Maradona : « Dieu et le diable »

Par Mickael Correia / Paru dans la rubrique De l’autre côté du papier du journal CQFD

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Alors que la presse argen­tine annonce le décès de Mara­do­na, CQFD repu­blie dans leur inté­gra­li­té les pages consa­crées au « Pibe de Oro » du livre Une His­toire popu­laire du Foot­ball (La Décou­verte, 2018) où Mickaël Cor­reia revient sur la dimen­sion popu­laire du foot­bal­leur et in fine sa por­tée émi­nem­ment poli­tique.

Inté­gra­li­té les pages consa­crées au « Pibe de Oro » du livre Une His­toire popu­laire du Foot­ball (La Décou­verte, 2018) de Mickaël Cor­reia

Né le 30 octobre 1960 dans un bidon­ville de Bue­nos Aires, Die­go Arman­do Mara­do­na, au-delà d’avoir été un des plus grands génies du foot­ball, incarne aux yeux du peuple argen­tin le pibe, l’enfant mali­cieux des rues qui, pour sur­vivre, doit ruser voire voler. Et quand il débarque en 1984 pour jouer à Naples, il devient l’objet d’un culte reli­gieux popu­laire après ses exploits foot­bal­lis­tiques qui redorent le bla­son de la cité déshé­ri­tée et stig­ma­ti­sée du Sud de l’Italie.

 

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Die­go Arman­do Mara­do­na

« Et un beau jour la déesse du vent baise le pied de l’homme, ce pied mal­trai­té, mépri­sé, et de ce bai­ser naît l’idole du foot­ball. »

(Eduar­do Galea­no, Le Foot­ball, ombre et lumière, 1998.)

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« J’ai gran­di dans un quar­tier pri­vé de Bue­nos Aires… pri­vé d’eau, d’électricité et de télé­phone », s’amuse Die­go Arman­do Mara­do­na en mars 2004, lors d’une visite en Boli­vie. Par­mi le flot de décla­ra­tions pro­vo­ca­trices, égo­cen­triques ou affli­geantes du célèbre foot­bal­leur, émergent de temps à autres des rémi­nis­cences de son enfance modeste à Vil­la Fio­ri­to, un bidon­ville de la ban­lieue sud de Bue­nos Aires. Jusqu’au cou­cher du soleil, le jeune Die­go, sur­nom­mé Pelu­sa (Peluche) à cause de sa touffe de che­veux, pas­sait alors le plus clair de son temps à pra­ti­quer le foot­ball sur les potre­ros, ces bouts de ter­rains vagues où les enfants aiment à jouer.

En 1971, âgé de 11 ans à peine, le petit gau­cher à la peau mate est repé­ré par Fran­cis Cor­ne­jo, un recru­teur des Argen­ti­nos Juniors, for­ma­tion phare de Bue­nos Aires. Le club aux ori­gines popu­laires – l’équipe se dénom­mait ini­tia­le­ment les « Mar­tyrs de Chi­ca­go », en hom­mage aux anar­chistes morts suite au mas­sacre de Hay­mar­ket Square en 1886 – intègre alors Mara­do­na au sein des Cebol­li­tas, son équipe junior. Aus­si­tôt, les foules viennent admi­rer les dribbles rava­geurs du talen­tueux pibe, le « gamin » des rues. Intri­guée par ce phé­no­mène spor­tif, la télé­vi­sion elle-même vien­dra inter­vie­wer l’enfant pro­dige des bidon­villes alors qu’il n’a que 12 ans.

Contrac­tua­li­sé comme joueur pro­fes­sion­nel à 15 ans, il irra­die les Argen­ti­nos Juniors en his­sant le club dans le pelo­ton de tête de la pre­mière divi­sion argen­tine. Quelques mois plus tard, en février 1977, il enfile pour la pre­mière fois le maillot de la sélec­tion argen­tine face à la Hon­grie avant de rem­por­ter en 1979 la Coupe du monde des espoirs et d’être élu meilleur joueur de la com­pé­ti­tion. Le pibe de Fio­ri­to est bap­ti­sé par la presse le Pibe de Oro – le « Gamin en Or » – avant d’être rache­té une for­tune aux Argen­ti­nos en 1981 par le Boca Juniors, mythique club de Bue­nos Aires. Dans un pays écra­sé par la dic­ta­ture mili­taire mise en place par le géné­ral Vide­la en 1976, le jeune Mara­do­na insuffle un vent de liber­té et de joie foot­bal­lis­tique au sein du cham­pion­nat argen­tin.

En 1978, l’Argentine, qui orga­ni­sait la onzième édi­tion de la Coupe du monde de foot­ball, avait sus­ci­té une contro­verse inter­na­tio­nale et des appels au boy­cott

afin ne pas cau­tion­ner cet évé­ne­ment mani­pu­lé par une junte qui exé­cute sans ver­gogne ses oppo­sants 1. Mal­gré les affres de la dic­ta­ture, le Pibe de Oro, sous le maillot bleu et jaune des Boca Juniors, embrase les tri­bunes sur­char­gées du mythique stade de la Bom­bo­ne­ra 2 en fai­sant gagner à son équipe le cham­pion­nat natio­nal et en humi­liant son frère enne­mi de Bue­nos Aires, le River Plate. Objet de fer­veur de la part des sup­por­ters­du Boca Juniors, il par­vient sur­tout à conqué­rir au tour­nant des années 1980 le cœur de tout le peuple argen­tin. Car, à tra­vers son foot­ball fébrile et ses ori­gines sociales, le « Gamin en Or » exprime sur les pelouses l’essence même de l’identité col­lec­tive argen­tine.

