Matapaco, nom d’un chien

VO ESP ST FR - 20 minutes

“Mata­pa­co”, le chien mythique est bien connu à San­tia­go du Chi­li pour avoir par­ti­ci­pé à toutes les mani­fes­ta­tions du mou­ve­ment étu­diant et sociales orga­ni­sées entre 2012 et 2013. Ce chien a gagné l’af­fec­tion et la recon­nais­sance des mani­fes­tants et de ceux qui le connaissent.
Recon­nu pour son fou­lard autour du cou, il erre dans des lieux comme Bar­rio Repú­bli­ca, Uni­ver­si­dad Cen­tral, Uni­ver­si­dad Utem, Uni­ver­si­dad Usach, ain­si que d’autres endroits.

Prix du meilleur docu­men­taire au Fes­ti­val San­to Tomás de Viña del Mar 2013.

Réa­li­sé par ENMARCHA FILMS — TOUS DROITS RÉSERVÉS.

L’é­quipe :

Réa­li­sa­teur : Víc­tor Ramí­rez IG : @gonzalocarena
Socié­té de pro­duc­tion : Caro­li­na García IG : @carolinattack | @prensavegana
Déc. de la pho­to­gra­phie : Naya­reth Nain IG : @leritjapen
Chambre/Recherche : Fran­cis­co Mil­lán G. IG : @franciscoomillan
Mon­ta­ge/­Post-Pro­duc­tion : Ser­gio Medel IG : @firexgram

Musique du géné­rique : Ases Fal­sos / La sin­ce­ri­dad del cos­mos

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@negromatapacos !

Tra­duit et sous-titré par ZIN TV

Mata­pa­cos — Ska from noesvirtual.tk on Vimeo.

La escul­tu­ra del “Negro Mata­pa­cos” fue Que­ma­da from THE TIMES CHILE on Vimeo.

Par ZIN TV

“Mata­pa­co” es un chien mythique et célèbre pour avoir par­ti­ci­pé à toutes les mani­fes­ta­tions du mou­ve­ment étu­diant à San­tia­go du Chi­li.

Repé­ré dans des nom­breuses marches d’é­tu­diants qui ont été orga­ni­sées depuis 2011, le chien Mata­pa­cos accom­pa­gnait et défen­dait les jeunes mani­fes­tants cagou­lés contre les forces de l’ordre, fai­sant face au jets des gua­na­cos (les canons à eau), le célèbre chien errant fait déjà par­tie de l’i­ma­gi­naire de la rue.

L’exis­tence du chien Mata­pa­co s’est répan­due dans San­tia­go, la capi­tale du Chi­li, comme un véri­table mythe urbain. Depuis 2011, ce chien errant s’est fait connaître pour sa pré­sence dans les mani­fes­ta­tions d’é­tu­diants et son visible agres­si­vi­té envers les cara­bi­niers, d’où son sur­nom : Mata­pa­co : tueur de flic ! Comme sou­vent avec la mytho­lo­gie urbaine, le réel sur­passe par­fois la fic­tion, car le chien Mata­pa­co existe bel et bien, même qu’un docu­men­taire retrace sa vie… ZIN TV a contac­té le col­lec­tif de réa­li­sa­teurs et leur a deman­dé l’autorisation de le tra­duire, sous-titrer et dif­fu­ser. Le voi­ci donc désor­mais dis­po­nible sur notre pla­te­forme inter­net après une avant-pre­mière ayant eu lieu le 25 jan­vier lors d’une soi­rée de soli­da­ri­té avec le Chi­li en lutte.

Le mou­ve­ment étu­diant chi­lien reven­dique la gra­tui­té en tant que droit social uni­ver­sel garan­ti par l’État et consa­cré par la Consti­tu­tion. La mobi­li­sa­tion des étu­diants est donc liée à la reven­di­ca­tion pour le chan­ge­ment de Consti­tu­tion. Le Chien Noir Mata­pa­co a com­men­cé à atti­rer l’at­ten­tion en rai­son de sa pré­sence constante dans la pre­mière ligne de la lutte fron­tale, à la fron­tière des mani­fes­tants et les matraques des cara­bi­niers… Comme si une cer­taine idéo­lo­gie rebelle le moti­vait.

