L’Afrique s’éloigne de l’Occident

Selon un récent sondage, 70 % des Egyptiens ne veulent pas de l'aide économique et militaire américaine.

Image_2-130.pngL’E­gypte est le pre­mier pays afri­cain ancien allié de l’Oc­ci­dent qui s’é­loigne de Washing­ton, pour fina­le­ment avoir son indé­pen­dance. Déjà aux Nations Unies, pour le vote sur la Syrie, pour la pre­mière fois on a vu des pays afri­cains résis­ter à l’of­fen­sive et la pres­sion de l’Oc­ci­dent et s’abs­te­nir. Ce sont tous des pays qui ont depuis mis le cap sur Pékin et n’ont donc plus peur d’un quel­conque chan­tage du FMI ou de la Banque Mon­diale et ce sont : L’An­go­la, l’Al­gé­rie, le Came­roun, l’Ou­gan­da, la Tan­za­nie.

La situa­tion des Occi­den­taux se com­plique en Egypte. Comme nous l’a­vions indi­qué début jan­vier, en fin décembre, 17 locaux d’ONG égyp­tiennes et inter­na­tio­nales de défense des droits et de pro­mo­tion de la démo­cra­tie avaient été per­qui­si­tion­nés au Caire. Qua­rante-quatre per­sonnes, dont 19 Amé­ri­cains (y com­pris le fils du ministre des Trans­ports amé­ri­cain) et d’autres étran­gers, accu­sées de finan­ce­ment illé­gal d’or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales ont été arrê­tées. Les Etats-Unis ont haus­sé le ton, mena­çant l’E­gypte de cou­per l’aide mili­taire si ces per­sonnes n’é­taient pas relâ­chées. Mais contre toute attente, les Frères musul­mans égyp­tiens, avec les­quels le démo­crate John Ker­ry avait pour­tant pris contact en décembre, font bloc aujourd’­hui avec le conseil mili­taire de tran­si­tion sur ce dos­sier.

Hier 16 février, Essam El-Erian, nou­veau pré­sident de la Com­mis­sion des affaires étran­gères de la Chambre du Peuple et vice-pré­sident du Par­ti de la liber­té et de la jus­tice (Frères musul­mans), a décla­ré à une agence de presse occi­den­tale que l’aide mili­taire amé­ri­caine fai­sait par­tie des accords de paix de Camp David signés en 1979 avec Israël.

Les membres du Congrès des Etats-Unis, de leur côté, ont mul­ti­plié les menaces ces der­niers jours, le repré­sen­tant démo­crate Gary Acker­man disant même que Washing­ton et Le Caire “étaient en train d’ap­pro­cher du pré­ci­pice au-delà duquel nos rela­tions bila­té­rales pour­raient subir un dom­mage défi­ni­tif”. “Si les gens ici [aux Etats-Unis] concluent que l’E­gypte n’est pas sur le che­min de la démo­cra­tie, mais qu’elle est au contraire en voie de deve­nir un autre Iran, nos rela­tions bila­té­rales n’y sur­vi­vront pas, a‑t-il ajou­té. Nous n’en sommes pas encore à ce point, mais nous nous en rap­pro­chons chaque jour”.

Selon un récent son­dage, 70 % des Egyp­tiens ne veulent pas de l’aide éco­no­mique et mili­taire amé­ri­caine. Mer­cre­di un impor­tant pré­di­ca­teur sala­fiste égyp­tien a deman­dé que l’aide amé­ri­caine soit rem­pla­cée par des dons des citoyens. Le même jour, Rashad Bayou­mi, autre haut res­pon­sable des Frères musul­mans, a décla­ré que l’aide amé­ri­caine était une “chaine qui limite la liber­té” de l’E­gypte, la qua­li­fiant d’ ”aide humi­liante” et il a cri­ti­qué l’am­bas­sa­drice amé­ri­caine Anne Pat­ter­son rap­pe­lant qu’elle avait eu un pas­sé dou­teux (“ques­tio­nable”) au Pakis­tan et l’ac­cu­sant d’a­voir été nom­mée en Egypte au mois d’août der­nier pour y déve­lop­per les mêmes méthodes. Il repre­nait les accu­sa­tions du pré­di­ca­teur Maz­har Shaeen, for­mu­lées en sep­tembre 2011, selon les­quelles Mme Pat­ter­son aurait favo­ri­sé la “sédi­tion” au Pakis­tan (en 2010 Wiki­leaks avait révé­lé les intrigues de l’am­bas­sa­drice amé­ri­caine à Isla­ma­bad).

L’E­gypte et le Pakis­tan, qui sont avec l’In­do­né­sie par­mi les trois plus grandes puis­sances musul­manes alliées des Etats-Unis, sont en ce moment en froid avec ce pays. En Egypte le débat sur l’aide amé­ri­caine fait sau­ter un tabou. Ses consé­quences sont désor­mais impré­vi­sibles.

Source de l’ar­ticle : Pam­ba­zu­ka News