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Le « Gamin en Or » D.R.

L’agitateur criollo

Intro­duit à Bue­nos Aires dès les années 1870 par des immi­grants anglais, le bal­lon rond argen­tin a été domi­né jusqu’à l’aube du XXe siècle par les clubs ama­teurs d’expatriés bri­tan­niques qui pra­ti­quaient un foot­ball rude et phy­sique, dis­ci­pli­né et méca­nique. En oppo­si­tion à cette bri­ti­sh­ness, un style authen­ti­que­ment argen­tin qua­li­fié de criol­lo – lit­té­ra­le­ment « créole » – va néan­moins émer­ger dans les fau­bourgs popu­laires de la capi­tale, notam­ment avec l’influence des vagues suc­ces­sives d’immigration ouvrière ita­lienne et espa­gnole. Indi­vi­dua­liste, ner­veux et créa­tif, le style criol­lo s’affirme sur les ter­rains notam­ment lorsqu’en 1913, une équipe ne com­por­tant aucun joueur bri­tan­nique, le Racing Club de Avel­la­ne­da, rem­porte pour la pre­mière fois le cham­pion­nat argen­tin.

Dans une métro­pole cos­mo­po­lite comme Bue­nos Aires, dont plus de 60 % des habi­tants sont des immi­grants en 1914, le foot­ball criol­lo devient un ciment social et un outil de dif­fé­ren­cia­tion cultu­relle face aux Euro­péens et au voi­sin rival uru­guayen. Le style argen­tin criol­lo s’aiguise alors sur les potre­ros, ces inter­stices urbains qui ont sur­vé­cu à la ratio­na­li­sa­tion indus­trielle de la ville entre­prise sous la hou­lette des Bri­tan­niques. À l’instar du tan­go, qui reflète le mode de vie de ceux qui sur­vivent par la débrouille dans les rues des quar­tiers mal­fa­més de Bue­nos Aires, la feinte et la ruse, la vic­toire non par la force mais par la trom­pe­rie, deviennent des traits carac­té­ris­tiques de la pra­tique foot­bal­lis­tique argen­tine – la nues­tra (la nôtre) comme la bap­tisent les sup­por­ters du pays.

Le pou­voir d’attraction du foot­ball argen­tin est phé­no­mé­nal : dès 1930, les stades des meilleurs clubs accueillent jusqu’à 40 000 per­sonnes chaque fin de semaine. Sup­por­ter fié­vreu­se­ment son équipe dans les tra­vées et y inves­tir plei­ne­ment ses émo­tions devient une des rares expé­riences par­ta­gées dans un pays aux iden­ti­tés et aux cultures frag­men­taires. Le bal­lon rond se trans­forme pro­gres­si­ve­ment en fac­teur d’unité sociale, cris­tal­li­sant un nou­vel ima­gi­naire com­mun à tous les Argen­tins. En 1948, en plein régime péro­niste, le film Pelo­ta de tra­po (Balle de chif­fon) de Leo­pol­do Torres Ríos connaît ain­si un incroyable suc­cès popu­laire. Dans cette pro­duc­tion, une vedette du foot­ball argen­tin d’origine ouvrière, Comeuñas, découvre suite à plu­sieurs malaises sur le ter­rain qu’il est atteint d’une grave mala­die car­diaque. Lors de son ultime match, une finale de la Copa Amé­ri­ca contre le Bré­sil, un de ses coéqui­piers le conjure de ne pas pour­suivre la par­tie, mais le héros refuse. « Il y a beau­coup de façons de don­ner sa propre vie pour le pays, c’est l’une d’entre elles », rétorque-t-il. Après avoir mar­qué un but déci­sif, Comeuñas est récom­pen­sé pour ser­vice ren­du à la nation.

À la fois inven­tif et impré­vi­sible, le jeu typi­que­ment criol­lo de Die­go Mara­do­na fait rapi­de­ment du jeune vir­tuose une pure incar­na­tion foot­bal­lis­tique de l’Argentine. De même, ses ori­gines modestes, sa petite taille – il mesure à peine 1,66 mètre – ain­si que sa fougue sur les ter­rains sont inter­pré­tées par les sup­por­ters comme des traits dis­tinc­tifs du pibe, une figure cultu­relle popu­laire argen­tine qui se réfère à l’enfant éle­vé dans la rue, bien loin de toute conven­tion sociale.

À l’occasion de la Coupe du monde 1982 en Espagne, Mara­do­na s’illustre ain­si plei­ne­ment en tant que pibe fron­deur.

