Ali Aarrass et « l’efficacité et l’intelligence des services de sécurité marocains » (dixit Joëlle Milquet)

On ne pourra comprendre l'affaire Ali Aarrass en dehors d'un contexte national marocain ni en dehors de la guerre mondiale contre le terrorisme et des relations complexes qui lient le Maroc et l'Europe (et les Etats-Unis).

Le 1er avril 2015, cela fera 7 ans qu’A­li Aar­rass se trouve der­rière les barreaux.
Le 1er avril 2008, Ali a été arrê­té par les auto­ri­tés espa­gnoles dans l’en­clave espa­gnole de Melil­la, ville où il est né. Il y fût arrê­té, suite à un man­dat d’ar­rêt inter­na­tio­nal pour ter­ro­risme, émis par les auto­ri­tés maro­caines, dans le cadre du déman­tè­le­ment de « la cel­lule ter­ro­riste Belliraj ».
Le Maroc obtient aus­si l’ar­res­ta­tion, pour les mêmes motifs, d’un his­pa­no-maro­cain, Moha­med El Bay.

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De l’Espagne à la pri­son de Salé II, le Guan­ta­na­mo du Maroc

Incar­cé­ré d’a­bord à Madrid, puis à Bada­joz et enfin à la pri­son de Bota­fue­gos à Alge­ci­ras, Ali Aar­rass fut immé­dia­te­ment pla­cé en régime spé­cial, réser­vé aux sus­pects ter­ro­ristes en Espagne. Il pas­se­ra ain­si qua­si deux ans en iso­le­ment complet.
Pen­dant son incar­cé­ra­tion en Espagne, Ali sera à deux fois innocenté.
D’a­bord par le juge Bal­ta­zar Gar­zon, qui décide d’un non-lieu. Ensuite par une décla­ra­tion d’Abdelkader Bel­li­raj, qui déclare vou­loir se pré­sen­ter devant un tri­bu­nal pour témoi­gner qu’A­li Aar­rass n’a rien à voir dans son affaire.1
Mais ni Gar­zon, ni Bel­li­raj n’empêcheront l’extradition, fin 2010, d’Ali Aar­rass vers le Maroc.
Pen­dant sa garde-à-vue, Ali sera tor­tu­ré jusqu’à ce qu’il signe un papier en arabe, langue qu’il ne com­prend pas. Le 24 décembre 2010, il est incul­pé par le par­quet de Rabat sous les chefs d’ac­cu­sa­tion de « consti­tu­tion d’une bande cri­mi­nelle pour la pré­pa­ra­tion et la per­pé­tra­tion d’actes ter­ro­ristes dans le cadre d’un pro­jet col­lec­tif visant à por­ter gra­ve­ment atteinte à l’ordre public .»

Le 24 novembre 2011, suite à un pro­cès inique, Ali est condam­né à 15 ans de réclu­sion, peine com­muée en appel à 12 ans. Sou­mis aux mau­vais trai­te­ments sys­té­ma­tiques à la pri­son, sept ans plus tard, Ali se trouve aujourd’hui tou­jours à Salé II, pri­son de haute sécu­ri­té, appe­lé aus­si le « Guan­ta­na­mo du Maroc »2.

Le réseau ter­ro­riste Bel­li­raj, pro­cès monstre contre cin­quante personnes

Ali Aar­rass et Moha­med El Bay furent les pre­miers arrê­tés en Europe dans le cadre d’un dos­sier maro­cain fourre-tout contre un groupe de plus de 50 personnes.
Ce groupe sera appe­lé dans la presse : « le réseau ter­ro­riste de Bel­li­raj » ou encore « la cel­lule ter­ro­riste la plus dan­ge­reuse qu’ait connue l’his­toire du Maroc ».3
En plus des 35 incul­pés arrê­tés au Maroc, les auto­ri­tés maro­caines demandent l’ar­res­ta­tion et l’ex­tra­di­tion de pas moins de 17 per­sonnes dans dif­fé­rents pays d’Europe.
Ain­si, en Bel­gique, le 27 novembre 2008, « douze per­qui­si­tions ont été menées et onze per­sonnes inter­pel­lées dans le cadre d’une enquête pénale ouverte par le par­quet fédé­ral contre X pour par­ti­ci­pa­tion, sur le ter­ri­toire belge, à des acti­vi­tés de la mou­vance ter­ro­riste autour de Bel­li­raj ».4
Que le Maroc avait l’ha­bi­tude de ratis­ser large, on le savait, mais dans l’af­faire Bel­li­raj il se dépasse dans la méga­lo­ma­nie sécuritaire.