Le Chien Noir Mata­pa­cos com­bat les uni­formes en les mor­dant et aboyant féro­ce­ment, dans le sens des jets de pierres, il à tou­jours été un fidèle par­ti­san des mani­fes­tants

Il s’est fait connaître sur les réseaux sociaux où les étu­diants ouvraient des comptes à son nom, publiaient ses pho­to­gra­phies, attei­gnant des mil­liers d’adeptes sur Face­book ou sur Twit­ter. Sous les pho­to­gra­phies par­ta­gées, plu­sieurs uti­li­sa­teurs ano­nymes lui ont écrit des salu­ta­tions, des conseils et même des prières, ali­men­tant ain­si le mythe autour du chien : Mata­pa­co, l’autre jour je t’ai vu dans la rue… Mata­pa­co, fait atten­tion à toi !…

Faci­le­ment recon­nais­sable avec son éter­nel fou­lard autour du cou — que les étu­diants lui chan­geaient de temps à autre, pas­sant sou­vent du rouge au bleu — ce chien com­ba­tif s’est soli­da­ri­sé avec la lutte pour une meilleure édu­ca­tion pour le pays. Aujourd’hui, on lui rend un véri­table culte.

Gen­til petit chien noir, mer­ci de m’a­voir don­né tant de bons moments à ce jour, tu est une légende main­te­nant, plus grand qu’a­vant, mer­ci d’a­voir ins­pi­ré une géné­ra­tion sans peur. Saint patron des mani­fes­ta­tions, prends soin de nous dans chaque mani­fes­ta­tion et donne-nous le cou­rage de conti­nuer, fais-nous gagner cette fois-ci et pour tou­jours et à jamais, amen.

Le rejet de l’au­to­ri­té

Fran­cis­co Mil­lán est l’un des réa­li­sa­teurs du film Mata­pa­co, le docu­men­taire de 20 minutes qui décrit ses aven­tures et dévoile quelques mys­tères de la vie du chien noir rebelle. Selon Mil­lán, étu­diant en com­mu­ni­ca­tion audio­vi­suelle, l’i­dée a émer­gé au départ comme un pro­jet uni­ver­si­taire puis est deve­nu un pro­jet avec un regard per­son­nel qui a par­ti­ci­pé à rendre célèbre l’a­ni­mal.

“Nous avons créé une page Face­book et avons com­men­cé à faire des recherches. On deman­dait des infor­ma­tions, des vidéos, des pho­tos et on en a reçu en masse. Nous avons d’a­bord décou­vert que le chien avait une mai­son, qu’il y avait une autre per­sonne qui l’é­le­vait, que des gens l’a­vaient vu à dif­fé­rents endroits, nous avons com­men­cé à faire une carte pour savoir d’où il venait”, affirme Mil­lán.

Avec les dif­fi­cul­tés des pre­mières recherches, Mil­lán et ses com­pa­gnons apprirent que Mata­pa­co avait une chambre et un lit rien que pour lui dans la mai­son de son pro­prié­taire à l’avenue Repú­bli­ca, en plein centre-ville. “Une dame le nour­ris­sait, pre­nait soin de lui et avant qu’il ne sorte dans la rue, elle lui don­nait la béné­dic­tion”, a‑t-il dit.

En sui­vant sa trace dans diverses mani­fes­ta­tions, les étu­diants ont car­to­gra­phié les quar­tiers com­muns du chien, ces dépla­ce­ments sont géné­ra­le­ment situé entre l’U­ni­ver­si­té Cen­trale, l’U­ni­ver­si­té de San­tia­go du Chi­li et l’U­ni­ver­si­té Tech­no­lo­gique Métro­po­li­taine. Tou­jours pré­sent dans les milieux uni­ver­si­taires.

