Le nucléaire ou la fuite en avant : Plaidoyer pour un développement durable

par Chems Eddine Chitour

Le nucléaire ou la fuite en avant : Plai­doyer pour un déve­lop­pe­ment durable

par Chems Eddine Chi­tour, Mondialisation.ca, Le 15 mars 2011

Source : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=CHI20110315&articleId=23717

LE NUCLÉAIRE OU LA FUITE EN AVANT,
Plai­doyer pour un déve­lop­pe­ment durable

« On ne choi­sit pas entre la peste et le cho­lé­ra » Jacques Duclos
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Ces mots de Jacques Duclos, ancien pre­mier secré­taire du Par­ti com­mu­niste fran­çais, s’appliquent aux ater­moie­ments concer­nant les miracles du nucléaire et ses pen­dants, les éner­gies fos­siles. L’opportunité nous est don­née de trai­ter du nucléaire à pro­pos du Japon. Le puis­sant trem­ble­ment de terre et le tsu­na­mi qui ont dévas­té hier le Nord-Est du Japon ont déjà fait près de 2000 morts et dis­pa­rus, un bilan qui s’alourdit d’heure en heure selon les don­nées four­nies à la mi-jour­née par la police. Au moins 1800 per­sonnes ont péri et / ou sont dis­pa­rues dans dif­fé­rentes régions du nord et de l’est du Japon. Par ailleurs, plus de 215.000 per­sonnes ont été éva­cuées vers des abris dans le Nord et l’Est du pays. Le très violent séisme pour­rait déclen­cher de graves catas­trophes indus­trielles. L’économie du Japon risque de souf­frir du séisme des­truc­teur car les indus­tries du Nord-Est et du sec­teur éner­gé­tique vont pei­ner à redé­mar­rer, et l’important effort bud­gé­taire qui sera néces­saire à la recons­truc­tion risque d’alourdir la dette de l’archipel. Nombre d’activités côtières ont été réduites à néant et les infra­struc­tures rava­gées par une vague de dix mètres de haut dans la métro­pole de Sen­dai.

Plu­sieurs cen­trales nucléaires ont été arrê­tées et des com­plexes pétro­chi­miques sont en feu. Six mille habi­tants des envi­rons d’une cen­trale nucléaire de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma (nord-est) ont été appe­lés à éva­cuer une zone de trois kilo­mètres de rayon autour de la cen­trale Fuku­shi­ma n°1. Les eaux de refroi­dis­se­ment de l’installation nucléaire ont bais­sé à un niveau inquié­tant, Le séisme a été res­sen­ti jusqu’à Pékin, située à 2500 kilo­mètres à l’ouest, ont rap­por­té des habi­tants. Il s’agit du plus violent séisme dans le pays depuis 140 ans. Selon l’Institut amé­ri­cain de veille géo­lo­gique (Usgs), le trem­ble­ment de terre a atteint une magni­tude de 8,9. Il dépasse en inten­si­té le grand séisme de Kan­to, d’une magni­tude de 7,9, qui fit 140.000 morts dans la région de Tokyo le 1er sep­tembre 1923. Le séisme au Japon aurait dépla­cé de près de 10 cm l’axe de rota­tion de la Terre, a indi­qué l’Institut ita­lien de géo­phy­sique et de vul­ca­no­lo­gie aujourd’hui.(1)

La maî­trise de la science des trem­ble­ments de terre

Le Japon est un pays à très hauts risques sismiques…toujours en attente de son « Big One ». Il est situé au car­re­four de trois grandes plaques tec­to­niques. On appelle cela un point triple. Les plaques Paci­fique, eur­asia­tique et phi­lip­pine se che­vauchent ain­si les unes les autres dans un assem­blage com­plexe à ana­ly­ser. Sur­tout la plaque Paci­fique glisse sous le Japon à une vitesse de 8 cm par an. D’après Rolan­do Armi­jo (Ins­ti­tut de phy­sique du globe de Paris), les spé­cia­listes pensent désor­mais que le der­nier grand séisme sur­ve­nu à cet endroit remonte à 1896, avec une magni­tude pro­bable de 8,7 et un tsu­na­mi qui aurait fait 27.000 morts. (1)

