En cas de succès d’un coup d’Etat au Venezuela…

Le gouvernement bolivarien a déjoué le 12 février une nouvelle tentative de coup d’Etat... des officiers de l’Armée de l’Air ont été arrêtés ainsi qu’un des organisateurs politiques – qui est aussi un des maires de Caracas.

L’«accord de tran­si­tion » Macha­do-Ledez­ma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le pro­gramme de la droite véné­zué­lienne en cas de suc­cès d’un coup d’Etat

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La droite radi­cale véné­zué­lienne, d’ins­pi­ra­tion néo­li­bé­rale et raciste, conti­nue à pré­fé­rer la voie vio­lente à la voie élec­to­rale. Ici les mul­ti­mil­lo­naires Leo­pol­do Lopez, Maria Cori­na Macha­do et Anto­nio Ledez­ma, amis de l’ex-pré­sident Uribe, et sou­te­nus par les Etats-Unis.

Cara­cas, 21 février 2015. Après seize ans de révo­lu­tion, l’extrême droite véné­zué­lienne rêve encore et tou­jours de répé­ter le coup d’Etat qui coû­ta la vie à Sal­va­dor Allende et à des mil­liers de chi­liens. Le gou­ver­ne­ment boli­va­rien a déjoué le 12 février une nou­velle ten­ta­tive au cours de laquelle des offi­ciers de l’Armée de l’Air allaient bom­bar­der (notam­ment) le siège de la télé­vi­sion lati­no-amé­ri­caine Tele­sur, l’Assemblée Natio­nale et le palais pré­si­den­tiel. Ces mili­taires ont été arrê­tés ain­si qu’un des orga­ni­sa­teurs poli­tiques – qui est aus­si un des maires de Cara­cas : Anto­nio Ledez­ma, déjà connu pour ses répres­sions d’étudiants et de jour­na­listes sous les régimes « démo­cra­tiques » d’avant la révo­lu­tion mais aus­si pour son sou­tien aux mili­taires d’extrême-droite auteurs du coup d’Etat man­qué de 2002 contre Chavez[[Voir http://www.legrandsoir.info/venezuela-qui-est-antonio-ledezma-telesur.html]]. Depuis, Ledez­ma uti­li­sait son poste de maire pour orga­ni­ser des vio­lences comme celles de 2014 qui ont cau­sé la mort de 43 citoyens véné­zué­liens (ce plan bap­ti­sé « La Sor­tie » visait à créer le chaos social pour ren­ver­ser le pré­sident élu, Nico­las Madu­ro).

Le 12 février der­nier, le coup d’état devait mener à la consti­tu­tion d’un « gou­ver­ne­ment de tran­si­tion ». Le docu­ment inti­tu­lé « Appel aux Véné­zué­liens, pour un accord natio­nal de tran­si­tion », devait être dif­fu­sé immé­dia­te­ment par le quo­ti­dien El Nacio­nal (pro­prié­taire Miguel Hen­rique Ote­ro), mais aus­si les sites inter­net d’extrême-droite, Vente Vene­zue­la (coa­li­tion d’opposition/MUD), Volun­tad Popu­lar (fon­dée par Leo­pol­do Lopez Men­do­za), d’Antonio Ledez­ma (maire de Caracas/MUD), Congre­so Ciu­da­da­no (diri­geante : Maria Cori­na Macha­do).

Maria Cori­na Macha­do, Anto­nio Ledez­ma et Leo­pol­do Lopez ont appo­sé leurs signa­tures au bas de ce mani­feste de carac­tère néo­li­bé­ral, qui devait ser­vir de base à une sup­po­sée tran­si­tion sans la moindre base consti­tu­tion­nelle, exac­te­ment comme lors du coup d’Etat contre le pré­sident Cha­vez en avril 2002. Nous avons sélec­tion­né les pas­sages-clés de ce texte, afin d’en éclai­rer ‑et le cas échéant- en appro­fon­dir le sens.

1ère cita­tion : « Pré­pa­rer et orga­ni­ser dans la trans­pa­rence, des élec­tions pré­si­den­tielles libres ».

