Devons-nous vraiment adorer Vaclav Havel ?

V. Havel en 1995: "La « révolution » contre le communisme ne serait pas achevée tant que tout ne serait pas privatisé."

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Par Michael PARENTI, Pro­fes­seur amé­ri­cain de sciences poli­tiques.

Il n’est guère de figure par­mi les res­tau­ra­teurs capi­ta­listes à l’Est qui n’ait été plus adu­lée par­mi les poli­ti­ciens, les experts média­tiques et les uni­ver­si­taires amé­ri­cains que Vaclav Havel, dra­ma­turge deve­nu le pre­mier pré­sident de la Tché­co­slo­va­quie post-com­mu­niste puis le pré­sident de la

Tous les gens de gauche qui admirent Havel semblent ne pas vou­loir voir cer­taines choses à pro­pos de lui : son obs­cu­ran­tisme reli­gieux réac­tion­naire, sa répres­sion anti-démo­cra­tique de ses oppo­sants de gauche et son pro­fond dévoue­ment à un sys­tème capi­ta­liste débri­dé, creu­sant les inéga­li­tés éco­no­miques.

Éle­vé avec gou­ver­nantes et chauf­feurs au sein d’une famille richis­sime et farou­che­ment anti-com­mu­niste, Havel dénon­çait dans la démo­cra­tie « le culte de l’objectivité et de la moyenne sta­tis­tique » et cette idée que l’on puisse réa­li­ser des efforts sociaux ration­nels et col­lec­tifs pour résoudre la crise envi­ron­ne­men­tale. Il a lan­cé des appels à l’émergence d’une nou­velle race de diri­geants poli­tiques qui s’appuieraient moins sur « une pen­sée ration­nelle, cog­ni­tive », démon­tre­raient « de l’humilité face à l’ordre mys­té­rieux de l’Être » et « croi­raient en leur propre sub­jec­ti­vi­té comme prin­ci­pal lien les unis­sant à la sub­jec­ti­vi­té du monde ».

Appa­rem­ment, cette nou­velle race de lea­ders serait une sorte de pen­seur supé­rieur éli­tiste, pas si dif­fé­rent du phi­lo­sophe de Pla­ton, doté d’un « sens de la res­pon­sa­bi­li­té trans­cen­dan­tale » et d’une « sagesse arché­ty­pale ». Havel n’a jamais expli­qué com­ment cette sagesse trans­cen­dan­tale arché­ty­pale se trans­for­me­rait en déci­sions poli­tiques concrètes, au pro­fit de qui et aux dépens de qui.

Havel a deman­dé un effort natio­nal afin de sau­ver la famille Chré­tienne dans la nation Chré­tienne tchèque. Se pré­sen­tant comme un homme de paix, et tout en pré­ten­dant qu’il ne ven­drait jamais d’armes à des régimes oppres­sifs, il a ven­du des armes à la Phi­lip­pines et au régime fas­ciste en Thai­lande. En juin 1994, le Géné­ral Pino­chet, qui a assas­si­né la démo­cra­tie Chi­lienne, a été signa­lé en train d’acheter des armes en plein cœur de la Répu­blique tchèque – sans qu’Havel ne nie les faits.

Havel s’est ral­lié sans la moindre réserve à la guerre du Golfe de George Bush, une entre­prise qui a tué plus de 100 000 civils Ira­kiens. En 1991, aux côtés de plu­sieurs autres lea­ders pro-capi­ta­listes est-euro­péens, Havel a voté avec les États-Unis pour condam­ner les vio­la­tions des droits de l’homme à Cuba. Mais il n’a jamais dit un seul mot pour condam­ner les vio­la­tions des droits de l’homme au Sal­va­dor, en Colom­bie, en Indo­né­sie ou dans quelque autre État client amé­ri­cain que ce soit.

En 1992, en tant que pré­sident de la Tché­co­slo­va­quie, Havel, le grand démo­crate, a deman­dé à ce que le par­le­ment soit sus­pen­du et qu’on lui per­mette de gou­ver­ner par décret, pour mieux faire pas­ser ses « réformes » libé­rales. Cette même année, il a rati­fié une loi qui a fait de la défense du com­mu­nisme un acte de tra­hi­son pas­sible d’une peine de huit années d’emprisonnement. Il pré­ten­dait alors que c’était la Consti­tu­tion tchèque qui ren­dait sa rati­fi­ca­tion néces­saire. En fait, comme il le savait bien, cette loi vio­lait la Charte des droits de l’Homme, incluse dans la consti­tu­tion Tchèque. En 1995, il a sou­te­nu et rati­fié une autre loi démo­cra­tique pri­vant les com­mu­nistes et anciens com­mu­nistes de tout accès à l’administration publique.

La pro­pa­ga­tion de l’anti-communisme est res­tée une prio­ri­té abso­lue pour Havel. Il a mené une « cam­pagne inter­na­tio­nale effré­née » pour main­te­nir en vie deux sta­tions de radio de guerre froide, finan­cées par les Etats-unis, Radio Free Euro­peet Radio Liber­ty, afin qu’elles puissent conti­nuer à satu­rer les ondes est-euro­péennes avec leur pro­pa­gande anti-com­mu­niste.

Sous le gou­ver­ne­ment Havel, une loi a été adop­tée cri­mi­na­li­sant la dif­fu­sion de la haine natio­nale, reli­gieuse et de CLASSE. En effet, les cri­tiques des grands inté­rêts finan­ciers étaient désor­mais illé­gales, assi­mi­lées de façon injus­ti­fiable avec la bigo­te­rie reli­gieuse ou eth­nique. Le gou­ver­ne­ment d’Havel a mis en garde les syn­di­cats contre toute impli­ca­tion en poli­tique. Cer­tains syn­di­cats mili­tants ont vu leurs biens confis­quées et remis à des syn­di­cats plus conci­liants.

En 1995, Havel annon­çait que la « révo­lu­tion » contre le com­mu­nisme ne serait pas ache­vée tant que tout ne serait pas pri­va­ti­sé. Le gou­ver­ne­ment d’Havel a liqui­dé les biens de l’Union de la jeu­nesse socia­liste – ce qui com­pre­nait des camps de vacances, des salles de jeux, des équi­pe­ments cultu­rels et scien­ti­fiques – pla­çant les biens sous la direc­tion de cinq socié­tés pri­vées, au dépens de jeunes que l’on lais­sait désor­mais traî­ner dans les rues.

Sous des pro­grammes Tchèques de pri­va­ti­sa­tion et de « res­ti­tu­tion de biens », entre­prises, com­merces, bâti­ments, loge­ments et une bonne par­tie de la terre publique ont été bra­dés à des capi­ta­listes tchèques ou étran­gers. Dans les répu­bliques Tchèques et Slo­vaques, on a redon­né à d’anciens aris­to­crates ou à leurs héri­tiers toutes les terres que leurs familles pos­sé­daient avant 1918, sous l’Empire aus­tro-hon­grois, dépos­sé­dant les anciens occu­pants et les plon­geant pour nombre d’entre eux dans la misère. Havel a lui-même repris pos­ses­sion à titre per­son­nel de biens publics qui avaient appar­te­nu à sa famille qua­rante années aupa­ra­vant. Tout en se pré­sen­tant comme un homme dévoué à faire le bien des autres, il s’est en fait pas mal débrouillé pour lui-même. Voi­là pour­quoi nous n’éprouvons pas les plus doux sen­ti­ments qui soient pour Vaclav Havel.

Michael Paren­ti

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Source : blog de Michael Paren­ti

Tra­duc­tion AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Source FR : LGS