Apocalypse hollywoodien en vrai

Par Caro­line Gra­ham

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The Dai­ly Mail


Tra­duit par ZIN TV

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Pho­tos de Rupert Thorpe

Les riches et les célé­bri­tés fuient en masse, adieu Los Angeles

Situé à quelques cen­taines de mètres de l’o­céan sur la plage enso­leillée de Venice Beach à Los Angeles, Gold’s a ser­vi de toile de fond à Pum­ping Iron, le docu­men­taire de 1977 qui a sui­vi un jeune et incon­nu cultu­riste autri­chien du nom d’Ar­nold Schwar­ze­neg­ger alors qu’il se pré­pa­rait pour le concours Mr Uni­vers. Le film a fait sen­sa­tion du jour au len­de­main. Il devien­dra ain­si une super­star mon­diale, épou­se­ra un membre du clan Ken­ne­dy et devien­dra le gou­ver­neur de la Cali­for­nie. Aujourd’­hui, cepen­dant, Gold’s se trouve au milieu de scènes post-apo­ca­lyp­tiques qui ont consu­mé une grande par­tie de Los Angeles, trans­for­mant la ville des rêves en un cau­che­mar urbain que les gens fuient en masse.

Des tentes impro­vi­sées s’a­lignent sur ce qui reste de la des­ti­na­tion tou­ris­tique popu­laire de Venice Beach. Les pan­neaux “À vendre” semblent s’être mul­ti­pliés dans les rues de la ban­lieue, car les classes moyennes, en par­ti­cu­lier celles qui ont une famille, fuient vers des ban­lieues plus sûres, et beau­coup choi­sissent main­te­nant de quit­ter com­plè­te­ment Los Angeles.

Une ville de tentes de for­tune faites de bâches ondu­lantes et de boîtes en car­ton entoure le gym­nase de tous les côtés. Les toxi­co­manes et les sans-abri, dont beau­coup sont mani­fes­te­ment aus­si malades men­taux, marchent dans les rues bor­dées de pal­miers comme des zom­bies, à seule­ment trois pâtés de mai­sons de mai­sons de plu­sieurs mil­lions de dol­lars sur­plom­bant le Paci­fique. Les vélos volés s’en­tassent sur les trot­toirs rem­plis de seringues cas­sées.

Les bul­le­tins télé­vi­sés sont rem­plis d’his­toires d’hor­reur pro­ve­nant de toute la ville, des femmes atta­quées lors de leur jog­ging mati­nal aux habi­tants qui rentrent chez eux pour trou­ver des étran­gers défé­quant dans leur jar­din. Aujourd’­hui, Los Angeles est une ville au bord du gouffre.

Le Bri­tan­nique Dan­ny O’Brien dirige la socié­té de démé­na­ge­ment Wat­ford Moving & Sto­rage. “Il y a un exode mas­sif d’Hol­ly­wood”, dit-il. “Et cela a beau­coup à voir avec la poli­tique.” Son entre­prise est en plein essor. “Le mois d’août a déjà bat­tu des records alors que nous sommes en pleine haute sai­son”, dit-il. Les gens sortent en masse. La semaine der­nière, j’ai démé­na­gé une per­sonne impor­tante de l’in­dus­trie de la musique d’une vil­la de 6,5 mil­lions de dol­lars sur Sun­set Bou­le­vard à Nash­ville. O’Brien, 58 ans, qui a quit­té Londres pour Los Angeles il y a 34 ans, pré­voit éga­le­ment de s’ins­tal­ler lui-même dans le Ten­nes­see. “La poli­tique libé­rale a détruit cette ville”, dit-il. “Les camps pour sans-abri sont légaux et la police ne peut rien faire. Les riches blancs de la classe moyenne partent. Les gens ne se sentent plus en sécu­ri­té”.

Avec des stu­dios de ciné­ma tou­jours fer­més en rai­son de la pan­dé­mie du coro­na­vi­rus et des entre­prises qui com­mencent tout juste à reti­rer les planches de bois pla­cées suite aux émeutes qui ont écla­té dans toute la ville après la mort de George Floyd alors qu’il était arrê­té par trois offi­ciers blancs à Min­nea­po­lis.