En Bel­gique, il serait le cou­sin éloi­gné du Zin­neke…

Selon M. Mil­lán, le chien était très cou­ra­geux : “Il était très doux avec les jeunes et les étu­diants. Il était très affec­tueux avec nous, mais, par exemple, quand un gar­dien de l’u­ni­ver­si­té arri­vait, le chien l’attaquait. Avec les flics, quelque chose lui atti­rait son atten­tion et deve­nait sou­dai­ne­ment agres­sif, on pense que ce sont les bottes ou la rigi­di­té, l’at­ti­tude des gar­diens ou des per­sonnes qui pos­sèdent l’au­to­ri­té”.

Lou­ka­ni­kos a souf­fert des quan­ti­tés de gaz lacry­mo­gène inha­lées durant les mani­fes­ta­tions sévè­re­ment répri­més par la police, qui ont secoué la Grèce de 2009 à 2012.

Qua­li­fié d’activiste, anar­chiste, meilleur ami de l’homme et des femmes, défen­seur des étu­diants chi­liens : le chien noir Mata­pa­co est deve­nu une star révo­lu­tion­naire sur les réseaux sociaux et l’un des per­son­nages les plus emblé­ma­tiques du Chi­li contem­po­rain.

En Grèce, il pour­rait être com­pa­ré au chien Luka­ni­kos (qui signi­fie “sau­cisse” en grec), qui a joué un rôle de pre­mier plan dans presque toutes les mani­fes­ta­tions à Athènes contre les mesures d’aus­té­ri­té éco­no­mique prises par le gou­ver­ne­ment pour faire face à la crise pro­fonde du pays. Plus connu sous le nom de Luk, il affron­tait les groupes de choc avec une telle féro­ci­té et une telle déter­mi­na­tion qu’il sem­blait mener lui-même le mou­ve­ment de contes­ta­tion sociale. En Bel­gique, il serait le cou­sin éloi­gné du Zin­neke…

Comme le chien grec, Mata­pa­co par­ti­cipe aux mani­fes­ta­tions d’é­tu­diants à San­tia­go sans mon­trer aucune crainte envers les gaz lacry­mo­gènes ou des canons à eau. Une légende cir­cule dans les réseaux sociaux et raconte qu’un jour, des agents de sécu­ri­té l’ont sépa­ré de sa com­pagne, ce serait la rai­son de sa haine envers les cara­bi­niers… Une autre légende raconte que Mata­pa­co serait la réin­car­na­tion d’un étu­diant assas­si­né… Ailleurs on raconte qu’il serait un révo­lu­tion­naire inné, père de 32 enfants (recon­nus) et mari de six chiennes, ami du peuple et le pire cau­che­mar de la police.

Les mani­fes­ta­tions ont com­men­cé, il y avait deux réven­diac­tions claires adres­sées à l’É­tat : “Une édu­ca­tion gra­tuite et de qua­li­té ! Fin du pro­fit !”. Nous avions des diri­geants, aujourd’­hui cer­tains sont deve­nus dépu­tés de la Répu­blique. Mais nous, les bases, nous avions un meneur qui diri­geait la struc­ture de la marche : Le chien noir. Et non seule­ment il les diri­geait, mais aus­si, lors­qu’il s’a­gis­sait de résis­ter à la répres­sion poli­cière, il s’op­po­sait aux forces spé­ciales, mais tou­jours aux côtés de ses meilleurs com­pa­gnons, les étu­diants.

Víc­tor Ramí­rez avait 23 ans lorsqu’étudiant en com­mu­ni­ca­tion audio­vi­suelle, avec ses cama­rades de classe, il a créé une socié­té de pro­duc­tion appe­lée Enmar­cha Films et a lan­cé en 2013 l’un des docu­men­taires les plus regar­dés sur le mou­ve­ment étu­diant chi­lien : Mata­pa­co.

