La Syrie : un autre concept erroné

President Bachar el Assad : Le problème des pouvoirs occidentaux en général, notamment des États-Unis, c’est qu’ils manquent de vision (...) et ils se sont trompés en Irak, en Afghanistan, dans la lutte contre le terrorisme.

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Illus­tra­tion par Lio­nel Pirault

Source de l’ar­ticle : Gran­ma Cuba

La Havane. 15 Décembre 2011 Angie Todd

LA SYRIE est le cœur du Moyen-Orient, sur le plan géos­tra­té­gique et natio­na­liste. Elle par­tage des fron­tières avec l’Irak, le Liban, l’Israël, la Tur­quie et l’Iran, avec lequel elle main­tient une forte alliance, récem­ment réaf­fir­mée par le pré­sident Ahma­di­ne­jad dans le contexte de l’agression accen­tuée de l’Europe et des États-Unis, quand il a affir­mé que son pays ne per­met­trait aucune ingé­rence étran­gère.

La Syrie a tou­jours été un allié déter­mi­né de la Pales­tine, avec plus de 472 000 réfu­giés de ce pays ; elle a per­du des ter­ri­toires, qu’elle conti­nue de récla­mer, sur les pla­teaux du Golan, occu­pés par Israël pen­dant la guerre d’expansion israé­lo-arabe de 1967.

La Consti­tu­tion syrienne de 1973 défi­nit offi­ciel­le­ment le pays comme un État socia­liste laïque, avec l’Islam comme reli­gion majo­ri­taire. Depuis lors, elle a pu main­te­nir un État aux diverses croyances, y com­pris des Chré­tiens coptes, des Juifs, et d’autres branches de l’Islam, avec un déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social conti­nu, mal­gré les sanc­tions impo­sées par les États-Unis à la fin des années 70, quand la Syrie fut décla­ré pays pro­mo­teur du ter­ro­risme.

La posi­tion géos­tra­té­gique de la Syrie l’a pla­cée dans la ligne de mire des États-Unis et de ses alliés euro­péens avec deux objec­tifs : en pre­mier lieu affai­blir la résis­tance contre Israël et iso­ler l’Iran, et en second lieu, contrô­ler le Moyen-Orient et l’approvisionnement pétro­lier de la région.

L’explosion de la vio­lence en Syrie au mois de mars, comme dans le cas de la Libye, n’a été ni spon­ta­née ni fon­da­men­ta­le­ment natio­na­liste dans son conte­nu, mais elle a per­mis aux États-Unis de pro­fi­ter des vents qui souf­flaient dans la région pour les uti­li­ser à son pro­fit, à savoir pour ten­ter de rem­pla­cer le gou­ver­ne­ment syrien par un gou­ver­ne­ment plus docile.

Même s’il existe une oppo­si­tion en Syrie, depuis le début le conflit civil dans le pays a été ali­men­té par des forces exté­rieures. Toutes les luttes armées ont d’abord com­men­cé dans des villes proches des fron­tières, exac­te­ment comme cela s’était pas­sé à Ben­gha­zi en Libye. Il n’est pas éton­nant que très peu d’informations appa­raissent sur Inter­net concer­nant les infil­tra­tions de forces d’élite dans le but de désta­bi­li­ser le pays. L’opposition cepen­dant est très frag­men­tée, elle manque d’un pro­gramme popu­laire et d’une idéo­lo­gie cohé­rente, et elle a pour lea­der un ancien exi­lé syrien en France.

Dans le contexte de ce conflit natio­nal, la Syrie a lan­cé une consul­ta­tion popu­laire sur les réformes consti­tu­tion­nelles en vue des élec­tions par­le­men­taires de février 2012 – les pré­si­den­tielles sont pré­vues en 2014 – ain­si que sur les réformes sociales et les négo­cia­tions pour par­ve­nir à une solu­tion paci­fique, en même temps qu’elle insiste sur le res­pect de sa sou­ve­rai­ne­té dans la réso­lu­tion des pro­blèmes natio­naux. En novembre, la Syrie a pro­tes­té offi­ciel­le­ment contre les États-Unis pour ses inter­ven­tions dans les affaires internes du pays.