Com­men­taire : Pour­quoi des élec­tions pré­si­den­tielles auraient-elles lieu, sachant que nous avons un pré­sident légi­time en exer­cice, dont le man­dat légal expire en 2019 ? Quel sera le sort réser­vé à Nico­las Madu­ro ? Sera-t-il arrê­té, contraint à démis­sion­ner ? Sera-t-il dans l’obligation de prendre le che­min de l’exil, sera-t-il assas­si­né ?

2. « Réta­blir dans leur auto­no­mie, les divers organes de la puis­sance publique, en dési­gner leurs repré­sen­tants par des moyens consti­tu­tion­nels, res­tau­rer le plu­ra­lisme poli­tique et la sou­ve­rai­ne­té natio­nale de l’Etat véné­zué­lien ».

Com­men­taire : en usant de moyens iden­tiques à ceux du 12 avril 2002, lorsque les dépu­tés de l’Assemblée Natio­nale, les juges de la Cour suprême de Jus­tice, le pro­cu­reur géné­ral de la Répu­blique, le Média­teur (une des ins­tances du Pou­voir Citoyen, en charge de la pro­mo­tion et de la défense des Droits de l’homme) ont été arbi­trai­re­ment des­ti­tués et rem­pla­cés au pied levé ?

3. « Mise en appli­ca­tion d’un calen­drier des­ti­né à redon­ner confiance au pays sur le plan éco­no­mique » ; « Réin­ser­tion du Vene­zue­la au sein des cir­cuits finan­ciers inter­na­tio­naux. Obte­nir en retour, le sou­tien finan­cier néces­saire, visant à sur­mon­ter les dif­fi­cul­tés ren­con­trées à court terme ».

Com­men­taire : retour aux négo­cia­tions avec le FMI (Fonds moné­taire inter­na­tio­nal), la Banque mon­diale et d’autres ins­tances inter­na­tio­nales qui condi­tionnent l’obtention de prêts à l’application de poli­tiques néo­li­bé­rales. Avec leur cor­tège de pri­va­ti­sa­tions, de licen­cie­ments mas­sifs de fonc­tion­naires, de réduc­tion, voire de sup­pres­sion des pro­grammes d’aides aux per­sonnes (pen­sions, etc.). Ceci afin de « garan­tir » aux sec­teurs dont il est ques­tion, la bonne obten­tion des aides finan­cières pré­vues.

4. « Dési­gner de nou­velles auto­ri­tés à la tête des ins­tances éco­no­miques de l’Etat, sur la base de normes et de cri­tères de com­pé­tence et de mérite ».

Com­men­taire : cette démarche sup­pose que les contraintes d’ordre tech­nique l’emportent sur la dimen­sion sociale des poli­tiques à mettre en œuvre. C’est le retour pro­gram­mé de la tech­no­cra­tie.

5. « Par­ve­nir à des accords d’indemnisation pour les dom­mages résul­tant des expro­pria­tions arbi­traires ».

Com­men­taire : toutes les terres, entre­prises et indus­tries ayant fait l’objet d’une mesure d’expropriation, ou ayant été occu­pées léga­le­ment par le gou­ver­ne­ment boli­va­rien seront res­ti­tuées à leurs anciens pro­prié­taires. Cela implique la fin des socié­tés d’économie mixte (pro­duc­tion de biens socia­le­ment utiles?), des com­munes et enti­tés assi­mi­lées.

6. « On pro­cé­de­ra à un audit de toutes les entre­prises (hors sec­teur pétro­lier), dont l’Etat s’est indû­ment empa­ré, signe de la rapa­ci­té du régime. Déci­der des formes de pro­prié­té et de ges­tion qui devront leur être appli­quées, pour assu­rer leur relance pro­duc­tive ».

Com­men­taire : pri­va­ti­sa­tion des entre­prises publiques. Licen­cie­ment des tra­vailleurs. Baisse des salaires et éli­mi­na­tion sys­té­ma­tique des avan­tages sociaux, pour répondre aux cri­tères d’« effi­ca­ci­té ».

7. « Se débar­ras­ser de la chape de plomb des mul­tiples contrôles, qui étouffe l’économie. Réins­tau­ra­tion des bases juri­diques et éco­no­miques qui atti­re­ront les inves­tis­se­ments pro­duc­tifs. Et qui assu­re­ront à l’avenir, une crois­sance stable ».

