Libye. Les frappes touchent des civils

Les insurgés ont nommé un premier ministre néolibéral.

Libye. Les frappes touchent des civils

Source : http://www.humanite.fr/25_03_2011-libye-les-frappes-touchent-des-civils-468691

Notre envoyé spé­cial (L’Hu­ma­ni­té) a été le témoin à Ben­gha­zi de « dégâts col­la­té­raux » à la suite de bom­bar­de­ments de la coa­li­tion. Les insur­gés ont nom­mé un pre­mier ministre néo­li­bé­ral.

Ben­gha­zi (Libye), envoyé spé­cial. L’opposition libyenne a du mal. Elle a du mal poli­ti­que­ment et elle a du mal mili­tai­re­ment. En termes de poli­tique, le Conseil natio­nal de tran­si­tion (CNT) – auto­pro­cla­mé puisque ses membres ont été coop­tés sans que les Libyens n’aient leur mot à dire – semble plus tour­né vers l’extérieur. Ce n’est sans doute pas un hasard si un gou­ver­ne­ment de tran­si­tion a été nom­mé, peut-être sur les conseils de Nico­las Sar­ko­zy et de Ber­nard-Hen­ri Lévy, seuls à recon­naître offi­ciel­le­ment le CNT. Le pre­mier ministre de ce cabi­net, Mah­moud Jibril, était d’ailleurs l’émissaire dési­gné pour ren­con­trer les gou­ver­ne­ments occi­den­taux. Diplô­mé en éco­no­mie et en sciences poli­tiques, il a ensei­gné pen­dant plu­sieurs années à l’université de Pitts­burgh et a tou­jours défen­du le néo­li­bé­ra­lisme.

MAHMOUD JIBRIL, HOMME CLÉ DES INTÉRÊTS AMÉRICAINS

Depuis 2007, il sié­geait d’ailleurs, avec l’aval de Muam­mar Kadha­fi, à la tête du Natio­nal Eco­no­mic Deve­lop­ment Board (NEDB, bureau du déve­lop­pe­ment éco­no­mique natio­nal), deve­nant l’homme clé pour la péné­tra­tion en Libye des inté­rêts amé­ri­cains et bri­tan­niques. Il est éga­le­ment le pro­mo­teur des pri­va­ti­sa­tions déci­dées ces der­nières années par Tri­po­li. Autre minis­tère clé de ce gou­ver­ne­ment, celui des Finances. Il est déte­nu par Ali Tah­rou­ni, qui a éga­le­ment en charge les affaires pétro­lières. Il enseigne l’économie et la finance à l’université de Washing­ton et est retour­né en Libye il y a un mois, après trente-cinq années pas­sées à l’étranger. Quand on demande à l’un des porte-parole du Conseil natio­nal de tran­si­tion, Iman Bugai­ghis, ce qui a moti­vé cette nomi­na­tion, la réponse est claire et nette : « Il com­prend la men­ta­li­té occi­den­tale. » Sur le plan mili­taire, on l’a déjà dit, la situa­tion est moins ter­rible. L’opposition ne dis­pose pas à pro­pre­ment par­ler d’une « armée ». On parle d’un mil­lier d’hommes armés et prêts au com­bat. Pour le reste, il s’agit plus de bonnes volon­tés qui viennent s’écraser contre la puis­sance des troupes kadha­fistes. C’est le cas aux portes d’Ajdabiya, où se sont repliées les forces loya­listes après l’hécatombe pro­vo­quée par les frappes aériennes fran­çaises. Le conseil mili­taire insur­gé parle de près de 400 morts, chiffre invé­ri­fiable. Ce qui est cer­tain, en revanche, c’est que ces mêmes insur­gés attendent beau­coup des forces de la coa­li­tion et non plus sim­ple­ment une « pro­tec­tion des civils ». Une demande à laquelle la France, les États-Unis, le Royaume- Uni et leurs alliés répondent favo­ra­ble­ment.

SUR LA « LIGNE DE FRONT » À 15 KILOMÈTRES D’AJDABIYA

Le ministre fran­çais de la Défense, Gérard Lon­guet, affirme que la réso­lu­tion 1973 de l’ONU pos­sé­dait une « base juri­dique extrê­me­ment large » per­met­tant « des formes d’interventions » avec des tirs au sol, « sans déploie­ment au sol » de forces ter­restres. Les chas­seurs bom­bar­diers de la coa­li­tion inter­na­tio­nale « mettent la pres­sion sur les forces au sol de Kadha­fi qui menacent les villes » (sic), a avoué le contrea­mi­ral Gerard Hue­ber, adjoint du com­man­dant opé­ra­tion­nel de la coa­li­tion, recon­nais­sant que, « oui », cela signi­fiait « le bom­bar­de­ment des troupes libyennes ». Pour­tant, sur la « ligne de front », à moins de 15 kilo­mètres d’Ajdabiya, on assiste au contraire à un har­cè­le­ment des forces loya­listes par la rébel­lion. Et à Tri­po­li, les bom­bar­de­ments de la coa­li­tion, dans des zones rési­den­tielles, ont tou­ché des civils. Lors d’une opé­ra­tion de récu­pé­ra­tion d’un pilote de F‑15 dont l’avion s’est écra­sé à l’est de Ben­gha­zi lun­di soir, deux avions amé­ri­cains ont lar­gué deux bombes de 227 kilos. Huit civils ont alors été bles­sés.

PIERRE BARBANCEY