Comme ce fut le cas en Libye, les grands médias ont joué le rôle pré­vu, en par­ti­cu­lier depuis l’explosion de la vio­lence armée en Syrie. Ini­tia­le­ment, ils ont déli­bé­ré­ment pré­sen­té comme des arres­ta­tions de civils l’arrestation de per­sonnes impli­quées dans des actes de vio­lence contre l’État et, la situa­tion évo­luant, ils ont pré­sen­té des membres de groupes ter­ro­ristes tués par les forces de l’ordre syriennes, ou des morts de ces forces comme de simples civils.

La cam­pagne de dés­in­for­ma­tion sur la Libye après Kadha­fi s’est ren­for­cée, reflé­tant com­ment les pou­voirs néo-colo­nia­listes à l’OTAN et les États-Unis ont sou­mis les Nations unies à leur volon­té de détruire ce pays sans avoir à impli­quer leur forces armées sur le ter­rain, tout en pré­voyant l’extension de ce nou­veau modèle de guerre « réus­si » en Syrie.

Ils ont pas­sé sous silence les mani­fes­ta­tions mas­sives et crois­santes de sou­tien au gou­ver­ne­ment de Syrie à Damas et dans d’autres grandes villes. Les der­nières dépêches concer­nant la mort de mil­liers de civils, accep­tées sans que les Nations Unies et Amnis­tie inter­na­tio­nale n’enquêtent sur leur véra­ci­té, ont été extrê­me­ment exa­gé­rées, et basées sur une seule enquête télé­pho­nique sur les meurtres sup­po­sés de Syriens qui en réa­li­té sont bien vivants. Les mani­fes­ta­tions contre l’intervention de la Ligue Arabe à la fin du mois de novembre étaient en réa­li­té un mou­ve­ment de sou­tien popu­laire qui réunis­sait plus de 1,6 mil­lions de per­sonnes. Silence total sur ce sujet.

Après le désastre ins­truc­tif de la Libye, le sou­tien de la Rus­sie, de la Chine et d’autres pays émer­gents à une solu­tion paci­fique régio­nale du conflit syrien a empê­ché une inter­ven­tion mili­taire, mais l’ONU a impo­sé de fortes sanc­tions et la majo­ri­té docile de la Ligue Arabe s’est mobi­li­sée pour pro­mou­voir et légi­ti­mer une inter­ven­tion impé­ria­liste aux yeux de l’opinion publique inter­na­tio­nale.

Le 7 décembre, le pré­sident Bachar el Assad a accor­dé une inter­view à Bar­ba­ra Wal­ters, de la chaîne nord-amé­ri­caine ABC, dont le ton hos­tile fai­sait par­tie de la pro­pa­gande habi­tuelle. À un moment de l’émission, réa­li­sée en anglais, Bar­ba­ra Wal­ters a deman­dé au pré­sident : « Selon vous, quel est le concept le plus erro­né de mon pays à l’égard de ce qui se passe ici, s’il est vrai qu’il y a un concept erro­né ? »

Et le pré­sident el Assad de répondre avec pers­pi­ca­ci­té : « Un concept erro­né sur beau­coup de choses … il y a tant de faits déna­tu­rés dans les médias. Mais, le plus impor­tant, telle l’accumulation de ces faits, c’est qu’ils n’ont pas de vision. Le pro­blème des pou­voirs occi­den­taux en géné­ral, notam­ment des États-Unis, c’est qu’ils manquent de vision – pour le moins de ma région, je ne vais pas par­ler du reste du monde –, et ils se sont trom­pés en Irak, en Afgha­nis­tan, dans la lutte contre le ter­ro­risme. »


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La Syrie sous la ter­reur et le gou­ver­ne­ment Har­per conti­nue la dés­in­for­ma­tion par Fida DAKROUB (Le Grand Soir)

Le ven­dre­di 23 décembre 2011, un double atten­tat ter­ro­riste a frap­pé le cœur de la capi­tale syrienne, Damas, mas­sa­crant hommes, femmes et enfants, lais­sant 44 morts et 166 bles­sés. Ce double atten­tat a ensan­glan­té la veille de Noël au seul pays arabe – après le Liban – qui offre encore, aux mino­ri­tés chré­tiennes, le même sta­tut de citoyen­ne­té que celui de la majo­ri­té musul­mane.