Com­men­taire : fin de la régle­men­ta­tion rela­tive aux prix des pro­duits de base ; aux trans­ports publics ; aux cli­niques et assi­mi­lées. Sup­pres­sion des méca­nismes de contrôle tels que la Loi sur les prix équi­tables ; du contrôle des changes per­met­tant l’acquisition des pro­duits ali­men­taires et des médi­ca­ments de base, pour être reven­dus à des prix abor­dables. La prio­ri­té est don­née aux inves­tis­seurs, au détri­ment des inté­rêts du peuple véné­zué­lien.

8. « Libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques. Le retour immé­diat des exi­lés sera faci­li­té. »

Com­men­taire : la libé­ra­tion (et leur par­don) accor­dée aux per­sonnes cou­pables de graves délits – c’est le cas du ban­quier Eli­gio Cede­no, de Leo­pol­do Lopez, Manuel Rosales, et de nom­breux autres – sup­pose que l’on s’ingère dans les affaires rele­vant stric­te­ment du pou­voir judi­ciaire. En effet ce n’est pas pour leurs opi­nions que ces per­sonnes ont été arrê­tées mais pour des faits rele­vant du code pénal : cor­rup­tion, orga­ni­sa­tion de vio­lences, par exemple.

7. « Sol­li­ci­ter des auto­ri­tés judi­ciaires, l’ouverture de pro­cès visant à répri­mer les délits graves com­mis sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’ancien gou­ver­ne­ment. »

Com­men­taire : A l’heure actuelle, le sys­tème judi­ciaire en place est par­fai­te­ment rôdé. Le fait que les fonc­tion­naires accu­sés d’excès de pou­voir soient jugés et sanc­tion­nés en admi­nistre la preuve. Ain­si lors des vio­lences de 2014 l’usage exces­sif de la force dans cer­tains cas a aus­si­tôt entraî­né l’arrestation des poli­ciers ou gardes natio­naux concer­nés. Ceux qui ont trem­pé dans les assas­si­nats de Juan Mon­toya (« Juan­cho »), de Bas­sil Da Cos­ta et de Geral­dine More­no, sont en passe d’être jugés. De plus, le gou­ver­ne­ment Boli­va­rien a récem­ment obte­nu que les fonc­tion­naires de Pdv­sa impli­qués dans des affaires de cor­rup­tion soient mis en déten­tion. Enfin le docu­ment dont il est ques­tion ici, menace les per­son­nels du gou­ver­ne­ment Boli­va­rien d’être per­sé­cu­tés, comme ils l’ont été en 2002. (Coup d’Etat contre Hugo Cha­vez, le pré­sident sor­tant).

8. « Com­battre l’insécurité tou­chant la popu­la­tion, devient une prio­ri­té d’Etat. Déman­tè­le­ment des réseaux cri­mi­nels qui ont pro­li­fé­ré grâce à la com­pli­ci­té du régime actuel, qui leur a assu­ré l’impunité. Trai­ter glo­ba­le­ment ces ques­tions sous l’angle de la pré­ven­tion, des actions poli­cières à mener, des pro­blèmes ren­con­trés au sein de l’administration judi­ciaire. L’objectif : mettre un terme à l’impunité, et ren­for­cer l’efficacité du sys­tème péni­ten­tiaire ».

Com­men­taire : sus­pen­sion des garan­ties consti­tu­tion­nelles, et vio­la­tion des droits humains ? Ratis­sages des quar­tiers popu­laires sui­vis d’arrestations mas­sives comme c’était le cas sous la IVème Répu­blique ? Comme par sous les régimes d’avant la révo­lu­tion, assas­si­nats camou­flés des diri­geants poli­tiques sous pré­texte de com­battre la délin­quance ?