Lou Fer­ri­gno s’est lié d’a­mi­tié avec Schwar­ze­neg­ger lors­qu’ils s’en­traînent tous deux au Gold’s. Bien qu’il ne soit pas aus­si connu qu’Ar­nie, Fer­ri­gno a joué dans la série télé­vi­sée The Incre­dible Hulk et est deve­nu l’un des cultu­ristes les plus riches du monde, avec une for­tune de 12 mil­lions de dol­lars. Le pré­sident Donald Trump l’a nom­mé conseiller de la condi­tion phy­sique, des sports et de la nutri­tion en 2018. Mais Fer­ri­gno, mal­gré toutes ses rela­tions impec­cables, s’est las­sé de ce qu’il décrit comme le “déclin dra­ma­tique” de Los Angeles. Lui et sa femme Car­la ont récem­ment ven­du leur mai­son de 3 mil­lions de livres ster­ling à San­ta Moni­ca et se sont ins­tal­lés dans un vil­la de 7 146 pieds car­rés à deux heures au nord de Los Angeles.

Car­la raconte : “Un matin, vers 7 heures, j’ai ouvert les rideaux de notre belle mai­son à San­ta Moni­ca et, en regar­dant depuis l’al­lée, il y avait trois membres d’un gang au visages tatoués, assis sur notre mur. Ils m’in­sul­taient et étaient vul­gaires. Je leur ai dit que j’al­lais appe­ler la police et ils se sont mis à rire, à exhi­ber leur langue et à me mon­trer leurs armes. Son mari a ajou­té : “Nous avons mis la mai­son en vente après 40 mer­veilleuses années et nous avons démé­na­gé dans le nord. Nous nous sen­tons chan­ceux d’a­voir réus­si. Nous sommes main­te­nant dans un endroit mer­veilleux et très heu­reux”.

Renee Tay­lor, scé­na­riste et actrice nomi­née aux Oscars et qui a joué dans la comé­die à suc­cès The Nan­ny, a récem­ment ven­du sa mai­son de Bever­ly Hil­ls après un demi-siècle et s’est ins­tal­lée sur la côte Est. “Je suis si triste pour mes amis qui sont res­tés à Bever­ly Hil­ls qu’ils ont dû subir des pillages et des émeutes”, dit-elle. Je suis par­ti juste à temps.

Le virus n’a fait qu’empirer les choses. Il existe des camps pour les sans-abri dans cer­tains des pièges à tou­ristes les plus recon­nais­sables. Les trot­toirs d’Hol­ly­wood Bou­le­vard, incrus­tés d’é­toiles brillantes repré­sen­tant ceux qui ont réa­li­sé leur rêve de gloire et de for­tune, res­semblent plus à un bidon­ville du Tiers Monde qu’au cœur de la deuxième plus grande ville d’A­mé­rique. À l’ex­té­rieur du Théâtre chi­nois, où Mari­lyn Mon­roe et d’autres icônes de l’é­cran sont immor­ta­li­sées par l’empreinte de leurs mains dans les dalles de béton, les sosies de Michael Jack­son et de Super­man qui posent habi­tuel­le­ment avec les tou­ristes ont été rem­pla­cés par des men­diants qui demandent l’au­mône.

Il y a plus de 66.000 personnes qui dorment dehors chaque nuit.

Les par­kings de San­ta Moni­ca, une des­ti­na­tion tou­ris­tique popu­laire pour les Bri­tan­niques, sont rem­plis d’é­paves de cam­ping-cars, cha­cun pou­vant accueillir plu­sieurs per­sonnes. Les auto­ri­tés ont même ins­tal­lé des toi­lettes por­tables dans les rues pour ten­ter d’empêcher les sans-abri de s’ins­tal­ler sur des pro­prié­tés pri­vées.