Dans un entre­tien il raconte la genèse du film, voi­ci son récit :

Le film est né à l’u­ni­ver­si­té. Je par­ti­ci­pais à un ate­lier de réa­li­sa­tion de films docu­men­taires. Nous avons d’a­bord dû pré­sen­ter une idée aux pro­fes­seurs. Et la véri­té, c’est que le pit­ching était per­son­nel et j’é­tais très inquiet parce que je ne savais pas quoi faire [rires]… comme tou­jours quand il faut inven­ter une idée, ça devient très com­pli­qué. Je me suis sou­ve­nu qu’en pre­mière année de car­rière, un pro­fes­seur avait dit que les meilleures idées venaient tou­jours de l’in­té­rieur. Et je me suis dit : j’aime vrai­ment les chiens ! Je me sou­cie beau­coup des chiens errants, quand je peux leur don­ner de l’eau, des choses comme ça. Je ne me consi­dère pas comme un ani­ma­liste, mais je me plu­tôt comme une per­sonne com­pa­tis­sante avec les chiens errants, j’aime les cares­ser, je suis leur ami. Puis j’ai com­men­cé à cher­cher sur inter­net. J’a­vais par­ti­ci­pé aux mani­fes­ta­tions, mais je n’al­lais jamais à l’avant. Un por­trait sur la pro­prié­taire du chien, Mme Maria, avait été publié sur inter­net et c’est ain­si que j’ai com­men­cé à m’in­té­res­ser au chien. En fait, l’i­dée que j’a­vais au début était que nous avons une vie comme ces chiens errants, nous sommes trai­tés comme des chiens. Mais pas les étu­diants en par­ti­cu­lier, mais la socié­té dans son ensemble. Je me sen­tais comme un chien aban­don­né. Puis le pro­fes­seur m’a orien­té et j’ai com­men­cé à réa­li­ser qu’il y avait beau­coup d’angles d’approche pos­sible.

Si les choses ne changent jamais, nous conti­nue­rons à être des chiens errants.

Je me suis appuyé sur les gens que je connais­sais, une amie (Naya­ret Nain) qui était direc­trice pho­to et elle m’a mise en rela­tion avec un autre gar­çon. La pro­duc­trice (Caro­li­na Gar­cia) m’a appro­ché, en fait, elle est beau­coup plus ani­ma­liste que moi, elle est végé­ta­lienne et elle est cool. El Che­cho (Ser­gio Medel) était le mon­teur et puis est venu le Pan­cho (Fran­cis­co Mil­lán) pour la camé­ra, je l’ai choi­si parce que je suis encore très témé­raire pour aller aux mani­fes­ta­tions, j’ai un peu peur mais pas lui. L’é­quipe étant en place, notre pre­mière mis­sion a été de trou­ver le chien, de le fil­mer dans une manif et voir à quoi nous étions confron­tés. Nous arri­vions tôt le matin lorsque les étu­diants étaient ras­sem­blés sur la Pla­za Ita­lia ou à l’U­SACH [l’U­ni­ver­si­té de San­tia­go du Chi­li]. C’est là que nous l’avons trou­vé, car c’est son ter­ri­toire, près du quar­tier de l’avenue Repú­bli­ca. Nous arri­vions, nous fil­mions un peu les étu­diants, nous fai­sions des inter­views, et ensuite, si le chien se pré­sen­tait on l’attrapait. Mais le chien avait la bou­geotte. Sou­vent exci­té, il cou­rait par­tout, sui­vait les étu­diants. Il par­tait, il reve­nait, il ne s’est jamais arrê­té. Il était un peu fou, il bou­geait trop pour nous. Il a été impos­sible de le suivre et de le fil­mer dans une durée conve­nable.

“Aujourd’­hui, nous avons mar­ché, cou­ru, man­gé, cachés et atta­qué à ses côtés, on entend un appel à se ras­sem­bler en son nom, en son hon­neur, il émane un appel à se ras­sem­bler encore une fois, comme tant d’autres, au nom de toutes les causes, visage vers le haut, poi­trine vers le haut… Un appel est lan­cé pour qu’il se concentre dans une des cours, sur une de ses tran­chées… Ras­sem­blons-nous dans le parc d’Al­ma­gro, au nom du chien cou­ra­geux, du chien fidèle, du com­pa­gnon, du frère, de l’a­mi et du com­plice”.