Du double atten­tat ter­ro­riste

Des corps étaient déchi­rés en mor­ceaux et des voi­tures ren­dues en cendre. Pour­tant, les puis­sances impé­ria­listes, et der­rière elles les hâbleurs média­tiques, ont choi­si de se mon­trer indif­fé­rentes envers ce crime bar­bare contre l’humanité, et qui porte, sans doute aucun, le modus ope­ran­di d’Al-Qaïda.

L’impérialisme mon­dial, por­teur de l’étendard des « droits de l’homme » – au niveau de son dis­cours idéo­lo­gique – a refu­sé de clas­si­fier ces attaques sau­vages, qui ne dif­fèrent plus – du point de vue des cibles atta­quées – des atten­tats ter­ro­ristes bap­ti­sés par Al-Qaï­da, par­tout dans le monde. Nous par­lons des mul­ti attaques qui ont tant ter­ro­ri­sé le monde entier, mais sur­tout l’Irak, où Al-Qaï­da applique, depuis l’invasion du pays par les legiones de l’Empire état­su­nien, un plan d’élimination sys­té­ma­tique des mino­ri­tés chré­tiennes, mais aus­si des musul­mans chiites qui, même s’ils sont majo­ri­taires en Irak, ne comptent que 5 % des musul­mans au monde, majo­ri­tai­re­ment sun­nites.

Noël à Otta­wa, Enfer à Damas

Le Noël du Bon­heur fut arri­vé, fête char­mante à Otta­wa, la neige cou­ron­nait la Col­line du Par­le­ment, les arbres furent tom­bés dans un long som­meil hiver­nal, et par­tout où il y avait des gens qui confon­daient l’auxiliaire être et l’auxiliaire avoir [1] , on se pré­pa­rait à répandre, en une seule nuit, le Saint-Esprit de la dés­in­for­ma­tion sur toute la pro­vince de l’Ontario.

En dépit de cette belle image, très roman­tique, le gou­ver­ne­ment Har­per sem­blait plus pré­oc­cu­pé par la dia­bo­li­sa­tion du régime syrien que par l’observation des écu­reuils, très mignons, qui sau­taient d’un arbre à l’autre, cher­chant des traces de noi­settes sur la Col­line du Par­le­ment.

Le gou­ver­ne­ment Har­per a jeté, d’une façon indi­recte, le blâme sur le régime syrien pour les attaques ; et s’est enga­gé dans un « débat byzan­tin », visant à incri­mi­ner le pré­sident syrien, Bashar al-Assad, au lieu de condam­ner les bar­bares qui avaient exé­cu­té cet acte sau­vage.

Ce qui est éton­nant, mais pas nou­veau, dans cette his­toire de dia­bo­li­sa­tion, c’est que la machi­na­tion média­tique impé­ria­liste pro­page, sans cesse, que le régime syrien se cache der­rière cet acte de bar­ba­risme. Pour­quoi ? Parce que le régime veut accu­ser « l’opposition » !

Plau­dite ! Applau­dis­sez, la farce se joue !

Déso­lé chers met­teurs en scène et scé­na­ristes, mais la moindre chose à dire à pro­pos de ce juge­ment c’est qu’il est bizarre, ridi­cule et irra­tion­nel.

À Hama, les insur­gés coupent bras et jambes de ceux qui refusent de par­ti­ci­per à ce « ban­quet de sang » dit « réformes démo­cra­tiques ». Deux citoyens et un élé­ment des forces du main­tien de l’ordre étaient tom­bés par le feu d’un groupe armé. Aus­si, deux citoyens ont été tués par balles des groupes armés dans les rues de Hama [2]. De même, un groupe armé a ouvert le feu sur un citoyen dans son maga­sin à Hama, pour n’avoir pas par­ti­ci­pé à la grève que les groupes armés ten­taient de l’imposer. Un autre groupe armé a tiré sur un autre citoyen, devant sa mai­son près de la mos­quée. Il a suc­com­bé à ses bles­sures [3].