Le quar­tier de West­wood à Los Angeles, qui abrite cer­tains des immeubles d’ha­bi­ta­tion les plus exclu­sifs de la ville, a été rebap­ti­sé “West Hood” (ouest-cagoule) par les habi­tants hor­ri­fiés par la hausse de la cri­mi­na­li­té. Ed Loz­zi, ancien publi­ciste, déclare : “La ville était en train de chan­ger avant que le coro­na­vi­rus ne nous mette à genoux. Le pro­blème des sans-abri s’in­ten­si­fie depuis des années, exa­cer­bé par la fai­blesse des poli­ti­ciens qui prennent de mau­vaises déci­sions. Hol­ly­wood a tou­jours été le lieu où les gens tra­vaillent le plus dur. Les poli­ti­ciens n’ont donc rien fait pour empê­cher les gens de dor­mir dans la rue. Ce n’est pas illé­gal et le temps est beau, alors ils conti­nuent à venir.

Il y a des loge­ments inadé­quats, des soins de san­té men­tale inadé­quats. Ajou­tez Covid et c’est une tem­pête par­faite. “Quand je suis arri­vé à Los Angeles il y a 40 ans, la ville sen­tait la fleur d’o­ran­ger. Aujourd’­hui, les rues puent l’u­rine. Il y a un beau parc à West­wood, mais vous ne pou­vez pas y aller parce qu’il y a des gens allon­gés par terre et qui marchent sur un tapis d’ai­guilles. La ruée est réelle. Les élites et les classes moyennes s’en vont. Les gens subissent des pertes sur la vente de leur mai­son pour s’en sor­tir”.

La divi­sion entre les riches et les pauvres n’a jamais été aus­si évi­dente. À quelques mètres de Gold’s se trouve le vaste siège de Los Angeles du géant de l’In­ter­net Google. Le par­king est situé dans un bâti­ment conçu par l’ar­chi­tecte Frank Geh­ry pour res­sem­bler à une paire de jumelles géantes. Des agents de sécu­ri­té pri­vés se pro­mènent dans le com­plexe tan­dis qu’une poi­gnée d’employés reve­nant de qua­ran­taine y pénètrent dans leurs Tes­la, Porsche et Range Rovers. Robert (il a refu­sé de me don­ner son nom de famille), qui tra­vaille pour une asso­cia­tion cari­ta­tive, tra­vaille auprès de deux toi­lettes por­tables devant le siège de Google. Récem­ment sor­ti de pri­son, ce petit bou­lot est le seul qu’il puisse obte­nir. Il affirme que deux per­sonnes ont fait une over­dose dans ses toi­lettes au cours des deux der­nières semaines. J’ai un sty­lo Nar­can qui les ramène à la vie après une over­dose d’o­pia­cés. J’ai dû l’u­ti­li­ser deux fois depuis début août. La situa­tion est ter­rible. Je ne blâme pas ceux qui peuvent se per­mettre de quit­ter la ville.

Quelque 66.000 per­sonnes dorment main­te­nant dehors chaque nuit à Los Angeles, soit une aug­men­ta­tion de 12,5 % par rap­port à l’an­née der­nière. “Il n’y a plus d’es­poir”, pour­suit-il. “Les riches s’en­ri­chissent de plus en plus et il n’y a rien pour les gens de Skid Row. Trump n’a rien fait pour aider les pauvres. Tout ce qui l’in­té­resse, ce sont ses amis riches qui gagnent plus d’argent. S’il avait de l’argent, il par­ti­rait aus­si.

La pan­dé­mie a fait prendre conscience à de nom­breuses per­sonnes à Hol­ly­wood qu’elles n’ont pas besoin de vivre à Los Angeles, ou dans ses envi­rons, pour conti­nuer à tra­vailler. L’agent des talents Craig Dorf­man s’est ins­tal­lé dans le nord de l’É­tat de New York. Beau­coup de gens dans l’in­dus­trie rééva­luent leur vie et disent : “Vous savez, je n’ai jamais vrai­ment aimé Los Angeles. Où vou­drais-je vivre ? Parce que je peux faire ce que je veux de n’im­porte où”, dit M. Dorf­man.

La sty­liste fashion Leah Fores­ter et son mari, le pro­duc­teur de films Bill John­son, ont loué leur mai­son et se sont ins­tal­lés dans la ville côtière mexi­caine de Careyes avec leurs deux enfants.

