Y’a Bon Awards : nous votons Fourest !

Manifeste pour le droit à l’humour, à l’irrévérence et à l’antiracisme

Ini­tié par une quin­zaine d’écrivains, artistes, uni­ver­si­taires, notam­ment le rap­peur Akhe­na­ton, la cinéaste Claire Denis, la socio­logue Chris­tine Del­phy, l’historienne Joan Scott et le phi­lo­sophe Achille Mbembe, et déjà signé par une tren­taine de cher­cheurs et d’activistes anti­ra­cistes, cet appel a été publié ini­tia­le­ment sur Nouvelobs.com. Il consti­tue une réponse tout à fait bien­ve­nue à la cam­pagne de dif­fa­ma­tion et de menaces judi­ciaires qu’a lan­cée l’étoile mon­tante de l’éditocratie fran­çaise, Caro­line Fou­rest, suite à son triomphe aux Yabon Awards 2012. La jour­na­liste trou­ve­ra donc, en bas de ce texte, la signa­ture de 45 nou­velles vic­times poten­tielles : 45 per­son­na­li­tés qui lui décernent un Yabon Award, et concluent : si c’est un délit, il fau­dra nous pour­suivre aus­si. Ce texte est ouvert à toutes les signa­tures, ici.

foufourest.png

Depuis 2007, l’association Les Indi­vi­sibles lutte, par le biais de l’humour, contre les pré­ju­gés racistes. Entre autres actions, elle orga­nise chaque année une céré­mo­nie paro­diant les Oscars ou les Césars pour décer­ner des “Y’a Bon Awards” aux per­son­na­li­tés poli­tiques ou média­tiques qui ont, par leurs pro­pos, contri­bué à dif­fu­ser, bana­li­ser et/ou légi­ti­mer des pré­ju­gés. Or, pour la pre­mière fois depuis quatre années d’existence des Y’a Bon Awards, une lau­réate tente de dis­qua­li­fier et d’intimider par voie judi­ciaire une ini­tia­tive qui s’est impo­sée, au fil des années, comme bien­ve­nue et même salu­taire.

Il s’agit de la jour­na­liste et essayiste Caro­line Fou­rest, à laquelle Les Indi­vi­sibles ont décer­né une peau de banane dorée dans la caté­go­rie “les Experts Chro­ni­kers” pour avoir dénon­cé des “asso­cia­tions qui demandent des gym­nases pour orga­ni­ser des tour­nois de bas­ket réser­vés aux femmes, voi­lées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas”.

Dans un article d’une sin­gu­lière vio­lence, paru notam­ment sur le Huf­fing­ton Post, celle-ci ne se contente pas de trai­ter la jour­na­liste Rokhaya Dial­lo, co-fon­da­trice des Indi­vi­sibles, en enne­mie de la laï­ci­té et en alliée des isla­mistes, l’accusant d’intelligence avec le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, en même temps que de se faire l’avocate du “ter­ro­risme contre la presse”. Caro­line Fou­rest va encore plus loin : elle qua­li­fie les Indi­vi­sibles et leurs jurés de “salauds” et les soup­çonne de s’apprêter à “payer le ticket de bus” à ceux qui rêvent de l’“emmener en forêt” pour la “bâillon­ner” ou la “lapi­der”.

Mais voi­ci le plus grave : non contente d’injurier et de dif­fa­mer, Caro­line Fou­rest annonce qu’elle attaque en jus­tice Les Indi­vi­sibles pour… injure et dif­fa­ma­tion !

La plainte annon­cée vise aus­si l’ensemble du Jury 2012 des Y’a bon Awards pré­si­dé par Gilles Sokoud­jou, le pré­sident de l’association : les comé­diens Jalil Les­pert et Aïs­sa Maï­ga, les rap­peurs Moko­bé et Yous­sou­pha, les écri­vains Fai­za Guène et Alain Maban­ckou, les socio­logues Jean Bau­bé­rot et Naci­ra Gué­nif, l’historien Oli­vier Le Cour Grand­mai­son, la civi­li­sa­tion­niste Mabou­la Sou­ba­ho­ro, les jour­na­listes Flo­rence Aube­nas, Abdel­krim Bra­nine, Sébas­tien Fon­te­nelle et Fré­dé­ric Mar­tel.

Face à ce pré­cé­dent dan­ge­reux pour la liber­té d’expression et le com­bat anti­ra­ciste, nous tenons à affir­mer :

- Qu’il est sin­gu­liè­re­ment contra­dic­toire que Caro­line Fou­rest, qui a vigou­reu­se­ment sou­te­nu la liber­té d’expression au nom de l’humour lors de la dif­fu­sion des cari­ca­tures du pro­phète Maho­met par Char­lie Heb­do, ne recon­naisse pas ce droit lorsqu’il est exer­cé par Les Indi­vi­sibles (et le fait qu’elle ins­tru­men­ta­lise l’actualité, en s’indignant qu’on lui attri­bue ce prix “alors que la France pleu­rait les morts du tueur de Tou­louse”, ne semble-t-il pas don­ner rai­son, a pos­te­rio­ri, aux jurés ?) ;

- Que le délit de lèse-jour­na­liste n’existe pas davan­tage que le délit de lèse-majes­té ou le délit de blas­phème, et que la liber­té d’expression implique donc aus­si la liber­té d’exprimer des griefs à l’encontre de Caro­line Fou­rest ;