Com­ment en est-on arri­vé là ?

CIA_illegal_flights_Morocco.png On ne pour­ra com­prendre l’af­faire Ali Aar­rass ni le dos­sier Bel­li­raj dans lequel il serait impliqué5 en dehors d’un contexte natio­nal maro­cain ni en dehors de la guerre mon­diale contre le ter­ro­risme et des rela­tions com­plexes qui lient le Maroc et l’Eu­rope (et les Etats-Unis) dans la lutte contre « le ter­ro­risme, l’im­mi­gra­tion clan­des­tine et le tra­fic de drogue. »

Ces der­niers 25 ans, des mil­lions de Maro­cains ont mani­fes­té contre la pre­mière guerre d’I­rak en 1991, contre la répres­sion de la deuxième inti­fa­da en 2002 ou contre la nou­velle guerre contre l’I­rak en 2003. A chaque fois le régime maro­cain a choi­si le camp oppo­sé de son peuple : celui des Etats-Unis et de ses alliés. La sou­mis­sion du Maroc à ces der­niers s’est encore ren­for­cée après le déclen­che­ment de la guerre mon­diale contre le ter­ro­risme par George W. Bush après le 11 sep­tembre 2001.

les_six_politiques_du_proce_s_belliraj_.jpgDepuis, le Maroc a col­la­bo­ré aux inter­ven­tions mili­taires occi­den­tales, a ser­vi comme pays de tran­sit pour des sus­pects de ter­ro­risme cap­tu­rés par les Amé­ri­cains, en route pour Guantanamo6, et comme sous-trai­tant de la tor­ture pour des pays occi­den­taux d’un nombre de ses détenus.
L’en­ga­ge­ment du Maroc dans la guerre mon­diale contre le ter­ro­risme a eu des consé­quences qu’on voit appa­raître à tra­vers l’af­faire Belliraj. 

Le Maroc se sert de la lutte anti­ter­ro­riste mon­diale pour éli­mi­ner une oppo­si­tion poli­tique interne.

Toutes les forces poli­tiques encore réti­centes à adop­ter des légis­la­tions anti­ter­ro­ristes sup­plé­men­taires, en majo­ri­té au par­le­ment, ont défi­ni­ti­ve­ment fait volte-face après les atten­tats de Casa­blan­ca en 2003. A par­tir de là, le pro­ces­sus de libé­ra­li­sa­tion poli­tique a été arrê­té et la lutte anti­ter­ro­riste a été uti­li­sé non seule­ment pour arrê­ter des ter­ro­ristes, vrais ou sup­po­sés, mais aus­si pour frap­per et éli­mi­ner une résis­tance légi­time et une oppo­si­tion démo­cra­tique et radicale.
Doré­na­vant, tout est mis dans le seul sac du terrorisme.
A par­tir de ce moment- là, le Maroc va déman­te­ler au moins une « cel­lule ter­ro­riste » par an. Qui fait mieux !?