L’ac­teur Joe Rogan, qui gagne 30 mil­lions de dol­lars par an grâce à son pod­cast épo­nyme, a quit­té Los Angeles pour le Texas et dit : “Quand vous regar­dez le tra­fic, quand vous regar­dez le déses­poir éco­no­mique, quand vous regar­dez le pro­blème radi­ca­le­ment accé­lé­ré des sans-abri … Je pense qu’il y a trop de gens ici. Je pense que ce n’est pas durable. Je ne pense pas que ce soit gérable”.

Iro­ni­que­ment, l’en­clave des célé­bri­tés de Mali­bu, qui abrite des membres émi­nents du woke­ra­ti comme Leo­nar­do DiCa­prio, a pris des mesures pour lut­ter contre le pro­blème des sans-abri, en intro­dui­sant des lois locales pour empê­cher les gens de garer leur cara­vane sur la plage la nuit. “Ils ont por­té le pro­blème des sans-abri dans d’autres quar­tiers de la ville comme West­wood et Venice Beach “, explique le publi­ciste Ed Loz­zi. C’est un cas clas­sique de “pas dans ma cour”.

Pen­dant ce temps, cer­taines des plus grandes stars de Tin­sel­town éla­borent des plans d’ur­gence, au cas où la situa­tion s’ag­gra­ve­rait. Tom Hanks et Rita Wil­son ont récem­ment obte­nu la citoyen­ne­té grecque et ont dit à leurs amis qu’ils avaient l’in­ten­tion de pas­ser plus de temps en Europe.

La pro­duc­trice Dana Bru­net­ti, par­te­naire com­mer­ciale de l’ac­teur en dis­grâce Kevin Spa­cey et pro­duc­trice des films Fif­ty Shades of Grey, a acquis la citoyen­ne­té ita­lienne “parce que l’I­ta­lie fait par­tie de l’U­nion euro­péenne ; cela me donne beau­coup d’op­tions au cas où”.

Nicole Kid­man et son mari Keith Urban ont plu­sieurs mai­sons à Los Angeles, à Nash­ville et dans leur Aus­tra­lie natale. Une source dit : “Ils ont pas­sé beau­coup de temps à Nash­ville. Ils peuvent y don­ner à leurs enfants une édu­ca­tion plus nor­male. Ils ont par­lé de se débar­ras­ser des pro­prié­tés à Los Angeles”.

Quand il est appa­ru que le prince Har­ry et Meghan avaient choi­si de s’ins­tal­ler dans leur mai­son à deux heures au nord de Los Angeles, dans le vil­lage exclu­sif de Mon­te­ci­to, la nou­velle n’a pas sur­pris. Un scé­nar­site nomi­né aux Oscars m’a dit : “Ils ont assez vu Los Angeles les fois où ils ont quit­té la mai­son de Tyler Per­ry pour ne pas vou­loir éle­ver Archie dans un endroit comme celui-ci. Los Angeles a tou­jours atti­ré des gens talen­tueux du monde entier qui viennent ici en quête de gloire, d’argent ou des deux. Aujourd’­hui, les rues res­semblent à Haï­ti après le trem­ble­ment de terre. C’est sale, dan­ge­reux et le tra­vail s’est tari. Même lorsque les stu­dios com­men­ce­ront à ouvrir, les gens choi­si­ront de tra­vailler à par­tir d’autres endroits”.

Le der­nier grand nom à quit­ter Hol­ly­wood est le mil­liar­daire de Tes­la, Elon Musk, un favo­ri du monde du spec­tacle. L’ac­teur Robert Dow­ney Jr. a décla­ré que c’est Musk qui lui a ins­pi­ré sa per­for­mance dans le rôle de Tony Stark, l’in­ven­teur mil­liar­daire excen­trique des films Iron Man. Musk a récem­ment ven­du son com­plexe de quatre mai­sons à Bel Air pour un total de 62 mil­lions de dol­lars (47 mil­lions de livres ster­ling) et envi­sa­ge­rait de démé­na­ger au Texas, où il construit la nou­velle usine Tes­la d’un mil­liard de dol­lars. “Quand le vrai Iron Man quitte Hol­ly­wood, vous savez que tout est fini”, dit une source d’un des grands stu­dios.