Rassemblement pacifique : Burkini et Caterpillar

Un groupe de citoyennes ont organisé ce vendredi 2 septembre 2016 un rassemblement pacifique à l’occasion de la polémique sur la « burkini »

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Un groupe de citoyennes ont orga­ni­sé ce ven­dre­di 2 sep­tembre 2016 un ras­sem­ble­ment paci­fique à l’occasion de la polé­mique sur la « bur­ki­ni », pour expri­mer publi­que­ment la posi­tion « Je me désha­bille si je le veux ».

L’objectif est d’attirer l’attention de la popu­la­tion sur la dan­ge­ro­si­té d’une situa­tion dans laquelle un groupe par­ti­cu­lier, ici les per­sonnes de confes­sion musul­mane, est régu­liè­re­ment mon­tré du doigt. Elles tiennent à rap­pe­ler les tristes leçons de l’histoire : le 22 août 1933, un décret du régime nazi inter­di­sait aux Juifs l’accès à la plage.

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Dis­cours pro­non­cé par Nadine Rosa-Ros­so

Alors que nous pré­pa­rions notre action contre l’interdiction du bur­ki­ni, nous avons appris la fer­me­ture de l’usine Cater­pillar. 2200 ouvriers et employés vont perdre leur emploi, plus de 5000 familles seront direc­te­ment frap­pées dans la région. Alors à ces mili­tants de gauche qui nous reprochent de faire des « diver­sions » avec nos actions contre l’islamophobie et de ne pas nous occu­per des « vraies luttes » pour l’emploi, je vou­drais dire aujourd’hui : notre cœur et notre esprit sont assez grands pour nous battre à la fois avec les tra­vailleurs de Cater­pillar pri­vés de leur droit au tra­vail et de leur digni­té et en même temps avec ces femmes musul­manes pour­chas­sées sur les plages en France, pri­vées de leur droit aux loi­sirs et de leur digni­té.

À ceux qui nous reprochent de faire le jeu des ter­ro­ristes, je vou­drais rap­pe­ler qu’une des pre­mières femmes tom­bées à Nice sous les roues du camion blanc, était une femme musul­mane por­tant le fou­lard et que sa famille aujourd’hui subit la double peine du deuil et du regard sus­pi­cieux de nom­breux Niçois qui voient en chaque musul­man un ter­ro­riste poten­tiel.

C’est cette socié­té qui licen­cie à tour de bras, qui dis­cri­mine, qui exclut, qui prive les jeunes d’avenir et de pers­pec­tives, qui orga­nise les guerres et vend à Israël des bull­do­zers Cater­pillar pour ter­ro­ri­ser le peuple pales­ti­nien, c’est cette socié­té dite démo­cra­tique et civi­li­sée qui est la véri­table fabrique de ter­reur.
Nous sommes ici parce que nous avons été révol­tés par les images de cette femme se repo­sant sur la plage, brus­que­ment entou­rée de poli­ciers en arme lui ordon­nant de se dévê­tir. Par la pas­si­vi­té des spec­ta­teurs, plus pré­oc­cu­pés de faire bron­zer toutes les par­ties de leur corps que de défendre le droit d’une femme à n’en exhi­ber qu’une par­tie.

Rap­pe­lons qu’un jour­na­liste du temps d’Hitler avait écrit que les Juifs devraient être plus dis­crets. Et on ne peut pas repro­cher aux Juifs de ne pas l’avoir été ; ils ont accep­té beau­coup jusqu’à la solu­tion finale et ceux qui alors ont dit que la chasse aux Juifs était une diver­sion par rap­port à la lutte contre le chô­mage sont en par­tie com­plice de leur exter­mi­na­tion.

On reparle aujourd’hui en France de la peine de mort, de pri­sons à la Guan­ta­na­mo, d’un Patriot Act à l’américaine et l’épisode bur­ki­ni n’est pas une diver­sion mais bien une pré­pa­ra­tion sys­té­ma­tique de la popu­la­tion à accep­ter l’inacceptable.

C’est pour cela que nous sommes ici.

Nous sommes aus­si ici en tant que femmes qui nous sommes bat­tues pour le droit de por­ter ou non des pan­ta­lons, de por­ter ou non la mini­jupe ou le biki­ni, parce que nous en avons assez qu’une socié­té tou­jours aus­si mas­cu­line édicte des lois, des règles morales, des règle­ments d’ordre inté­rieur pour déci­der quelle par­tie de notre corps nous les femmes sommes obli­gés de mon­trer ou de cacher. Notre pudeur nous appar­tient et per­sonne n’en déci­de­ra à notre place, ni l’État, ni la police, ni les auto­ri­tés admi­nis­tra­tives. Quant à nos hommes, nos maris, nos pères, nos frères, la ques­tion de savoir si nous accep­tons ou non leurs ordres, leurs conseils, leurs dési­rs, c’est une affaire pri­vée qui ne regarde que nous.

Femmes et hommes soli­daires, nous nous bat­trons pour le res­pect et la jus­tice, autant pour les familles de Cater­pillar que pour les femmes per­sé­cu­tées de Nice, d’ici et d’ailleurs.

Nadine Rosa-Ros­so

Source : blog l’air du temps

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