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Comme le remarque un jour­na­liste dans son article « Maroc : Des cel­lules ter­ro­ristes trop dor­mantes » : « A l’occasion du dixième anni­ver­saire des atten­tats de Casa­blan­ca, le minis­tère de l’Intérieur maro­cain a décla­ré que les ser­vices de sécu­ri­té maro­cains ont réus­si à déman­te­ler pas moins de 113 cel­lules ter­ro­ristes et à arrê­ter 1256 pré­su­més ter­ro­ristes “soup­çon­nés de pré­pa­rer une tren­taine d’actes”. Pour­tant, après Casa­blan­ca 2003, le seul atten­tat enre­gis­tré est celui du café Arga­na, à Mar­ra­kech en 2011 en plein cœur du Prin­temps Arabe. Une opé­ra­tion qui a sou­le­vé beau­coup d’interrogations sur son véri­table auteur. »7

Ce pal­ma­rès anti­ter­ro­riste maro­cain, qui cache la pau­vre­té extrême du peuple et qui couvre la vio­lence, la tor­ture et l’arbitraire depuis plus d’une décen­nie, va pour­tant impres­sion­ner les auto­ri­tés belges, dont Joëlle Mil­quet (CDH), alors vice-pre­mier ministre et ministre de l’intérieur. « Tout le monde connaît l’ef­fi­ca­ci­té des ser­vices de sécu­ri­té maro­cains qui ont réus­si à déman­te­ler plu­sieurs cel­lules ter­ro­ristes ces der­nières années, et c’est pour cette rai­son que le Maroc a été invi­té aux dis­cus­sions que mènent les pays euro­péens sur la ques­tion des com­bat­tants étran­gers en Syrie’ », a décla­ré Mme Mil­quet. La ministre s’est dite inti­me­ment convain­cue que les pays euro­péens peuvent tirer pro­fit de l’ex­pé­rience du Maroc dans le domaine de la lutte anti­ter­ro­riste et notam­ment en ce qui concerne les jeunes qui partent com­battre en Syrie. Parce que, a‑t-elle ajou­té, le Maroc est non seule­ment confron­té au même pro­blème, mais il a su l’a­bor­der avec énor­mé­ment d’ef­fi­ca­ci­té et d’in­tel­li­gence’. »8

Effi­ca­ci­té et intelligence !?

Voyons de plus près, madame Mil­l­quet, « l’efficacité et l’intelligence des ser­vices de sécu­ri­té maro­cains » dans le déman­tè­le­ment de la « cel­lule ter­ro­riste Belliraj. »

D’abord, en juin 2013 Human Rights Watch (HRW) sort un rap­port sous le titre « Tu signes ici, c’est tout : Pro­cès injustes au Maroc fon­dés sur des aveux à la police » (un rap­port de 137 pages sur « six affaires poli­ti­que­ment sen­sibles », dont l’affaire Belliraj)9.
Human Rights Watch affirme que les 84 per­sonnes incul­pées dans ces six affaires ont été condam­nées sur base des aveux « extor­qués sous la tor­ture ou par d’autres méthodes illé­gales » ou sur base de « témoi­gnages, sans que les témoins aient à témoi­gner au tribunal ».
HRW constate que nombre d’inculpés dans l’affaire Bel­li­raj ont été enle­vés et ont dis­pa­ru pen­dant une période qui a été beau­coup plus longue que la période légale de garde à vue pré­vue par la loi, et sans aucun contact avec un avo­cat ou un membre de leur famille. HRW constate que les tri­bu­naux « n’ont pas fait d’effort signi­fi­ca­tif pour véri­fier les plaintes de tor­ture » et ne se basent que sur « les décla­ra­tions à la police qui les incri­minent ». Et ce mal­gré le fait que les accu­sés ont affir­mé que « ces décla­ra­tions leur avaient été extorquées ».