Le Japon est sans conteste, le pion­nier dans la parade contre les trem­ble­ments de terre. Ce qui est humai­ne­ment pos­sible de faire et d’imaginer a été fait. Il n’empêche qu’il n’est tou­jours pas pos­sible de pré­voir l’occurrence d’un trem­ble­ment de terre même si on fait appel aux rou­le­ments de billes ou aux ani­maux. Mal­gré cette récur­rence des secousses, ce n’est qu’après le violent séisme de Kobe, qui a fait 6000 vic­times dans la région le 17 jan­vier 1995, que le Japon a mis en place des sys­tèmes de pro­tec­tion anti­sis­mique et des plans de pré­ven­tion. Depuis près de cin­quante ans, le gou­ver­ne­ment nip­pon a mis en place un pro­gramme d’exercices de pré­ven­tion. (1)

Un sys­tème d’alerte aux raz-de-marée per­fec­tion­né a été mis en place et amé­lio­ré au fil des années, avec des cap­teurs avan­cés en haute mer. Il doit signa­ler les régions mena­cées, via la télé­vi­sion et la radio notam­ment, dans un délai ne dépas­sant par les quatre minutes après un séisme. Mais le phé­no­mène reste encore dif­fi­ci­le­ment pré­vi­sible avec exac­ti­tude. Pour ten­ter de pro­té­ger des rivages, des mil­lions d’arbres ont aus­si été plan­tés et des digues de 10 à 20 mètres de hau­teur éle­vées à des endroits sen­sibles Les Japo­nais sont aus­si les plus avan­cés dans le domaine des tech­niques d’amortissement des chocs sis­miques pour les bâti­ments. Plus de 2000 grands immeubles japo­nais sont équi­pés de ces sys­tèmes « iso­lants », contre moins de 400 dans le reste du monde. Les auto­ri­tés avaient impo­sé, pour tout per­mis de construire, une vali­da­tion des plans par un orga­nisme homo­lo­gué. Des mil­liers d’entreprises, de bâti­ments publics, de gares ou de trains sont aus­si équi­pés de dis­po­si­tifs per­met­tant de déce­ler les pre­miers fré­mis­se­ments du sol. « Nous avons beau­coup appris de l’analyse des dégâts à Kobe », esti­mait pour sa part en 2010, Sato­ru Sai­to, expert au cabi­net de recherche Nomu­ra. De magni­tude 7.2, le séisme de Kobe qui s’est pro­duit en 1995, avait fait plus de 140.000 vic­times ou dis­pa­rus ; « Le Japon a le sys­tème d’alerte le plus évo­lué du monde, même s’il n’est pas par­fait », affir­mait en 2009 Hiro­shi Inoue, de l’Institut natio­nal de recherche pour la pré­ven­tion des désastres. (1)

Les séismes les plus coû­teux en mil­liards de dol­lars depuis 1980 dans le monde sont, notam­ment celui de Kobé (100) du Sichuan le 12.05.2008 (85), les plus meur­triers sont celui d’Haïti (316.000 morts) et celui de l’Asie du Sud (210.000 morts)

Tcher­no­byl ou pas Tcher­no­byl ?

« Alors que les mili­tants anti­nu­cléaires écrit Oli­vier Caba­nel, se pré­parent à com­mé­mo­rer l’anniversaire de la catas­trophe de Tcher­no­byl, le trem­ble­ment de terre japo­nais nous ramène à la triste réa­li­té des dan­gers que repré­sente l’industrie nucléaire. La liste des 1500 vic­times, ou dis­pa­rus, déjà annon­cées par les agences de presse japo­naises pour­raît s’allonger sous peu, car au sujet des cen­trales nucléaires tou­chées par le séisme du 11 mars 2011, la situa­tion est loin d’être sous contrôle : le refroi­dis­se­ment de cer­tains réac­teurs tou­chés n’est pas encore assu­ré, et l’on pour­raît peut-être assis­ter à la fusion de l’un d’entre eux, tout comme à Tcher­no­byl il y a un quart de siècle exac­te­ment. »

