Discours de Zoe Konstantopulou contre le 3e mémorandum

Je ne défendrai plus le Premier Ministre, car il m’a lui-même convaincue que je dois cesser de le faire, lorsqu’il a qualifié publiquement de « surréaliste », le fait que j’affirme le soutenir tout en refusant de voter ce que lui-même a été contraint de signer par le chantage.

Dis­cours de Zoe Kons­tan­to­pu­lou contre le 3e mémo­ran­dum le 14 août 2015
« Mes­sieurs du gou­ver­ne­ment, vous n’avez pas le droit de pla­cer sur les épaules du pays un nou­vel emprunt, en accep­tant le paie­ment d’une dette illé­gale. »

25 août par Zoe Kons­tan­to­pou­lou, avo­cate et femme poli­tique grecque. Dépu­tée du par­ti de la gauche radi­cale Syri­za, qui a gagné les élec­tions légis­la­tives du 25 jan­vier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 pré­si­dente du par­le­ment. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune pré­si­dente de la Vou­li et la deuxième femme seule­ment à exer­cer cette fonc­tion.

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Eric Tous­saint, Zoe Kons­tan­to­pou­lou et Sofia Sako­ra­fa à la pré­sen­ta­tion du rap­port de la com­mis­sion d’audit

Nous repro­dui­sons le dis­cours pro­non­cé à l’aube du 14 août 2015 par la Pré­si­dente du Par­le­ment grec Zoe Kons­tan­to­pou­lou un peu avant le vote du troi­sième mémo­ran­dum impo­sé à la Grèce. Dans un vacarme indes­crip­tible pro­duit par des invec­tives et des insultes lan­cées par les dépu­tés des par­tis de droite qui cher­chaient à la désta­bi­li­ser, Zoe Kons­tan­to­pou­lou a tenu un dis­cours d’une grande por­tée. Accueilli par un silence gla­cial des diri­geants de son propre par­ti Syri­za, le dis­cours de Zoe Kons­tan­to­pou­lou a mar­qué la rup­ture avec Alexis Tsi­pras et son gou­ver­ne­ment. Il a sur­tout don­né un fon­de­ment sup­plé­men­taire et très solide à celles et ceux qui résistent aux dik­tats des créan­ciers et à la capi­tu­la­tion.

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Mes­dames et Mes­sieurs les dépu­tés, chers col­lègues, pour com­men­cer, je vou­drais atti­rer votre atten­tion sur le fait que le pro­jet de loi intro­duit devant le Par­le­ment — ‘intro­duit’, ici, est à prendre aus­si bien au sens propre qu’au sens figu­ré [ndlt : en grec : « eisa­go­me­no » signi­fie « intro­duit », mais aus­si « impor­té de l’étranger »] – est incons­ti­tu­tion­nel pour les motifs invo­qués dans les excep­tions d’inconstitutionnalité dépo­sées par le Syri­za le 7 novembre 2012, que j’ai eu l’honneur de pré­sen­ter et dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre ; le 14 novembre 2013, que j’ai eu l’honneur de pré­sen­ter et dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre ; le 30 mars 2014, motifs que j’ai eu l’honneur de pré­sen­ter pour le compte du groupe par­le­men­taire du Syri­za et dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre, mais aus­si pour les rai­sons invo­quées par le Pre­mier Ministre de Grèce, Alexis Tsi­pras lors de son dis­cours du 14 décembre 2010, dis­cours dont je dépose une copie aux Actes de la Chambre, ain­si que lors du dis­cours du Pre­mier Ministre, mon­sieur Alexis Tsi­pras, pro­non­cé lors de la séance d’adoption du Deuxième Mémo­ran­dum de la Loi 4046 de 2012, dont je remets une copie aux Actes de la Chambre, pour les rai­sons évo­quées par le Pre­mier Ministre, M. Alexis Tsi­pras, lors de son allo­cu­tion du 23 février 2012, dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre, pour les rai­sons évo­quées par le Pre­mier Ministre, M. Alexis Tsi­pras, lors de son dis­cours pro­non­cé à l’occasion du vote de rati­fi­ca­tion du Pro­gramme à Moyen Terme, dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre, lors des débats sur les mesures d’urgence d’application des Lois 4046, 4093 et 4127, dont je sou­mets une copie aux Actes de la Chambre, de la loi 4224 de 2013 dont je remets une copie aux Actes de la Chambre, et enfin de la Loi 4254 de 2014 dont je remets une copie aux Actes de la Chambre.

