Étudiants du Chili : Jusqu’à quand allons nous attendre ?

Camila Vallejo : Le gouvernement ne peut plus ignorer que son système a échoué. Récupérer l'éducation publique est urgent pour le Chili et ses élèves continueront à se mobiliser jusqu'à ce que ce but soit atteint.

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Nous vivons les mobi­li­sa­tions d’é­tu­diants uni­ver­si­taires les plus impor­tants de la der­nière décen­nie. Tous les étu­diants se sont unis autour de la Confé­dé­ra­tion des étu­diants du Chi­li (CONFECH), ils sont mobi­li­sés en per­ma­nence avec des grèves et des occu­pa­tions com­men­cées il y a quelques semaines. Nos demandes ont été sou­te­nues et enri­chis­se­ment par plu­sieurs acteurs sociaux comme le Col­lège des Pro­fes­seurs, Fédé­ra­tion étu­diante des uni­ver­si­tés pri­vées, les élèves du secon­daire, les rec­teurs d’u­ni­ver­si­tés, Com­mu­nau­té aca­dé­mique, employés des Uni­ver­si­tés, les tra­vailleurs se sont réunis autour de la CUT et l’ANEF, fonc­tion­naires de la Junaeb et du minis­tère de l’É­du­ca­tion, et des citoyens en géné­ral.

Cette large conver­gence est prin­ci­pa­le­ment due à la por­tée de nos reven­di­ca­tions. Nous avons dénon­cé la crise dans l’en­sei­gne­ment supé­rieur, qui est tein­té de mau­vaise qua­li­té dans de nom­breux éta­blis­se­ments, l’ac­cès limi­té aux sec­teurs les plus vul­né­rables, l’excessive sur­en­det­te­ment des familles, l’af­fai­blis­se­ment du rôle de l’É­tat et de ses ins­ti­tu­tions, la géné­ra­tion du pro­fit –hors la loi– de la part de nom­breuses ins­ti­tu­tions pri­vées et l’in­ter­dic­tion expli­cite de la par­ti­ci­pa­tion de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire dans le déve­lop­pe­ment des ins­ti­tu­tions.

Avec la mise en évi­dence de cette crise his­to­rique qui entraîne l’en­sei­gne­ment supé­rieur et les pro­po­si­tions que nous pro­po­sons pour résoudre l’é­tat d’ap­pau­vris­se­ment dans lequel se trouvent les étu­diants uni­ver­si­taires, nous avons mis au centre de notre plainte deux élé­ments pré­sents dans l’ensemble du sys­tème édu­ca­tif et c’est ce qui a per­mis une large conver­gence sociale men­tion­nés ci-des­sus : l’a­ban­don de l’É­tat chi­lien d’un droit humain fon­da­men­tal, comme l’est l’éducation ain­si que le rôle clé, presque hégé­mo­nique, du monde de l’en­tre­prise dans le monde édu­ca­tif, qui a pro­fi­té et s’est enri­chies par plus de 30 ans, avec les rêves et les attentes de mil­liers de jeunes et des familles au Chi­li.

Nos pro­po­si­tions pour avan­cer vers une réforme de l’en­sei­gne­ment supé­rieur sont connues des citoyens : la recon­nais­sance de l’é­du­ca­tion comme un droit social uni­ver­sel dont l’E­tat doit prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés et en être le garant ; accès à l’en­sei­gne­ment supé­rieur avec équi­té, qua­li­té et conti­nui­té pour tous, aug­men­ter le finan­ce­ment public des uni­ver­si­tés d’E­tat afin de per­mettre leur déve­lop­pe­ment scien­ti­fique, artis­tique et huma­niste dans les domaines de la recherche, de l’en­sei­gne­ment et du déve­lop­pe­ment, le plu­ra­lisme et la démo­cra­ti­sa­tion des ins­ti­tu­tions d’en­sei­gne­ment supé­rieur ain­si qu’un rôle actif et de contrôle du sys­tème pri­vé, où l’on inter­dise le pro­fit réel, la régu­la­ri­sa­tion des tarifs et des pro­jets édu­ca­tifs pour le bien-être des étu­diants et du pays, et non des inté­rêts par­ti­cu­liers.

Le gou­ver­ne­ment et le ministre de l’É­du­ca­tion, Joa­quin Lavin, ont pris connais­sance de nos reven­di­ca­tions. En réponse, le ministre as d’a­bord fait la sourde oreille qua­li­fiant notre mou­ve­ment comme non repré­sen­ta­tif, mino­ri­taire et sans demandes claires. La force et la puis­sance de nos reven­di­ca­tions et des pro­tes­ta­tions l’ont ame­né à voir et à sup­po­ser qu’il fai­sait face à un acteur prêt à contes­ter la pro­fon­deur de l’é­du­ca­tion depuis ses piliers. Puis, il s’est dit prêt à dis­cu­ter avec ceux qu’au pre­mier abord il a nié. Mal­heu­reu­se­ment, ses réponses n’ont pas jus­qu’i­ci mon­tré une quel­conque volon­té de prendre des enga­ge­ments pour res­tau­rer l’é­du­ca­tion publique et de faire appli­quer la loi inter­di­sant le pro­fit auprès de l’é­du­ca­tion. Jusqu’à quand allons nous attendre une réponse basée sur un enga­ge­ment fort pour récu­pé­rer l’é­du­ca­tion publique ? Nous ne sommes pas prêts à bais­ser les bras et conti­nue­ront à être mobi­li­sés afin d’obtenir des enga­ge­ments concrets, et n’accepterons plus des invi­ta­tions à un dia­logue de sourds.

Nous avons vécus de trop nom­breuses années d’a­ban­don et de pré­ca­ri­té. Les étu­diants au Chi­li se joignent au mou­ve­ment qui sou­lève cette cause et espé­rons conver­ger avec tous les acteurs sociaux pour construire un seul mou­ve­ment social uni­fié qui exige une nou­velle édu­ca­tion au Chi­li, publique et au ser­vice du peuple. C’est pour­quoi ce jeu­di 16 juin la Confé­dé­ra­tion des Etu­diants du Chi­li ensembles avec les fédé­ra­tions d’é­ta­blis­se­ments pri­vés et du Col­lège des ensei­gnants ont appe­lé à une nou­velle jour­née natio­nale de mobi­li­sa­tion auquel ont déjà répon­du divers acteurs sociaux et devrait désor­mais entrer dans l’his­toire comme l’un des mou­ve­ments sociaux les plus mas­sifs avec une diver­si­té d’acteurs sociaux, c’est la conti­nui­té d’un pro­ces­sus qui conti­nue de croître.

Le gou­ver­ne­ment ne peut plus igno­rer que son sys­tème a échoué. Récu­pé­rer l’é­du­ca­tion publique est urgent pour le Chi­li et ses élèves conti­nue­ront à se mobi­li­ser jus­qu’à ce que ce but soit atteint.

Nous invi­tons tous à construire ensemble le che­min qui nous mène­ra à une patrie meilleure, où l’é­du­ca­tion est un véri­table outil de trans­for­ma­tion, de la jus­tice et la liber­té pour nos peuples et son déve­lop­pe­ment social.

Par Cami­la Val­le­jo, Pré­si­dente de la Fech

Tra­duc­tion : ZIN TV