9. « Réta­blir la capa­ci­té opé­ra­tion­nelle du sec­teur pétro­lier, et élé­va­tion signi­fi­ca­tive de la pro­duc­tion pétro­lière »

Com­men­taire : Cela sup­pose le non res­pect des quo­tas éta­blis par l’OPEP. Le Vene­zue­la se ver­rait contraint de quit­ter cette ins­tance. De rompre avec elle. Cela cau­se­rait imman­qua­ble­ment une baisse des prix du pétrole simi­laire à celle que l’on a connu sous l’ère pré-Cha­vez : 9 $ le baril. Réduc­tion des recettes, ce qui obli­ge­ra l’Etat à adop­ter des mesures néo­li­bé­rales. (Un terme est mis aux inves­tis­se­ments sociaux).

10. « Révi­sion des cadres juri­diques exis­tants, et des accords en vigueur, qui lui sont néfastes ».

Com­men­taire : Il sera mis fin aux par­te­na­riats liant le pays et les nations qui lui sont asso­ciées. Seront notam­ment visés des orga­nismes tels que : Petro­ca­ribe, UNASUR et CELAC. Les chances de par­ve­nir à l’intégration et à l’union de l’Amérique latine, en seront ame­nui­sées. Les accords assu­rant la pré­sence de méde­cins cubains au Vene­zue­la ne seront pas recon­duits. Fin éga­le­ment des accords pas­sés avec des pays tels que la Chine et la Rus­sie. Avec toutes les consé­quences que cela entraî­ne­ra sur le plan éco­no­mique.

11. « Dési­gner à la tête de Pdv­sa, un nou­vel organe de direc­tion, dont l’honnêteté et les capa­ci­tés seront recon­nues. Le bon fonc­tion­ne­ment de cette ins­tance sera ain­si garan­ti, et mis au ser­vice du pays ».

Com­men­taire : retour des cote­ries du pétrole à la tête de Pdv­sa. Avec en pers­pec­tive, sa pri­va­ti­sa­tion par­tielle, voire totale.
Je suis Tele­sur”. Par­mi les révé­la­tions sur le coup d’E­tat déjoué le 12 février, on a appris que des mili­taires comp­taient bom­bar­der cette chaîne de télé­vi­sion publique et lati­no-amé­ri­caine basée à Cara­cas. Jour­na­listes et employés (pho­to) ont reçu des mes­sages de soli­da­ri­té des mou­ve­ments sociaux de tout le conti­nent

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« Nous sommes plus de 800″. Par­mi les révé­la­tions sur le coup d’Etat déjoué le 12 février, on a appris que des mili­taires comp­taient bom­bar­der Tele­sur, chaîne de télé­vi­sion publique et lati­no-amé­ri­caine basée à Cara­cas. Jour­na­listes et employés (pho­to) ont reçu des mes­sages de soli­da­ri­té des mou­ve­ments sociaux de tout le conti­nent

12. « Recou­vrer l’exercice effec­tif de la liber­té d’expression. Retour pour le peuple, du droit à l’information sur la ges­tion de l’Etat ».

Com­men­taire : les medias d’Etat subor­don­ne­ront leur nou­velle ligne édi­to­riale, aux direc­tives impo­sées par la droite. Le peuple véné­zué­lien n’aura plus droit au cha­pitre. Les nou­velles, et la rela­tion des acti­vi­tés liées aux orga­ni­sa­tions du Pou­voir popu­laire, aux conseils com­mu­naux, et d’une manière géné­rale les opi­nions favo­rables au cha­visme, sont appe­lées à dis­pa­raître des pages du Cor­reo del Ori­no­co (Cour­rier de l’Orénoque), de Ciu­dad CCS, des radios d’Etat ou des télé­vi­sions publiques.

13. « S’assurer de la loyau­té des Forces Armées Natio­nales, et de leur appui à la Consti­tu­tion. Elles se débar­ras­se­ront de toutes formes d’ingérence venant de l’extérieur de leurs rangs, et se pré­ser­ve­ront de toute acti­vi­té poli­tique par­ti­sane. »

Com­men­taire : Pour­quoi se réfère-t-on ici, aux Forces Armées Natio­nales, et non pas aux Forces Armées Natio­nales boli­va­riennes ? Pour­quoi en a‑t-on déli­bé­ré­ment sous­trait le terme « boli­va­riennes » ? Qui va juger de la loyau­té de la FANB envers la Consti­tu­tion ? Puisqu’il est pré­ci­sé que ces der­nières devront s’abstenir de toute acti­vi­té poli­tique par­ti­sane, est-il envi­sa­gé de reti­rer le droit de vote aux mili­taires ?