Mes­dames et mes­sieurs les dépu­tés, chers col­lègues, nous sommes non pas ce que nous disons, mais ce que nous fai­sons.

Nous sommes chaque mot de la Consti­tu­tion, s’il ne nous passe pas par la tête de vio­ler les plus sacrées des garan­ties consti­tu­tion­nelles pro­té­geant la démo­cra­tie, la liber­té, la digni­té, les droits, le fonc­tion­ne­ment par­le­men­taire, l’indépendance natio­nale, la sou­ve­rai­ne­té popu­laire.

Nous sommes les défen­seurs de la démo­cra­tie du peuple, de la socié­té et de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire et du prin­cipe selon lequel tout pou­voir tire sa source du peuple et s’exerce pour le peuple, comme le pré­voit la Consti­tu­tion, si ce pou­voir que nous avons reçu du peuple, nous le lui ren­dons, et si nous hono­rons le ver­dict popu­laire tel qu’il s’est expri­mé avec 37 % de la confiance au pro­gramme social anti-mémo­ran­dum du SYRIZA, mais aus­si avec le monu­men­tal 61,3 % du NON aux chan­tages et aux mémo­ran­dums lors du réfé­ren­dum du 5 juillet.

« Nous serons ori­gi­naux », a décla­ré le Pre­mier Ministre, et il a empli de sen­ti­ments de joie, d’élévation et de digni­té cha­cune et cha­cun de nous, et il a gon­flé les voiles de l’espoir pour les jeunes géné­ra­tions. Nous fai­sons preuve d’originalité, si nous res­tons effec­ti­ve­ment cohé­rents, après les élec­tions, avec tout ce que nous avons dit pen­dant la cam­pagne et non si, petit à petit, ou au contraire avec une rapi­di­té décon­cer­tante, nous nous muons en défen­seurs de tout ce que nous avons com­bat­tu avec constance depuis des années.

Il n’y a rien d’original, pour un gou­ver­ne­ment, à rame­ner des mémo­ran­dums en sou­te­nant que c’est là la seule et unique voie de salut pour le pays ; cela, tous les gou­ver­nants pré­cé­dents l’ont déjà fait.

Il n’y a rien d’original, pour un gou­ver­ne­ment qui amène avec lui des mémo­ran­dums, à viser à ce que leurs clauses échappent si pos­sible au débat ; cela, tous les gou­ver­nants pré­cé­dents l’ont déjà fait.

Il n’y a rien d’original à pré­sen­ter les mémo­ran­dums sous la forme de textes de cen­taines de pages, en un seul, deux ou trois articles, afin que leurs dis­po­si­tions par­ti­cu­lières ne soient pas sou­mises au vote ; cela, tous les gou­ver­nants pré­cé­dents l’ont déjà fait.

Il n’y a rien d’original à dépo­ser à la der­nière minute de mons­trueux amen­de­ments, longs de plu­sieurs pages, qui consti­tuent à eux seuls de véri­tables pro­jets de lois ; cela, tous les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents l’ont déjà fait.

Il n’y a rien d’original à voir les pro­mo­teurs des dis­po­si­tions légis­la­tives les plus assas­sines pour la socié­té taxer qui­conque les com­bat de popu­lisme et d’irresponsabilité ; cela, tous les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents l’ont déjà fait.

Il n’y a rien d’original pour un gou­ver­ne­ment qui pro­meut les mémo­ran­dums à accu­ser qui­conque leur résiste d’immaturité poli­tique et d’infantilisme, de se conduire comme des gamins et de s’adonner à des jeux d’enfants – com­bien de fois M. Sama­ras n’a‑t-il pas qua­li­fié notre groupe par­le­men­taire de « conseil de classe » et notre Pré­sident, Alexis Tsi­pras, de « repré­sen­tant des élèves au Conseil » ? Cette rhé­to­rique est d’ailleurs chère à nos démo­lis­seurs venus de l’étranger, telle Mme Lagarde qui, après le « the game is over » de M. Tusk [[Donald Tusk est pré­sident du Conseil euro­péen depuis le 1ᵉʳ décembre 2014.]], décla­rait : « il est temps que les adultes prennent la parole », sous-enten­dant ain­si que le Pre­mier Ministre de Grèce, voire le peuple grec lui-même, est mineur.