Pour cette catas­trophe, si l’on a su bien trop tard, à cause de la dés­in­for­ma­tion gou­ver­ne­men­tale fran­çaise, la pol­lu­tion nucléaire subie, avec d’autres peuples d’Europe, on connaît main­te­nant, seconde après seconde, de quelle manière le « nuage » invi­sible s’est dépla­cé. On sait aus­si, mal­gré les efforts de mini­mi­sa­tion ten­tés par le lob­by nucléaire, et grâce au rap­port publié en jan­vier 2010 par l’Académie des sciences de New York, que le nombre de morts suite à la catas­trophe de Tcher­no­byl est de l’ordre d’au moins 985.000, et que le bilan finan­cier de la catas­trophe a dépas­sé les 500 mil­liards de dol­lars. Or, le séisme qui vient de se pro­duire au Japon doit être regar­dé de plus près, car 3 réac­teurs nucléaires posent des pro­blèmes de refroi­dis­se­ment, et si un seul réac­teur ne peut plus être contrô­lé, ce ne sont pas quelques cen­taines de vic­times qui pour­raient être à déplo­rer, mais vrai­sem­bla­ble­ment beau­coup plus. (…) Aux der­nières nou­velles, la cen­trale d’Onagawa est en feu, et il semble qu’il n’était plus pos­sible d’empêcher la fusion du réac­teur, bien que les infor­ma­tions soient mani­fes­te­ment fil­trées afin de ne pas affo­ler les popu­la­tions. C’est tou­jours le même syn­drome, celui de Tcher­no­byl, qui consiste à dis­si­mu­ler le dan­ger, afin de ne pas créer la panique. (…) Le pire scé­na­rio est peut-être à venir, car si un seul réac­teur ne peut être refroi­di, un « Tcher­no­byl » japo­nais est pos­sible, avec les consé­quences que l’on ima­gine. Si les manoeuvres déses­pé­rées pour refroi­dir le réac­teur échouent, on aura, comme à Tcher­no­byl, fusion du coeur, explo­sion, et dis­sé­mi­na­tion dans l’atmosphère de par­ti­cules radio­ac­tives, qui, por­tées par les vents, vien­dront pol­luer nos pou­mons et le sol, au gré des pluies. Alors, pour­quoi s’inquiéter, car comme dit mon vieil ami afri­cain : « Il faut attendre d’avoir tra­ver­sé toute la rivière avant de se moquer du crocodile.»(2)

« Le Japon est-il mena­cé d’un acci­dent nucléaire majeur com­pa­rable à celui de Three Mile Island, la cen­trale amé­ri­caine dont le coeur avait, le 28 mars 1979, par­tiel­le­ment fon­du ? Le risque d’une fusion du coeur du réac­teur n°1 de la cen­trale de Fuku­shi­ma res­tait, same­di 12 mars, la pré­oc­cu­pa­tion prin­ci­pale des auto­ri­tés nucléaires japo­naises et inter­na­tio­nales. Même à l’arrêt, les réac­teurs doivent conti­nuer à être refroi­dis par un liquide réfri­gé­rant. Dans le cas contraire, les car­touches de com­bus­tible nucléaire (conte­nant de l’uranium et du plu­to­nium) peuvent être endom­ma­gées et fondre. A Fuku­shi­ma, il semble que se soient pro­duites à la fois une perte d’alimentation élec­trique, ne per­met­tant plus le refroi­dis­se­ment du coeur du réac­teur, et une perte d’alimentation en eau de mer ordi­nai­re­ment injec­tée dans le cir­cuit de refroi­dis­se­ment (..) L’armée de l’air amé­ri­caine avait four­ni dans la nuit des liquides spé­ciaux de refroi­dis­se­ment qui n’avaient pas eu l’effet souhaité.»(3)

