Lettre de septembre à Obama

Dans 11 jours, les Cinq cubains commenceront leur quinzième année d'enfermement aux USA, et Gerardo toujours dans une prison de haute sécurité. Ces hommes courageux n'ont strictement rien à faire en prison. Chaque mois, Jacqueline Roussie écrit à Obama, voici sa lettre de septembre.

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Mon­sieur le Pré­sident Oba­ma

Le pre­mier sep­tembre 2012

The White House

1600 Penn­syl­va­nia Ave­nue N.W.

Washing­ton DC 20500

Mon­sieur le Pré­sident,

Je venais à peine de vous envoyer la « lettre du mois d’août », que j’apprenais l’inscription de Cuba sur la liste des « Etats Spon­sors du Ter­ro­risme Inter­na­tio­nal », par votre Dépar­te­ment d’E­tat.

En France, tous les éco­liers apprennent la fable de Jean de La Fon­taine « Le loup et l’agneau ». Dans cette fable, le loup accuse l’agneau de tous les maux de la terre avant de dévo­rer l’innocent ani­mal. Le cynisme de votre gou­ver­ne­ment est com­pa­rable à celui du loup. C’est le pays que vous gou­ver­nez, Mon­sieur le Pré­sident, qui détient, depuis des géné­ra­tions, le record abso­lu du ter­ro­risme dans le monde !

Tous les mois depuis votre élec­tion, je vous écris au nom des amis de Monein des cinq cubains Gerar­do Hernán­dez, Anto­nio Guer­re­ro, Fer­nan­do Gonzá­lez, Ramón Labañi­no et René Gonzá­lez, pour vous deman­der leur libé­ra­tion.

Les Cinq ont été lour­de­ment condam­nés pour avoir lut­té contre le ter­ro­risme des Etats-Unis à l’encontre de leur pays.

Ce ter­ro­risme d’état a tué 3 478 Cubains, et en a lais­sé 2099 han­di­ca­pés à vie.

L’embargo main­te­nu contre Cuba, en dépit de la volon­té de la plu­part des pays d’y mettre fin, est aus­si une forme de ter­ro­risme.

Le 3 Juin 1993, un de vos com­pa­triotes, le doc­teur Ben­ja­min Spock, célèbre pédiatre concluait à son retour de Cuba, un article du New-York Times en ces termes : « Que doit-on pen­ser d’un embar­go qui inter­dit nour­ri­ture et médi­ca­ments aux enfants ? J’ai honte. »

Bru­no Rodri­guez Par­rilla, Ministre des Affaires Exté­rieures de Cuba, a dédié, en 2011, le vote de l’ONU contre l’embargo, à Guiller­mo Domín­guez Díaz (16 ans), Ivis Pala­cio Ter­ry (18ans), Ran­dy Bar­ro­so Torres (17ans) et Adrián Izquier­do Cabre­ra (12ans), qui après avoir subi des soins en chi­rur­gie conser­va­trice sont res­tés, pen­dant des mois, cloués au lit faute de pro­thèses exten­sibles, dont le bre­vet est éta­su­nien. Ce vote, il l’a éga­le­ment dédié à María Ame­lia Alon­so Val­dés (2ans), Damián Hernán­dez Val­dés (4 ans) et Dayán Romaye­na Lorente (12ans) qui souffrent de tumeurs du sys­tème ner­veux néces­si­tant des trai­te­ments à base de Témo­dal, lui aus­si fabri­qué sous bre­vet des Etats-Unis.

Le 2 août der­nier, nous avons appris que les osse­ments humains retrou­vés en juin en Argen­tine, à San Fer­nan­do, dans un baril de ciment, avaient été iden­ti­fiés. Il s’agit des restes du Cubain Galañe­na Hernán­dez fonc­tion­naire de l’ambassade de Cuba. En août 1976, sous la dic­ta­ture mili­taire, cet homme et son col­lègue, le cubain Jesús Cejas Arias, avaient dis­pa­ru. Peu après leur dis­pa­ri­tion, l’agence « Asso­cia­ted Press » avait reçu une lettre où les deux jeunes Cubains (26 et 22 ans) expli­quaient qu’ils avaient « déser­té l’ambassade pour jouir de la liber­té du monde occi­den­tal ».