Il n’y a rien d’original, enfin, à ce que ceux-là même qui apportent les mémo­ran­dums s’efforcent de reje­ter sur ceux qui résistent l’accusation de tra­hi­son et de col­la­bo­ra­tion avec l’ennemi. Com­bien de fois n’a‑t-on enten­du M. Sama­ras et M. Venizelos[[Venizelos est un des diri­geants du PASOK.]] évo­quer une « cin­quième pha­lange », lorsqu’ils s’adressaient tan­tôt à nous –alors que nous étions le 1er par­ti d’opposition- tan­tôt, pour M. Veni­ze­los, au sein même de son propre par­ti ?

Et mal­heu­reu­se­ment, nous n’avons pas fait preuve d’originalité avec cette der­nière tac­tique, pas ori­gi­nale du tout, mais la plus vul­gaire de toutes. Adop­tée désor­mais ouver­te­ment, elle le fut d’abord à mots cou­verts et sour­noi­se­ment, puis par la suite, sans ver­gogne, et elle a atteint son paroxysme avec l’attaque diri­gée direc­te­ment contre tous ceux, par­mi les dépu­tés du Syri­za, qui per­sistent à défendre nos posi­tions, ins­crites dans notre pro­gramme, nos enga­ge­ments com­muns, nos prin­cipes com­muns et nos annonces de cam­pagne, par leur dia­bo­li­sa­tion en tant que col­la­bo­ra­teurs de Schaüble ou que bra­queurs de banques.

Ce qui est véri­ta­ble­ment ori­gi­nal, pour toute l’Europe, c’est de voir le pre­mier gou­ver­ne­ment de gauche – avec pour colonne ver­té­brale un par­ti de gauche -, sor­ti vain­queur des élec­tions avec pour man­dat de débar­ras­ser le pays des mémo­ran­dums, remettre le man­dat popu­laire dans les mains de la Troï­ka, avec les clefs du pays et du Par­le­ment, les biens et richesses natio­naux et la sou­ve­rai­ne­té natio­nale, et s’efforcer en même temps d’éliminer, comme de vul­gaires obs­tacles ou des poids morts, les ministres, repré­sen­tants par­le­men­taires, membres de la Pré­si­dence du Par­le­ment, pré­si­dents de com­mis­sions du par­le­ment qui tentent d’empêcher cela.

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Mes­dames et mes­sieurs les dépu­tés, cama­rades du Syri­za, il ne vous suf­fit pas de dire « nous n’adoptons pas le mémo­ran­dum », quand vous adop­tez, sou­te­nez et votez la sup­pres­sion des tous der­niers rem­parts garan­tis­sant le fonc­tion­ne­ment par­le­men­taire, et la façon dont cela s’est fait, ces der­niers jours, fut vrai­ment ter­ri­fiante ; je vous confesse que j’ai eu honte, quand j’ai enten­du M. Mardas[[Mardas est membre du gou­ver­ne­ment d’Alexis Tsi­pras. Il pro­vient de la droite (hors Syri­za).]] adop­ter le stra­ta­gème que lui avait sug­gé­ré M. Veni­ze­los : rebap­ti­ser ce pro­jet de loi –qui consis­tait en la rati­fi­ca­tion d’un accord- en pré­ten­du « pro­jet de loi rela­tif au régime des retraites ». Ain­si, nous ne votons pas un mémo­ran­dum ? Nous votons donc un pro­jet de loi por­tant sur les retraites ?…

Il ne vous suf­fit pas de dire « le mémo­ran­dum n’est pas notre choix », quand vous choi­sis­sez d’adopter, sans dis­cus­sion préa­lable, des dis­po­si­tions incons­ti­tu­tion­nelles, a for­tio­ri des dis­po­si­tions por­tant sur des réduc­tions des pen­sions de retraite.