La sécu­ri­té dis­cu­table des réac­teurs nucléaires japo­nais

Une ques­tion récur­rente est rela­tive à la sureté nucléaire. Il semble que l’entreprise japo­naise char­gée de gérer le nucléaire n’a pas fait dans le pas­sé preuve de trans­pa­rence. « Est-il pos­sible de sécu­ri­ser les cen­trales nucléaires dans un pays à forte acti­vi­té sis­mique comme le Japon où se pro­duisent 20% des secousses supé­rieures à une magni­tude de 4 enre­gis­trées à tra­vers la pla­nète ? Après un trem­ble­ment de terre en juillet 2007 dans le dépar­te­ment de Nii­ga­ta (mer du Japon) d’une magni­tude de 6,8, plu­sieurs inci­dents s’étaient déjà pro­duits à la cen­trale de Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs) dont des fuites radio­ac­tives. Tep­co, qui avait par le pas­sé dis­si­mu­lé des pro­blèmes, avait tar­dé à recon­naître les faits : sa cen­trale n’était pas conçue pour résis­ter à un séisme d’une telle vio­lence et l’alerte avait été don­née trop tar­di­ve­ment, avait recon­nu le Pre­mier ministre de l’époque, Shin­zo Abe. L’enquête avait révé­lé une cin­quan­taine d’anomalies et de dys­fonc­tion­ne­ments et des fal­si­fi­ca­tions de docu­ments sur des résul­tats de tests d’étanchéité. Tep­co avait adop­té de nou­velles normes. Pays dis­po­sant de faibles res­sources natu­relles, le Japon dépend à 40% de la filière nucléaire pour pro­duire l’électricité dont il a besoin. Il compte plus de cin­quante cen­trales nucléaires situées géné­ra­le­ment à proxi­mi­té de ses côtes.»(4)

« Sur place, la radio­ac­ti­vi­té reçue en une heure par per­sonne cor­res­pond à la limite à ne pas dépas­ser annuel­le­ment. Jean-Mathieu Ram­bach, ingé­nieur expert en génie civil à l’Irsn, a expli­qué à l’AFP que l’explosion n’est donc pas com­pa­rable à celle de Tcher­no­byl : « A Fuku­shi­ma, les ins­tal­la­tions sont prin­ci­pa­le­ment consti­tuées de métal : cela peut fondre, cela peut per­mettre des fuites radio­ac­tives. Selon un porte-parole de Green­peace joint par Rue89 : « On est exac­te­ment dans le même cas de figure qu’à Tcher­no­byl. L’explosion a été cau­sée par l’hydrogène, c’est une explo­sion méca­nique qui a souf­flé le réac­teur. Ce qu’on cherche à véri­fier main­te­nant, c’est si la fusion a été totale ou par­tielle.»(…) Tep­co a admis une aug­men­ta­tion de la pres­sion à l’intérieur du réac­teur. C’est ce qu’on appelle un acci­dent majeur.»(5)

Pour ajou­ter à la dif­fi­cul­té, l’opérateur d’une cen­trale nucléaire du nord-est du Japon a décla­ré dimanche qu’un deuxième réac­teur don­nait des signes de pro­blèmes, avec un risque d’explosion (réac­teur N°3 de la cen­trale Fuku­shi­ma n°1) « Toutes les fonc­tions pour main­te­nir le niveau du liquide de refroi­dis­se­ment sont en panne », a décla­ré un porte-parole de l’opérateur. Le réac­teur a fina­le­ment explo­sé.

Sor­tir du nucléaire et aller vers le déve­lop­pe­ment durable

Sommes-nous dans une confi­gu­ra­tion de Tcher­no­byl, acci­dent du 26 avril 1986 qui, rap­pe­lons-le, aurait fait entre 600.000 et 900.000 morts des suites des radia­tions ? Pour le Réseau « Sor­tir du nucléaire », c’est bien un acci­dent nucléaire majeur gra­vis­sime qui se déroule actuel­le­ment au Japon, d’une gra­vi­té com­pa­rable à celle de l’accident de Three Mile Island et de celui de Tcher­no­byl. Selon l’agence japo­naise de sûre­té nucléaire, l’incident qui a affec­té la cen­trale de Daii­chi est moins grave que ceux de Three Mile Island en 1979 et de Tcher­no­byl en 1986. Il a été clas­sé au niveau 4 alors que celui de Three Mile Island, aux Etats-Unis, avait été clas­sé au niveau 5 et l’accident de Tcher­no­byl, en Ukraine, au niveau 7, le plus éle­vé. Aux der­nières nou­velles le clas­se­ment a évo­lué d’après l’Autorité de Sureté Nucléaire, l’accident au niveau 6, cela veut dire que nous sommes entrés dans un scé­na­rio qui ferait vrai­sem­bla­ble­ment des dégâts humains. Le gou­ver­ne­ment japo­nais parle main­te­nant de zones à étendre au-delà de 30 km !