Ce qui, à la grande sur­prise des Euro­péens, ren­force encore plus sa popu­la­ri­té auprès des Argen­tins. En effet, le 2 juillet 1982, l’Albiceleste (sur­nom de l’équipe argen­tine dont le maillot est bleu ciel et blanc) affronte pour le second tour du Mon­dial la sélec­tion bré­si­lienne. Mais, dès le coup d’envoi, Mara­do­na est la cible de défen­seurs rugueux qui n’hésitent pas à le tacler dès qu’il s’approche du but adverse. Excé­dé par la pré­cé­dente ren­contre contre l’Italie, où il avait été har­ce­lé par le défen­seur Clau­dio Gen­tile, domi­né par une Sele­ção qui mène par trois buts à zéro, le Pibe de Oro craque et frappe sou­dain d’un coup de pied dans le ventre le joueur bré­si­lien Batis­ta, à peine cinq minutes avant la fin du temps régle­men­taire. Mara­do­na est expul­sé sur-le-champ par l’arbitre avant que la sélec­tion argen­tine ne soit défi­ni­ti­ve­ment éli­mi­née du Mon­dial.

Un autre coup de sang vien­dra for­ger la répu­ta­tion du joueur tem­pé­tueux. Trans­fé­ré depuis 1982 au FC Bar­ce­lone, le génie de Bue­nos Aires est constam­ment mar­ty­ri­sé par les défen­seurs du cham­pion­nat espa­gnol, à l’image de l’imposant Ando­ni Goi­koetxea, de l’Athletic Bil­bao, qui brise la che­ville de l’Argentin en sep­tembre 1983, l’empêchant de jouer pen­dant plus de trois mois. Un an plus tard, à l’occasion de la finale de la Copa del Rey et en pré­sence du roi d’Espagne Juan Car­los, le Bar­ça ren­contre à nou­veau l’Athletic Bil­bao. Mara­do­na voit rouge face à son bour­reau Goi­koetxea et déclenche sur la pelouse une vio­lente bagarre géné­ra­li­sée. La rixe amor­cée par le bouillon­nant Argen­tin sus­cite alors la contro­verse sur le Vieux Conti­nent, les com­men­ta­teurs voyant d’un très mau­vais œil ce foot­bal­leur indis­ci­pli­né déjà notoi­re­ment connu pour ses frasques noc­turnes dans les dis­co­thèques bar­ce­lo­naises et pour son addic­tion gran­dis­sante à la cocaïne.

En juillet 1984, le pro­dige argen­tin accoste à Naples afin de rejoindre le SSC Napo­li qui s’est rui­né pour s’offrir le Pibe de Oro. Mara­do­na, accueilli tel un Mes­sie par 80 000 tifo­si au stade San Pao­lo pour sa scéance de pré­sen­ta­tion aux sup­por­ters, fait rapi­de­ment corps avec une Naples stig­ma­ti­sée pour sa misère et sa délin­quance mafieuse. Popu­laire, tumul­tueux et vol­ca­nique, le joueur se sent immé­dia­te­ment à son aise dans la capi­tale déca­dente du Sud de l’Italie.

Son corps tra­pu, ses che­veux aux grandes boucles noires, ses rites empreints de reli­gion et de super­sti­tion – embras­ser sa croix avant d’entrer sur le ter­rain, bai­ser le front de son mas­seur Car­ma­no –, ain­si que son impé­tuo­si­té sur les pelouses amènent rapi­de­ment les sup­por­ters napo­li­tains à l’identifier au scu­gniz­zo, gar­ne­ment canaille des quar­tiers popu­laires de Naples qui résonne avec le per­son­nage argen­tin du pibe. « Avec ses courtes pattes, son torse bom­bé, sa gueule de voyou et son diam dans l’oreille, Die­go était deve­nu pour nous un vrai Napo­li­tain. Son amour des belles filles et de la bonne bouffe, sa folie des bolides […] et, en même temps, son côté église et famille sacrée – toute la famille vit et pros­père à Naples aux frais du club –, son sale carac­tère, capri­cieux, exu­bé­rant, indis­ci­pli­né, tout cela fai­sait de lui un vrai fils légi­time de la cité », rap­porte un chro­ni­queur de L’Espresso.

Après qua­torze buts mar­qués par Mara­do­na durant sa pre­mière sai­son, le SSC Napo­li remonte péni­ble­ment la pente de la pre­mière divi­sion et, dès 1985 – 1986, les talents du joueur argen­tin, cou­plés à ceux de l’attaquant Bru­no Gior­da­no fraî­che­ment recru­té, hissent le club napo­li­tain à la troi­sième place du cham­pion­nat, pour le plus grand bon­heur des tifo­si.

Divinité footballistique

Après cette deuxième sai­son hono­rable à Naples, Mara­do­na est titu­la­ri­sé capi­taine de l’Albiceleste à la veille de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Empor­tée par le jeu ardent d’un Pibe de Oro ins­pi­ré, la sélec­tion argen­tine par­vient sans grandes dif­fi­cul­tés à se qua­li­fier pour les quarts de finale, qui l’opposeront à l’Angleterre. Mais, à la veille de la ren­contre, les médias inter­na­tio­naux attisent les riva­li­tés en com­pa­rant le match au conflit argen­ti­no-bri­tan­nique des Malouines de 1982. « La guerre des Malouines ver­sion foot­bal­lis­tique », titre le quo­ti­dien espa­gnol El País. « Ne man­quez pas la deuxième ver­sion de la guerre des Malouines », pro­pose le jour­nal de réfé­rence mexi­cain Excél­sior. Le tabloïd bri­tan­nique The Sun annonce quant à lui : « C’est une guerre ! »

Quatre ans plus tôt, la junte mili­taire argen­tine, dont le pou­voir com­men­çait à vaciller, avait en effet ordon­né l’invasion des Malouines, un archi­pel aux larges des côtes argen­tines occu­pé par les Bri­tan­niques depuis 1833.