Ensuite, dans les mois qui suivent les arres­ta­tions en Bel­gique dans le cadre du déman­tè­le­ment de la cel­lule ter­ro­riste Bel­li­raj au Maroc, la Cour d’Appel de Bruxelles va se pro­non­cer contre l’extradition des déte­nus, deman­dée par le Maroc, en décla­rant qu’il s’agit clai­re­ment d’une demande d’extradition pour des “rai­sons politiques ».
La Sûre­té de l’État belge ajoute : « Par­mi les déte­nus, aucun ne sera fina­le­ment extra­dé, les élé­ments com­mu­ni­qués par les auto­ri­tés maro­caines n’ayant pas été jugés per­ti­nents. »10

Enfin, à la tête de « la cel­lule ter­ro­riste Bel­li­raj », se trou­ve­raient un membre du Par­ti Socia­liste Uni­fié, un diri­geant du Par­ti de la Jus­tice et du Déve­lop­pe­ment, un cor­res­pon­dant d’Al Manar TV, un diri­geant du Par­ti de la Nation et deux diri­geants du par­ti Al Badil Al Hadari.
Ces six per­sonnes sont dési­gnées comme les res­pon­sables poli­tiques et têtes pen­santes du « com­plot ter­ro­riste Belliraj ».
A l’is­sue de leur pro­cès, les six éco­pe­ront jus­qu’à 25 ans de pri­son ferme. Com­prenne qui pour­ra, les che­mins de la jus­tice maro­caine étant impé­né­trables, ces six dan­ge­reux ter­ro­ristes seront tous gra­ciés par le Roi le 14 avril 2011, soit deux ans après leur condam­na­tion. Mais tous les autres condam­nés, dont Ali Aar­rass, qui ne seraient pour­tant que des exé­cu­tants, res­tent en prison.

Le Maroc et la lutte anti­ter­ro­riste à usage externe.

Jus­qu’au milieu des années 2000, tout en consi­dé­rant le Royaume du Maroc comme un pays stable et modèle contre l’is­la­misme radi­cal, les pays euro­péens pointent du doigt le Maroc qui ne ferait pas assez pour arrê­ter l’im­mi­gra­tion clan­des­tine vers l’Europe et qui ser­vi­rait de base ter­ro­riste, mena­çant l’Europe. 

Ain­si, le 15 juillet 2004, le juge Bal­ta­zar Gar­zon, le même juge qui va inno­cen­ter Ali Aar­rass, crée un petit trem­ble­ment de terre en décla­rant devant une com­mis­sion par­le­men­taire espa­gnole que le Maroc comp­te­rait « quelque 100 cel­lules ter­ro­ristes liées à Al-Qaï­da et sus­cep­tibles de mener des atten­tats-sui­cide, consti­tuant ain­si la pire menace ter­ro­riste pour l’Eu­rope.. ce qui fait envi­ron 900 ou mille per­sonnes qui pour­raient être recher­chées par la police.. à mon avis, c’est le plus grave pro­blème auquel l’Eu­rope doit faire face aujourd’­hui avec cette sorte de ter­ro­risme. »11

A ces accu­sa­tions fan­tai­sistes et à la fois humi­liantes pour le Maroc, celui-ci va y répondre en ren­for­çant sa col­la­bo­ra­tion avec l’Eu­rope et en prou­vant qu’il n’a pas de leçons à rece­voir de l’Europe.

En échange d’un sta­tut poli­tique et éco­no­mique pri­vi­lé­gié de la part de l’Europe, le Maroc conclut des accords, invente des plans, orga­nise des forums avec l’Europe à un rythme infer­nal. De la col­la­bo­ra­tion anti­ter­ro­riste avec la Bel­gique, au ren­for­ce­ment de la répres­sion contre l’immigration clan­des­tine à Melil­la, à la par­ti­ci­pa­tion à Fron­tex, au pro­gramme de sur­veillance mari­time Sea­horse Atlan­tique, à l’Opération « Hibou », ren­for­cée et élar­gie à tra­vers le Plan TELOS, à la créa­tion à Rabat en 2013 du « G4 anti­ter­ro­riste » (avec la France, l’Es­pagne et le Por­tu­gal), jus­qu’à l’a­dop­tion en 2014 d’un nou­veau plan anti­ter­ro­riste Hadar… le Maroc se construit la répu­ta­tion de seul rem­part capable d’ar­rê­ter l’im­mi­gra­tion clan­des­tine vers l’Eu­rope et se hisse au pre­mier rang de la classe anti­ter­ro­riste mondiale.

