Notre santé n’est pas à vendre !

Avril 2018

ZIN TV

Mots-clés

Jour­née euro­péenne d’ac­tion contre la com­mer­cia­li­sa­tion de la san­té, Ras­sem­ble­ment devant le lob­by phar­ma­ceu­tique EFPIA.

Le report des soins

Une part crois­sante de la popu­la­tion euro­péenne est contrainte de repor­ter des soins, voire même d’y renon­cer pure­ment et sim­ple­ment.
On parle de renon­ce­ment-bar­rière quand la per­sonne doit faire face à un envi­ron­ne­ment de contraintes qui ne lui per­met pas d’accéder au soin néces­saire ou dési­ré. Et c’est le cas quand le sys­tème de pro­tec­tion sociale, et d’organisation de l’offre des soins n’est plus acces­sible à tous, notam­ment pour des rai­sons bud­gé­taires.

Les rai­sons finan­cières du renon­ce­ment aux soins sont consti­tuées d’un fais­ceau d’éléments qui se com­binent sou­vent entre eux : le prix du soin, son niveau de rem­bour­se­ment et la part per­son­nelle du patient (reste à charge/out of pocket) qui varient en fonc­tion du type de pro­tec­tion sociale et de la qua­li­té de la cou­ver­ture, le niveau de reve­nus, la dis­po­ni­bi­li­té finan­cière du moment, en par­ti­cu­lier quand l’individu doit avan­cer les frais. Cette der­nière est en lien avec les res­sources (reve­nus, réserves, allo­ca­tions) et les autres dépenses non médi­cales, notam­ment les dépenses incom­pres­sibles. Dans le cas de renon­ce­ment pour rai­sons finan­cières, les indi­vi­dus renoncent le plus sou­vent à des soins pré­cis, avec une fré­quence variable selon leur situa­tion sociale.
Pour les popu­la­tions pré­caires, les renon­ce­ments portent fré­quem­ment sur des soins médi­ca­le­ment néces­saires : diag­nos­tics non faits ou tar­di­ve­ment, mala­dies chro­niques non prises en charge qui peuvent évo­luer vers des com­pli­ca­tions (dia­bète, hyper­ten­sion arté­rielle, mal­for­ma­tion car­diaque, etc.)

La com­plexi­té des sys­tèmes de soins et des rem­bour­se­ments, la mécon­nais­sance des droits sociaux, la res­tric­tion des rem­bour­se­ments des pres­ta­tions et des médi­ca­ments, les sup­plé­ments d’honoraires non annon­cés… sont autant de fac­teurs qui ampli­fient le report des soins.
Les réformes de l’organisation des soins (restruc­tu­ra­tions hos­pi­ta­lières par exemples) ain­si que la raré­fac­tion de l’offre dans des zones rurales dimi­nuent encore l’accessibilité, prin­ci­pa­le­ment pour les popu­la­tions pré­ca­ri­sées qui sont contraintes au report ou renon­ce­ment aux soins.

Source : irdes

Les assurances privées

un sys­tème de soins de san­té acces­sible à ses citoyens, ce droit est de plus en plus mena­cé par, d’un côté, les coupes bud­gé­taires impo­sées par les mesures d’austérité et ins­tau­rées par les États, et de l’autre côté, les inté­rêts du mar­ché des socié­tés d’assurances et les ser­vices de san­té com­mer­ciaux.

Les citoyens se trouvent de plus en plus dans une posi­tion d’inaccessibilité aux soins de san­té due aux bar­rières finan­cières (par exemple, la part non rem­bour­sée qui aug­mente), due aux socié­tés d’assurances pri­vées qui entrent en jeu pour offrir des pro­tec­tions indi­vi­duelles qui ne sont plus prises en charge par l’État. Ceci peut paraître une solu­tion valable pour garan­tir l’accès aux soins et pro­té­ger les indi­vi­dus et familles des dépenses catas­tro­phique pour leurs soins de san­té. Mais nous connais­sons tous l’expérience des États-Unis où les assu­rances pri­vées pra­tiquent des « pla­fonds ». Les patients doivent payer avant d’être éli­gibles pour des rem­bour­se­ments ou même pour des frais qui dépassent le pla­fond.

Par ailleurs, les assu­rances pri­vées créent les inéga­li­tés, tan­dis que les sys­tèmes soli­daires mettent en place des méca­nismes de redis­tri­bu­tion (par exemple, pour les sys­tèmes basés sur la taxa­tion dans laquelle les riches payent plus tan­dis que les ser­vices doivent être plus acces­sible pour les pauvres). Avec les assu­rances pri­vées c’est celui qui paie le plus qui reçoit de meilleurs ser­vices. Ceci est un ren­ver­se­ment com­plet des sys­tèmes basés sur la soli­da­ri­té, et de l’idée que la san­té est un bien com­mun, vers une vision où la san­té est une mar­chan­dise négo­ciable entre des indi­vi­dus et les four­nis­seurs sur un mar­ché com­mer­cial.

Les complexes médico-pharmaceutiques

Le lob­bying phar­ma­ceu­tique déclare dépen­ser annuel­le­ment au moins 40 mil­lions € au niveau euro­péen, soit 15 fois plus que le lob­bying pour la san­té publique de la socié­té civile. Les marges béné­fi­ciaires des groupes phar­ma­ceu­tiques, près de 20%, comptent par­mi les plus éle­vées de toutes les indus­tries.