En dépit des ten­ta­tives de conci­lia­tions de la part de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale, Mar­ga­ret That­cher avait lan­cé une vaste opé­ra­tion mili­taire de recon­quête qui s’était ache­vée, le 14 juin 1982, avec la mort de près de 650 sol­dats argen­tins et de 250 mili­taires bri­tan­niques. Si la dic­ta­ture armée ne se relè­ve­ra pas de cette humi­liante défaite, la guerre des Malouines reste syno­nyme de trau­ma­tisme pour tous les Argen­tins.

Le 22 juin 1986, jour des quarts de finale contre l’Angleterre, la sélec­tion argen­tine aligne une géné­ra­tion de joueurs dont la majo­ri­té a échap­pé de jus­tesse à l’embrigadement pour le conflit armé de 1982 grâce à leur sta­tut de foot­bal­leur inter­na­tio­nal. Autant dire que c’est avec une très forte pres­sion média­tique et une farouche volon­té d’essuyer l’humiliation des Malouines que le onze argen­tin entre sur la pelouse du stade Azte­ca de Mexi­co devant plus de 110 000 spec­ta­teurs. Sous le tor­ride soleil mexi­cain, la pre­mière mi-temps s’achève sur un 0 – 0. Mais, 6 minutes après la reprise, Mara­do­na, au maillot inva­ria­ble­ment flo­qué d’un 10, perce sou­dain la défense anglaise pour faire une passe impromp­tue à l’attaquant Jorge Val­da­no. Alors que le bal­lon rebon­dit gau­che­ment sur le pied du coéqui­pier du pibe, le défen­seur anglais Steve Hodge, dépas­sé par la vitesse de l’échange, ren­voie en cloche la balle à son gar­dien. C’est alors que sur­git le petit Mara­do­na à hau­teur des gants du géant Peter Shil­ton pour effleu­rer, en ten­dant son bras gauche, le bal­lon de la main et l’amener au fond des filets bri­tan­niques. Les tri­bunes explosent et mal­gré les vives pro­tes­ta­tions des joueurs anglais, l’arbitre tuni­sien Ali Ben­na­ceur, n’ayant pas vu la main de l’Argentin, valide ce pre­mier but 3.

Exac­te­ment trois minutes plus tard, tel un « cerf-volant cos­mique », aux dires du com­men­ta­teur spor­tif uru­guayen Vic­tor Hugo Morales, Mara­do­na démarre en trombe une folle che­vau­chée depuis le milieu de ter­rain et dribble avec ful­gu­rance une demi-dou­zaine de joueurs anglais aus­si débor­dés qu’affolés pour ins­crire un magni­fique deuxième but syno­nyme de qua­li­fi­ca­tion de l’Argentine en demi-finale. Un geste encore célé­bré aujourd’hui comme l’un des plus beaux buts jamais mar­qué dans l’histoire du foot­ball. « Tout s’est pas­sé en quatre minutes, rap­porte le quo­ti­dien espa­gnol El Mun­do. Le vau­rien et le génie, Dieu et le diable, un bon­ne­teur de haut vol et une divi­ni­té foot­bal­lis­tique, le meilleur joueur de foot­ball qu’une mère mor­telle ait mis au monde au cours du XXe siècle. »

Durant la confé­rence de presse d’après-match, l’attaquant argen­tin attise la polé­mique en assu­mant fiè­re­ment avoir mar­qué « un peu avec la tête de Mara­do­na, et aus­si un peu avec la main de Dieu ». Tout en assi­gnant une dimen­sion divine à cette « Main de Dieu » désor­mais entrée dans la pos­té­ri­té, le capi­taine de l’Albiceleste a avant tout, aux yeux des Argen­tins, ven­gé le pays de la bles­sure des Malouines grâce à une infrac­tion au règle­ment offi­ciel du foot­ball. Et si l’irrégularité de la Main de Dieu rend la défaite encore plus amère pour les Anglais, elle est d’autant plus appré­ciée par le peuple argen­tin qu’elle signe un geste pure­ment criol­lo. Face à la domi­na­tion phy­sique anglaise, illus­trée par la taille du gar­dien anglais (1,85 mètre), le petit Die­go a en effet convo­qué l’art de la dupe­rie pour vaincre le Goliath bri­tan­nique. « Cela venait du plus pro­fond de moi, avoue­ra plus tard Mara­do­na. C’est quelque chose que j’avais déjà fait sur le potre­ro, à Fio­ri­to. »

La fameuse "main de Dieu" / D.R. {JPEG}

La fameuse “main de Dieu” / D.R.

