Espagne : Le Ministère de l’Intérieur projette de qualifier la résistance passive d’attentat contre l’autorité.

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Le Ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, annonce que le fait d’organiser des rassemblements protestataires par Internet sera qualifié de « délit de participation à une organisation criminelle ».

Le gou­ver­ne­ment de Maria­no Rajoy est conscient que le déman­tè­le­ment du sys­tème social ain­si que la réforme du tra­vail vont conti­nuer de dur­cir le cli­mat insur­rec­tion­nel pré­sent dans les rues. Cela est appa­ru net­te­ment lors des mobi­li­sa­tions des Indi­gnés du 15‑M [1], des étu­diants du « Prin­temps Valen­cien » et de la grève géné­rale du 29 mars 2012. Face à l’escalade de la ten­sion sociale, l’Exécutif a déci­dé de « réfor­mer en pro­fon­deur » le Code Pénal, la loi de Pro­cé­dure Cri­mi­nelle et la Loi Orga­nique de Pro­tec­tion de la Sécu­ri­té des citoyens.

Aujourd’hui, au cours de la séance de contrôle du Congrès, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernán­dez Díaz a jus­ti­fié ce dur­cis­se­ment en allé­guant la néces­si­té de lut­ter contre ce qu’il appelle « une spi­rale de vio­lence » pra­ti­quée par ce qu’il a qua­li­fié de « col­lec­tifs anti-sys­tème » qui pra­tiquent des « tech­niques de guerre urbaine », selon Euro­pa Press. Mais la légis­la­tion dépasse lar­ge­ment la mise au pas des pro­tes­ta­taires, elle vise la mise en place d’une bat­te­rie de res­tric­tions des droits.

Le but de toutes les mesures qui ont été annon­cées ces der­niers jours, et de celle que le Ministre de l’Intérieur a pré­sen­tée aujourd’hui est de ren­for­cer le main­tien de l’ordre public. Par­mi ces mesures, le dur­cis­se­ment des sanc­tions contre la vio­lence de la rue par l’application de la légis­la­tion anti-ter­ro­riste conçue pour trai­ter les cas de kale bor­ro­ka [2] au Pays Basque, et le rap­port direct éta­bli avec les affron­te­ments sur­ve­nus à Bar­ce­lone au cours de la grève du 29‑M [3]. Il s’agit de faire en sorte que « le sys­tème ins­pire davan­tage la peur aux gens », comme l’a dit la semaine der­nière le Concel­ler [4] de l’Intérieur, le Cata­lan Felip Puig.

Cepen­dant, les pro­tes­ta­taires ne sont pas la cible unique des réformes que pro­posent les conser­va­teurs. Une autre de leurs pro­po­si­tions est de qua­li­fier la résis­tance pas­sive ou for­te­ment active de « délit d’attentat contre l’autorité ». Ceci est une réfé­rence claire aux mobi­li­sa­tions estu­dian­tines de Valence et au Mou­ve­ment 15‑M. Avec cette légis­la­tion, pour­raient être condam­nées pour atten­tat toutes les per­sonnes par­ti­ci­pant aux mobi­li­sa­tions des Indi­gnés, qui le plus sou­vent sont orga­ni­sées sans noti­fi­ca­tion préa­lable à la Délé­ga­tion [5] du Gouvernement.

La par­ti­ci­pa­tion à ces mani­fes­ta­tions ne sera pas le seul acte à être répri­mé. La réforme pro­po­sée pré­voit que sera consi­dé­ré comme « délit d’appartenance à une orga­ni­sa­tion cri­mi­nelle » le fait de dif­fu­ser via Inter­net et les réseaux sociaux les appels à des ras­sem­ble­ments « pro­tes­ta­taires sus­cep­tibles d’altérer gra­ve­ment l’ordre public », ce qui concerne tous ceux qui n’auraient pas été noti­fiés et qui s’accompagneraient du refus de vider les lieux mal­gré l’avertissement de la Police. Exac­te­ment ce qui s’est pas­sé le 15 mai 2011 et les jours qui ont sui­vi, place de la Puer­ta del Sol à Madrid.

L’Espagne a le taux de déte­nus le plus éle­vé d’Europe Occi­den­tale et les indices de cri­mi­na­li­té les plus bas. Néan­moins, seront incluses aus­si « toutes les formes d’agression » attaque vio­lente à l’encontre d’un poli­cier, les menaces et com­por­te­ments syno­nymes d’intimidation ou le jet de pro­jec­tiles dangereux.

Une autre mesure, signa­lée par Euro­pa Press, per­met­tra de consi­dé­rer comme cir­cons­tance aggra­vante le fait de per­pé­trer ces actions vio­lentes dans des mani­fes­ta­tions ou des ras­sem­ble­ments. Sera consi­dé­ré comme délit contre­ve­nant à l’ordre public le fait de péné­trer dans des éta­blis­se­ments publics ou d’entraver l’accès à ces der­niers. En consé­quence, la quan­ti­té des dégâts comp­ta­bi­li­sée sera éten­due non seule­ment à ceux com­mis dans ces éta­blis­se­ments mais aus­si à ceux engen­drés par l’interruption du ser­vice public.

Bien que le Ministre de l’Intérieur ait décla­ré : « Il ne s’agit pas seule­ment de répondre avec le Code Pénal à des ini­tia­tives de gué­rilla urbaine qui tendent à pro­li­fé­rer dans nos rues, mais il ne s’agit pas non plus de nous ins­tal­ler dans une béa­ti­tude juri­dique », l’Espagne pos­sède déjà un Code Pénal dur par rap­port à celui des autres pays européens.

Il est de fait qu’actuellement, l’Espagne pos­sède le taux de déte­nus le plus éle­vé de toute l’Europe occi­den­tale. En revanche, ses indices de cri­mi­na­li­té sont, pour le moment, par­mi les plus bas.

Luis Gimé­nez San Miguel

Madrid le 11/04/2012

http://www.publico.es/espana/429078/interior-considerara-la-…

Tra­duc­tion : Simone Bos­veuil-Per­to­sa pour LGS

[1] NdT Mou­ve­ment du 15 mai 2011

[2] NdT Lutte de la rue, en basque

[3] NdT Grève géné­rale du 29 mars 2012

[4] NdT Ministre du Gou­ver­ne­ment de la Gene­ra­li­tat de Catalogne

[5] NdT Organe du gou­ver­ne­ment cen­tral dans les Com­mu­nau­tés autonomes

Source : http://www.legrandsoir.info/espagne-le-ministere-de-l-interieur-projette-de-qualifier-la-resistance-passive-d-attentat-contre-l-autorite-publico.html