Le tour­nage a été mar­qué par de nom­breuses dif­fi­cul­tés. Par exemple, nous avions deux appa­reils pho­to et la plu­part du temps nous étions à court de mémoire, parce que nous fil­mions beau­coup et que nos bat­te­ries se vidaient rapi­de­ment. Il était dif­fi­cile d’al­ler aux manifs avec une perche, on se fai­sait remar­quer. L’autre chose était le vrai dan­ger que l’on court pen­dant les manifs. Pan­cho s’est trou­vé mêlé à une scène où les flics ont tabas­sé les étu­diants, et qu’une pierre a frap­pé un jeune qui se trou­vait juste à côté de lui, on le voit dans le docu­men­taire. Avec les étu­diants, nous n’a­vons pas eu de drames, c’é­tait beau car tout le monde connaît le chien, donc tout le monde vou­lait en par­ler. Tout le monde a une his­toire avec lui. Tout le monde l’aime.

Le chien avait deux pro­prié­taires, Mme Mar­ce­la, celle du centre d’ap­pel, était plus acces­sible, nous pou­vions faci­le­ment la contac­ter. Elle est peut-être ani­ma­liste, elle s’oc­cupe de beau­coup de chiens en plus du Mata­pa­cos. Elle s’oc­cupe de Lulu et de Chu­petín qui est aus­si un chien qui va aux manifs et que les élèves connaissent bien. Chu­petín est éga­le­ment dotée d’un fou­lard. En fait, quand on ne trou­vait pas Mata­pa­cos, on trou­vait Lol­li­pop, l’al­lié de Mata­pa­cos, car il avait de nom­breux alliés.

Au départ, Mme Maria ne vou­lait pas qu’on filme parce qu’elle est super­sti­tieuse, elle crai­gnait un drame avec le chien qui va aux manifs et qui par­fois ne revient pas. Une fois, elle nous a dit que le Mata­pa­cos repré­sente beau­coup pour les enfants. Ses amies lui ont dit que le chien pou­vait être pos­sé­dé par le diable, mais elle pen­chait — plu­tôt – pour la thèse de la réin­car­na­tion. Elle pense qu’il était un étu­diant réin­car­né et qu’il a des vrais sen­ti­ments pour le mou­ve­ment étu­diant et ses idées. Ces idées sont belles et font par­tie du mythe. La dame lui donne sa béné­dic­tion chaque fois que le chien sort pour mani­fes­ter.

On dit beau­coup de choses sur le Mata­pa­cos… après avoir réa­li­sé le docu­men­taire, j’ai ren­con­tré une fille qui étu­diait à l’U­TEM [Uni­ver­si­dad Téc­ni­ca Metro­po­li­ta­na] et je lui ai par­lé de ce docu et elle m’a dit : “Oh, je connais­sais ce chien bien avant. Elle m’a dit qu’à l’U­TEM, au siège de Los Héroes, ils vou­laient expul­ser le chien, ils vou­laient le tuer pour qu’il n’entre plus à l’u­ni­ver­si­té. Le chien éner­vait l’administration et les membres de la Fédé­ra­tion des étu­diants l’ont sau­vé, ils ont par­lé au rec­to­rat, je sup­pose, pour qu’ils ne le tuent pas. Ils racontent éga­le­ment com­ment le chien se fau­fi­lait dans l’Ins­ti­tut natio­nal (un sym­bole de l’é­du­ca­tion publique avec une longue his­toire de pré­si­dents dans leurs salles de classe), et un jour pen­dant un cours il y a fait ses besoins. Quand elle m’a racon­té cela, j’ai ri à gorge déployée.