La réa­li­té était toute autre. Les deux hommes avaient été séques­trés dans le centre clan­des­tin de l’Opération Condor de Bue­nos Aires, Auto­mo­tores Orlet­ti, avant d’être tor­tu­rés puis sau­va­ge­ment assas­si­nés. L’agent de la CIA Michael Town­ley qui tra­vaillait pour la DINA, police poli­tique du géné­ral Pino­chet, et votre com­pa­triote d’origine cubaine Guiller­mo Novo Sam­pol membre de la sinistre orga­ni­sa­tion CORU créée par Orlan­do Bosch, étaient venus spé­cia­le­ment, le pre­mier du Chi­li, le second des Etats-Unis, pour pro­cé­der à un inter­ro­ga­toire mus­clé de ces Cubains. La suite nous la connais­sons, mal­heu­reu­se­ment. Nous étions alors en 1976, à l’apogée de l’Opération Condor, et ces jeunes gens ont été deux vic­times, par­mi tant d’autres, de cette inven­tion dia­bo­lique de la CIA.

Deux mois après l’assassinat des deux fonc­tion­naires Cubains, c’est un avion de « Cuba­na de avia­ción » qui était la cible d’un atten­tat conçu par Orlan­do Bosch et Luis Posa­da Car­riles, et fai­sant 73 morts.

Bosch est décé­dé à Mia­mi il y a un an en citoyen libre, et Posa­da Car­riles coule des jours tran­quilles en com­pa­gnie de ses amis Michael Town­ley et Novo Sam­pel, sous le soleil de Flo­ride. Quant aux Cinq, ils ne sont tou­jours pas libé­rés. Quatre d’entre eux sont encore empri­son­nés, et le cin­quième, René Gonzá­lez, est en liber­té sur­veillée aux Etats-Unis.

Le but de la liber­té sur­veillée est d’aider les anciens déte­nus à se réin­sé­rer socia­le­ment. René Gonzá­lez est en dan­ger aux Etats-Unis, toute vie sociale lui est impos­sible, pour­tant votre admi­nis­tra­tion vient de refu­ser sa requête d’un retour à Cuba…Et vient aus­si de refu­ser une fois de plus le visa à son épouse qui ne peut donc pas lui rendre visite !

Gerar­do Hernán­dez, condam­né à per­pé­tui­té, vient de dépo­ser une nou­velle demande d’appel col­la­té­ral où il dénonce toutes les irré­gu­la­ri­tés du pro­cès. Son appel sera t‑il enten­du par cette même juge qui l’a déjà condam­né à une telle peine ?

Le Condor plane tou­jours !

Nous espé­rions, Mon­sieur le Pré­sident, après votre élec­tion, vous voir tour­ner défi­ni­ti­ve­ment la page de cette époque indigne, et amor­cer de nou­velles rela­tions avec votre proche voi­sin Cuba. Vous avez une oppor­tu­ni­té en or, avec la pos­si­bi­li­té d’un acte de réci­pro­ci­té huma­ni­taire qui per­met­trait à Alan Gross de ren­trer aux Etats-Unis, et aux Cinq de rejoindre Cuba. Il n’est pas trop tard pour une telle action qui hono­re­rait votre prix Nobel.

En atten­dant un tel geste, rece­vez, Mon­sieur le Pré­sident, l’expression de mes sen­ti­ments huma­nistes les plus sin­cères.

Jac­que­line Rous­sie

64360 Monein (France)

Copies envoyées à : Mes­dames Michelle Oba­ma, Nan­cy Pelo­si, Hil­la­ry Clin­ton, Kathryn Ruemm­ler, Janet Napo­li­ta­no, à Mes­sieurs. Har­ry Reid, Eric Hol­der, John F. Ker­ry, Pete Rouse, Donald, Rick Scott, et Charles Riv­kin, ambas­sa­deur des Etats-Unis en France.
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