14. « Amor­cer un pro­ces­sus de dépo­la­ri­sa­tion poli­tique, menant à la récon­ci­lia­tion natio­nale. »

Com­men­taire : Quel sens accor­der à l’expression « dépo­la­ri­sa­tion poli­tique » ? Inter­di­ra- t‑on de se réfé­rer au cha­visme et à la révo­lu­tion, au motif que ce genre de dis­cus­sion porte ombrage à la dépo­la­ri­sa­tion escomp­tée, et à la récon­ci­lia­tion natio­nale ? Impo­se­ra-t-on comme par le pas­sé, la cen­sure aux forces de gauche ?

15. « Res­tau­rer à très court terme, un appro­vi­sion­ne­ment suf­fi­sant en matière d’alimentation, mais aus­si en ce qui concerne les pro­duits de consom­ma­tion cou­rante des­ti­nés aux foyers. Pal­lier le pro­blème des pièces déta­chées, mais aus­si des four­ni­tures qui font défaut, et qui nuisent au bon fonc­tion­ne­ment des chaînes de dis­tri­bu­tion ».

Com­men­taire : A pre­mière vue, cela semble très simple : il suf­fi­ra de deman­der aux entre­prises concer­nées, d’abandonner leur pra­tique de réten­tion actuelle, et de ces­ser les actions qui consistent à faire par­tir frau­du­leu­se­ment vers la Colom­bie, les mar­chan­dises des­ti­nées au mar­ché inté­rieur véné­zué­lien. Nous ne serions pas sur­pris si ce genre de réta­blis­se­ment accom­pa­gnait des mesures telles que la libé­ra­tion des prix des prin­ci­paux pro­duits de consom­ma­tion cou­rante, et l’annulation de la Loi sur les Prix équi­tables. Ce qui n’apparaît pas dans le docu­ment.

16. Toute réfé­rence à Simon Boli­var est sup­pri­mée : on parle des « Forces armées Natio­nales » (en lieu et place de « Forces armées Natio­nales Boli­va­riennes ».) On recourt par ailleurs, à « Vene­zue­la », au détri­ment de « Répu­blique Boli­va­rienne du Vene­zue­la ». Or, c’est exac­te­ment ce qui est arri­vé le 12 avril 2002, lorsque sur les ins­tances de l’éphémère dic­ta­teur Pedro Car­mo­na, patron du « MEDEF » véné­zué­lien, on reti­ra le por­trait de Boli­var du Palais pré­si­den­tiel de Mira­flores.

17. Le docu­ment fait très peu état des inves­tis­se­ments sociaux réa­li­sés, prête bien peu d’attention aux pauvres et aux pré­caires, y com­pris les enfants, les ado­les­cents. Pas plus qu’aux per­sonnes âgées, aux handicapé(e)s, et à ceux dont l’état de san­té, requiert un trai­te­ment par­ti­cu­lier. A rebours, les prio­ri­tés affi­chées sont clai­re­ment défi­nies : « atti­rer les inves­tis­se­ments pro­duc­tifs », « réin­ser­tion du Vene­zue­la au sein des cir­cuits finan­ciers inter­na­tio­naux ». « Redon­ner confiance au pays ».

Aucune men­tion n’est faite de l’enseignement public gra­tuit. Et ce, quels que soient les niveaux exis­tants : pri­maire, secon­daire, uni­ver­si­taire. Aucune garan­tie n’est don­née aux éta­blis­se­ments uni­ver­si­taires publics, créés sous la révo­lu­tion (Une­fa, UBV, Unearte, uni­tés sport-études) quant à leur ave­nir. Il en est de même en ce qui concerne les uni­ver­si­tés ayant béné­fi­cié d’importants réamé­na­ge­ments (Simon Boli­var, Romu­lo Gal­le­gos, etc.).