- Que Caro­line Fou­rest, chro­ni­queuse au Monde et à Radio France, invi­tée régu­lière de la plu­part des grands médias, béné­fi­cie d’une sur­face média­tique consi­dé­rable qui lui offre toute lati­tude pour user de sa propre liber­té d’expression en contre-argu­men­tant, au lieu d’étouffer celle des Indi­vi­sibles et de leurs jurés au moyen d’une pro­cé­dure judi­ciaire éprou­vante et coû­teuse ;

- Que le point de vue, pour­tant lar­ge­ment pré­sent par­mi les mili­tants anti­ra­cistes et les uni­ver­si­taires, selon lequel, au nom de la laï­ci­té, Caro­line Fou­rest contri­bue depuis des années à don­ner un visage res­pec­table à des sté­réo­types anxio­gènes sur l’islam et les musul­mans, n’a qua­si­ment jamais droit de cité dans ces grands médias qui lui offrent régu­liè­re­ment une tri­bune ;

- Qu’il est dans ces condi­tions par­ti­cu­liè­re­ment cho­quant de contes­ter à des artistes, des intel­lec­tuels et des mili­tants anti­ra­cistes cette liber­té d’expression mini­male : le droit d’épingler cette jour­na­liste, le temps d’une céré­mo­nie humo­ris­tique.

C’est pour­quoi nous sous­si­gnés tenons à mani­fes­ter notre soli­da­ri­té avec Les Indi­vi­sibles et avec les jurés des Y’a Bon Awards 2012. Si Caro­line Fou­rest s’octroie le droit de taxer les Indi­vi­sibles de racisme (“Quand l’antiracisme devient racisme”, écrit-elle de façon par­fai­te­ment aber­rante), pour­quoi les Indi­vi­sibles n’auraient-ils pas celui de lui décer­ner une peau de banane dorée par­fai­te­ment méri­tée ?

Nous expri­mons donc notre soli­da­ri­té avec Les Indi­vi­sibles en décer­nant, nous aus­si, un Y’a Bon Award à Caro­line Fou­rest. Et si c’est un délit, il fau­dra nous pour­suivre avec les jurés.

Pour signer ce texte, cli­quer ici.


Pre­miers signa­taires :

Akhe­na­ton, artiste

Kader Aoun, pro­duc­teur

Alain Bros­sat, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie émé­rite, Uni­ver­si­té Paris 8

Chris­tine Del­phy, cher­cheuse au CNRS

Claire Denis, cinéaste

Nico­las Fargues, écri­vain

Eric Fas­sin, socio­logue, Paris 8

Fran­çois Gèze, édi­teur

Achille Mbembe, pro­fes­seur de science poli­tique à l’université du Wit­wa­ters­rand, Johan­nes­burg

Léo­no­ra Mia­no, écri­vaine

Océa­ne­ro­se­ma­rie, “la les­bienne invi­sible”, humo­riste

Joan W. Scott, his­to­rienne, Ins­ti­tute for advan­ced Stu­dy, New York

Todd She­pard, Asso­ciate Pro­fes­sor of His­to­ry, Johns Hop­kins Uni­ver­si­ty, Bal­ti­more

Ann Lau­ra Sto­ler, pro­fes­sor of anthro­po­lo­gy and his­to­ry, The New School for Social Research

Meh­di Thier­ry

Zeb­da, artistes

Ain­si que :

Pierre Teva­nian, phi­lo­sophe, co-ani­ma­teur du col­lec­tif Les mots sont impor­tants

Syl­vie Tis­sot, socio­logue, mili­tante fémi­niste, co-ani­ma­trice du col­lec­tif Les mots sont impor­tants

Hou­ria Bou­teld­ja, porte-parole du PIR

Tho­mas Del­tombe, essayiste

Kari­ma Del­li, dépu­tée euro­péenne EELV

Fay­sal Riad, pro­fes­seur

Fran­çois Bur­gat, poli­to­logue

Cathe­rine Sama­ry, uni­ver­si­taire

Fran­çois Cus­set, uni­ver­si­taire, Paris 9

Louis-Georges Tin, maître de confé­rences, Uni­ver­si­té d’Orléans

Said Boua­ma­ma, socio­logue

Eyal Sivan, cinéaste — Uni­ver­si­ty of East-Lon­don

Hen­ri Braun, avo­cat

Maha­ma­dou Lamine Sagna, socio­logue (Uni­ver­si­té de Prin­ce­ton)

Jim Cohen, uni­ver­si­taire

Monique Cri­non, phi­lo­sophe

Ali­ma Bou­mé­diene-Thie­ry, juriste et ex par­le­men­taire

Vincent Geis­ser, pré­sident du Centre d’information et d’étude sur les migra­tions inter­na­tio­nales (CIEMI).

Véro­nique Rief­fel auteure et com­mis­saire d’exposition

Sté­phane Lavi­gnotte, pas­teur

Pas­cal Boni­face, geo­po­li­to­logue, Paris 8

Patrick Sin­gaï­ny, intel­lec­tuel réunion­nais

Alma­my Kanou­té, tête de liste Emer­gence

Joëlle Marel­li, phi­lo­sophe

Raphaël Lio­gier, direc­teur de l’observatoire du reli­gieux

Pierre Sal­ly, his­to­rien

Rada Ive­ko­vić, phi­lo­sophe

Source : les mots sont impor­tants