Selon une dépêche de l’AFP, de same­di 12 mars envi­ron 60 000 per­sonnes ont for­mé une chaîne humaine pour pro­tes­ter contre l’énergie nucléaire, dans le sud-ouest de l’Allemagne, selon un col­lec­tif éco­lo­giste alors que la menace d’un acci­dent nucléaire pla­nait au Japon. « Ange­la Mer­kel et Ste­fan Map­pus (chef du gou­ver­ne­ment régio­nal du Bade-Wur­tem­berg) vont com­prendre que celui qui pro­longe la durée de vie des cen­trales (nucléaires) rac­cour­cit sa propre durée de vie gou­ver­ne­men­tale », selon Jochen Stay. Le Par­le­ment alle­mand a voté à l’automne 2009 l’allongement de l’exploitation des cen­trales nucléaires, reniant ain­si l’arrêt pro­gres­sif qui avait été déci­dé sous le gou­ver­ne­ment social-démo­cra­te/é­co­lo­giste de Gerhard Schrö­der (1998 – 2005). L’Allemagne après avoir annon­cé le déman­tè­le­ment de ses cen­trales nucléaires d’ici à 2021 s’est, en défi­ni­tive, récu­sée en août 2010 et a pro­lon­gé encore jusqu’en 2035 la durée de vie de ces cen­trales. Résul­tat des courses Ange­la Mer­kel parle de stop­per le nucléaire. Est-ce un cal­cul poli­tique ou une réelle volon­té de sor­tir du nucléaire à dix jours d’élections ?

En France si les trem­ble­ments de terre sont bien moins fré­quents qu’au Japon et moins forts, les cen­trales sont aus­si bien moins “pro­té­gées” contre les séismes. Et la pos­si­bi­li­té d’un acci­dent nucléaire grave en France dont près de 80% de l’électricité est pro­duite par 58 réac­teurs à eau pres­su­ri­sée (PWR) n’est pas une lubie des anti­nu­cléaires, les offi­ciels l’admettent depuis long­temps même si ce n’est guère réper­cu­té par les médias. Le parc nucléaire fran­çais est en effet tou­jours aus­si dan­ge­reux : Pour le risque sis­mique : Il y a 42 réac­teurs sur 58 qui sont mena­cés ! Il y a eu perte du refroi­dis­se­ment (les 2 voies d’eau obs­truées simul­ta­né­ment) d’un des réac­teurs de Cruas… La double défaillance des cir­cuits de secours sur 34 réac­teurs Le risque inon­da­tion : 16 sites sur 19 sont concer­nés. Voir “Le Blayais : Très près de l’accident majeur” en décembre 1999. Des scé­na­rios de ges­tion existent depuis quelques années pour la phase d’urgence pen­dant et juste après l’accident (confi­ne­ment, prise d’iode stable éva­cua­tion) et exer­cices de crise dans les loca­li­tés proches des réac­teurs en dis­tri­buant, notam­ment des pas­tilles d’iode …. (6) Le gou­ver­ne­ment fran­çais sera ame­né dans les semaines qui viennent à revoir fon­da­men­ta­le­ment la sureté de ses réac­teurs et peut être même redes­si­ner sa poli­tique éner­gé­tique.

On dit que les cen­trales nucléaires dégagent très peu de CO2 que le char­bon, le pétrole ou le gaz, Ceci est vrai si on ne compte pas l’énergie et le CO2 déga­gés par les quan­ti­tés de béton et d’acier qu’il a fal­lu pour les construire. On oublie aus­si que le risque zéro n’existe pas et que les déchets radio­ac­tifs (plu­to­nium) ont une demie-vie de 24.000 ans. Il n’y a tou­jours pas de solu­tion défi­ni­tive quant au trai­te­ment des déchets.