Il ne vous suf­fit pas de dire « le SYRIZA a des prin­cipes, des organes, des pro­cé­dures », quand rien de cela n’est res­pec­té et quand vous savez per­ti­nem­ment qu’hier déjà, sans déci­sion d’aucun des organes du Syri­za en la matière, quatre des membres du groupe par­le­men­taire SYRIZA, s’associant avec les forces du mémo­ran­dum, ont ten­té –qui plus est, en appo­sant de façon men­son­gère la signa­ture d’un cin­quième membre, M. Mitro­pou­los- de contour­ner la Pré­si­dente du Par­le­ment, elle-même membre du Syri­za, et les quatre pré­si­dents des com­mis­sions com­pé­tentes pour débattre de ce pro­jet de loi. Si cela n’est pas une ten­ta­tive de coup par­le­men­taire, alors je ne sau­rais com­ment le qua­li­fier.

Il ne vous suf­fit pas de dire que le SYRIZA a des prin­cipes, il ne vous suf­fit pas de dire que le Syri­za a des prin­cipes, des organes, des pro­cé­dures quand, sans déci­sion d’aucun des organes du SYRIZA, et au mépris de toutes les déci­sions des organes col­lec­tions, des dépu­tés, rap­por­teurs, repré­sen­tants par­le­men­taires du SYRIZA se pré­sentent et prennent posi­tion au nom du par­ti de façon abso­lu­ment contraire à nos posi­tions col­lé­gia­le­ment défi­nies, et il ne suf­fit aucu­ne­ment que cela cor­res­ponde à la volon­té du gou­ver­ne­ment car notre par­ti, le SYRIZA, a des posi­tions claires sur les rela­tions entre par­ti, groupe par­le­men­taire, gou­ver­ne­ment, sur les rap­ports entre gou­ver­ne­ment et Par­le­ment, etc. et sur le rôle de garant que rem­plissent les organes dans le contrôle du pou­voir. Ces posi­tions ont été pré­sen­tées lors de l’allocution de notre Pré­sident le 28 juin 2013 à la Cha­née, avec pour axe prin­ci­pal le ren­for­ce­ment du rôle de contrôle du Par­le­ment face au pou­voir exé­cu­tif, allo­cu­tion dont je sou­mets la copie aux Actes de la Chambre, et que je vous remer­cie de bien vou­loir enre­gis­trer.

Mes­dames et mes­sieurs les dépu­tés, nous sommes non pas ce que nous disons, mais ce que nous fai­sons. Et aujourd’hui je veux être ce que je crois être le plus apte à faire, peut-être parce que c’est ce à quoi j’ai choi­si de consa­crer ma vie : la défense, des êtres vic­times d’attaques, d’injustices, de ceux dont l’existence même, les droits, la digni­té ou la liber­té sont mena­cés ; la défense de prin­cipes et de valeurs quand ceux-ci sont bafoués, la défense de la véri­té quand elle est écor­née et défor­mée, la défense de mes cama­rades quand ils subissent des attaques can­ni­bales, de Pana­ghio­tis Lafa­za­nis[[ Pana­ghio­tis Lafa­za­nis, un des lea­ders de la plate-forme de gauche dans Syri­za, ministre de l‘énergie démis­sion­né par Alexis Tsi­pras car il s’est oppo­sé à l’accord du 13 juillet 2015. P. Lafa­za­nis conduit l’Unité popu­laire qui réunit depuis le 21 août 2015 les 25 dépu­tés qui ont quit­té Syri­za, la plate-forme de gauche et d’autres forces de la gauche radi­cale.]], Nadia Vala­va­ni [[Nadia Vala­va­ni, vice-ministre des finances qui a démis­sion­né du gou­ver­ne­ment le 15 juillet car elle était oppo­sée à l’accord du 13 juillet 2015. Nadia Vala­va­ni est connue pour son action cou­ra­geuse dans la résis­tance à la dic­ta­ture des colo­nels (1967 – 1974).]], Yanis Varoufakis[[Yanis Varou­fa­kis ex ministre des finances du gou­ver­ne­ment Tsi­pras]], Tas­sos Koronakis[[Tassos Koro­na­kis, ex secré­taire géné­ral de Syri­za]], de cha­cun et cha­cune de ceux qui ont subi cette impi­toyable attaque ; la défense du peuple, la défense des biens publics sur les­quels louchent, à l’instant où je vous parle, les vau­tours du tota­li­ta­risme euro­péen ; la défense de la richesse publique, la défense de l’intérêt public qui lui aus­si est bafoué, et à ce titre, l’intervention de l’ex ministre des Finances, M. Varou­fa­kis, est signi­fi­ca­tive, rela­ti­ve­ment à la sup­pres­sion de pro­cé­dures qui per­met­traient de lut­ter effi­ca­ce­ment contre l’évasion fis­cale.