À Homs, les groupes armés conti­nuent l’enlèvement de ceux qui appar­tiennent aux groupes mino­ri­taires eth­niques et reli­gieux, mais aus­si de ceux appar­te­nant au groupe majo­ri­taire, parce qu’ils ne jus­ti­fient pas les méthodes bar­bares qu’on applique dans les rues. Aus­si, un groupe armé a visé un bus de l’hôpital natio­nal de Homs et tué le direc­teur de l’entrepôt des médi­ca­ments [4].

À Damas, des voi­tures pié­gées ont frap­pé au cœur de la for­te­resse du régime, tour­nant le Noël blanc en Enfer rouge. Un insur­gé a avoué avoir dépo­sé un engin explo­sif au-des­sus d’une voi­ture pri­vée dans une rue à Damas, mais la pro­vi­dence et la pru­dence des forces de sécu­ri­té inté­rieure ont mis en échec l’attentat [5] .

À l’étranger, les mous­que­taires du Conseil natio­nal syrien conti­nuent tou­jours à invi­ter les legiones de l’Empire à s’intervenir dans les affaires internes du pays [6].

De l’annonce d’Ottawa

Le moment a été bien choi­si. Le jour même du double atten­tat à Damas, le gou­ver­ne­ment Har­per a annon­cé une nou­velle série de sanc­tions contre la Syrie. Par consé­quent, le Cana­da inter­dit désor­mais toutes les impor­ta­tions syriennes, à l’exception de pro­duits ali­men­taires, et tout inves­tis­se­ment en Syrie, ain­si que les expor­ta­tions vers ce pays de tout équi­pe­ment de sur­veillance télé­pho­nique et infor­ma­tique, a indi­qué le chef de la diplo­ma­tie cana­dienne, John Baird [7].

En outre, Otta­wa a ajou­té de nou­velles per­sonnes et enti­tés, asso­ciées au régime du pré­sident Bachar al-Assad, à la liste de celles frap­pées par le gel de leurs avoirs et l’interdiction de toute tran­sac­tion avec elles. Il s’agit de la qua­trième série de sanc­tions adop­tées par le Cana­da depuis le début du conflit en Syrie, en mars 2011.

À preuve, le ministre des Affaires étran­gères, John Baird, a dénon­cé « la vio­lence insen­sée contre le peuple syrien » qui, selon lui, « conti­nue à faire de nom­breux morts ». Cepen­dant, mon­sieur le ministre n’a pas dénon­cé le double atten­tat pré­ci­sé­ment, et sa dénon­cia­tion demeu­rait de cou­leur grise. En plus, M. Baird a ajou­té que le pré­sident « Assad va tom­ber. Son gou­ver­ne­ment va tom­ber. Ce n’est qu’une ques­tion de temps, il n’a pas d’avenir », dit-il répon­dant aux ques­tions des médias [8].

De notre part, ce qui nous étonne le plus, c’est que per­sonne, par­mi ces jour­na­listes auda­cieux, n’a eu la curio­si­té de deman­der à M. Baird ce que va être le futur de la Syrie et de toute la région du Levant après la chute pro­mise du régime syrien et la prise vic­to­rieuse du pou­voir par les dino­saures des groupes isla­mistes armés ?

En effet, cet éton­ne­ment nous a pous­sés à nous deman­der, fran­che­ment, si mon­sieur le ministre des Affaires étran­gères, John Baird, qui applau­dit, depuis quelques jours, la chute du régime Assad et réjouit la vic­toire de la « démo­cra­tie », s’il ignore vrai­ment qu’au cours de der­niers mois, envi­ron 1500 com­bat­tants du Groupe isla­mique com­bat­tant en Libye (GICL), renom­mé depuis novembre 2007 Al-Qaï­da en Libye, se sont infil­trés en Syrie ? [9] Faut-il lui rap­pe­ler aus­si que mon­sieur Abdel­ha­kim Bel­haj, com­pa­gnon de Ben Laden et chef his­to­rique d’Al-Qaïda en Libye, est deve­nu gou­ver­neur mili­taire de Tri­po­li , par la grâce de la mis­sion « huma­ni­taire » de l’OTAN en Libye ; et qu’il passe main­te­nant ses jours ennuyants, non pas à chas­ser les mouches dans son laby­rinthe [10] , mais plu­tôt à se pro­me­ner aux deux côtés de la fron­tière entre la Syrie et la Tur­quie ? [11]