Refu­sant le label d’exé­cu­tant, le Maroc reven­dique et affirme son rôle unique et invite l’Eu­rope (et le monde entier!) à suivre son exemple au niveau de la lutte antiterroriste.
Voi­ci ce qu’é­crit un jour­na­liste du régime le 26 octobre 2014 : « le Royaume du Maroc reste l’un des pays les plus stable et les plus sûrs de la région et de l’Eu­rope occi­den­tale… Un modèle maro­cain de lutte anti-ter­ro­riste qui fait réfé­rence dans le monde entier et que de nom­breux pays, notam­ment afri­cains et euro­péens, tentent de s’en ins­pi­rer, en sol­li­ci­tant le concours du Maroc pour faire béné­fi­cier leurs Imams d’une for­ma­tion… Le Royaume du Maroc ne laisse pas de place aux lou­pés sécu­ri­taires, comme l’ont fait très récem­ment cer­tains pays euro­péens… Qui peut donc encore se per­mettre d’ac­cu­ser indû­ment et avec désin­vol­ture Maroc d’être un pays peu sûr ? L’u­nique réponse à faire est : les mesures de vigi­lance appli­quées au Maroc sont recon­nues à l’in­ter­na­tio­nal et de nom­breux pays euro­péens et afri­cains ne tarissent pas d’é­loges sur le savoir-faire des ser­vices maro­cains de sécu­ri­té au point de sol­li­ci­ter leur exper­tise en ce domaine sen­sible… »12
En 2014, le Maroc, la France et 9 autres pays magh­ré­bins et afri­cains lancent une E‑revue ‘La Lettre de Nouak­chott’, sur le « ter­ro­risme et le crime orga­ni­sé en Afrique. »
En 2015, le Maroc, dans le cadre du «‘Glo­bal Com­mu­ni­ty Enga­ge­ment and Resi­lience Fund – GCERF’ », pro­jet, qu’il cofi­nance, « se porte volon­taire pour un pro­jet mon­dial pilote, de lutte contre les racines du ter­ro­risme, qui devra ser­vir de modèle pour les pays en lutte contre ce dan­ge­reux phénomène.»13

Que les ser­vices secrets maro­cains sont plus per­for­mants que ceux des pays euro­péens, le Maroc a vou­lu en faire la preuve dans l’af­faire Bel­li­raj en 2008.
Non seule­ment l’ac­cu­sé prin­ci­pal est Belge ain­si que plu­sieurs autres incul­pés, mais le Maroc demande en plus à la Bel­gique l’arrestation et l’ex­tra­di­tion de 12 per­sonnes. Ce qu’il n’ob­tien­dra pas, à part pour Ben Rabeh Ben Yet­tou, un sans-papiers algé­rien et sans avo­cat. Ce qu’il n’obtiendra pas non plus de l’Espagne qui refuse d’extrader Moha­med El Bay, qui est citoyen espa­gnol de double natio­na­li­té, mais qui, comme la Bel­gique, leur offre un sans papier local : le Belge Ali Aar­rass. Aus­si bien Ben Rabeh Ben Yet­tou qu’A­li Aar­rass, les deux seules per­sonnes dont les auto­ri­tés maro­caines ont obte­nu l’ex­tra­di­tion, seront sau­va­ge­ment torturés.
La jus­tice maro­caine ira plus loin et dépas­se­ra toutes les limites du bon sens en col­lant 6 meurtres jamais élu­ci­dés en Bel­gique sur le dos du prin­ci­pal incul­pé du pro­cès Belliraj.
Ce qui ne manque pas de lais­ser per­plexes les ser­vices secrets, le monde poli­cier et judi­ciaire en Belgique.
En avril 2015, sept ans après son arres­ta­tion, la jus­tice belge se pro­non­ce­ra enfin sur cette accu­sa­tion après plu­sieurs années d’en­quête minu­tieuse. Le pro­cu­reur belge demande un non-lieu ! Ce qui rédui­rait défi­ni­ti­ve­ment en cendres l’af­faire Belliraj…

Human Rights Watch : libé­rer tous les déte­nus encore empri­son­nés dans le dos­sier Belliraj.