Nous l’a­vons vu plus d’une fois cou­rir à toute vitesse dans les esca­liers de l’u­ni­ver­si­té Cen­trale, grim­pant quatre étages d’un coup, et du haut du bâti­ment — qui, nous l’a­vons com­pris, était son poste de garde — le chien noir sur­veillait le parc Alma­gro et San Igna­cio. Deux fronts intenses de la résis­tance. Par­fois il se conten­tait de regar­der, et d’autres fois il aboyait.
 Nous avons ten­té de com­prendre son com­por­te­ment. Il est deve­nu par­tie inté­grante de nos déjeu­ners et de nos conver­sa­tions. Et nous avons vite com­pris que le chien nous aver­tis­sait que les flics arri­vaient.

Un dimanche, nous sommes allés le voir, il n’y avait pas de manif. Mme Maria avait dit qu’il était malade, alors elle a lais­sé la porte ouverte, le chien est sor­ti sans rien dire et a fait quelques pro­me­nades. Nous l’a­vons sui­vi. Il est allé à Ala­me­da et devant un pas­sage pié­ton, il atten­dait pour tra­ver­ser… [rires], parce que le chien ne se pro­mène pas n’importe com­ment. Il est allé à l’é­glise de la rue Cum­ming, où se trouve la pis­cine. Mme Mar­ce­la m’a dit que par­fois il y pre­nait un bain.

Une fois le docu­men­taire dif­fu­sé sur You­tube, nous rece­vions des cri­tiques posi­tives, presque tout le monde aime le film. Ceux qui sont néga­tifs, n’aiment pas l’idée d’un chien qui semble pen­ser comme les humains. Le chien n’au­rait rien à voir avec les étu­diants. C’est une cri­tique basée sur des choses poli­tiques. Ils pensent que le chien n’ap­porte pas grand-chose au mou­ve­ment. Mais c’est le contraire, parce que les jeunes le voient comme un sym­bole, en fait, c’est comme un sou­tien au mou­ve­ment. Avec la ques­tion des réseaux sociaux, pour les jeunes, c’est comme une Gla­dys Marín, une icône de la lutte, quelque chose comme ça [rires]… c’est un rem­part contem­po­rain. D’ailleurs, c’est une méta­phore actuelle des choses dont on se plaint. Si les choses ne changent jamais, nous conti­nue­rons à être des chiens errants. Nous nous sen­ti­rons tou­jours aban­don­nés. C’est une méta­phore qui sert à dénon­cer des situa­tions telles que celles vécues par les per­sonnes qui se battent et qui sont aban­don­nées par l’État. C’est peut-être lourd, mais le chien Mata­pa­cos est en quelque sorte une com­pa­gnie, parce qu’il dit aux mani­fes­tants qu’ils ne sont pas seuls. Je pense que le chien agit prin­ci­pa­le­ment par ins­tinct. C’est peut être une très belle his­toire que le chien soit une réin­car­na­tion, en fait il fait par­tie du sym­bole que les jeunes aiment. Mais je pense que dans les mani­fes­ta­tions, il agit par ins­tinct. Le reste a été créé lorsque le chien est deve­nu une légende. Aux manifs, ils ont com­men­cé à lui mettre des fou­lards, ils ont com­men­cé à le voir comme un lea­der canin [rires].

L’é­quipe de tour­nage du film MATAPACO

Je me sou­viens d’un chien du nord qui mor­dait les pneus des voi­tures qui pas­saient dans sa rue. J’ai l’im­pres­sion que ce chien se sen­tait enva­hi par les voi­tures qui pas­saient tous les jours. Et ici, comme les chiens errants vivent tou­jours dans les engre­nages de la ville, ils s’a­daptent à ce qu’ils voient. D’une cer­taine manière, ils sont enva­his par les flics et en face les masses popu­laires. Main­te­nant, je suis per­sua­dé que ces meutes de chiens sont en faveur des étu­diants, parce que les jeunes les aiment beau­coup plus que les flics. Les flics leur donnent même des coups de pied pour qu’ils ne s’ap­prochent pas.