De manière iden­tique à l’annonce de M. Baird, le pre­mier ministre, Ste­ven Har­per a fait, le len­de­main de l’attentat – le 24 décembre – une décla­ra­tion annon­çant que « des sanc­tions ciblées seraient impo­sées contre des membres du régime syrien actuel en ver­tu de la Loi sur les mesures éco­no­miques spé­ciales. Le Règle­ment sur les mesures éco­no­miques spé­ciales visant la Syrie est entré en vigueur afin de répondre à la gra­vi­té de la situa­tion en Syrie » [12].

Pour jus­ti­fier son annonce, le pre­mier ministre, M. Har­per, a ajou­té que « plu­sieurs mani­fes­ta­tions visant à encou­ra­ger des réformes démo­cra­tiques ont eu lieu dans diverses villes par­tout en Syrie depuis le 15 mars 2011 » [13].

Nous ne pou­vons que nous arrê­ter sur ce point pré­cis, en espé­rant com­prendre ce que mon­sieur le pre­mier ministre vou­lait dire par « encou­ra­ger des réformes démo­cra­tiques ». Qui sont-ils vrai­ment ces mous­que­taires de « démo­cra­tie » dont parle M. Har­per ? Il aurait été plus inté­res­sant si M. Har­per avait indi­qué, par noms, ces mou­ve­ments dits « démo­cra­tiques ».

Natu­rel­le­ment, pour un lec­teur ou un spec­ta­teur, qui n’a jamais eu la chance de s’aventurer aux mer­veilles des pays des Arabes, la « réa­li­té » des choses pren­drait la forme sui­vante :

D’abord nous sommes au pays des Arabes, donc un espace ima­gi­naire, exo­tique, qui se trouve là où se ter­mine la civi­li­sa­tion humaine. Au-delà des fron­tières de l’humanité occi­den­tale, nous entrons dans une dimen­sion dif­fé­rente, celle que nous appe­lons la « dimen­sion 3S » ; c’est-à-dire le Saha­ra, le Sérail et le Sar­ra­sin ; autre­ment dit les trois com­po­sants de l’imagerie de l’Orient tel qu’il est créé par l’Occident.

Et le conte com­mence : « Il était une fois, au milieu du Saha­ra, un grand Sérail ; à l’intérieur du Sérail, habi­tait un Sar­ra­sin tyran et des­pote. Il ensan­glan­tait ses sujets pour assou­vir sa soif. Un jour, une belle fille aux che­veux blondes, qui s’appelait Démo­cra­tie, déci­da de libé­rer son peuple ».

Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est qu’un conte mer­veilleux ! Car dans la réa­li­té, les choses sont plus com­pli­quées.

Ceux qui tranchent, aux coups de machettes, les corps des fonc­tion­naires de l’État, dans les rues de Hama et de Homs, n’ont aucun res­pect ni pour la démo­cra­tie dont parle M. Har­per, ni pour la Charte des Droits de la Per­sonne, dont nous, les Cana­diens, sommes fiers.

En plus, il aurait été plus inté­res­sant de savoir l’opinion du gou­ver­ne­ment Har­per sur l’enlèvement puis la liqui­da­tion phy­sique des membres de groupes mino­ri­taires, eth­niques et reli­gieux, qui se déroule jours et nuits, dans les rues des villes syriennes, tom­bées sous contrôle des groupes isla­mistes tak­fi­ristes armés ; au moins que notre gou­ver­ne­ment croit à la métem­psy­chose, pour qu’il soit convain­cu que l’Esprit des lois de Mon­tes­quieu s’était incar­né dans le dis­cours idéo­lo­gique des Frères musul­mans, dont les pra­tiques dis­cri­mi­na­toires envers les mino­ri­tés reli­gieuses sont bien connues. Pre­nons dans ce sens les pra­tiques dis­cri­mi­na­toires les plus récentes contre les chré­tiens coptes de l’Égypte.