Pour les pen­sions ver­sées aux retrai­tés, aux per­sonnes âgées, à celles qui sont atteintes d’un han­di­cap, le flou sub­siste. Les pro­jets et Mis­sions sociales tels que les « Madres del Bar­rio » (« Les Mères des quar­tiers »), ne sont pas mieux lotis : aucune pré­ci­sion quant au sort qui leur est réser­vé. Aucune men­tion rela­tive à la défense du salaire mini­mum, et à son indexa­tion sur le coût de la vie (infla­tion). Au Vene­zue­la, à 28 reprises durant ces 15 der­nières années, le salaire mini­mum a été revu à la hausse. Par ailleurs, on ignore ce qu’il advien­dra des nom­breux acquis obte­nus par le monde du tra­vail, notam­ment à tra­vers la mise en appli­ca­tion de la nou­velle Loi du Travail[[Sur la Loi du Tra­vail en vigueur au Vene­zue­la, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/]]. La sécu­ri­té de l’emploi n’est pas garan­tie.

Par consé­quent, il semble bien que la recon­duc­tion du décret sur la sécu­ri­té de l’emploi soit remise en cause. Renou­ve­lé tous les ans par le pré­sident Cha­vez et son suc­ces­seur Nico­las Madu­ro, ce décret pro­tège tant les tra­vailleurs des entre­prises pri­vées, que publiques. Les employés et les tra­vailleurs du sec­teur public, voient éga­le­ment la sta­bi­li­té de leur emploi remise en ques­tion.

Un flou artis­tique enve­loppe aus­si l’engagement de mener à son terme, la construc­tion de 100 000 loge­ments (Gran Mision Vivien­da Vene­zue­la). Ce pro­jet ayant béné­fi­cié d’un fort volon­ta­risme d’Hugo Cha­vez et de son suc­ces­seur, le pré­sident Nico­las Madu­ro.

19. A aucun moment dans ce docu­ment, il n’est fait men­tion du Pou­voir Popu­laire. Les diverses ins­tances de coges­tion en acti­vi­té à ce jour (les Conseils com­mu­naux ; Com­munes, Comi­tés tech­niques (de l’eau…) ; les Entre­prises de Pro­duc­tion sociale (EPS), etc.) sont logées à la même enseigne. De fait, toutes ces formes de pro­prié­té mixte ins­tau­rées par le gou­ver­ne­ment boli­va­rien sont sur la sel­lette. On ne sait pas si elles seront main­te­nues ou non. Le silence est éga­le­ment fait sur l’avenir que l’on réserve au pro­jet Canai­ma Edu­ca­ti­va (Cana­mai­tas), dont la mise en œuvre a per­mis aux jeunes véné­zué­liens, d’accéder à des mil­lions de logi­ciels (et ordi­na­teurs por­tables) mis gra­tui­te­ment à leur dis­po­si­tion.

20. Dans le docu­ment en ques­tion, nulle part il n’est fait allu­sion à la défense et à la pro­mo­tion des droits des femmes, à l’appui dont devraient conti­nuer à béné­fi­cier les mou­ve­ments sociaux, les col­lec­tifs de pay­sans, LGBT (mou­ve­ment les­bien, gay, bisexuel et trans­sexuel), les groupes éco­lo­gistes, les défen­seurs de la cause ani­male. Qu’en sera-t-il du main­tien de la sou­ve­rai­ne­té acquise en matière de tech­no­lo­gie, en ce qui concerne les logi­ciels libres ? Qu’en sera-t-il enfin, de ces innom­brables mou­ve­ments qui auront fait l’objet d’un sou­tien de la part de la Révo­lu­tion boli­va­rienne ?

21. Enfin, à lire ce document[[“C’est l’heure d’anéantir Madu­ro, le reste tom­be­ra de son propre poids” : les visages du coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/%C2%A8cest-lheure-daneantir-maduro-le-reste-tombera-de-son-propre-poids%C2%A8-les-visages-reveles-du-plan-de-coup-detat/]], per­sonne ne sait ce qu’il advien­dra des man­dats de ceux/celles qui assument à ce jour une charge élec­tive issues de scru­tins popu­laires, qu’ils soient issus de la démo­cra­tie directe (assem­blées) ou d’élections à bul­le­tins secrets.

Lui­gi­no Brac­ci

Source : http://www.aporrea.org/actualidad/a202900.html

Tra­duc­tion : Jean-Marc del Per­cio

Source en FR : Vene­zue­lain­fos


Notes :