Aujourd’hui, je ne défen­drai plus le Pre­mier Ministre, car il m’a lui-même convain­cue que je dois ces­ser de le faire, lorsqu’il a qua­li­fié publi­que­ment de « sur­réa­liste », c’est-à-dire d’une forme de fan­tasme, de folie, de quelque chose de cet aca­bit, comme le sou­tiennent cer­taines publi­ca­tions, le fait que j’affirme le sou­te­nir tout en refu­sant de voter ce que lui-même a été contraint de signer par le chan­tage. Il a ajou­té qu’il n’est pas un gamin et qu’il dis­pose d’autres moyens de défense.

Bien sûr, le Pre­mier Ministre a més­es­ti­mé le fait que, en sou­te­nant sa per­sonne, je ne sou­tiens pas seule­ment le cama­rade et l’ami cher, le chef du par­ti auquel j’appartiens, mais aus­si le Pre­mier Ministre du pays et le capi­tal poli­tique du pre­mier Pre­mier Ministre de gauche, du plus jeune aus­si, un capi­tal poli­tique dont je pen­sais et pense encore qu’il n’avait per­son­nel­le­ment aucun droit de le réduire à néant, car ce capi­tal poli­tique repré­sente les attentes et l’espoir d’un peuple tout entier pour quelque chose de dif­fé­rent, pour une lueur, pour le pro­grès, la cohé­rence, la digni­té.

Je suis meur­trie et attris­tée par le choix d’Alexis Tsi­pras d’ajouter son nom à la liste des pre­miers ministres des mémo­ran­dums, par son choix de lais­ser jeter en pâture aux chiens ceux de ses cama­rades qui ont expri­mé leur désac­cord avec lui, son choix de ne pas accep­ter d’être sou­te­nu par la Pré­si­dente du Par­le­ment à qui il avait per­son­nel­le­ment accor­dé sa confiance, en pleine connais­sance de ce que je fais et dis, et du fait que je ferais preuve d’originalité en res­pec­tant tout ce que j’avais décla­ré avant les élec­tions, chose que j’ai tou­jours cru qu’il le ferait lui-même, et d’accepter le sou­tien –comme ils pré­tendent le sou­te­nir- depuis si long­temps, depuis de si longs mois, mais de façon par­ti­cu­liè­re­ment intense ces der­nières semaines, des repré­sen­tants du plus ancien, du plus cor­rom­pu des régimes col­lu­sifs, mais aus­si des nou­velles recrues des aspi­rants à la col­lu­sion, de Mon­sieur Kou­ris [pro­prié­taire du jour­nal « Avria­ni »], de l ’« avria­nisme » à l’ancienne à M. Per­io­dis­ta [blog­geur] aux accoin­tances notoires, qui feignent de sou­te­nir le Pre­mier Ministre, par la dia­bo­li­sa­tion et la prise à par­tie, la psy­chia­tri­sa­tion et les attaques can­ni­bales contre des membres du Syri­za et moi-même en tant que Pré­si­dente du Par­le­ment. Face à ceux-là, je me défen­drai moi-même, mon par­cours, ma digni­té, mon exis­tence, non­obs­tant le fait que ceux qui, par leur fonc­tion ins­ti­tu­tion­nelle, avaient le devoir de le faire, quand bien même je ne le leur aurais pas deman­dé à maintes reprises au cours des der­niers mois, ne l’ont pas fait.

