Civils libyens menacés par les bombes de l’OTAN

En 60 jours de « protection unifiée » les avions de l’OTAN ont effectué plus de 9.000 missions en Libye, dont 3.500 d’attaque avec bombes et missiles.

Les USA four­nissent aux alliés les bombes pour la guerre en Libye

par Man­lio Dinuc­ci

Le 1 juin 2011

En 60 jours de « pro­tec­tion uni­fiée » les avions de l’OTAN ont, selon les don­nées offi­cielles, effec­tué plus de 9.000 mis­sions en Libye, dont 3.500 d’attaque avec bombes et mis­siles. Le gros est effec­tué par les forces aériennes des Etats-Unis, Grande-Bre­tagne, France, Ita­lie et Cana­da. Les avions ita­liens (Tor­na­do, Euro­figh­ter 2000, F‑16 et quelques autres) ont effec­tué, selon une esti­ma­tion, envi­ron 900 mis­sions. Par­ti­cipent aus­si, avec eux, Suède, Espagne, Hol­lande, Bel­gique, Nor­vège, Dane­mark, Emi­rats arabes unis, Jor­da­nie, Qatar et Tur­quie. Au total plus de 300 avions sont enga­gés, parce que la guerre per­met, aus­si, de tes­ter dans des condi­tions réelles de nou­veaux sys­tèmes d’armes, comme le chas­seur fran­çais Rafale. L’aéronautique ita­lienne est en train d’essayer dans la guerre l’avion Boeing KC767‑A, qu’elle vient de rece­voir et qui effec­tue soit des opé­ra­tions d’approvisionnement en vol de chas­seurs bom­bar­diers soit du trans­port aérien stra­té­gique. Dans son bap­tême à l’aéroport de Pra­ti­ca di Mare, il a été pré­sen­té comme « le pilier pour une unique et excep­tion­nelle capa­ci­té de pro­jec­tion de la com­po­sante aérienne non seule­ment natio­nale mais de tout l’OTAN ». En clair, un nou­veau sys­tème d’arme qui est tes­té dans la guerre de Libye pour poten­tia­li­ser la capa­ci­té de l’OTAN à pro­je­ter des forces aériennes et ter­restres dans d’autres guerres.

L’opération « Pro­tec­teur uni­fié » révèle cepen­dant aus­si quelques défi­ciences. A force de bom­bar­der, les alliés des Usa sont en train d’épuiser leurs bombes. Aucun pro­blème, pour­tant : le Penta­gone leur en four­nit. « Depuis que l’OTAN a pris la direc­tion de la cam­pagne aérienne, nous avons four­ni un appui maté­riel, muni­tions com­prises, aux alliés et aux par­te­naires enga­gés dans les opé­ra­tions en Libye », nous informe le colo­nel Dave Lapan, porte-parole du Dépar­te­ment d’Etat de la défense (si on peut dire, NdT). Lapan pré­cise que ces four­ni­tures, dont la valeur se monte jusqu’à pré­sent à 24,3 mil­lions de dol­lars, com­prennent des « bombes intel­li­gentes à conduite de pré­ci­sion ». En Ita­lie, ces bombes sont sto­ckées en quan­ti­tés énormes à Camp Dar­by, la base logis­tique (éta­su­nienne, NdT) qui appro­vi­sionne les forces aériennes éta­su­niennes dans la zone médi­ter­ra­néenne et afri­caine.

De Camp Dar­by les bombes et autres maté­riels de guerre peuvent être envoyés en zone d’opération via l’aéroport de Pise. Notre situa­tion, dit un des com­man­dants de la base éta­su­nienne, nous offre « des capa­ci­tés logis­tiques uniques car notre dépôt est à 30 minutes de l’aéroport (ita­lien, NdT) de Pise ». Cet aéro­port même d’où va sur­gir le Hub aérien natio­nal (ita­lien, NdT) le nœud aéro­por­tuaire de toutes les mis­sions mili­taires à l’étranger, qui sera « mis à la dis­po­si­tion de l’OTAN », c’est-à-dire avant tout de Camp Dar­by. Depuis qu’a com­men­cé la guerre en Libye, C‑130J et autres avions, à coup sûr char­gés de bombes et mis­siles four­nis par Camp Dar­by, sur­volent Pise à basse alti­tude. Bien qu’il y a un an et demi un C‑130 se soit écra­sé juste après le décol­lage, dont c’est pur hasard qu’il n’ait pas pro­vo­qué de tra­gé­die. Les auto­ri­tés ont quand même éta­bli une « zone de sécu­ri­té » quand, pen­dant des tra­vaux dans l’aéroport, on a trou­vé une bombe non explo­sée datant de la seconde guerre mon­diale. Après avoir désa­mor­cé l’engin, on est reve­nu à la nor­male : les avions mili­taires ont repris le sur­vol de la ville, char­gés de bombes made in Usa que les alliés vont lar­guer sur la Libye.

Edi­tion de mer­cre­di 1er juin 2011 de il mani­fes­to

Source : Source : Mondialisation.ca

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110601/manip2pg/06/manip2pz/304149/

Tra­duit de l’italien par Marie-Ange Patri­zio