Sans être naïf, l’addiction au pétrole lamine toutes les pos­si­bi­li­tés d’aller vers les éner­gies douces. Il est vrai que chaque alter­na­tive éner­gé­tique a ses incon­vé­nients au mini­mum envi­ron­ne­men­taux. Quand bien même cer­taines solu­tions seraient plus effi­caces d’un point de vue envi­ron­ne­men­tal et éner­gé­tique, les gains réa­li­sés seront anni­hi­lés par la crois­sance de la demande. L’exemple des véhi­cules à car­bu­rant pétro­lier est édi­fiant : bien que les modèles actuels consomment deux fois moins que dans les années 70, le qua­dru­ple­ment du parc auto­mo­bile a fina­le­ment aug­men­té la pol­lu­tion par deux.

Il faut d’ur­gence réduire nos consom­ma­tions éner­gé­tiques (et pas seule­ment) tout azi­mut, donc entre autre relo­ca­li­ser les pro­duc­tions, ce qui aurait en outre l’a­van­tage d’in­flé­chir la courbe du chô­mage. Dans tous les cas, à la croi­sée des che­mins, les humains (en par­ti­cu­lier ceux qui ont quelque choses à consom­mer) vont devoir très rapi­de­ment apprendre à gérer les res­sources dis­po­nibles, à ces­ser les gas­pillages et chan­ger tant col­lec­ti­ve­ment qu’in­di­vi­duel­le­ment leur style de vie.

Le recours aux éner­gies vertes est plus qu’une option, une néces­si­té. Le Japon dis­pose de sources géo­ther­miques impor­tantes qu’il peut exploi­ter. Cepen­dant, il ne pour­ra pas assu­rer au japo­nais Lamb­da 10.000 kWh par an. A moins, à moins de chan­ger de para­digme et de faire la chasse au gas­pi, de se défaire de l’addiction au pétrole…Un rap­port du Par­le­ment euro­péen pense qu’il fau­dra dépen­ser au total entre 60 et 80 mil­liards d’euros sur une période de 50 ans, avant qu’il soit envi­sa­geable de pro­duire de l’énergie avec la fusion nucléaire. Ces acci­dents nucléaires seront peut-être un choc et per­met­tront aux pays indus­tria­li­sés de se tour­ner vers les éner­gies vertes Ils pas­se­ront de l’ébriété éner­gé­tique actuelle à la sobrié­té éner­gé­tique seule garante, d’un déve­lop­pe­ment durable.

Faut il choi­sir entre la peste nucléaire et le cho­lé­ra de l’ad­dic­tion aux éner­gies fos­siles res­pon­sables de la débacle cli­ma­tique ? La seule réponse à l’é­bri­té­té éner­gé­tique est d’al­ler à marche for­çée vers les éner­gies non car­bo­nées. L’aug­men­ta­tion des prix du baril de pétrole est peut être une chance dans la mesure où elle rend com­pé­ti­tive les éner­gie renou­ve­lables. Ceci dit , il faut une réelle volon­té pour chan­ger de para­digme. C’est toute l’his­toire de l’éner­gie.

NOTES

1. Nan­tro Seize : Séisme de magni­tude 8,9 et tsu­na­mi dans le nord-est du Japon : http://www.catnat.net/index.php?option=com_content&view=article&id=12028:03-seisme-de-magitude-89-et-tsunami-dans-le-nord-est-du-japon&catid=23:actualites-catastrophes-monde&Itemid=185 11 Mars 2011

2. Oli­vier Caba­nel : Tcher­no­byl : drôle d’anniversaire Ago­ra­vox 12/03/2011

3. Phi­lippe Pons et Pierre Le Hir : Menace nucléaire au Japon. Le Monde.fr 13/03/11

4. La cen­trale de Fuku­shi­ma aurait été gra­ve­ment endom­ma­gée L’Express 12/03/2011

5. Séisme au Japon : risque de catas­trophe nucléaire Rue89 11/03/2011

6. L’accident nucléaire est aus­si pos­sible en France à tout moment, aujourd’hui, ce soir, demain matin ! Info­nu­cléaire http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114814 14 mars 2011

Pr Chems Eddine Chi­tour : Ecole Poly­tech­nique Alger enp-edu.dz