Mes­sieurs du gou­ver­ne­ment, vous n’avez pas le droit — et c’est la der­nière occa­sion pour vous d’endosser cette res­pon­sa­bi­li­té — de pla­cer sur les épaules du pays un nou­vel emprunt, en accep­tant le paie­ment d’une dette illé­gale. Le Pre­mier Ministre de Grèce, au len­de­main du chan­tage, nous a deman­dé, à nous tous qui croyions qu’il exis­tait des alter­na­tives, de lui sou­mettre des pro­po­si­tions. Un mois s’est écou­lé depuis lors. J’avais alors décla­ré clai­re­ment que je croyais qu’il exis­tait des alter­na­tives. J’avais dit, alors, que le Par­le­ment avait créé des alter­na­tives : il a créé la Com­mis­sion de Véri­té sur la Dette Publique qui effec­tue un audit de la dette, obli­ga­tion de tout pays pla­cé sous mémo­ran­dum, confor­mé­ment au règle­ment 472 en ver­tu duquel le pré­sent pro­jet de loi est intro­duit. Et per­sonne n’a dai­gné me dire pour quelle rai­son l’avis de cette Com­mis­sion, qui abou­tit à la conclu­sion que cette dette est illé­gale, odieuse, et insou­te­nable n’a pas été pla­cé au pre­mier plan, n’est pas deve­nu la ban­nière de la reven­di­ca­tion du gou­ver­ne­ment. Per­sonne ne m’a expli­qué pour­quoi, alors que l’avis de la com­mis­sion et le fonc­tion­ne­ment même de cette com­mis­sion sont salués par les organes com­pé­tents de l’ONU, le gou­ver­ne­ment fait comme si tout cela n’existait pas. Per­sonne ne m’a répon­du, pour quelle rai­son, alors qu’il est fait men­tion de cet avis dans le rap­port récent de la Com­mis­sion Natio­nale des Droits de l’Homme, qui sou­ligne que le peuple grec ne peut sup­por­ter encore d’autres mesures d’austérité qui consti­tuent une vio­la­tion des droits de l’homme, on ne le men­tionne même pas, on ne s’y réfère nulle part. Per­sonne ne m’a expli­qué pour quelle rai­son, alors que depuis le 25 juin, la Confé­rence des Pré­si­dents, sur requête de 55 dépu­tés du Syri­za, a déci­dé de débattre de cet avis en assem­blée plé­nière, dis­cus­sion qui per­met­trait d’ouvrir un nou­veau débat au niveau inter­na­tio­nal – nous avons de très nom­breux alliés dans le monde entier – cela consti­tue­rait en soi un évè­ne­ment mobi­li­sa­teur de forces pour le sou­tien du gou­ver­ne­ment en vue d’une meilleure solu­tion que cette abo­mi­na­tion, per­sonne ne m’a répon­du pour quelle rai­son, jusqu’à aujourd’hui, le gou­ver­ne­ment n’a pas deman­dé, n’a pas sug­gé­ré une date de débats. Je l’ai éga­le­ment deman­dé dans ma der­nière lettre au Pre­mier Ministre, le 31 juillet 2015, où je répon­dais à sa requête de fer­mer le par­le­ment jusqu’au 16 août 2015, date à laquelle le par­le­ment aurait été fer­mé ; si je n’avais été convain­cue par les assu­rances du Pre­mier Ministre que rien ne serait débat­tu au Par­le­ment, j’aurais fait pres­sion afin qu’avant-hier, le Par­le­ment débatte de cet avis-là [ndlt : de la Com­mis­sion de Véri­té sur la Dette] et non pas du Troi­sième Mémo­ran­dum. Je n’ai pas de réponse quant à la rai­son pour laquelle, alors qu’il existe un avis de la Com­mis­sion du Bureau de la Comp­ta­bi­li­té Géné­rale por­tant sur une exi­gence de la Grèce attei­gnant, selon les cal­culs les plus modé­rés, la somme de 340 mil­liards d’euros [au titre des répa­ra­tions de Guerre], et c’est une com­mis­sion créée par M. Staï­kou­ras [ndlt : ministre adjoint des finances du gou­ver­ne­ment Sama­ras], il ne s’agit pas de la com­mis­sion créée par le gou­ver­ne­ment Syri­za-ANEL, per­sonne ne me dit pour­quoi cette exi­gence n’a pas été ins­crite au bud­get, per­sonne ne m’a expli­qué les rai­sons du rejet de ma requête deman­dant que ma lettre, qui dénon­çait une vio­la­tion du fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique, soit com­mu­ni­quée à mes homo­logues et Pre­miers Ministres ; elle a été impli­ci­te­ment reje­tée, puis elle a été reje­tée par écrit par le Pré­sident de la Répu­blique, lequel, en contra­dic­tion avec ce que pré­voient les ins­ti­tu­tions, a décla­ré que mon avis concer­nant la vio­la­tion du fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique consti­tue mon point de vue stric­te­ment per­son­nel. Mais c’est le Pré­sident de la Répu­blique, et non la Pré­si­dente du Par­le­ment, qui a écrit deux essais sur les vio­la­tions de la léga­li­té démo­cra­tique par les mémo­ran­dums…

