Yémen, le Guernica d’aujourd’hui

En 1937 a ville basque de Guernica a été bombardée, 80 ans plus tard, une action encore plus criminelle est menée contre les civils yéménites, principalement par l'Arabie Saoudite, avec la complicité des USA.

Le 26 avril 1937, un jour de mar­ché, sur ordre du géné­ral Fran­cis­co Fran­co, la ville basque de Guer­ni­ca a été bom­bar­dée. Ce bom­bar­de­ment a été effec­tué par les alliés du gou­ver­ne­ment natio­na­liste espa­gnol, la Légion Condor de la Luft­waffe nazie alle­mande et l’A­via­zione Legio­na­ria, l’a­via­tion fas­ciste ita­lienne. L’at­taque, dont le nom de code était Opé­ra­tion Rügen, au cours de laquelle des cen­taines de per­sonnes ont été tuées, est deve­nue un cri de ral­lie­ment contre le mas­sacre bru­tal de civils inno­cents.

Cepen­dant, 80 ans plus tard, une action encore plus cri­mi­nelle est menée contre les civils yémé­nites, prin­ci­pa­le­ment par l’A­ra­bie Saou­dite, avec la com­pli­ci­té des USA.

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La guerre civile yémé­nite a com­men­cé en 2015 entre deux fac­tions qui pré­ten­daient repré­sen­ter le gou­ver­ne­ment yémé­nite. Les sol­dats hou­this, alliés aux forces loyales à l’an­cien pré­sident Ali Abdul­lah Saleh (L’alliance entre Saleh et les Hou­this s’est rom­pue le 2 décembre, suite aux négo­cia­tions secrètes entre l’ex-pré­sident et les Saou­diens. Ali Abdul­lah Saleh vient d’être tué (le 4 décembre) lors de com­bats entre ses troupes et les Hou­this.), se sont affron­tés aux troupes du gou­ver­ne­ment d’Ab­drab­bo Man­sour Hadi. Une coa­li­tion menée par l’A­ra­bie Saou­dite a lan­cé des opé­ra­tions mili­taires contre les Hou­this, et les USA ont four­ni un sou­tien logis­tique et mili­taire à cette cam­pagne.

Les rebelles hou­this repré­sentent près d’un tiers des Yémé­nites et diri­geaient le pays depuis des cen­taines d’an­nées. Depuis le début des hos­ti­li­tés, l’a­van­cée des Hou­this au sud du Yémen s’est heur­tée au bom­bar­de­ment constant de l’A­ra­bie saou­dite et de ses alliés, entraî­nant une crise huma­ni­taire dra­ma­tique. Des mil­liers de per­sonnes ont été tuées, dont beau­coup de civils, et des mil­liers d’autres ont été for­céEs de quit­ter leurS foyerS et essaient déses­pé­ré­ment de trou­ver de la nour­ri­ture et de l’eau potable.

L’eau conta­mi­née, résul­tant d’une panne presque totale de l’as­sai­nis­se­ment, a pro­vo­qué une épi­dé­mie de cho­lé­ra consi­dé­rée comme la pire de l’his­toire. L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) a signa­lé plus de 815,000 cas sus­pects et 2156 décès. Au taux actuel d’in­fec­tion, les experts estiment que le nombre de malades attein­dra sept chiffres d’i­ci la fin de l’an­née. Actuel­le­ment, près de 20 mil­lions de Yémé­nites — plus des deux tiers de la popu­la­tion — n’ont pas accès à l’eau potable et à l’as­sai­nis­se­ment.

Depuis le début du conflit, les besoins de la popu­la­tion en matière de soins de san­té d’ur­gence sont si grands que les ser­vices de san­té sont inca­pables de four­nir des soins médi­caux de base. Lorsque les com­bats s’in­ten­si­fiaient dans cer­taines régions, il n’y avait pas de ser­vices de secours offi­ciels, de sorte que les rési­dents devaient déter­rer eux-mêmes leurs proches des décombres des bâti­ments endom­ma­gés.

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Un rap­port d’Am­nes­ty Inter­na­tio­nal inti­tu­lé “Le Yémen : la guerre oubliée” décrit les consé­quences des attaques menées par la coa­li­tion saou­dienne : plus de 4600 civils tués et plus de 8000 bles­sés, trois mil­lions de per­sonnes ont été contraintes de quit­ter leur foyer, 18,8 mil­lions de per­sonnes ont besoin d’une aide huma­ni­taire d’urgence, notam­ment de nour­ri­ture, d’eau, d’un abri, de com­bus­tible et d’ins­tal­la­tions sani­taires et deux mil­lions d’en­fants ne sont pas sco­la­ri­sés.

Le flux des armes, cepen­dant, conti­nue, sans relâche. “Le flux irres­pon­sable et illé­gal d’armes vers les par­ties bel­li­gé­rantes au Yémen a direc­te­ment contri­bué à la souf­france des civils à grande échelle”, a décla­ré James Lynch, d’Am­nes­ty Inter­na­tio­nal. Alors que l’I­ran conti­nue de sou­te­nir l’ar­mée des Hou­this, des rap­ports indiquent que l’A­ra­bie saou­dite va ache­ter pour 7 mil­liards de dol­lars d’armes aux USA.

Entre­temps, les éta­blis­se­ments de san­té conti­nuent d’être tou­chés par les bombes et les tra­vailleurs de la san­té et de l’aide huma­ni­taire sont de plus en plus pris pour cible. Dans une scène digne de Guer­ni­ca, Amal Sabri, un habi­tant de Mokha, une ville por­tuaire sur la côte de la mer Rouge au Yémen, a décrit un raid aérien saou­dien qui a tué au moins 63 civils : “C’é­tait quelque chose d’au-delà du jour du juge­ment der­nier. Des cadavres et des têtes éparses, englou­tis par le feu et les cendres.”

Au Yémen aujourd’­hui, les puis­sances mon­diales n’ont pas encore appris la leçon de Guer­ni­ca.

César Che­la­la

méde­cin argen­tin, consul­tant inter­na­tio­nal en san­té publique, écri­vain et jour­na­liste. Il a conduit de nom­breuses mis­sions des Nations Unies et est l’auteur d’innombrables articles.

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Mer­ci à La Gazette du citoyen

Source en ESP : la gace­ta