Belgique : saigner les chômeurs pour soigner les banquiers ?

Carte blanche des dirigeants syndicalistes publiée dans le quotidien Le Soir du 26 octobre 2011

logo-belgique.jpg

SAIGNER LES CHOMEURS POUR SOIGNER LES BANQUIERS…? INACCEPTABLE !

Alors que l’E­tat fédé­ral se pré­pare une nou­velle fois à mettre à charge des contri­buables les pertes liées aux spé­cu­la­tions des ban­quiers, nous n’ac­cep­te­rons pas que le nou­veau gou­ver­ne­ment demande aux chô­meurs de régler l’ad­di­tion.

Cet été, la Ministre Fédé­rale de l’emploi poin­tait elle-même l’aug­men­ta­tion ful­gu­rante des sanc­tions contre les chô­meurs (sus­pen­sions, exclu­sions…) depuis l’a­dop­tion en 2004 du « plan de contrôle ren­for­cé » et la sys­té­ma­ti­sa­tion de la trans­mis­sion à l’O­NEm des infor­ma­tions des offices de pla­ce­ment régio­naux (de 34.000 à 108.000 sanc­tions annuelles en 10 ans).

Les res­pon­sables poli­tiques connaissent donc très bien les effets socia­le­ment désas­treux de ce que nous dénon­çons depuis 2004 comme une véri­table « chasse aux chô­meurs » et dont les CPAS wal­lons pointent éga­le­ment les effets catas­tro­phiques. Nous atten­dons donc du futur gou­ver­ne­ment fédé­ral qu’il y mette fin.

Exclure, appau­vrir et scin­der

Nous sommes cho­qués que les dis­cus­sions liées à la for­ma­tion d’un nou­veau Gou­ver­ne­ment fédé­ral ne pré­voient pas de stop­per l’a­va­lanche de contrôles et d’ex­clu­sions que subissent les sans emploi, mais bien de lan­cer une nou­velle chasse aux chô­meurs qui les rejet­te­ra par dizaines de mil­liers dans la pau­vre­té et vers les CPAS.

Le contrôle et l’ac­com­pa­gne­ment ren­for­cés des chô­meurs ne créent pas un seul emploi, mais bien des ava­lanches de sanc­tions et d’ex­clu­sions. Car il n’y a pas aujourd’­hui un manque de tra­vailleurs, mais un manque d’emplois offerts. Il est cynique de for­cer 100 chô­meurs à mul­ti­plier des démarches de recherche d’a­vance inutiles s’il n’y a qu’un seul emploi dis­po­nible. Et pour­tant c’est bien l’ex­ten­sion et le ren­for­ce­ment du contrôle qui sont actuel­le­ment dis­cu­tés : pour les jeunes, avant même de per­ce­voir une pre­mière allo­ca­tion et même pour les plus de 50 ans ! Les chô­meurs ont besoin d’être accom­pa­gnés, pas d’être har­ce­lés. Il est inac­cep­table de sanc­tion­ner quelqu’un à qui on n’a pu pro­po­ser aucun emploi conve­nable.

L’ap­pau­vris­se­ment des chô­meurs est éga­le­ment en dis­cus­sion : les allo­ca­tions des chô­meurs de longue durée (pour­tant déjà infé­rieures au seuil de pau­vre­té) seraient dimi­nuées au nom du retour à l’emploi. Cela signi­fie dans les faits démo­lir un pan de la sécu­ri­té sociale fédé­rale et ren­voyer ulti­me­ment les sans emploi vers la soli­da­ri­té orga­ni­sée au niveau des CPAS ou des familles pour les uns, vers le dénue­ment pour les autres.