Pour enrayer le sys­tème de jeu puis­sant et ration­nel des Anglais, Mara­do­na a déployé une créa­ti­vi­té toute infan­tile.

« À Fio­ri­to, le ter­rain sur lequel Die­go jouait n’était pas plat et était recou­vert de détri­tus et d’herbes folles. Il y a déve­lop­pé des capa­ci­tés phy­siques hors du com­mun et sa tech­nique basée sur l’évitement, affirme Fer­nan­do Signo­ri­ni, pré­pa­ra­teur phy­sique de Mara­do­na en 1984 à 1994. Dans ce bidon­ville oublié par l’État, il fal­lait être débrouillard pour s’en sor­tir. Petit, Die­go était plein de malice pour prendre le train ou voler une pomme. Cela se retrouve dans son jeu. » Le second but rap­pelle quant à lui une autre carac­té­ris­tique du foot­ball criol­lo. « Il a démon­tré que le dribble est l’essence de notre style de jeu, explique Juan­jo, un sup­por­ter argen­tin. Il a drib­blé et drib­blé encore, et ces quelques secondes sont tou­jours gra­vées dans ma mémoire comme si elles étaient sus­pen­dues à jamais dans le temps. »

Dans Homo ludens. Essai sur la fonc­tion sociale du jeu paru en 1938, l’historien néer­lan­dais Johan Hui­zin­ga sou­li­gnait déjà : « Sui­vant notre concep­tion, le recours à la ruse et à la trom­pe­rie brise et abo­lit le carac­tère ludique de la com­pé­ti­tion. Tou­te­fois, la culture archaïque ne donne pas rai­son sur ce point à notre juge­ment moral, pas plus que l’esprit popu­laire. » Cet « esprit popu­laire » qui entre­voit dans la Main de Dieu l’expression même de l’identité argen­tine par la trans­gres­sion de la loi est depuis, et encore aujourd’hui, régu­liè­re­ment son­dé par les intel­lec­tuels argen­tins. « Nous [les Argen­tins] ne savons pas si nous sommes capables de main­te­nir un sem­blant d’ordre et de sta­bi­li­té dans notre pays, s’interroge par exemple le jour­na­liste et écri­vain argen­tin Jorge Lana­ta en 1994. Pou­vons-nous vrai­ment être une socié­té moderne qui joue selon les règles des pays modernes, ou sommes-nous sim­ple­ment ce gar­çon des quar­tiers pauvres pen­sant encore qu’il peut jouer avec d’autres règles tant qu’il ne sera pas pris la main dans le sac ? » À tra­vers sa Main de Dieu, Mara­do­na a mis en exergue une dicho­to­mie sociale fon­da­trice de la nation argen­tine. En effet, dès le milieu du XIXe siècle, l’État argen­tin s’est affir­mé comme une vic­toire de la « civi­li­sa­tion », sym­bo­li­sée par la métro­pole indus­tria­li­sée de Bue­nos Aires, contre la « bar­ba­rie » repré­sen­tée par la pam­pa, espace sau­vage où règne le gau­cho qui n’obéit qu’à ses propres règles. Le Pibe de Oro et son geste frau­du­leux reflètent ain­si cette part indomp­table et furieu­se­ment rétive à l’autorité de la socié­té argen­tine. Un rap­port ambi­gu à la moder­ni­té occi­den­tale rele­vé dès 1946 par l’auteur Jorge Luis Borges dans son essai Notre pauvre indi­vi­dua­lisme et dans lequel il écrit que « l’Argentin, à la dif­fé­rence des Amé­ri­cains du Nord et de presque tous les Euro­péens, ne s’identifie pas à l’État. […] L’Argentin est un indi­vi­du et non un citoyen. »

L’ » indi­vi­du » Mara­do­na rentre début juillet 1986 à Naples après avoir rem­por­té la Coupe du monde au Mexique avec, de sur­croît, le titre de meilleur joueur du Mon­dial. Éle­vé au rang de héros mythique du foot­ball, le Pibe de Oro passe alors ses meilleures années spor­tives au SSC Napo­li. Dès la sai­son 1986 – 1987, le club rem­porte pour la pre­mière fois de son his­toire le Scu­det­to, le cham­pion­nat ita­lien, ain­si que la Coupe d’Italie. Épau­lé par les atta­quants Bru­no Gior­da­no et Care­ca, Mara­do­na ins­crit le club au som­met du foot­ball euro­péen en s’emparant de la Coupe de l’UEFA en 1989 et d’un deuxième Scu­det­to l’année sui­vante.