Peut-être il fal­lait rap­pe­ler le gou­ver­ne­ment que l’idéologie sala­fiste tak­fi­riste de ces agneaux de Dieu appelle à l’élimination de l’Autre reli­gieux, ce qui met­tra la pré­sence chré­tienne, non pas seule­ment en Syrie, mais dans tous les pays du Moyen-Orient, face à un dan­ger d’élimination sys­té­ma­tique, une fois les « réformes démo­cra­tiques », dont parle mon­sieur Har­per, seront entrées en vigueur.
Somme toute

En pre­mier lieu, la seule conclu­sion à tirer de ce double atten­tat bar­bare c’est que les mous­que­taires de la soi-disant « oppo­si­tion » syrienne ne pra­tiquent ni la médi­ta­tion trans­cen­dan­tale ni le Tai Chi, mais au contraire ils maî­trisent bien l’art de tuer, comme ils sont lour­de­ment armés.

En second lieu, bien qu’il n’y a aucune preuve que le régime syrien ait plan­té des bombes dans sa propre « for­te­resse », Damas, les empreints d’Al-Qaïda sont for­te­ment pré­sents, vu les moyens uti­li­sés – mul­ti atten­tats pié­gés – et la vic­time ciblée – les civils.

En un mot, incri­mi­ner le régime syrien, sous pré­texte de « droits humains », au lieu de condam­ner les groupes armés de la soi-disant « oppo­si­tion » syrienne, n’est qu’une sorte de souf­fler de cendre dans les yeux, pour dés­in­for­mer l’opinion publique ; ce qui risque, en effet, de don­ner l’impression que le gou­ver­ne­ment Har­per sous enten­du jus­ti­fie les actes de vio­lence venant de la part de la soi-disant « oppo­si­tion » syrienne.

A for­tio­ri, les Cana­diens ont le droit de savoir la véri­té à pro­pos des pré­ten­dus « mani­fes­tants paci­fiques » et « réformes démo­cra­tiques », chers au cœur de notre gou­ver­ne­ment Har­per.

Sans nul doute pos­sible, la réa­li­té des évé­ne­ments en Syrie est, tris­te­ment, loin d’être une sorte de « réformes démo­cra­tiques » ni de « mani­fes­ta­tions paci­fiques » ; seule la haine reli­gieuse envers tout ce qui est « Autre » se cache der­rière les moti­va­tions réelles de la Sai­son de vio­lence en Syrie. Pour­tant, le misé­rable Conseil natio­nal syrien, en pra­ti­quant la subor­di­na­tion aux puis­sances impé­ria­listes, déclare la révo­lu­tion nulle et non ave­nue.

Fida DAKROUB, Ph.D

Notes

[1] Cette faute est fré­quente par­mi les Onta­riens fran­co­phones.

[2] http://www.sana.sy/fra/338/2012/01/04/392204.htm

[3] http://www.sana.sy/fra/338/2012/01/04/392204.htm

[4] http://www.sana.sy/fra/338/2012/01/04/392204.htm

[5] http://www.sana.sy/fra/338/2012/01/04/392204.htm

[6] http://rt.com/news/syrians-killed-attacks-figures-193/

[7] http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/syrie/201112/23/01 – 4480551-nouvelles-sanctions-canadiennes-contre-la-syrie.php

[8] http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/syrie/201112/23/01 – 4480551-nouvelles-sanctions-canadiennes-contre-la-syrie.php

[9] http://www.themoneyparty.org/main/?p=3250

[10] Allu­sion au roman de Gabriel Gar­cia Mar­quez, Le Géné­ral dans son laby­rinthe.

[11] http://www.voltairenet.org/Free-Syrian-Army-commanded-by

[12] http://www.international.gc.ca/sanctions/syria-syrie.aspx?lang=fra&view=d

[13] http://www.international.gc.ca/sanctions/syria-syrie.aspx?lang=fra&view=d

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