« La res­pon­sa­bi­li­sa­tion » des Régions sur l’é­vo­lu­tion de leur taux d’emploi risque éga­le­ment de les pous­ser à reje­ter les sans emploi hors de leurs fron­tières (comme ce fut récem­ment le cas pour les deman­deurs d’a­sile) et toute atteinte à l’u­ni­té fédé­rale des normes de l’as­su­rance chô­mage et de leur contrôle ne man­que­ra pas de géné­rer à brève échéance la scis­sion de l’in­dem­ni­sa­tion du chô­mage et dés lors de la for­ma­tion des salaires. On le sait, dans le contexte d’é­vo­lu­tions démo­gra­phiques dif­fé­ren­tiées cer­taines forces natio­na­listes ne ver­raient pas cette scis­sion d’un mau­vais œil, tan­dis que le patro­nat y trou­ve­rait un nou­vel ins­tru­ment majeur pour mettre en concur­rence les tra­vailleurs des dif­fé­rentes régions et cas­ser les pro­tec­tions sociales.

Refu­sons que l’on brade la sécu­ri­té sociale

A coup de réformes fis­cales injustes, les richesses se sont accu­mu­lées dans quelques mains. Comme l’in­di­quait Le Soir ce 13 sep­tembre, « La richesse glo­bale (hors immo­bi­lier) des Belges a dépas­sé pour la pre­mière fois, fin 2010, le cap des 900 mil­liards d’euros […] En deux ans, les actifs totaux déte­nus par des par­ti­cu­liers belges ont ain­si gon­flé de plus de 100 mil­liards d’euros ». Pour sou­te­nir l’emploi, l’E­tat fédé­ral doit mobi­li­ser ces richesses et non sai­gner les chô­meurs.

Nous ne vou­lons pas d’une socié­té à l’a­mé­ri­caine, tou­jours plus inéga­li­taire, où l’in­dem­ni­sa­tion limi­tée dans le temps du chô­mage crée une horde de tra­vailleurs pauvres. Ce modèle a échoué là-bas, nous refu­sons qu’on nous l’im­pose ici.

L’as­su­rance chô­mage est un pilier essen­tiel de la sécu­ri­té sociale, dont nous avons héri­té des luttes anté­rieures. Elle orga­nise la soli­da­ri­té entre les tra­vailleurs, entre les régions et oblige les employeurs à offrir au moins une rému­né­ra­tion et des condi­tions de tra­vail mini­males. Nous refu­sons que l’on brade la sécu­ri­té sociale et la soli­da­ri­té natio­nale en pré­ten­dant les sau­ver. Nous refu­sons que l’on fasse payer les chô­meurs pour finan­cer les ban­quiers.

Nous en appe­lons à un large débat public, à l’é­la­bo­ra­tion d’un pro­jet d’a­ve­nir équi­li­bré qui ne se fasse pas sur le dos des sans emploi et, au besoin, à la mobi­li­sa­tion sociale et citoyenne pour défendre l’as­su­rance chô­mage, part essen­tielle de la sécu­ri­té sociale fédé­rale construite par les tra­vailleurs de ce pays.


Carte blanche publiée dans Le Soir du 26 octobre 2011 par

_ Thier­ry Bod­son, Secré­taire géné­ral de la FGTB Wal­lonne ;

Alain Clau­waert, Pré­sident, Paul Loo­tens, Secré­taire géné­ral de la Cen­trale géné­rale ;

Jean-Marie Constant, Pré­sident du Comi­té Régio­nal Wal­lon de la CSC ;

Erwin De Deyn, Pré­sident et Myriam Del­mée, Vice-Pré­si­dente du SETCA ;

Arnaud Lis­mond, Pré­sident du Col­lec­tif soli­da­ri­té contre l’ex­clu­sion ;

Pedro Rodri­guez, Res­pon­sable Fran­co­phone des Tra­vailleurs Sans Emploi de la CSC ;

Guy Tor­deur Secré­taire fédé­ral et Phi­lippe Vans­nick, Secré­taire fédé­ral adjoint de la CSC Bruxelles ;

Véro­nique Van der Plancke, Vice-Pré­si­dente de la Ligue des droits de l’Homme ;

Felipe Van Keirs­bilck, Secré­taire géné­ral de la Cen­trale Natio­nale des Employés ;

Phi­lippe Van Muyl­der, Secré­taire géné­ral de la FGTB Bruxelles.


Nous vous recom­man­dons la vidéo : Comi­tés action europe — confé­rence du 15/10/2011