Je me sou­viens que le pro­fes­seur disait que c’é­tait un sujet très lourd, un film très poli­tique, et que si nous l’en­voyions à un fes­ti­val, nous pour­rions gagner. Nous avons étu­dié à St. Tho­mas, une ins­ti­tu­tion super catho­lique et notre pro­fes­seur était com­mu­niste, un ancien exi­lé… et donc il était très enthou­siaste pour ce pro­jet. Ensuite, nous avons par­ti­ci­pé à un fes­ti­val dans la même uni­ver­si­té et ils nous ont dit qu’il était dif­fi­cile de gagner par ce que le docu­men­taire était trop révo­lu­tion­naire pour l’ins­ti­tu­tion, mais au final nous avons quand même gagné.

Comme le dit Mme Mar­ce­la dans le docu­men­taire, le chien est tou­jours dans la rue, il est tou­jours pré­sent. Et s’il meurt, il mour­ra dans la rue, dans sa loi. C’est gros­sier de le dire, mais d’a­près ce qu’il fait, je ne vois pas d’autre mort pos­sible. Au début, j’ai aimé la liber­té que le chien avait de se pro­me­ner. Mais ensuite, je me suis dit : Pour l’a­mour du ciel ! Les chiens errants ne sont pas libres ni heu­reux, ils sont libres mais ils souffrent parce qu’ils n’ont pas de nour­ri­ture, pas d’eau, il fait trop chaud. Comme le dit Mme Mar­ce­la, j’es­père que le film ser­vi­ra à sen­si­bi­li­ser les gens, à faire pas­ser une loi en faveur des chiens errants, pour qu’il n’y en ait plus. Comme une poli­tique publique pour que les gens soient éga­le­ment res­pon­sables de leurs ani­maux. Donc, au final, c’est l’his­toire d’un chien, mais aus­si d’un ani­ma­liste, de deux pro­prié­taires du chien, des jeunes qui l’aiment et se battent dans la rue…

A cette époque, les étu­diants se bat­taient pour le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance du chien noir, se dis­pu­tant sur les réseaux sociaux : “Il est de l’U­TEM ! “Il est de la NUC !” Il a tou­jours été de USACH.” Anar­chiste ! Com­mu­niste ! En fait, il était tou­jours ingé­rable, impos­sible à ins­ti­tu­tion­na­li­ser, il était tou­jours du bon côté. Aujourd’­hui, le petit chien noir n’est pas mort, il est juste par­ti à la pour­suite d’u­to­pies.

Après 2013, le chien Mata­pa­co est deve­nu célèbre, il l’était déjà à San­tia­go, et il a conti­nué sa vie nor­male, mais il a com­men­cé à tom­ber malade, on n’a jamais su quel âge il avait, mais il était vieux, ses der­nières années ont été mar­qué par une mala­die grave, il était en trai­te­ment et a fini par mou­rir le 26 août 2017, il est mort en paix, accom­pa­gné et entou­ré, une fin digne pour quel­qu’un qui a tant don­né.

Aujourd’hui, en ces temps de révo­lu­tion, il serait en pre­mière ligne, à côté des jeunes cagou­lés et en les défen­dant comme il l’a tou­jours fait, je pense qu’il serait très heu­reux de voir tant de gens révol­tés. C’est très impor­tant que le sou­ve­nir du chien Mata­pa­co soit main­te­nu, tant dans ma vie que dans ce qui se passe au niveau social, le Mata­pa­co est deve­nu une légende et un sym­bole de lutte, dans une socié­té sans diri­geants, le noir signi­fie la per­sé­vé­rance, la soli­da­ri­té, la colère contre l’en­ne­mi, l’a­mour et la noblesse, main­te­nant c’est un dra­peau de per­sé­vé­rance et j’es­père qu’il est éter­nel, le chien nous rap­pelle que nous devons conti­nuer à nous battre et ne pas aban­don­ner la lutte pour rien au monde.

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