Alors que le SSC Napo­li était habi­tué aux menaces de relé­ga­tion et aux clas­se­ments de bas de tableau, Mara­do­na, par ses exploits foot­bal­lis­tiques, redonne sa fier­té à l’ancienne capi­tale de l’Italie méri­dio­nale. une revanche sym­bo­lique des ter­ro­ni (les culs-ter­reux) du Sud déshé­ri­té et stig­ma­ti­sé sur l’Italie du Nord indus­trielle et hau­taine. Comme si ses buts pro­lon­geaient les miracles de San Gen­na­ro, le saint pro­tec­teur de Naples, Mara­do­na est éle­vé au rang d’icône qua­si-reli­gieuse et devient l’objet d’un véri­table culte popu­laire. Son nom même pos­sède une asso­nance avec « Maròn­na », la déno­mi­na­tion de la Vierge Marie en dia­lecte napo­li­tain et on le prie pour gagner le Scu­det­to en implo­rant : « Notre Mara­do­na / Toi qui des­cends sur le ter­rain / Nous avons sanc­ti­fié ton nom / Naples est ton royaume / Ne lui apporte pas d’illusions / mais conduis-nous à la vic­toire en cham­pion­nat. » Des repré­sen­ta­tions du foot­bal­leur se réfé­rant à l’iconographie sacrée ou sur les genoux de San Gen­na­ro ain­si que des autels dédiés au pibe ornent les rues de Naples, fai­sant de Mara­do­na « une sorte de saint, le nou­veau sym­bole d’un rituel pour­tant archaïque auquel la culture popu­laire se réfère pour for­mu­ler ses demandes, pour expri­mer ses pri­va­tions, ses besoins, ses dou­leurs et, moins fré­quem­ment, sa joie ». Dans une ville alors entiè­re­ment dra­pée du bleu SSC Napo­li, les démentes célé­bra­tions car­na­va­lesques du pre­mier Scu­det­to, en 1987, furent éga­le­ment l’occasion de com­mu­ni­quer avec les morts, une pra­tique popu­laire à Naples. Ain­si, sur le mur du cime­tière de Pog­gio­reale, fut peint en lettres géantes : « Vous ne savez pas ce que vous avez raté ! » avant que le len­de­main, un « Êtes-vous sûrs qu’on l’ait raté ? » n’apparaisse en des­sous de la pre­mière ins­crip­tion. Quant aux mil­liers de tifo­si qui com­mu­nient avec Die­go chaque semaine dans les stades, ils font appel aux termes napo­li­tains de « mala­tia » (mala­die) ou de « patu­to » (envoû­té, pas­sion­né) pour expri­mer leur fer­veur de sup­por­ter. « Die­go, facce n’ata mala­tia ! » (Die­go, rend-nous malades !) devient alors une invo­ca­tion rituelle des sup­por­ters napo­li­tains. Plus d’une ving­taine de chants sont uni­que­ment dédiés au pibe, dont la fameuse ritour­nelle : « O mam­ma mam­ma mam­ma / Sai perche’ mi batte il cora­zon ? / Ho vis­to Mara­do­na ! / Eh, mam­ma’, inna­mo­ra­to son. » (« Oh maman, sais-tu pour­quoi mon cœur bat ? J’ai vu Mara­do­na ! Eh maman, je suis amou­reux. »).

Santa Maradona

Néan­moins, début 1991, les frasques noc­turnes de la star mon­diale et ses saillies pro­vo­cantes à l’égard de ses adver­saires ou des ins­ti­tu­tions du foot­ball – le joueur entre­tient une haine féroce à l’encontre de João Have­lange et de Sepp Blat­ters de la FIFA – attirent de plus en plus l’attention d’une presse à l’affût de scan­dales media­ti­co-spor­tifs. Accu­sé de tra­fic de drogue, de s’être lié à des clans de la Camor­ra puis d’avoir eu un enfant illé­gi­time avec une jeune Napo­li­taine, Mara­do­na est détec­té posi­tif à la cocaïne en mars 1991 à l’issue d’un match contre Bari. L’affaire fait la une des jour­naux, et le foot­bal­leur, sus­pen­du pour 15 mois, décide de ren­trer en cati­mi­ni à Bue­nos Aires. À peine un mois plus tard, une des­cente de la police argen­tine dans son appar­te­ment donne lieu à une arres­ta­tion média­tique du Pibe de Oro, menot­té sans ména­ge­ment après qu’on ait décou­vert sur lui des stu­pé­fiants. Mara­do­na entame alors un véri­table che­min de croix. Il rejoue sans grand suc­cès au sein du FC Séville avant de reve­nir en Argen­tine auprès du Newell’s Old Boys en 1993. Un temps res­sus­ci­té par l’Albiceleste pour la Coupe du monde 1994, le pibe, après un but magique contre la Grèce, est som­mé de quit­ter le Mon­dial suite à un contrôle posi­tif à l’éphédrine. Sus­pen­du jusqu’en sep­tembre 1995, moqué par la presse inter­na­tio­nale, Mara­do­na tombe dans la dépres­sion. « On m’a cou­pé les jambes mais j’ai aus­si été expro­prié de mon corps, confie-t-il. Je suis vide… J’ai été tué aus­si bien en tant que joueur qu’en tant qu’homme. » En dépit d’une suc­ces­sion de cures de dés­in­toxi­ca­tion et d’autres affaires dignes d’une mau­vaise tele­no­ve­la, le pibe rac­croche défi­ni­ti­ve­ment ses cram­pons après un ultime test posi­tif à la cocaïne en août 1997 suite à un match pour les Boca Juniors.

