi­ture ouvrière, Chris­tophe qui mar­tèle la néces­si­té vitale de la soli­da­ri­té, Oumar Tou­ré, sa pug­na­ci­té, sa méfiance et sa conscience de classe épi­der­mique, Ada­ma qui rap­pelle la digni­té qui nous tient debout. Et maître Ama­dou Diar­ra qui depuis son retour d’exil défend toutes les causes d’in­jus­tice sociales. Et j’en laisse et en oublie.

Mais je veux quand même reve­nir sur Sam­ba Tem­bele qui s’est déjà mobi­li­sé contre les exac­tions de la direc­tion de la mine de Sadio­la et le dit bien, avec Ama­dou Koi­ta. Je veux aus­si rap­pe­ler Sékou Diar­ra, sage et savant qui ana­lyse avec clar­té et donne la dimen­sion poli­tique et his­to­rique dans laquelle tout ça se joue.

Ils sont nom­breux et je n’ar­ri­ve­rai pas à citer tous ceux que j’ai ren­con­tré qui se battent dans d’autres sec­teurs comme l’ac­cès aux terres des pay­sans ou la rena­tio­na­li­sa­tion du che­min de fer et des quelques ate­liers de trans­for­ma­tion exis­tants ; poli­tique impé­riale ou l’on tue par liqui­da­tion des reve­nus popu­laires.

Voi­là un peuple qui a lut­té pour son indé­pen­dance dans les années 50- 60 qui a lut­té pour construire son pays dans les années socia­listes de 60 – 70, qui a lut­té pour se débar­ras­ser du dic­ta­teur “sol­dé-fran­çais” en 90 – 91. Qui reprend le com­bat contre les valets de l’empire. C’est d’eux que je veux par­ler.

Ensuite il y a toutes les infor­ma­tions, recou­pe­ments et réflexions qui viennent étayer, débrouiller, cadrer, gui­der la com­pré­hen­sion et le mon­tage. C’est le moment ou un géo­logue vient dépo­ser une infor­ma­tion qui ouvre de nou­velles pistes, un méde­cin, la mémoire d’autres drames, un socio­logue ou une info que donne la mine sur son site inter­net et pas sur place.

Le drame de l’ex­ploi­ta­tion n’en finit pas. Les médias truquent et mentent, sou­vent per­ni­cieu­se­ment. Je vois dans les cir­cuits sociaux des efforts de dénon­cia­tion qui se castrent, s’au­to­cen­surent, s’é­dul­corent à force de pré­ten­due objec­ti­vi­té et de des­cente aux enfers du détail, du cas. Qui ont fait leurs les inter­dits de bien­séance des direc­tives de la pen­sée offi­cielle des “grands médias”. Alors qu’une logique simple et conti­nue d’ex­ploi­tants et d’ex­ploi­tés relie tous les drames que l’on vit mais qui ne cesse de jouer à trom­per, à divi­ser, à tirer le regard ailleurs. Le der­nier film que j’ai vu concer­nant les mines en Afrique com­mence dans l’hé­li­co­ptère du pro­prié­taire et fini dans la voi­ture du gou­ver­neur. On choi­sit son camp là ou l’on place son oreille, sa tête, son coeur et sa camé­ra.

Eric Pau­por­té

Notes (les notes sont de Zin TV)

(1) http://www.rasquinet.org/

(2) Mélange homo­gène d’argile, de sable fin et d’éléments orga­niques.

(3) Pour une com­mu­ni­ca­tion Sud-Sud, un article de Sékou Diar­ra http://www.zintv.org/spip.php?article136

(4) http://www.cncd.be/spip.php?rubrique61

(5) Le pre­mier Forum social mon­dial en Afrique s’est dérou­lé fin jan­vier 2006, sous le thème de l’a­gri­cul­ture, de la dette, de l’im­mi­gra­tion et de l’ac­cès à l’eau.

(6) http://www.sadi.wahost.org/

(7) Réseau des radios libre “Radio Kayi­ra”, la radio des sans voix http://www.kayira.org/

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