Beau­coup a été dit et écrit, et sur­tout insi­nué et sup­po­sé, autour de l’affaire Bel­li­raj. La seule réponse rai­son­nable à cette affaire est la posi­tion for­mu­lée par Human Rights Watch dans son rap­port men­tion­né plus haut :
« En ce qui concerne l’affaire de Gdeim Izik, dans laquelle 21 des 25 accu­sés sont en pri­son, et l’affaire Bel­li­raj, où 17 des 35 accu­sés sont en pri­son, les auto­ri­tés maro­caines devraient libé­rer les accu­sés encore empri­son­nés ou bien leur accor­der un nou­veau pro­cès qui soit équitable…
Si les affaires sont reju­gées, la pré­somp­tion devra être que tous les accu­sés seront libres jusqu’à leur pro­cès… Quand les accu­sés seront reju­gés, le tri­bu­nal devra étu­dier leurs allé­ga­tions de tor­ture et garan­tir, confor­mé­ment au droit inter­na­tio­nal et maro­cain, qu’aucune décla­ra­tion obte­nue par la vio­lence ou sous la contrainte ne soit admise comme preuve.
Le tri­bu­nal devrait mener ces enquêtes même si les traces phy­siques de tor­ture se sont déjà pro­ba­ble­ment effa­cées. Ces inves­ti­ga­tions devraient res­pec­ter les cri­tères inter­na­tio­naux d’enquête sur les plaintes indi­vi­duelles de tor­ture, notam­ment ceux du Manuel pour enquê­ter effi­ca­ce­ment sur la tor­ture et autres peines ou trai­te­ments cruels, inhu­mains ou dégra­dants (« pro­to­cole d’Istanbul ») »14..

(Cet article est la deuxième par­tie de « 7 ans déjà ! Ali Aar­rass et la Bel­gique, une plaie tou­jours ouverte »)
Luk Ver­vaet 31 mars 2015
Révi­sion des textes : Annie Goossens 

Notes

1http://liberezbelliraj.blogspot.be/2012/06/temoignage-de-abdelkader-belliraj.html

2 http://www.demainonline.com/2011/11/05/les-barbus-denoncent-la-torture-a-guantanamo-maroc/

3http://tlaxcala.es/pp.asp?reference=9463&lg=fr Rap­port d’observation du pro­cès des « Six déte­nus poli­tiques » au Maroc (« Affaire Belliraj »)

4Rapport de la sûre­té de l’Etat belge de l’année 2008

5http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/2013/10/le-proces-belliraj-en-belgique-appel-la.html

6Voir l’ar­ticle tout récent paru dans le jour­nal bri­tan­nique du Dai­ly Mail sur l’u­ti­li­sa­tion du Maroc par un jet trans­por­tant des déte­nus vers Guan­ta­na­mo : http://www.dailymail.co.uk/news/article-1321244/CIA-paid-Liverpool-buyout-tycoons-millions – use-jet-torture-flights.html Voir aus­si le témoi­gnage de Binyam Moha­med : http://www.legrandsoir.info/Mohamed-Binyam-detenu-a-Guantanamo-torture-au-Maroc.html

7http://diasporasaharaui.blogspot.be/2013/12/maroc-des-cellules-terroristes-trop.html

8http://www.maghress.com/fr/lopinion/38876

9http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/morocco0613frsumandrecs.pdf (résu­mé en français)

10Rapport de la sûre­té de l’état belge de l’année 2008

11 http://www.yabiladi.com/forum/maroc-pire-menace-terroriste-pour‑2 – 148579.html

12http://www.alwihdainfo.com/Le-plan-Hadar-renvoi-les-delateurs-du-Maroc-en-matiere-securitaire-a-leurs-cheres-etudes_a13275.html

13Larbi Amine — publié le Same­di 17 Jan­vier 2015

14page 10 du résu­mé du rap­port en français