C’est le mar­ke­ting, autant que le lob­bying, au niveau euro­péen et des états membres de l’Union qui fait que le citoyen achète ses médi­ca­ments à des prix de plus en plus éle­vés. C’est donc aux patients et aux sys­tèmes de san­té natio­naux de payer les prix impo­sés par les mul­ti­na­tio­nales phar­ma­ceu­tiques, une poli­tique sou­te­nue par nos gou­ver­ne­ment !

Com­ment ?
Nos gou­ver­ne­ments ont mis en place un modèle de recherche et de déve­lop­pe­ment qui per­met à une socié­té phar­ma­ceu­tique de fixer les prix grâce au sys­tème de bre­vets, sans être dans l’obligation de tenir compte du coût de déve­lop­pe­ment et de pro­duc­tion réel d’un médi­ca­ment sous bre­vet.
En même temps, les lob­by phar­ma­ceu­tiques cherchent à influen­cer les régle­men­ta­tions euro­péennes sous cou­ver­ture d’une repré­sen­ta­tion de conseillers-experts, avec peu de trans­pa­rence sur les ren­contres et leur impact.
Une ini­tia­tive publique-pri­vé (IMI) a été ini­tiée entre les ins­ti­tu­tions euro­péennes et l’industrie phar­ma­ceu­tique. 2,6 mil­lions € de l’argent des contri­buables euro­péens ont été, en grande par­tie, ver­sés à l’EFPIA (Euro­pean Fede­ra­tion of Phar­ma­ceu­ti­cal Indus­tries and Asso­cia­tions) pour la recherche et le déve­lop­pe­ment des médi­ca­ments. L’EFPIA, qui regroupe les plus grandes mul­ti­na­tio­nales phar­ma­ceu­tiques, est le plus grand groupe de lob­by phar­ma­ceu­tique dans l’Union Euro­péenne.

Pour fixer le prix d’un médi­ca­ment après son déve­lop­pe­ment, des conven­tions ultra secrètes sont conclues entre un État et une socié­té phar­ma­ceu­tique. Ce sys­tème opaque per­met à l’industrie de ne pas réduire le prix public d’un pro­duit dans le pays où la conven­tion est signée, et donc de ne pas mettre en péril des négo­cia­tions de prix dans d’autres pays.

Les citoyens n’ont aucun contrôle, ni aucune infor­ma­tion, sur la qua­li­té et le coût des médi­ca­ments qui leur sont pres­crits. En même temps, par­tout en Europe, on impose des éco­no­mies qui pèsent sur les pro­fes­sion­nels de la san­té et sur les patients pour com­pen­ser les marges tou­jours plus éle­vées lais­sées aux firmes phar­ma­ceu­tiques.

Il est néces­saire de mettre en place une meilleure col­la­bo­ra­tion entre les états membres et les ins­ti­tu­tions euro­péennes pour éva­luer la valeur d’un nou­veau médi­ca­ment, négo­cier les tarifs et accé­der à toutes les infor­ma­tions utiles (coûts qui sous-tendent les prix, infor­ma­tions cli­niques). Il s’agit de mieux déter­mi­ner le carac­tère inno­vant et le besoin socié­tal et thé­ra­peu­tique par rap­port aux alter­na­tives déjà dis­po­nibles sur le mar­ché des médi­ca­ments (médi­ca­ments géné­riques et bio simi­laires par exemple).

L’externalisation ou la sous-traitance

Dans les hôpi­taux, les fonc­tions logis­tiques ou de sou­tien telles que la cui­sine, la sté­ri­li­sa­tion, la blan­chis­se­rie, l’entretien, la main­te­nance tech­nique, l’informatique… sont pro­gres­si­ve­ment sous-trai­tés à des firmes pri­vées.
Les acti­vi­tés tech­niques comme la bio­lo­gie cli­nique ou les ser­vices d’imagerie médi­cale font aus­si l’objet d’une exter­na­li­sa­tion par regrou­pe­ment d’activités.
La rai­son cou­ram­ment évo­quée est de per­mettre des inves­tis­se­ments coû­teux. Mais on constate un glis­se­ment vers le pri­vé com­mer­cial, où l’objet social pre­mier de l’activité « san­té » n’a plus sa place.

Les logiques mar­chandes se déploient lar­ge­ment avec un sou­ci de ren­ta­bi­li­té immé­diate.
On assiste à l’imposition de règles bien déter­mi­nées : com­pri­mer les coûts de per­son­nel au maxi­mum en aug­men­tant notam­ment leur poly­va­lence, réduire les frais liés aux matières pre­mières même si la qua­li­té n’est plus pré­sente.
Le patient est soi-disant mis au coeur des pré­oc­cu­pa­tions, mais les ges­tion­naires se pré­oc­cupent bien peu de la qua­li­té des pres­ta­tions, de la nour­ri­ture, l’environnement.
Les éco­no­mies peuvent aus­si avoir des réper­cus­sions au niveau de la sécu­ri­té et de la san­té des tra­vailleurs.

Plus d’in­fos : Réseau euro­péen contre la pri­va­ti­sa­tion et la com­mer­cia­li­sa­tion de la san­té et de la pro­tec­tion sociale

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