Para­doxa­le­ment, les diverses condam­na­tions et sus­pen­sions pour consom­ma­tion de stu­pé­fiants n’écornent en rien la popu­la­ri­té du héros foot­bal­lis­tique à Naples. Aux yeux de toute une jeu­nesse napo­li­taine, le par­cours chao­tique du Pibe de Oro sym­bo­lise en effet une cer­taine éman­ci­pa­tion vis-à-vis de l’oppression éta­tique et de l’ordre moral des classes domi­nantes. Quelques jours après la sus­pen­sion de Mara­do­na suite à son contrôle posi­tif à la cocaïne en mars 1991, une jeune Napo­li­taine, inter­viewée à la télé­vi­sion, rétorque ain­si : « II a bien fait […] Il a vrai­ment eu rai­son de faire tout ce qu’il a fait, de se dro­guer, de bai­ser, de se diver­tir, de s’en foutre de tout et de tous. Quelle chance il avait de pou­voir le faire ! »

De même, en Argen­tine, le dévoue­ment popu­laire envers le gar­ne­ment de Vil­la Fio­ri­to ne fai­blit pas, bien au contraire.

Au len­de­main de son dépis­tage à l’éphédrine et de son évic­tion de la Coupe du monde 1994, le quo­ti­dien éco­no­mique argen­tin El Cro­nis­ta comer­cial rap­porte : « Une vraie tris­tesse et une cer­taine folie étaient clai­re­ment per­cep­tibles dans les rues de Bue­nos Aires. Dans les bars et les res­tau­rants, les super­mar­chés, les petites échoppes de quar­tiers, à tra­vers les dis­cus­sions intenses dans le bus et le métro, une réac­tion géné­rale domi­nait chez les gens ordi­naires : nous par­don­ne­rons à Die­go ; nous par­don­ne­rons tou­jours à Die­go Mara­do­na. Les argu­ments pré­sen­tés étaient divers. Cer­tains ont vu son contrôle anti­do­page comme un com­plot contre Mara­do­na et l’Argentine ; d’autres ont accu­sé Have­lange, le pré­sident bré­si­lien de la FIFA, d’en être l’auteur prin­ci­pal car Mara­do­na l’a tou­jours dési­gné comme son prin­ci­pal enne­mi en cri­ti­quant nombre de ses déci­sions. Mais tous, sans dis­tinc­tion, ont affir­mé que Mara­do­na était l’essence même de la joie dans la pra­tique du foot­ball, et que s’il avait consom­mé de l’éphédrine, il n’était pas res­pon­sable ; d’autres étaient res­pon­sables. »

Réagis­sant à l’impunité dont jouit le Pibe de Oro, le roman­cier argen­tin Mem­po Giar­di­nel­li s’insurge en 1994 : « Le res­pect de la loi n’a aucun pres­tige dans ce pays… On pour­rait même dire que cela fait par­tie du way of life argen­tin. Croire que le bon­heur est éter­nel, qu’il n’est pas impor­tant de suivre les règles ou d’assumer ses res­pon­sa­bi­li­tés. Qu’il est plus facile de blâ­mer les autres, d’imaginer des conspi­ra­tions, de se dire que, quand on a com­mis une erreur, c’est n’est pas de sa faute mais de celle d’un autre. » Pour les tenants de l’ordre et de la morale, Mara­do­na doit se repen­tir et être puni pour ses actes. En revanche, pour beau­coup d’Argentins, « plus Mara­do­na fait de bruit autour de lui, plus il devient natu­rel­le­ment l’incarnation d’un pibe ». Toxi­co­ma­nie, obé­si­té, tra­fic de drogue, sou­tien poli­tique à Hugo Chá­vez et à Fidel Cas­tro, le par­cours décou­su de Mara­do­na tra­duit ain­si à mer­veille ce qu’on attend du pibe, cet enfant irres­pon­sable et facé­tieux auquel on par­donne tout. Cette nature infan­tile, asso­ciant un esprit d’indocilité fon­ciè­re­ment ancrées dans l’identité argen­tine, Mara­do­na sem­ble­ra en effet la recher­cher inlas­sa­ble­ment dans sa vie pri­vée comme sur les ter­rains : « On m’en a don­né des sur­noms, mais Pelu­sa est celui que je pré­fère parce qu’il me ramène à mon enfance à Fio­ri­to, déclare-t-il. Je me sou­viens des Cebol­li­tas, des poteaux en bam­bous et quand on jouait seule­ment pour un Coca et un sand­wich. Il n’y avait rien d’aussi pur. »

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La dimen­sion chris­tique de Mara­do­na D.R

La dimen­sion chris­tique de Mara­do­na va par ailleurs s’étoffer en Argen­tine au gré de la média­ti­sa­tion de ses frasques.

Le corps même du foot­bal­leur sujet à la bou­li­mie (il pren­dra puis per­dra plus de 40 kg), dépen­dant à l’alcool, au cigare et à la drogue, ain­si que ses lourdes opé­ra­tions chi­rur­gi­cales en 2004 et 2007 sont autant de fai­blesses mise à nues par la télé­vi­sion aux­quelles peut s’identifier le peuple argen­tin. Si Mara­do­na est un pibe mali­cieux et indis­ci­pli­né, ses fêlures en font un être vul­né­rable, qui, tel un mar­tyr catho­dique, a sacri­fié son corps fati­gué dans un ultime exploit spor­tif, celui d’aller à la Coupe du monde 1994 sous l’insistance des sup­por­ters argen­tins, avant qu’on lui « coupe les jambes » et le « tue en tant que joueur ».

Afin de pro­lon­ger leur dévo­tion envers Die­go Mara­do­na, à peine un an après la fin de sa car­rière offi­cielle, trois sup­por­ters argen­tins créent à Rosa­rio, en octobre 1998, l’Église mara­do­nienne. Syn­cré­tisme catho­lique entiè­re­ment dévoué au culte de Mara­do­na rebap­ti­sé « D10S », agen­ce­ment typo­gra­phique qui ren­voie à Dios (dieu) et à Diez (dix, en hom­mage à son maillot), le mou­ve­ment foot­ba­lis­ti­co-reli­gieux compte aujourd’hui plus 120 000 adeptes à tra­vers soixante pays. « L’Église mara­do­nienne ras­semble les fana­tiques de Mara­do­na du monde entier, explique Ale­jan­dro Verón, l’un de ses fon­da­teurs. Notre reli­gion, c’est le foot­ball et, comme toute reli­gion, elle se doit d’avoir un dieu. Tout se passe dans le cadre du foot, dans le res­pect des croyances reli­gieuses quelles qu’elles soient et sans la moindre volon­té de les déni­grer. »

Deux grandes fêtes rituelles viennent ryth­mer le calen­drier mara­do­nien (dont 1960, année de nais­sance de Mara­do­na, marque le point de départ) : les Pâques mara­do­niennes, célé­brées chaque 22 juin pour com­mé­mo­rer les deux buts face à l’Angleterre en 1986, et la Noël, qui a lieu le 29 octobre, la veille l’anniversaire du D10S. « On passe sur écran géant les images des grands buts de Die­go et nous invi­tons quelques-uns de ses proches pour qu’ils nous racontent des anec­dotes vécues avec notre dieu, pré­cise Ale­jan­dro Verón. Le tout dans une ambiance très fes­tive, en atten­dant minuit. »

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Une his­toire popu­laire du foot­ball ©Mickaël Cor­reia

À l’occasion d’une célé­bra­tion d’un Noël Mara­do­nien en octobre 2008 dans l’arrière-salle d’une piz­ze­ria de Bue­nos Aires, Her­nan Amez, un des trois fans à l’origine du mou­ve­ment sou­ligne quant à lui : « L’Argentin est pas­sion­né, capri­cieux, san­guin. Mara­do­na incarne ce per­son­nage sur un ter­rain de foot­ball. Il est celui qui n’abandonne jamais. […] Mara­do­na nous rend si forts, c’est pour­quoi nous l’aimons autant qu’un dieu. » Après que trois cents sup­por­ters aient enton­né un Notre Père mara­do­nien 4 – « Notre Die­go, Qui est sur les ter­rains, Que ton pied gauche soit béni, Que ta magie ouvre nos yeux, Fais-nous nous sou­ve­nir de tes buts, Sur la terre comme au ciel » – une céré­mo­nie bon enfant est inau­gu­rée dans une étrange solen­ni­té par dix apôtres-coéqui­piers qui apportent dif­fé­rentes reliques tels des cram­pons, un bal­lon de foot­ball san­glant orné d’une cou­ronne d’épines ou encore un cha­pe­let à 34 perles rap­pe­lant le nombre de buts mar­qués par Die­go pour la sélec­tion argen­tine. Dans l’assistance et après plu­sieurs bières, Antho­ny Bale, un jeune sup­por­ter écos­sais membre de l’Église mara­do­nienne, confesse : « Qu’est-ce que Jésus a fait que Mara­do­na n’a pas fait ? Ils ont tous les deux fait des miracles, c’est juste que ceux de Mara­do­na sont homo­lo­gués. »

Mickaël Cor­reia
  1. La fronde anti-Coupe du monde 1978 sera menée notam­ment en France par le COBA (Comi­té pour le boy­cott de l’organisation par l’Argentine de la Coupe du monde de foot­ball). Sous Vide­la, on estime entre 10 000 et 30 000 le nombre de per­sonnes assas­si­nées par le régime ou dis­pa­rues.
  2. L’ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est légen­daire. Cer­tains spec­ta­teurs allaient jusqu’à y déver­ser durant les matchs des cendres de sup­por­ters, pour resperc­ter leurs der­nières volon­tés. Les cendres dégra­dant la pelouse, un cime­tière spé­cial a été amé­na­gé en 2006…
  3. Le 17 août 2015, de pas­sage en Tuni­sie, Mara­do­na ren­dra visite à Ali Ben­na­ceur pour lui offrir un maillot argen­tin dédi­ca­cé : « Pour Ali, mon éter­nel ami ».
  4. Il existe éga­le­ment dix com­man­de­ments mara­do­niens, qui sti­pulent entre autres : « Aimez le foot­ball par-des­sus tout », « Dif­fu­ser les nou­velles des miracles de Die­go dans tout l’univers » ou encore « Nom­mez votre pre­mier fils Die­go ».