Tout cela, et bien d’autres choses encore, comme le recours aux forums com­pé­tents, aus­si bien du Conseil de l’Europe que de l’Europe et de l’ONU, ont consti­tué des pro­po­si­tions alter­na­tives, et je n’ai obte­nu aucune réponse quant aux motifs pour les­quels elles ont été reje­tées.

Je n’ai tou­jours pas de réponse, et je ne veux pas croire que la rai­son en soit l’attachement obses­sion­nel à ce qu’avait dit, selon moi de façon tout à fait som­maire, l’actuel ministre de l’Économie, M. Sta­tha­kis, à savoir que seule­ment 5% de la dette serait pré­ten­du­ment odieuse ; les conclu­sions des com­mis­sions éta­blissent qu’il n’en est rien et que nous sommes en droit de récla­mer l’annulation totale de la dette ; je ne veux pas croire ce que j’ai enten­du de la propre voix du ministre, à savoir que nous ne par­lons fina­le­ment plus de chan­tage, mais de déci­sion stra­té­gique du gou­ver­ne­ment et d’un véri­table choix.

Mes­dames et mes­sieurs les dépu­tés, chers col­lègues, il s’agit bien ici du Troi­sième Mémo­ran­dum, ce que nous ne sommes en rien habi­li­tés à voter, et qui­conque vote pour cela sait per­ti­nem­ment, pour toutes les rai­sons que je vous ai expo­sées, pour toutes nos réfé­rences mais sur­tout pour toute sa rela­tion vécue avec les mou­ve­ments de reven­di­ca­tion de pro­tec­tion des biens publics, Skou­ries, Elli­ni­ko, les aéro­ports qui sont bra­dés, a for­tio­ri irré­vo­ca­ble­ment, les orga­nismes por­tuaires, et chaque beau­té, chaque coin de notre terre, avec la DEH, l’ADMIE, cha­cune et cha­cun de nous sait per­ti­nem­ment pour­quoi nous n’avons pas le droit de voter ce mémo­ran­dum. Mes­dames et mes­sieurs les dépu­tés, le jour se levant, j’aimerais que nous puis­sions tous dire qu’il ne s’agissait que d’un cau­che­mar, que nous nous sommes réveillés et que rien de tout ce que nous avons vécu de si trau­ma­ti­sant et dou­lou­reux n’était réel. Mal­heu­reu­se­ment, il n’en va pas ain­si. Mais cela nous intime l’obligation de nous battre, non pas pour don­ner rai­son au(x) cauchemar(s), mais pour ce pour quoi, à tra­vers le temps, nous nous sommes tou­jours bat­tus : pour que les rêves prennent leur revanche.

Source de l’ar­ticle : [CATDM
->http://cadtm.org/Messieurs-du-gouvernement-vous‑n#.Vd4girmEcsk.facebook]Traduit du grec par Marie-Laure Veil­han

Voir plus loin : Dos­sier ’spé­cial Grèce’ du Comi­té pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde